Virgile (en latin ), dit « le Cygne de Mantoue », né vers le à Andes, dans l'actuelle Lombardie, et mort le à Brindisi (dans le Sud), est un poète latin contemporain de la fin de la République romaine et du début du règne de l'empereur Auguste.
Son œuvre, notamment ses trois grands ouvrages qui représentent chacun un modèle dans leur style (lÉnéide en style noble, les Bucoliques en style bas ou humble, et les Géorgiques en style moyen), est considérée comme représentant la quintessence de la langue et de la littérature latine. Elle a servi de référence et même d'idéal esthétique à des générations de lettrés européens, en particulier chez les défenseurs du classicisme.
Biographie Sources La tradition biographique de Virgile pose un problème car elle repose sur les Vies de Virgile qui datent du (commentaires de Maurus Servius Honoratus et Donatus), qui s'inspirent d'une biographie perdue de Varius, son éditeur, reprise au dans la biographie de Suétone (perdue aussi) et des commentaires de Valérius Probus.
Ces Vies sont interprétées différemment selon les critiques actuelles. Elles reposent en grande partie sur des extrapolations biographiques des poèmes de Virgile.
Jeunesse et formation Selon la tradition, Virgile naît à AndesZehnacker et Fredouille (2005), . (qui porte aujourd'hui le nom de Virgilio en son honneur), près de Mantoue, en Gaule cisalpine, sous le consulat de Crassus et de Pompée, dans une famille modeste. Les historiens actuels considèrent plutôt qu'il est issu d'une famille bourgeoise, sa mère Polla Magio étant la fille d'un riche marchand et son père Vergilius Maro, dont le praenomen n'est pas connuP. Hans H. Gärtner, dans : Der Kleine Pauly. Lexicon der Antike in fünf Bänden, Munich, 1979, : . Selon une biographie peu crédible du Moyen Âge, la Vita Noricensis, conservée dans le monastère bénédictin de Saint-Paul au Lavanttal dans le manuscrit Samblasianus 86, : (lire : Jan M. Ziolkowski et Michael C. J. Putnam, The Virgilian Tradition: The First Fifteen Hundred Years, 2008, ). Cette légende est reprise par certains adeptes du New Age, pour qui le père de Virgile était un Mage... qu'ils identifient au berger imaginaire portant le nom grec de Stimichon cité dans les Bucoliques, V, 55 : iam pridem Stimichon laudauit carmina nobis ; lire : The Romans: Vergil as Magus, dans : New-wisdom : . En réalité pour la plupart des commentateurs Stimichon représentait Mécène : Les œuvres de Virgile traduites en prose : enrichies de figures, Rome, 1649, : ., étant un petit propriétaire terrien de Mantoue vivant de l'apiculture, de l'agriculture et de l'élevage et qui veille scrupuleusement à ses étudesPaul Veyne, « L’Énéide, Virgile et les poètes latins », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 11 janvier 2013.
Crassus et Pompée sont à nouveau consuls lorsque le jeune homme revêt la toge virile, le jour même où disparaît Lucrèce. Tout un symbole, sans doute, bien que l’empreinte de l’auteur du De rerum natura sur l’œuvre de Virgile soit probablement moins forte que celle de Catulle, son voisin de Vérone, dont il y a tout lieu de supposer qu’il le connut personnellement, ainsi que d’autres poètes en vue, qu’il salue dans les Bucoliques, tels qu'Aemilius Macer (est-ce le Mélibée des Bucoliques ?), C. Helvius Cinna, du cercle de Catulle, L. Varius Rufus, futur éditeur de l’ÉnéideZehnacker et Fredouille (2005), ., et Q. Horatius Flaccus (Lycidas dans la Buc. 9 ?). Mais c'est Horace qui devient son ami le plus intime, au point que ce dernier l'appellera animae dimidium meae, Horace, Odes, I, 3..
De même, il se lie très tôt d'amitié avec Quintilius Varus (problème de lien ou de date), le futur grand critiqueHorace, Odes, I, 24., et Cornelius Gallus, le fondateur de la poésie élégiaque romaine. Il fait des études approfondies dans les domaines les plus divers, lettres, philosophie, droit, médecine, mathématiques en particulier, d’abord à Crémone, puis à Milan, ensuite à Rome, et enfin à Naples, ville de culture grecque où il suit les cours de professeurs de rhétorique et de philosophie grecque, notamment de maîtres prestigieux comme Siron et Philodème, l’un et l’autre de sensibilité épicurienne.
Carrière littéraire vignette|gauche|upright=1.3|alt=|Virgile, Horace et Varius chez Mécène (Charles Jalabert, vers 1846). C’est sans doute durant la guerre civile (elle éclata quand il avait vingt ans) qu’il entre en relation avec Asinius Pollion, homme de lettres qui appartient au cercle de Catulle et des « poètes néotériques », mais aussi figure politique importante et chef militaire qui prendra parti pour Marc Antoine dans la rivalité qui opposera celui-ci à Octave, petit-neveu et héritier de Jules César. Pollion commande plusieurs légions en Cisalpine lorsque Octave, au lendemain de la victoire de Philippes (), entreprend de déposséder en masse les paysans italiens afin de récompenser les légionnaires césariens. La guerre fait rage de nouveau, mais le parti des spoliateurs prend le dessus, et Pollion, en infériorité, doit se replier. Le domaine paternel de Virgile est, semble-t-il, confisqué, et ses légitimes propriétaires manquent même d'y laisser la vieBucoliques, IX.. Cependant, les interprétations des Bucoliques varient.
Lorsqu'il commence l'écriture des Géorgiques, en , il a trente-trois ans. Il est célèbre depuis le succès des Bucoliques, parues l'année précédente. Il est même assez influent pour pouvoir présenter son ami Horace à Mécène. La lutte entre Octave et Marc Antoine connaît alors une accalmie et il est temps de remettre l'agriculture en honneur dans un monde épuisé et ravagé par des années de guerres civiles. Virgile achève l'écriture de ce grand poème didactique au moment où la paix s'installe enfin, en
Selon les témoignages anciens, il a fait, à Atella en Campanie, au printemps ou à l'été 29, une lecture publique () des quatre livres durant quatre soirées consécutives, en présence d'Octave venu y soigner des maux de gorge, préface de Jane Dion.. La même année, il commence à travailler à son épopée, l’Énéide.
=== Mort et inachèvement de lÉnéide === Selon la tradition, après trois années passées à se documenter en Asie Mineure et en Grèce pour achever l’Énéide, il est victime d'une insolation près de Mégare, interrompt son voyage de documentation et meurt peu après son retour à Brindes en -19. Bien que Virgile ait demandé à ses amis et exécuteurs testamentaires, Lucius Varius Rufus et Plotius Tucca, de brûler après sa mort son poème épique inachevé, donc imparfait, Auguste s'y oppose et fait publier l'œuvre par L. Varius Rufus.
Après son incinération, ses cendres sont, conformément à son désir, transportées à Pouzzoles en Campanie. C'est à l'ouest de Naples, à l'entrée de la grotte de Pouzzoles, appelée Crypta Neapolitana, qu'est située une grande ruine, que la tradition honore comme le tombeau présumé de Virgile sur lequel une épitaphe rappelle sa vie résumée en un distique qu'il aurait composé à ses derniers moments :
Œuvres Bucoliques
vignette|droite|upright=1.2|Page du Vergilius Romanus, manuscrit du des œuvres de Virgile. La première édition se composait des neuf premières bucoliquesZehnacker et Fredouille, (du grec ancien , « bouvier »), harmonieusement disposées en deux groupes de quatre autour de la cinquième pièce, comme autant de planètes gravitant autour d’un astre. Cet astre, c’est Daphnis, souvent assimilé à Jules César fraîchement assassiné, ce qui sous-estime gravement la subtilité virgilienne. En fait, la cinquième bucolique pourrait bien nous présenter deux « Daphnis », l’un ténébreux, celui de Mopse (masque d’Octavien), et qui figure en effet le feu dictateur, l’autre lumineux, celui de Ménalque (masque de Virgile), qui représente Catulle, secrètement éliminé par le premier.
On ne peut qu’admirer les impeccables proportions de ce petit « temple pythagoricien », pour reprendre la métaphore de Paul Maury qui fut le premier à les mettre en évidence en 1944. L’architecture la plus visible, qui donc équilibre les quatre premières pièces (83, 73, 111 et 63 vers = 330) par les quatre dernières (86, 70, 110, 67 vers = 333) autour du pivot central (90 vers), se redouble d’une autre, plus secrète, qui les couple par cercles concentriques (I + IX ; II + VIII ; III + VII ; IV + VI)Zehnacker et Fredouille (2005), ., lesquels correspondent à des thèmes (malheurs des paysans expropriés ; tourments de l’amour ; joutes poétiques ; élévation au niveau universel et cosmique) autant qu’à des formes (alternance de dialogues et de chants continus), et obéissent aux mêmes proportions numériques que dans la première architecture, soit : I + IX + II + VIII (333 vers), face à III + VII + IV + VI (330 vers).
Géorgiques
Ce poème didactique, terminé en -29Zehnacker et Fredouille (2005), ., se divise en quatre livres (514, 542, 566, 566 vers), abordant successivement la culture des champs, l’arboriculture (spécialement la vigne), l’élevage et l’apiculture : Livre I - blé et saison du laboureur ; Livre II - vigne et olivier ; Livre III - élevage du bétail ; Livre IV - rucher.
S’inspirant surtout d’HésiodeZehnacker et Fredouille (2005), ., de Lucrèce et d’Aratos, mais aussi de Théophraste, de Varron, de Caton l'Ancien, Virgile trace son chemin propre en infusant à l’intérieur de la matière proprement didactique, souvent aride et ingrate en soi, ce que l’on pourrait appeler , faite d’une extraordinaire empathie à l’égard de tous les êtres, qui anime l’inanimé, comprend de l’intérieur végétaux et animaux, participe activement au travail à la fois pénible et exaltant du paysan.
Les Géorgiques sont beaucoup moins un traité d'agriculture (aussi ne visent-elles pas à l'exhaustivité) qu’un poème sur l'agriculture ; elles s'adressent au moins autant à l'homme des villes qu'à l'homme des champs. Elles offrent à l'amateur de poésie un plaisir sans cesse renouvelé, autant par leur sujet même qui explore notre relation au monde et à la nature, que par le souffle qui les soulève de bout en bout, et par l'extraordinaire variété de leur style. Virgile sait interrompre son exposé didactique par des digressions anecdotiques ou mythologiques., véritables morceaux de bravoure qui sont autant de dans le poème.
On peut citer : la description de l'araire (livre I), l’hymne au printemps, l’éloge de l’Italie et celui de la vie champêtre (livre II), l’épizootie du Norique (livre III), le jardin du vieillard de Tarente, le mythe d'Aristée et celui d'Orphée et Eurydice (livre IV), Notice d'Alain Michel..
Énéide
vignette|droite|upright=1.5|Virgile écrivant l’Énéide entre Clio et MelpomèneCe « Virgile écrivant l'Énéide » est découvert vers 1870 à Sousse par Gian Maria Massa [1816-1890] dans le jardin d'une maison qu'il rénovait, et fut offert au contrôleur civil de Sousse qui l'a remis au Musée de Sousse pour ensuite, être transféré à Tunis., mosaïque du musée national du Bardo, Tunis.
Offrir à Rome une épopée nationale capable de rivaliser en prestige avec lIliade et l’Odyssée, tel est le premier défi que Virgile avait à relever en entreprenant l’Énéide au cours des 11 dernières années de sa vie. Mission réussie, puisque, l’œuvre à peine publiée, son auteur fut communément salué comme un alter Homerus, le seul capable de disputer à Homère sa prééminence au Parnasse.
Virgile ne cache d’ailleurs nullement son ambition. Au niveau architectural le plus visible (car l’Énéide fait jouer simultanément plusieurs « géométries »), le poème se compose d’une Odyssée (chants I à VI : les errances d’Énée, rescapé de Troie, pour atteindre le Lavinium) suivie d’une Iliade (chants VII à XII : la guerre menée par Énée pour s’établir au Lavinium)Zehnacker et Fredouille, ..