La vallée de l'Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence, possède une histoire riche, de la Préhistoire à nos jours.

Protohistoire

Les premiers habitants de la vallée de l'Ubaye s'y installèrent probablement vers l'âge du bronze, dans la Moyenne vallée de l'Ubaye, zone où la vallée est la plus large et la plus fertile.

Des tombes et tertres de l'âge du fer ont été retrouvées dans la vallée, notamment la terte des Sagnes, datant du , qui indiquent la réoccupation d'un site plus ancien datant de -4000 environ Archéologie de la vallée de l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence, France), premiers résultats d’un projet collectif de recherche.

Une étude approfondie de 1966 envisage qu'antérieurement à la présence romaine, deux peuplades distinctes divisaient la vallée, l'une occupant la moyenne vallée (future Civitas Rigomagensis), l'autre la haute vallée en amont de Jausiers (futur Vallis Moccensis). Elle affirme que « les documents du haut Moyen Âge et du Moyen Âge marquent tous une nette distinction entre ces deux cantons naturels, dont il faut peut-être chercher l'origine dans le peuplement pré-romain de la valléeGuy Barruol, Rigomagus et la vallée de Barcelonnette, actes du congrès historique Provence-Ligurie note 4 de la page 57. »

Antiquité thumb|upright=1.3|D'après le marquis de Saint-Simon, Hannibal aurait traversé les Alpes en passant par la vallée de l'Ubaye, mais cette hypothèse est aujourd'hui rejetée par la majeure partie des historiens

Au début du millénaire , des bergers ligures s'installèrent dans la vallée de l'Ubaye, d'abord l'été pour faire paître leurs moutons, puis toute l'année. D'après Polybe, ils étaient « à peu près sauvages, se nourrissant du lait de leurs brebis et du produit de leur chasse, sans lois, sans industrie, vivant dans des cabanes informes, couvertes de chaume et de roseau, dispersées çà et là ».

Quelques siècles plus tard, l'arrivée des Celtes donna naissance à un peuple celto-ligure « très nombreux » selon Polybe, belliqueux mais néanmoins civilisé et commerçant, dont César vanta la bravoure : les ÉsubiensRecherche sur la géographie ancienne et les antiquités du département des Basses-Alpes, page 30, le col de la Magdeleine étant l'ancien nom du col de Larche, Colle della Maddalena en italienDictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, page 115. L'ouvrage Histoire des Gaules place aussi les Ésubiens dans la vallée de l'UbayeHistoire des Gaules, et des conquêtes des Gaulois depuis leur origine jusqu'à la fondation de la Monarchie française, 1754.

Au , les Esubiens se confédérèrent avec leurs voisins des Alpes du Sud, donnant naissance à une confédération d'une douzaine de tribus.

D'après certains auteurs anciens, comme le marquis de Saint-Simon ou Aymar du Rivail, ce fut dans la vallée de l'Ubaye que se fit le passage des Alpes par Hannibal, au col du Longet ou au col de Larche. Il existe par ailleurs, près du col de la Bonette, un lieu-dit de la « Pierre d'Hannibal ». D'après Paul Azan, les Ésubiens auraient fait partie des peuplades alpines s'étant alliées avec Hannibal contre Rome. Cependant, ces hypothèses sont rejetées par les historiens modernesSerge Lancel, Hannibal, Fayard, 1995 .

En 58 , les Esubiens firent partie de l'alliance qui tenta d'empêcher César de franchir les Alpes au col du Montgenèvre. Les Romains furent vainqueur grâce à l'appui de Donnus, un roitelet ligure romanisé allié de Rome, qui régnait sur un petit royaume dans l'actuelle partie italienne des Alpes du Sud et qui avait Segusio (Suse) pour capitale. En récompense, César agrandit le royaume de Donnus de la vallée de la Haute-Durance et de la vallée de l'Ubaye (appelée Vallis Montium par les Romains, la « vallée des Monts »), signant la fin de l'indépendance ésubienne.

À la mort de Donnus en 44 , la vallée de l'Ubaye passa donc à son fils, Marcus Julius Cottius. En 14 , ce dernier se révolta contre Auguste, puis voyant qu'il ne pouvait vaincre, capitula. Son royaume fut intégré à l'Empire romain et divisé en deux provinces. La vallée de l'Ubaye, maintenant terre romaine, fut intégré à une petite province ayant l'actuelle Embrun pour capitale et gouverné par un certain Albanus Bassulus. Peu après, cette petite province fut intégrée à la Gaule narbonnaise. En 36 , la vallée fut intégrée par Néron dans la province des Alpes Cottiennes.

L'archéologie confirme l'implantation romaine dans la commune de Faucon-de-Barcelonnette (présence de tombeaux et autres vestiges)Recherche sur la géographie ancienne et les antiquités du département des Basses-Alpes, à partir de la page 31. Par ailleurs, une voie romaine reliant l'Italie à Gap traversait la vallée, passant par le col de Larche. Par ailleurs, il est possible qu'un camp militaire romain ait été installé près de l'actuel village de Tournoux, hameau aval de Saint-Paul. D'ailleurs, le nom de ce hameau proviendrait de Turnus, un général romain, ou alors d'après d'autres sources du mot "Turris Nova", ce qui pourrait confirmer une implantation militaire.

Après cela, la vallée de l'Ubaye se dépeupla de ses habitants originels, se couvrant petit à petit d'épaisses et sombres forêts de mélèzes, si bien que plus tard, durant le Haut Moyen Âge, elle fut nommée Vallis Nigra : la Vallée Noire. Seuls quelques petits villages et hameaux restaient, dispersés.

Au , saint Pons débuta l'évangélisation de la vallée, suivi au par saint Domnin et saint Vincent. Elle fut rattachée au diocèse d'Embrun, et cela jusqu'à la Révolution.

Moyen Âge Haut Moyen Âge Après la chute de l'Empire romain, la vallée de l'Ubaye passa aux Wisigoths en 476, puis aux Ostrogoths en 509, puis aux Francs en 539. Elle fit donc partie de l'empire de Charlemagne, pour ensuite appartenir à la Francie médiane, puis au royaume de Bourgogne en 855, avant de devenir possession du royaume d'Italie en 863.

Au , des pillards sarrasins s'implantèrent dans les hauteurs de la vallée, dévastant la région. Leurs présences auraient influencé certains toponymes comme Maurin (hameau de Saint-Paul-sur-Ubaye), La Maure (hameau de Barcelonnette) ou Le Pied de la Maure (lieu dit d'Uvernet-Fours, mais ces interprétations ne font pas l'unanimité. Ils ne furent éliminés qu'en 983.

Moyen Âge central L'Ubaye fut ensuite transféré du Royaume d'Italie au royaume de Provence avant de tomber sous la coupe du Saint-Empire romain germanique en 1032. Elle fit ensuite partie du comté de Provence jusqu'en 1388.

Au , des immigrants venus d'Italie s'installent dans la vallée, qui reprend peu à peu vie après avoir végété depuis l'époque romaine. À l'époque, les deux gros bourg de la vallée étaient Faucon (aujourd'hui Faucon-de-Barcelonnette), où vivait les seigneurs de la vallée, et Drolla (l'actuel Saint-Pons). En 1230, ces deux villes se mirent d'accord pour fonder une ville nouvelle, à égale distance entre les deux, au lieu-dit de Bérardon. Avec l'accord de l'archevêque d'Embrun et du comte Raimond-Bérenger IV de Barcelone, ce fut la naissance de Barcelonnette en 1231. Le comte en fit la capitale administrative de la vallée, qui entre le et le milieu du fut appelée « vallée de Barcelonnette ». Le comte offrit aussi à la vallée de nombreux privilèges financiers (notamment le droit de ne pas payer de taxes sur le sel) et une grande autonomie. Il y eut juste un magistrat nommé par le comte et chargé de rendre justice en son nom, le viguier. Sinon la vallée était administrée par des conseils dont les membres étaient élus tous les ans par les chefs de familles.

Moyen Âge tardif La Provence passa plus tard à la maison d'Anjou. La vallée passa sous la dépendance de la sénéchaussée de Forcalquier, et dû partager sa viguerie avec Seyne. La vallée de l'Ubaye comme le reste de la Provence eu à souffrir de cette domination de la maison d'Anjou durant le (taxes, pillages, etc.). De plus, l'Ubaye fut touchée par la peste noire en 1348 et en 1349, et dans les années 1360 plusieurs hivers plus rigoureux que coutume eurent lieu. Après ces calamités, les comtes de Provence se lancèrent dans des guerres coûteuses dans les années 1380. C'était plus que les Ubayens pouvaient supporter. En 1383, les habitants de Saint-Paul-sur-Ubaye demandèrent au comte de Savoie Amédée VII d'annexer leur commune, ce qu'il fit, en leur rendant les privilèges autrefois accordée par Raimond Bérenger IV à la vallée. En 1388, le reste de la vallée de l'Ubaye était annexée par la Savoie. Trop concentrés par leurs guerres italiennes, les comtes de Provence ne firent rien pour reprendre la vallée.

Durant plus d'un siècle, l'Ubaye avec ses privilèges retrouvés vécut en paix sous le giron savoyard, avec une grande autonomie.

Temps modernes Émergence d'un passage convoité thumb|François , roi de France et premier chef de guerre moderne à avoir exploité la valeur militaire de la vallée de l'Ubaye

En 1515, les cols du Mont-Cenis et de Montgenèvres étant surveillés par les Suisses, François décida de passer les Alpes par le col de Larche, avec , et près de 400 pièces d'artilleries. Un immense travail fut nécessaire aux troupes du génie pour transformer le sentier commercial muletier en voie apte au charroie pour ce conflit majeur d'artillerie. Cet épisode donna une dimension stratégique toute nouvelle à la vallée de l'Ubaye.

En 1536, ne doutant pas que Charles Quint allait emprunter le col de Larche pour attaquer la France, il ordonna à ses troupes de pratiquer la tactique de la terre brûlée en Ubaye, faisant beaucoup de dégâts. Par la suite, Charles Quint modifia son itinéraire, ce qui évita à la vallée de subir le passage et l'occupation d'une armée ennemie. En 1538, un accord entre François et Charles Quint fit officiellement de la vallée de l'Ubaye une terre française après des années de possession française officieuse ; un accord appelée la « Trêve » ou paix de Nice met fin à la huitième guerre d'Italie.

En 1559, la paix du Cateau-Cambrésis rendit la vallée de l'Ubaye au duché de Savoie. Une nouvelle fois, le duc de Savoie rendit aux Ubayens leurs anciens privilèges, révoqués par François .

En 1589, de nombreux protestants en fuite vinrent se réfugier dans la vallée de l'Ubaye. Les Ubayens étaient très attachés au catholicisme, mais étaient aussi très tolérants et les accueillirent donc volontiers. Cependant, certains protestants tentèrent de les convertir à la Réforme, et devant le refus des habitants, utilisèrent le meurtre et la menace. À la suite des plaintes ubayennes, le duc de Savoie leur offrit la capitulation ou la mort, et ils furent pourchassés. Par la suite, le chef des protestants dans les Alpes, Lesdiguières, ravagea l'Ubaye et assiégea Barcelonnette. Il en détruisit les remparts puis quitta la vallée. Depuis ce jour, il n'y eut plus de protestants dans la vallée de l'Ubaye.

En 1629, et 1630, la vallée de l'Ubaye fut de nouveau frappée par une épidémie de peste, qui fit de nombreux morts.

En 1646 fut créé le collège religieux de Barcelonnette, établissement renommé dans toutes les Alpes au .

Le contexte était alors à la redynamisation catholique qu'on nomme maintenant la « contre-réforme ». Elle prenait en Ubaye un caractère particulier avec de très vives tensions. Sous l'impulsion du pouvoir savoyard et refusant très souvent d'abjurer, les protestants furent quasiment chassés par les pressions en 1634, anticipant ainsi les départs en Dauphiné à la suite de la révocation de l'édit de Nantes de 1685.

La guerre de 1688 ayant de nouveau montré l'importance stratégique de l'Ubaye, des forteresses furent construites près de l'actuelle commune de Saint-Vincent-les-Forts, pour surveiller la frontière franco-savoyarde au niveau de l'Ubaye.

Séparation des vallées occitanes, rupture culturelle vignette|gauche|Jacques Fitz-James de Berwick, maréchal de France, responsable du rattachement de l'Ubaye à la France en 1713.