La plupart des sinogrammes sont composés de plusieurs éléments graphiques juxtaposés (voir Composition d'un sinogramme). Les clés ou radicaux des sinogrammes sont des éléments graphiques qui entrent dans la composition des sinogrammes et qui sont utilisés pour les classer. Ce classement peut parfois avoir une certaine cohérence avec le sens des sinogrammes en question, c'est-à-dire que des sinogrammes partageant la même clé appartiendront à un même champ lexical.

La liste de clés utilisée actuellement par la plupart des dictionnairesVoir par exemple le Dictionnaire classique de la langue chinoise (中國古文大辭典), F.S. Couvreur S.J., Kuangchi press 1966. est partiellement arbitraire. Elle trouve son origine dans le Dictionnaire de caractères de Kangxi (1716), qui a classé tous les caractères par des composants « tête de section », pris dans une liste de deux cent quatorze radicaux. Depuis, cette liste ou des variantes de celle-ci est utilisée par la plupart des dictionnaires, principalement pour classer graphiquement les caractères. Ce classement est également utilisé dans les dictionnaires japonais pour classer les sinogrammes utilisés dans cette langue sous le nom de kanji.

Radical et clé

Une grande confusion règne entre les notions de radical et de clé. Un radical, tel qu'utilisé par Ramsey (1987, pp.136-137) Wieger (e.g., p.14-15), est un élément graphique d'un sinogramme comportant un sens. Ainsi le sinogramme 好 comporte 2 radicaux distincts : 女 et 子. La clé est le radical principal, celui qui va permettre de classer le sinogramme. La clé correspond à la notion de 部首.

Clé et linguistique vignette|gauche|Le caractère 媽 mā, qui signifie en chinois « mère », est formée par la clé nǚ (女), qui signifie « femme » et est située à gauche.

Les clés sont des radicaux (du latin radix, « racine »). En linguistique, ce terme désigne habituellement la plus petite et plus ancienne unité lexicale (sur base de laquelle on peut former des mots). Par analogie, les sinologues ont initialement utilisé ce terme pour désigner la partie d'un caractère chinois qui rappelle un sens. Par la suite, ce même terme a été utilisé pour un sens dérivé, le bushou (部首, en hanyu pinyin bùshǒu, en japonais bushu, en coréen busu), qui signifie littéralement la « tête de section », c'est-à-dire la section (ou clé) sous laquelle le caractère est rangé dans un dictionnaire. Il est fréquent que ces deux significations coïncident mais ce n'est pas systématique pour tous les caractères chinois. La fonctionnalité équivalente en cunéiforme ou en hiéroglyphes est appelée le déterminatif.

Par exemple, dans le caractère 媽 mā (« mère »), le radical de gauche (女), qui se prononce nǚ en chinois mandarin, est à la fois une indication sémantique (l'idée de femme) et la clé de dictionnaire sous laquelle le caractère est rangé. Inversement, le radical à droite du caractère, 馬 mǎ, fournit ici une indication purement phonétique : ce caractère signifie « cheval », sans rapport aucun avec le sens de « mère ».

Il faut souligner que le radical qui sert de clé ne donne pas nécessairement d'indication sémantique. Certaines clés ont une origine phonétique, d'autres sont purement conventionnelles.

En japonais particulièrement, pour éviter toute confusion, on distinguera la clé (indiquant une description sémantique ou idiologique) du radical phonétique (indiquant la prononciation sino-japonaise du caractère). Cette distinction entre clé et radical phonétique est présente dans la majorité des cas mais pas toujours : il existe des Kanji dont la clé joue aussi le rôle de radical phonétique (exemple : 后).

Exemple : 親 et 新 se prononcent tous deux "shin" car ils possèdent le même radical phonétique : 亲. En revanche, la clé n'est pas la même et c'est ce qui fait que la description diverge totalement : le premier décrit le parent alors que le second décrit quelque chose de nouveau.

Singularisation des clés vignette|L'émergence du rôle à part des clés semble tout devoir aux lexicographes : afin de classer les caractères et de pouvoir les retrouver, il fallait en effet trouver un système, une structure L'émergence du rôle à part des clés semble tout devoir aux lexicographes : afin de classer les caractères et de pouvoir les retrouver, il fallait en effet trouver un système, une structure. L'origine des clés remonte au lexicographe Xu Shen (許慎/许慎 Xú Shěn, 58–147), qui vécut sous la dynastie des Han orientaux). Dans un ouvrage fondamental pour la lexicographie chinoise, le Shuowen jiezi (說文解字/说文解字, Shuōwén jiězì, « Explication des caractères et analyse des composés », quinze volumes publiés en 121), premier « vrai » dictionnaire de caractères écrit selon une démarche « scientifique », celui-ci classa les caractères recensés, environ dix mille, par clé (部首 bùshǒu « partie capitale »), en les appariant selon cinq cent quarante éléments graphiques et souvent sémantiques communs. C'est cette analyse qui lui a permis d'établir la première liste des radicaux (voir l'article Classification des sinogrammes pour plus de détails sur cette nomenclature très ancienne qui est aussi détaillée pour la première fois par Xu Shen).

Cette liste de clés a été ramenée à deux-cent quatorze dans les dictionnaires actuels (à partir du 字彙/字汇 Zìhuì, « Collection de caractères », de 梅膺祚 Méi Yíngzuò, 1615, liste entérinée par le 康熙字典 Kāngxī zìdiǎn « Dictionnaire de caractères de Kāngxī », 1716, et qui porte souvent son nom), chiffre modulable selon que les formes secondaires de tel ou tel radical sont recensées indépendamment ou non. La quasi-totalité des dictionnaires classiques fonctionne maintenant sur le classement par radicaux (voir l'article Dictionnaires de sinogrammes pour comprendre l'importance d'un tel classement pour la recherche dans les dictionnaires). En revanche, les dictionnaires édités dans les dernières décennies en Chine populaire classent les caractères suivant l'ordre alphabétique (latin) de leur transcription pinyin. Le classement par clé y est adjoint, de façon secondaire, sous forme d'un index qui renvoie le numéro de page mentionnant le caractère.

Depuis l'élaboration de la liste des clés, tout caractère doit, graphiquement, ne comporter que tout ou partie de ces radicaux, s'additionnant toujours dans le respect du carré théorique. De radicaux sémantiques, ils ont acquis celui d'éléments fondamentaux de l'écriture, des radicaux graphiques : en dernière analyse, il doit toujours être possible de décomposer un caractère, aussi complexe soit-il, en radicaux fondamentaux que l'on peut estimer à environ cinq cents (puisque pour de nombreux radicaux recensés par les dictionnaires, il existe des variantes).

La méthode des radicaux est assez universelle et la liste des 214 radicaux classiques sert de standard de facto. Ils servent également pour le codage informatique des caractères chinois et le codage unicode suit cette liste.

Mais la liste des radicaux effectivement utilisée peut varier d'un dictionnaire à l'autre. Certains radicaux rares sont regroupés sur d'autres plus communs et des formes simplifiées sont au contraire considérées comme des clefs indépendantes.

En pratique, les clefs sont utilisées comme un outil de classement lexicographique et les traditionnelles considérations sémantiques, étymologiques ou phonétiques ne sont plus guère prises en compte.

Emplacements principaux Il existe sept emplacements portant des noms particuliersListe des emplacements des radicaux et leur nom:

+ Liste des emplacements principaux des radicaux Place Nom japonais ExempleÀ gauchehen 偏女 dans 姫À droitetsukuri 旁欠 dans 飲Au-dessuskanmuri 冠雨 dans 雪Au-dessousashi 足心 dans 思En haut et à gauchetare 垂れ尸 dans 屍En bas et à gauchenyou 繞廴 dans 建Autourkamae 構門 dans 閉

Repérage de la clé Dans les images ci-dessous, la partie rouge du caractère est le radical. Radicaux sémantiques + phonétiquesidéo-phonogrammes Radicaux sémantiques + sémantiquesidéogrammes centré 姐 jiě « sœur aînée » → « femme » + élément phonétique 且 qiě centré 好 hǎo « (être) bon » → « femme » + 子 zǐ « enfant » (cliché de la femme tenant son enfant dans les bras comme symbole de la bonté) centré 媽 mā « maman » → « femme » + élément phonétique 馬 mǎ centré 姓 xìng « noms de famille » → « femme » + 生 shēng « naissance » (origine dans une ancienne coutume matrilinéaire ou dans l'habitude de désigner les épouses par « femme » + nom de clan dans les inscriptions votives Zhou) centré 她 tā « elle » sur le modèle de 他 tā « il » par remplacement du radical 亻 « homme » pour indiquer le genre. centré 妾 qiè « concubine » → « femme » + 立 lì « debout » ; la concubine n'est pas une épouse en titre et a rang d'attendante, de servante.

On a choisi, à dessein, des exemples dans lesquels le radical graphique reste sémantique. Ce n'est pas toujours le cas. De plus, dans ces caractères, il est aisé de distinguer l'élément phonétique, le cas échéant, du radical, ce qui s'avère parfois plus complexe.

Identification de la clé d'un caractère vignette|Quelques radicaux. Place de la clé Dans les exemples précédents, le radical 38 : 女 (femme), est placé à gauche (dans 妞, 媽, 她, 好 et 姓) mais au-dessous dans 妾. Sa position la plus fréquente est à gauche, plus rarement en dessous mais il peut également apparaître (plus rarement) à droite (妆, 奿 et 妝). Le radical clé 女 n'apparaît jamais en position supérieure mais d'autres le font fréquemment, voire toujours, par exemple 40 : 宀 (toit), 118 : 竹 (bambou), etc. En fait, une clé peut apparaître n'importe où dans un caractère composé. On ne peut pas s'appuyer sur la place de tel ou tel composant pour identifier avec certitude quel est le radical clé d'un caractère. Cependant, en général, la clé se place plus fréquemment à gauche.

En revanche, deux radicaux homographes sont distingués par la place : 阝 « ville » (graphie en composition de 邑 yì ; voir plus bas) est toujours à droite comme dans 邗 tandis que 阝 « colline » (forme en composition de 阜 fù) est à gauche comme dans 阞.

Formes variables des radicaux En composition, c'est-à-dire dès qu'ils apparaissent accompagnés d'un autre radical ou d'un élément phonétique, nombre de radicaux changent de forme et s'adaptent (resserrement, écrasement), de façon à entrer dans le carré fondamental (voir l'article Composition d'un sinogramme).

Des modifications de forme plus importantes existent cependant pour un certain nombre de caractères, souvent par simplification du tracé. Ces graphies simplifiées sont souvent héritées des styles cursifs. On parle d'une « graphie en composition » dont certaines possèdent plusieurs variantes. En fait, le choix de la graphie dépend principalement de la place qu'occupe le radical par rapport aux autres constituants du caractère. La graphie en composition n'est enfin pas toujours obligatoire (dans l'image ci-dessus, la couleur bleue désigne les graphies « irrégulières »).

Parmi les graphies en composition le plus notables (outre 邑 → 阝 et 阜 → 阝), on peut citer : 刀 « couteau » qui devient 刂 à droite d'un autre élément : exemples : 分, 召 ~ 刖 ; contre-exemple : 切 ; 人 « homme » → 亻 à gauche : 囚, 仄, 坐 ~ 他 ; 心 « cœur » → 忄 à gauche (plus rarement ⺗) : 杺, 您, 恭* ~ 快 ; *) Noter la deuxième forme écrasée de 心, ⺗, lorsqu'il est au-dessous. 手 « main » → 扌 à gauche : 杽, 拏, 掱 ~ 扡 ; contre-exemple : 掰 ; 水 « eau » → 氵 à gauche : 汆, 呇, 沊 ~ 池 ; contre-exemple : 沝 ; 火 « feu » → 灬 au-dessous : 伙, 秋, 灱 ~ 黑 ; contre-exemple : 災 ; 犬 « chien » → 犭 à gauche : 伏, 突, 嵇 ~ 狙 ; 目 « œil » → ⺫ au-dessus : 助, 見, 盲 ~ 曼.

Dans ces exemples, il n'importe pas de savoir si le radical est sémantique ou seulement graphique. La démonstration reste la même. L'image ci-dessus (dont on peut obtenir une version plus large) montre en bleu les radicaux qui n'ont pas la forme attendue.

La simplification ayant concerné certains radicaux, on trouve maintenant de nouvelles formes : 食 devient 飠 en composition dans les caractères traditionnels mais 饣 dans les simplifiés.

Radicaux les plus fréquents