Henri Wallon, né le à Paris et mort le à Paris , est un psychologue, médecin, résistant et homme politique français d'origine belge. Considéré comme un des grands psychologues de l'enfant, il est directeur d'études à l'École pratique des hautes études (EPHE) et professeur au Collège de France. Son nom est associé au plan Langevin-Wallon, projet de réforme du système éducatif français (1947).
Biographie Henri Wallon naît à ParisArchives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance , date et lieu du décès mentionnés en marge de l’acte (consulté le 5 janvier 2013)., dans une famille républicaine et catholique originaire du Nord. Il est le petit-fils de l'homme politique et historien Henri Wallon, dont la contribution à la création de la Troisième République est décisive : il fait notamment adopter l'amendement Wallon, qui consacre l’existence de la République.. Wallon s'engage politiquement au moment de l'affaire Dreyfus, aux côtés de son ami d'enfance Henri Piéron, avec qui il a passé l'agrégation de philosophie.
Le beau-frère d'Henri Wallon était le géographe Albert DemangeonGénéalogie de la famille Wallon, sur le site consacré à Henri Wallon (1812-1904).. Sa nièce, Simone Wallon, était conservatrice du département de musique de la Bibliothèque nationale de France.. Il est inhumé au Cimetière du Montparnasse (division 29).
Formation et parcours de recherche
Formation et débuts en psychologie Henri Wallon est élève au lycée Louis-le-Grand, puis à l'École normale supérieure (1899-1902). Agrégé de philosophie en 1902, il enseigne cette discipline durant une année au lycée de Bar-le-Duc, puis il reprend des études de psychologie et médecine, grâce à une bourse de la Fondation Thiers. Il devient Docteur en médécine en 1908, lorsqu'il soutient sa thèse de médecine intitulée Délire de persécution : le délire chronique à base d'interprétation à l'hôpital de la Salpêtrière. La thèse d'État de l'historien Lucien Febvre, publiée en 1912, lui est dédiée.Il débute en psychologie par des consultations dans un centre médico-psychologique (1908-1931), comme assistant du Professeur Nageotte à Bicêtre et à la Salpêtrière, ce qu'il reste jusqu'en 1931.
Mobilisé comme médecin durant la Première Guerre mondiale et s'intéresse à la neurologie...
Enseignement et recherche En 1920, il devient chargé de cours à la Sorbonne, jusqu'en 1937. Il fonde alors le Laboratoire de Psychologie de l'Enfant (1922/1925).
Il soutient en 1925 sa thèse de doctorat ès lettres intitulée L'enfant turbulent.En 1926 il publie des articles sur la conscience dans le Traité de Psychologie de G. Dumas (Psychologie pathologique).
En 1927, il est nommé directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Etudes (1927). La même année il devient Président de la Société de Psychologie (Société savante renommée Société Française de Psychologie en 1941), pour an comme le veut alors l'usage..
En 1929, il devient Professeur à l'Institut National d'Orientation Professionnelle (INOP) (qui devient l'Institut National d'Etude du Travail et d'Orientation Professionnelle en 1942), créé en 1928 par son ami et confrère le psychologue Henri Piéron, jusqu'en 1949. Sur la même période, il est également membre du Conseil Directeur de l'Institut de Psychologie de l'Université de Paris.
Il publie en 1930 Principes de Psychologie appliquée, puis Les origines du caractère chez l'enfant (1934)
Il préside en 1936 une commission interministérielle visant à recenser les enfants considérés comme « déficients » ou « retardés » en France et à mettre au point des méthodes (tests) utilisables pour une telle enquête. L'étude est annulée faute de crédits, mais elle est relancée en 1943, durant la Seconde Guerre mondiale sous la direction du Mande, à l'initiative de deux anciens membres de la commission : Henri Decugis et le Georges Heuyer..
Il est nommé professeur au Collège de France (1937)Décret du 14 février 1937, archives du Collège de France. dont il prendra sa retraite en .
Il publie La vie mentale (1938). Interdit d'enseignement par le régime de Vichy, il publie durant la seconde guerre mondiale L'évolution psychologique de l'enfant (1941), de l'acte à la pensée (1942).
Après-guerre, il poursuit ses activités d'enseignement et de recherche, en plus de ces activités politiques. Il publie Les origines de la pensée chez l'enfant (1945), puis Les mécanismes de la mémoire, avec G.-Evart Chenichietski (1950Benoît Lépinat, « », Marx au Collège de France, édité par Antoine Compagnon et Pierre-Michel Menger, Collège de France, 2024, (lire en ligne )).
En 1951, il est Président de la Société Médico-Psychologique.
Un engagement pédagogique
Auprès du GFEN Le Groupe Français d'Education Nouvelle (GFEN) est créé en 1922 comme la section française de la Ligue Internationale pour l'Education Nouvelle (LIEN), avec comme premier président Paul Langevin. Admirateur de l'oeuvre de Decroly, Henri Wallon est vice-président du GFEN de 1929 à la guerre. Il en devient le président en 1946, à la mort de Paul Langevin, jusqu'à son décès en 1962..
Au sein de la Société Française de Pédagogie (SFP) Entre 1925 et 1937, il contribue comme conférencier ou président de séance à la Société Française de Pédagogie. En 1933, il y remplace Henri Piéron à la tête de la section de pédagogie générale. Cette même année, le bulletin de la SFP, publie d'ailleurs une conférence d'Henri Wallon du au palais de la Mutualité, dans le cadre de l'hommage à la mémoire du Dr Decroly, Les anormaux dans l'oeuvre de Decroly. En 1937, il succède à Paul Langevin comme Président de la Société Française de Pédagogie. Son intervention au congrès international de l'Enseignement primaire et de l'Education populaire qui se tient à Paris du 23 au paraît ainsi dans le Bulletin de la société (n°66, janvier-), avant même la parution des actes de cette manifestation (par la Société universitaire d'édition et de librairie, )Gutierrez, Laurent. « La Société française de pédagogie (1919-1938) ». Formation, transformations des savoirs scolaires, édité par Pierre Kahn et Youenn Michel, Presses universitaires de Caen, 2016, https://doi.org/10.4000/books.puc.12802.
Analysant les thématiques des articles publiés dans le bulletin de la SFP entre 1919 et 1938, Laurent Gutierrez note que
Fondation de la revue Enfance Il fonde en 1948 avec Hélène Gratiot-Alphandéry la revue Enfance, revue scientifique consacrée au développement de l'enfant dans ses aspects sensoriel, moteur, cognitif, émotionnel, social et langagier. Sa préface du premier numéro synthétise la dimension pédagogique :
Engagement politique
Philosoviétisme et participation active à la diffusion des idées marxistes Autour des années 1930, aux côtés d'autres personnalités comme Paul Langevin, René Maublanc, Marcel et Lucy Prenant ou encore Armand Cuvillier, Wallon participe à l'animation de la commission scientifique du Cercle de la Russie neuve (CRN) , fondé sous l'égide de la Société panrusse pour les relations culturelles avec l'étranger (VOKS). La VOKS rend possible des relations avec les scientifiques russes, par l'organisation de journées internationales d’échanges scientifiques. Wallon participe à la VIIe Conférence de psychotechnique à Moscou en 1931Isabelle Gouarné, , Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. "Histoire", citée par Benoît Lépinat, « », Marx au Collège de France, édité par Antoine Compagnon et Pierre-Michel Menger, Collège de France, 2024, (lire en ligne ). La même année, il devient membre de la SFIO.
Au sein de la commission scientifique du CRN (devenu, à partir de 1936 l’Association pour l’étude de la culture soviétique), Wallon coordonne les deux volumes À la lumière du marxisme (1935 et 1937), publiés aux Éditions sociales internationales. Il en rédige les introductions et l’un des chapitres sur « psychologie et technique », et participe ensuite à l’Université ouvrière porté par la direction du PCF.
Il donne des cours à l’Université ouvrière, consacré à l’individu (1936) ou aux rapports entre individu et société (1937).
A l’occasion de l’élection de Wallon au Collège de France, l'Université ouvrière organise une fête en présence des professeurs de l’UO et de responsables du Parti communiste. c'est le philosophe marxiste Georges Politzer qui y prononce un discours au nom des enseignantsVoir Archives nationales, « Henri Wallon », 360 AP 17, et Georges Cogniot, Parti-Pris, Paris, Éditions sociales, 1976, t. 1, p. 435., cité par Benoît Lépinat, op. cit.
La Seconde Guerre mondiale et l'adhésion au Parti Communiste Français Pendant la Seconde Guerre mondiale, Henri Wallon est interdit d'enseignement par le régime de Vichy et rejoint la Résistance, sous le pseudonyme « Hubert ».. Il adhère au PCF en 1942, à la suite de l'exécution de Georges Politzer et Jacques Solomon : .. Il quitte son laboratoire sur ordre de la Résistance afin de ne pas être arrêté. Après s'être caché pendant quelques jours, il rentre avec sa femme, Germaine Wallon, à son domicile de la rue de la Pompe à Paris, sans réintégrer son laboratoire.
Du Gouvernement provisoire au Plan Langevin-Wallon À la libération, il fait partie du Gouvernement provisoire de la République française présidé par Charles de Gaulle en tant que secrétaire général de l'Éducation nationale, jusqu'au . Il réintègre les fonctionnaires du ministère de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts « frappés par le gouvernement de Vichy pour des raisons raciales ou politiques », rétablit les écoles normales, les instances des bibliothèques nationales, ainsi que les humanités modernes dans les lycées. Par ailleurs, Henri Wallon rattache les centres de formation professionnelle à la direction de l'enseignement technique, améliore le statut des agents des lycées, décide que les instituteurs seront nommés par les recteurs, que les bourses pour les étudiants seront augmentées, et crée des sessions spéciales d'examens pour les étudiants combattants.
Ses deux carrières politiques et de chercheur scientifique se rejoignent en 1944, lorsqu'il est nommé membre de la commission de réforme de l'enseignement qui élabore le plan Langevin-Wallon, d'abord comme vice-président, puis comme président à la mort de Paul Langevin.
En il siège à l'Assemblée consultative provisoire en remplacement de Frédéric Joliot-Curie. Il est ensuite élu député communiste (-1946).
Positions théoriques Henri Wallon énumère différents stades de construction de la personnalité. :
Le , de 0 à 6 mois, se caractérise par un « désordre gestuel » du bébé, des gestes impulsifs qui ne sont pas orientés. Puis, sous l'influence de l'entourage de l'enfant, se développe le « stade émotionnel », de 3 mois à 1 an, où les réactions motrices deviennent le moyen d’expression des émotions et de communication. Succède le « stade sensori-moteur et projectif », de 1 à 3 ans, correspondant à la période d’acquisition de la marche et du langage. L'enfant acquiert alors deux types d'intelligence : « l’intelligence des situations », par la manipulation d'objets, l'autre « discursive », par la faculté de les nommer.
L'enfant affirme ensuite de plus en plus sa personnalité : c'est le « stade du personnalisme » durant la tranche d'âge de 3 à 6 ans, qui commence par une première crise dans le développement avec la période du « non » au cours de laquelle l’enfant s’affirme comme différent d’autrui. Puis vers 4 ans, il entre dans une phase de séduction pour plaire à son entourage. Vers 5 ans s'instaure une période d'imitation de l'adulte. C'est un stade d’élaboration intime de l’individu.
Durant le « stade catégoriel », de 6 à 11 ans, l'activité intellectuelle prend le pas sur l'affectif. L'enfant scolarisé acquiert des capacités de mémoire volontaire et d'attention. Son intelligence accède à la formation des « catégories mentales » qui conduisent aux capacités d'abstraction.