Jean-Claude Pressac, né le à Villepinte et mort le , est un pharmacien français connu pour la qualité de ses publications sur l'histoire des chambres à gaz d'Auschwitz.
À partir des années 1960, il s'intéresse aux aspects techniques des chambres à gaz et, face à l'incohérence des données qu'on lui fournissait, se rapproche de Robert Faurisson et des thèses négationnistes. Pressac finit par rompre avec le négationnisme à la fin des années 1980 pour commencer à publier le fruit de ses travaux sur la Shoah. Il devient dès lors reconnu par la communauté historienne pour la précision de ses arguments confirmant l'existence des chambres à gaz, quoique ses méthodes et sa personnalité aient pu être critiquées par certains de ses pairs.
Une fascination précoce pour le nazisme et la « machinerie du meurtre de masse »
Jeunesse et formation
Fils d'un officier de réserve, Jean-Claude Pressac connaît une enfance où, selon lui-même, « son univers ludique était imprégné par l'armée. » Sa scolarité se déroule dans un établissement militaire pour les pupilles de la nation où enseigne son père, puis de 1954 à 1962 au Prytanée militaire de La Flèche où il côtoie un temps l'activiste négationniste Pierre Guillaume. Selon les témoignages de ses condisciples, il fait alors preuve d'« un très grand intérêt pour la langue allemande et pour tout ce qui touche de près au nazisme et aux camps de la mortCité par .. » Il se décrit lui-même à sa sortie du Prytanée comme un « vrai petit fachoPropos recueillis par Claude Weill, « Auschwitz : enquête sur la mécanique de l'horreur », Le Nouvel Observateur, 30 septembre 1993, cités par .. » C'est alors qu'il est, toujours selon lui-même, profondément marqué par la lecture de La mort est mon métier de Robert Merle, qui relate la vie du premier commandant du camp d'Auschwitz, Rudolf Höss ainsi que et ..
Après une tentative d'intégrer Saint-Cyr, il renonce à la carrière militaire et choisit le métier de pharmacien et .. Il reste fasciné par l'histoire de l'extermination, notamment à travers la lecture d'ouvrages tels que le discuté Treblinka de Jean-François Steiner ou les mémoires de Rudolf Höss. En 1966, il se rend une première fois en Pologne au Stutthof, à Treblinka, puis à Auschwitz. L'« histoire, plus exactement la machinerie du meurtre de masse, devient une de ses autres obsessions.. »
Intérêt pour l'extrême droite
Au tournant des années 1970, sans être un militant actif, il fréquente des cercles d'extrême droite : l'Œuvre française qui diffuse la brochure négationniste Six millions de morts le sont-ils réellement ? puis Ordre nouveau. Il adhère au Front national vers 1973, mais renonce rapidement par la suite à tout engagement politique et ..
D'un projet de roman au négationnisme
Il entame en 1975 l'écriture d'un roman en forme d'uchronie sur le dont un chapitre se serait déroulé au camp de Birkenau en Pologne.. Dérouté par les contradictions et invraisemblances qu'il dit avoir rencontrées dans ses lectures et dans le téléfilm Holocauste, doutant de l'existence même des fours crématoires et ., il se rend une deuxième fois à Auschwitz en . Il y rencontre le conservateur du musée Tadeusz Iwaszko ; ce dernier lui communique les plans des crématoires de Birkenau issus de la Direction des constructions SS (Bauleitung), mais Pressac les juge incompatibles avec une intention « criminelle ». C'est alors, selon lui, qu'il entend parler de Robert Faurisson, auquel il décide de s'adresser et . ; Nicole Lapierre s'étonne de l'insistance de Pressac sur le fait qu'il n'aurait découvert qu'alors le nom de Faurisson, « dans la mesure où c'est précisément la période où, en France, le négationniste défrayait la chronique sur ce sujet, les camps d'extermination nazis, qui passionnait Pressac ».
Collaboration et rupture avec Robert Faurisson (1980-1981)
Rencontre avec Faurisson
De retour en France, Jean-Claude Pressac rencontre Robert Faurisson par l'intermédiaire de son ancien condisciple Pierre Guillaume ; selon Pressac, « il n'y avait pas une réelle concordance de vue entre nous. Faurisson avait étudié le fonctionnement des chambres à gaz homicides d'Auschwitz et relevé les absurdités qu'il y avait découvertes. Il concluait que les SS n'avaient jamais pu y tuer les millions de Juifs comme l'affirmaient les survivants et les Polonais. Moi, j'étais troublé par l'arrangement des bâtiments crématoires qu'Iwaszko m'avait présentés comme criminels et qui ne l'étaient pas. Mais, chacun, avec ses propres critiques et réflexions, apportait de l'eau au moulin de l'autreCité par .. »
Entre le printemps 1980 et , Pressac travaille en étroite collaboration avec Faurisson et, dans une moindre mesure, avec Pierre Guillaume et . Voir également Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, (éd. 2005). Bien qu'ils se rejoignent dans leur refus d'une histoire officielle qu'ils considèrent dictée par la propagande communiste et dans celui des témoignages qu'ils jugent sans valeur., leurs objectifs diffèrent profondément : celui de Jean-Claude Pressac est de « trouver des documents originaux ou tout indice sur les lieux [Auschwitz] accréditant une thèse ou une autre. » tandis que Robert Faurisson, alors engagé dans plusieurs procès, est avant tout à la recherche d'un moyen de compléter sa documentation parcellaire afin d'assurer sa défense. Dès lors, comme le souligne Valérie Igounet, « l'optique de Robert Faurisson et de ses disciples est radicalement différente. Il s'agit pour eux d'aller dans le sens de la thèse négationniste, et, ce, de n'importe quelle manièreVoir et .. »
Premiers doutes
Durant cette collaboration, l'examen de l'argumentaire de Faurisson, notamment à propos du camp du Struthof et de sa chambre à gaz ou encore à propos du journal du médecin nazi Johann Paul Kremer, conduit Pressac à douter de plus en plus de la validité de la méthode de Faurisson, sans pour autant l'amener encore à remettre en cause le fond de la démarche négationniste.. Il considère, comme il le répète à Pierre Guillaume, que les négationnistes devraient « céder sur les chambres si vous voulez qu'ils cèdent sur les chiffresCité par . » et continue à agir au service de Faurisson, dans « le but alors recherché – mais non avoué – […] de prouver la validité des « arguments » négationnistes.. » vignette|Salle de fours dans le crématorium II de Birkenau (1943). Cependant, au cours d'un troisième séjour au camp d'Auschwitz en , le conservateur Tadeusz Iwaszko communique à Jean-Claude Pressac de nouveaux documents qui le convainquent, cette fois, que les thèses de Faurisson sont erronées ; il déclare à ce propos être passé « de l'espoir fou, en se disant que la thèse de Faurisson était bonne, à une claque historique et magistrale administrée par TadeuszCité par . Voir également . ». Approfondissant ses recherches avec l'aide du conservateur au fil de nouveaux séjours à Auschwitz, Pressac se forme à son contact à la méthode historique. Il découvre dans les plans et aménagements successifs des fours crématoires un nombre croissant de ce qu'il qualifie de « traces d'aménagement criminelles et .. » Pour Valérie Igounet, « peu à peu, Jean-Claude Pressac se détache de l'emprise psychologique et intellectuelle de celui qu'il considérait comme une sorte de guide. Il désire devenir un chercheur, débarrassé de toute obédience intellectuelle.. »
Rupture
Pressac rompt avec Faurisson en et devient « l'un de ses plus ardents adversaires ainsi que . » Cet antagonisme est également le fait de Robert Faurisson, pour qui « en quelques mois, Jean-Claude Pressac passe du statut de fidèle collaborateur […] à celui d'ennemi intime. La mauvaise foi et le ressentiment du négationniste à son égard sont évidents ». Cette rupture permet à Jean-Claude Pressac d'être par la suite progressivement considéré en France comme « un chercheur à part entière. ».
Des travaux reconnus (1982-1993)
Colloque de la Sorbonne (1982)
Après avoir dans un premier temps soumis infructueusement ses travaux à l'historien Georges Wellers, Pressac prend contact avec Pierre Vidal-Naquet. Celui-ci l'invite à présenter les résultats de ses recherches au colloque international tenu à la Sorbonne sur « l'Allemagne nazie et le génocide juif », en Son intervention est publiée en 1985 avec les actes de ce colloque : « Étude et réalisation des Krematorien IV et V d'Auschwitz-Birkenau », dans L'Allemagne nazie et le génocide juif, Paris, Le Seuil, 1985.. Il y fait une conférence consacrée à l'« étude et [la] réalisation des Krematorium 4 et 5 » où il affirme que « les plans et la marche des opérations prouvent que les K4 et 5 n'ont pas été projetés comme instruments d'extermination, mais ont été – par bricolage criminel – adaptés et utilisés à cette fin, et […] que l'étude de leur réalisation et de leur évolution corrobore et confirme totalement les récits parfois divergents des membres du Sonderkommando sur le cauchemar dément qu'ils y ont vécu ainsi que .. » Cette première intervention publique est suivie en septembre d'un article sur le même sujet publié par Le Monde juif, où Georges Wellers souligne son désaccord avec cette théorie d'un aménagement tardif des crématoires..
Deux ouvrages clés sur les chambres à gaz d'Auschwitz (1989, 1993 vignette|Diorama pédagogique de la chambre à gaz d'Auschwitz et des crématoriums. Tout en exerçant son métier de pharmacien, il poursuit ses recherches au fil d'une quinzaine de séjours successifs en Pologne, à travers les correspondances, plans de construction, devis et comptes rendus d'entretien des crématoires et des chambres à gaz. Il s'appuie notamment sur Memento, l'œuvre picturale de David Olère, ancien Sonderkommando, le « commando spécial » dont le rôle principal est de sortir les corps des chambres à gaz et de récupérer sur les cadavres tout objet de valeur avant de les charger dans les fours crématoires, ayant travaillé au Bunker 2 puis au Crématorium III.. Il collabore avec Serge Klarsfeld et l'éditrice Anne Freyer-Mauthner pour la publication de lAlbum d'Auschwitz en 1983, puis celle du Struthof Album en 1985 ainsi que .. Grâce à la fondation Beate Klarsfeld, il publie enfin en 1989 son premier ouvrage, Auschwitz. Technique and operation of the gas chambers, qui réfute les thèses négationnistes et présente en détail l'histoire « technique » de la construction et du fonctionnement des chambres à gaz d'Auschwitz. L'ouvrage n'est cependant publié qu'en nombre limité et ne suscite d'écho que dans la littérature spécialisée..
Au début des , la chute de l'URSS lui ouvre notamment l'accès aux archives nazies conservées à Moscou, où il approfondit ses travaux. Il participe, en 1991, au documentaire de Pierre Oscar Lévy, Premier Convoi, qui retrace l'itinéraire des 12 survivants du premier convoi de Juifs de France parti de Drancy le . Recommandé au cinéaste par Serge Klarsfeld, Jean-Claude Pressac aida à retrouver les lieux exacts qui correspondaient aux témoignages des anciens déportés. Son second livre Les Crématoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse, paraît en 1993. À la différence du précédent, il suscite un écho médiatique important dû, pour la chercheuse Nicole Lapierre, à la conjonction du parcours atypique de son auteur, du caractère inédit de ses travaux pour le grand public et enfin du contexte de mobilisation contre les campagnes menées par les négationnistes. Voir par exemple Éric Conan, Denis Peschanski, « Auschwitz : la vérité », L'Express, 29 septembre 1993.. Jean-Claude Pressac y poursuit l'explication de la conception et du fonctionnement des crématoires d'Auschwitz et montre l'implication d'entreprises allemandes dans la « Solution finale », telle la firme Topf und Söhne, fournisseur des fours crématoires.
Devenu consultant du musée d'Auschwitz et conseiller du musée de l'Holocauste à Washington, il semble avoir voulu poursuivre en vue d'un nouvel ouvrage consacré plus spécifiquement à celle-ci, mais meurt en 2003 sans y être parvenu et ..