Le terme multiethnisme commence à être employé en français dans les années 1980 en lien avec les concepts de multiculturalisme, de métissage et d'égalité des chancesLawrence C. Becker, Charlotte B. Becker, Encyclopedia of Ethics, Routledge, Abingdon-on-Thames, 2013.. Ses connotations peuvent être : positives, en référence au « melting pot » artistique, sportif et social, et en lien avec l'idéal du « vivre-ensemble »... négatives dans la thèse du « grand remplacement » de Renaud Camus., et plus largement dans les mouvements ségrégationnistes et identitaires..

Exemples Entités multiethniques À titre d'exemples, on parle de « multiethnisme » à propos : des États-Unis avec leurs différentes communautés officiellement reconnues (afro-Américains, Amérindiens, euro-Américains, franco-Américains, latino-Américains…) ; de l'Union soviétique avec sa soixantaine de « nationalités constitutives » réparties sur 15 républiques socialistes soviétiques fédérées et 38 républiques, régions et arrondissements autonomes (dont la fédération de Russie a en partie hérité) ; de l'Union européenne avec ses 27 nations (États membres) et 24 langues officielles de l'Union européenne ; des états où coexistent des communautés comme celles de Belgique et comme la Suisse alémanique, romande et italique ; de la Chine avec ses 56 ethnies officiellement enregistrées ; de l'Inde avec ses 270 langues maternelles recensées, dont 122 enseignées et 22 officielles ; de la plupart des pays d'Afrique ; des entreprises dont les propriétaires, les actionnaires, les responsables et les salariés sont de nationalités et d'origines multiples ; des communautés religieuses comme l'église catholique, l'église réformée, l'hindouisme ou l'islam ; des véhicules dont l'équipage provient de pays différents, sans compter le propriétaire, l'armateur, l'affréteur, la chargement, le pavillon et l'immatriculation, qui eux aussi peuvent renvoyer à de multiples pays ; de nombreux arts, comme le gréco-bouddhique ou le reggae.

thumb|La Nouvelle-Calédonie est multiethnique : poids démographique des communautés.

Aspects juridiques La problématique juridique du « multiethnisme » pose ipso facto la question du repérage et du dénombrement des populations. Conformément au « droit du sang » certains pays recensent leur population par communautés en distinguant l'identité ethnique de la citoyennetéFredrik Barth, en Ethnic Groups and Boundaries: The Social Organization of Culture Difference, Waveland Press, 11 mars 1998 . tandis que d'autres, conformément au « droit du sol », définissent l'identité par la citoyenneté et ne prennent en compte ni les langues usuelles, ni les croyances, ni les traditions qui, généralement, définissent une ethnieCatherine Coquery-Vodrovitch, « Du bon usage de l’ethnicité » in: Le Monde diplomatique, juillet 1994, ..

La France fait partie du second groupe car sa législation ne reconnaît pas officiellement le multiethnisme : tous les citoyens français, quelles que soient leurs origines, langues maternelles ou usuelles, croyances, traditions, physionomies, forment constitutionnellement un seul peuple et les statistiques ethniques ne sont pas autorisées en métropole : dans l'état civil français, l'origine ethnique n'est pas indiquée et n'a pas d'existence juridiqueL'article 8 de la loi « Informatique et libertés » de 1978 interdit « de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques : cf.: .. Par exception, les statistiques ethniques existent en Nouvelle-Calédonie où le multiethnisme est officiellement reconnuLa CNIL a donné un avis favorable au recensement multiethnique de 2009..

Divers pays reconnaissent le multiethnisme sans que cela implique des différences de droit entre leurs citoyens : c'est le cas de l'Espagne, de l'Allemagne ou de la Pologne. En Italie et Roumanie, tous les citoyens sont égaux en droits mais la loi reconnaît des « minorités linguistiques historiques » dont les langues sont, localement, co-officielles« Décret du président de la République italienne du 2 mai 2001 d'application de la loi du 15 décembre 1999 portant sur les règles de protection des minorités linguistiques historiques », Journal officiel italien du 13 septembre 2001 - .Autoritatea Naţională pentru Cetăţenie, sur et Eurominority.org..

En Grèce et en Turquie, depuis 1951, les codes de la nationalité, à l'instar du code français, ne reconnaissent pas l'origine ethnique des citoyens à une exception près : les dispositions du Traité de Lausanne qui imposent de décompter comme « grec » tout citoyen turc de confession orthodoxe et comme « turc » tout citoyen grec de confession musulmane"La minorité turque de Thrace occidentale - REGARD SUR L'EST", source. C'est pourquoi les minorités culturelles de Grèce comme les Arvanites ou les Valaques sont considérées comme membres de l’hellênikí ethnikí koinonía, la nation grecque moderne, tandis qu'en Turquie les Kurdes ne sont pas décomptés à part des TurcsKubilay Yado Arin, Turkey and the Kurds – From War to Reconciliation? UC Berkeley Center for Right Wing Studies Working Paper Series, March 26, 2015 - ..

En Israël, c'est principalement la religion qui définit le caractère multiethnique de l'État, comprenant des citoyens Juifs, Arabes (musulmans ou chrétiens), Druzes, Baha'i… ; en dehors de l'ensemble des citoyens israéliens, il y a parmi les habitants du pays des « résidents permanents non-citoyens » (hébreu : תושב קבע toshav keva) comme les Palestiniens de souche non-juive d'Israël et de Cisjordanie-Gaza ou encore les Syriens du plateau du GolanLoi sur la citoyenneté israélienne, chap. « Histoire », paragr. « Définition légale du juif ». Selon les lois fondamentales d'Israël, deux termes définissent le caractère multiethnique de la population israélienne : les Eda (pl. Edot) et les Le’om. Les Eda concernent les juifs shevatim qui se réclament des tribus israélites bibliques selon le droit du sang (citoyenneté par filiation). Les Le’om concernent le multiethnisme israélite selon le droit du sol (citoyenneté par lieu de naissance) : ce sont par exemple les guéruzim originaires de Géorgie, les sefardim originaires d'Espagne, les ashkenazim originaires d'Europe centrale et orientale, les mizrahim originaires des pays musulmans, les juhuri originaires du Caucase, les ourfalim originaires de la région turque autour d'Urfa et bien sûr les sabra nés en Palestine avant l'indépendance d'Israël. Le multiethnisme selon le droit du sang s'applique aussi à des groupes qui ne sont pas forcément définis par la religion, mais par une origine géo-historique : c'est le cas des Arméniens d'Israël ou des Circassiens d'IsraëlClaude Klein, Le Droit israélien, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » n° 2512, Paris, 1990 et La Démocratie d'Israël, Seuil, Paris, 1997..

Le multiethnisme religieux constitutionnel sépare aussi les communautés de ChypreGeorges Vlachos, L'organisation constitutionnelle de la République de Chypre in : « Revue internationale de droit comparé », 1961 ou du Liban (dont le parlement réserve des sièges aux confessions et aux ethnies et qui est dirigé par les leaders des trois confessions majoritaires : président maronite, premier ministre sunnite et président de l'assemblée chiiteVoir Système de la Troïka).

Plusieurs pays d'Europe centrale et orientale ont légalisé le multiethnisme en permettant la représentation au parlement de leurs communautés ethniques en tant que tellesEn Hongrie, la constitution permet aux citoyens hongrois qui ne sont pas de souche magyare, de se déclarer membres d'une autre « nationalité ethnique » : les allemands, les slovaques, les slovènes, les croates, les serbes, les bulgares, les polonais, les ruthènes, les ukrainiens, les roumains, les grecs, les arméniens, les juifs et les roms, représentés au Parlement et regroupés en une « collectivité des minorités » (nemzetiségi önkormányzat : voir . En Roumanie, la constitution définit, par son article 62, la nationalité roumaine selon le droit du sol (cetăţenie, « citoyenneté ») pour tous les habitants du pays, mais en outre, s'ils ne sont pas culturellement et linguistiquement Roumains, ils peuvent aussi déclarer leur appartenance à une « nationalité ethnique » (naţionalitate) selon le droit du sang. Ils peuvent alors se déclarer Hongrois (dont les Sicules et les Csángós), Allemands (dont les Saxons), Turcs, Tatars, Juifs, Grecs, Aroumains, Roms, Bulgares, Russes (dont les Lipovènes), Ukrainiens (dont les Ruthènes et les Houtsoules), Croates (dont les Carashovènes), Serbes, Tchèques ou Slovaques et former des partis politiques ethniques, représentés d'office au Parlement : voir ..