est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1952. Il est adapté d'un récit de Fumiko Hayashi paru en 1935-1936 et constitue la deuxième des six œuvres de la romancière, morte en 1951, que le cinéaste porta à l'écran. Naruse retrouve la scénariste Sumie Tanaka, avec qui il collaborera encore quatre fois, ainsi que le compositeur Ichirō Saitō, auteur de la musique de plus de vingt de ses films Quatre films cumulent les deux, scénario de Tanaka et musique de Saitō : L’Éclair (1952), Derniers Chrysanthèmes (1954), Au gré du courant (1956) et Anzukko (1958)..
En haut de l'affiche originale, une phrase d'accroche reprend un vers de Fumiko Hayashi : , « La vie d'une fleur est brève, et seules les souffrances y abondent ».
Synopsis À Tokyo, Kiyoko Komori, vingt-trois ans, est guide dans un autobus de tourisme. Benjamine d'une fratrie de quatre enfants nés de quatre pères différents, elle vit chez sa demi-sœur Mitsuko, douce et traditionnelle, qui tient une boutique de nouveautés avec son mari Rōhei, tandis que leur mère, Osei, habite avec le demi-frère désœuvré, Kasuke, dans un quartier populaire (shitamachi). Kiyoko admire Katsura, l'étudiante qui loge chez sa mère, et aspire à une vie différente de celle des couples qui l'entourent — autant de repoussoirs du mariage.
Sa demi-sœur aînée, Nuiko, vulgaire et manipulatrice — mariée à Ryūzō, un homme mou criblé de dettes —, veut la marier à Gotō, un boulanger d'âge mûr et prospère. Celui-ci cherche à épouser Kiyoko et toute la famille, fascinée par sa réussite, l'y pousse ; mais Kiyoko se méfie de lui.
Rōhei meurt brusquement, laissant entrevoir une indemnité d'assurance que tous convoitent. Le jour des funérailles, Ritsu, une femme portant un bébé sur son dos, se présente comme la maîtresse du défunt. D'abord éconduite, elle n'obtient finalement qu'une petite somme : Mitsuko cède par fidélité au défunt qu'elle pleure, croyant reconnaître dans l'enfant les traits de son mari — et non par crainte des poursuites qu'évoque Ritsu —, malgré les objections de Kiyoko. Kiyoko et Mitsuko s'installent chez leur mère lorsque Mitsuko se sépare de son magasin.
Gotō séduit les deux demi-sœurs : il finance l'auberge de Nuiko — qui délaisse Ryūzō, lequel demande 200 000 yens à Gotō pour lui avoir « pris » sa femme — et devient le protecteur de Mitsuko lorsqu'elle ouvre un salon de thé à Kanda. Quand Gotō tente de la forcer, Kiyoko le mord pour lui échapper. Écœurée, après une rixe d'ivrognes entre Gotō et Ryūzō, elle quitte le foyer maternel sans prévenir et loue une chambre en banlieue calme, chez une logeuse veuve, Tome ; elle s'y lie avec ses voisins, Shūzō et Tsubomi Kunimune, deux orphelins, dont la sœur est pianiste.
Un soir, sa mère lui rend visite car Mitsuko a disparu : une violente dispute éclate — tandis qu’un éclair traverse le ciel — et Kiyoko lui reproche d'avoir eu quatre enfants de quatre pères, avant que mère et fille ne se réconcilient sur le chemin du retour.
Fiche technique Titre français : L'Éclair Titre original : Titre anglais : Lightning Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Sumie Tanaka d'après le roman de Fumiko Hayashi Photographie : Shigeyoshi Mine Lumière : Shinnosuke Andō Montage : Tōyō Suzuki Décors : Mikio Naka Musique : Ichirō Saitō Son : Ken'ichi Nishii Production : Shōzō Negishi Société de production : Daiei Pays de production : Langue originale : japonais Genre : drame Format : noir et blanc - 1,37:1 - Son mono Durée : 87 minutes (métrage : neuf bobines - ) Dates de sortie : Japon : France :
Distribution
Hideko Takamine : Kiyoko Komori, la benjamine de la fratrie (23 ans) Kumeko Urabe : Osei, la mère de Kiyoko (59 ans) : Nuiko, la demi-sœur aînée de Kiyoko : Ryūzō, le mari de Nuiko Mitsuko Miura : Mitsuko Yashiro, la deuxième demi-sœur de Kiyoko (la sœur du milieu). Osamu Maruyama : Kasuke, le demi-frère aîné de Kiyoko, vétéran blessé à la guerre Mariko Sugioka : Katsura, une étudiante locataire de la mère Eitarō Ozawa : Tsunakichi Gotō, le riche boulanger, prétendant de Kiyoko (35 ans) Chieko Nakakita : Ritsu Tagami, la maîtresse du défunt mari de Mitsuko, mère de son enfant (un bébé) Hisako Takihana : Tome Sugiyama, la logeuse de Kiyoko en banlieue Kyōko Kagawa : Tsubomi Kunimune, la voisine de Tome, pianiste : Shūzō Kunimune, le frère de Tsubomi qui habite avec elle : le chauffeur de bus : le vieux passager du bus
vignette|Kyōko Kagawa dans le rôle de Tsubomi.
Autour du film
Le cinéaste sut trouver en la romancière Fumiko Hayashi (morte l'année précédant le tournage du film) son parfait complément, celle-ci lui apportant, outre son passé de pauvreté et de drames personnels (plusieurs tentatives de suicide), toute sa sensibilité de femme et surtout sa connaissance "de l'intérieur" des problèmes particuliers rencontrés par ses consœurs. Naruse adapta ainsi entre 1951 et 1955 cinq de ses romans, .. Les récits de Hayashi, en particulier par le biais du personnage féminin central incarné quatre fois sur cinq par la toujours remarquable Hideko Takamine, actrice fétiche de Naruse, apportèrent aussi le vent de révolte qui sut dynamiser la vision pessimiste du cinéaste. L'Éclair est centré sur le personnage de Kiyoko (23 ans), la plus jeune des trois sœurs, à qui le spectateur emprunte le regard. Célibataire, "moderne", rebelle à l'autorité et aux obligations découlant de la tradition, Kiyoko se retrouve en opposition au reste de sa famille et représente le thème éminemment narusien de la femme forte. Elle assiste à la rivalité entre ses deux sœurs. Mitsuko, qui tient un magasin, est trompée par son mari Rohei lequel meurt de façon impromptue. Elle découvre l'existence de sa rivale et de l'enfant "naturel" de cette dernière à ce moment-là. Incroyablement passive, elle a tendance à se remettre dans les mains de Kiyoko. L'autre sœur, Nuiko, fait cocu son mari Riyuzo et affiche une méchanceté permanente ainsi qu'un arrivisme qui va la pousser à de basses manœuvres. Le frère, Kasuke, au chômage et handicapé par une blessure de guerre ("Quand guériras-tu de ta guerre d'Asie du Sud ?" lui demande sa mère), se montre poltron et buveur. Quant à la mère, mariée quatre fois (les quatre enfants sont tous nés de pères différents), elle aussi affiche une mollesse à toute épreuve. Naruse réserve parfois ses effets. Ainsi de la manière dont il choisit de nous présenter la maîtresse de Rohei lors de sa visite à Mitsuko après la mort du mari de cette dernière. La jeune femme fait montre d'une grande humilité et ne demande qu'à s'incliner devant l'urne funéraire, ce que refuse de lui accorder Mitsuko. Toute la scène est filmée avec énormément de finesse, de délicatesse, sans la moindre once de dramatisation et la sympathie du spectateur ne peut qu'aller vers cette femme tout en comprenant la réaction d'une Mitsuko frappée tout à la fois de chagrin et d'humiliation. Mais la deuxième rencontre où la maîtresse, chez elle, réclame de Mitsuko yens afin de pouvoir élever l'enfant eu de Rohei est beaucoup plus tendue. Un certain masque tombe à cet instant. Naruse évite cependant une fois de plus de glisser vers la facilité. Face à la jeune femme aussi têtue que douce, Mitsuko, désemparée, est prête à tout accepter et ne doit qu'à la fermeté de Kiyoko de ne pas céder. À la fin de la scène, le spectateur ne sait plus quoi penser car les trois femmes qui lui ont été présentées montrent une telle humanité dans toutes ses composantes, à savoir positives comme négatives, que la traditionnelle frontière entre "bien" et "mal" a volé en éclats. Autre moment fort du film, les retrouvailles de Kiyoko et sa mère. Face aux reproches très véhéments de la première ("Tu vis ta vie passivement. Alors tous tes enfants en font autant, c'est la gabegie", "On est nés comme des chats ou des chiens de rencontre fortuite"), la seconde courbe l'échine comme elle n'a jamais cessé de le faire toute sa vie durant et verse des larmes plus d'épuisement que de réelle amertume. Mais la mère et la fille finiront par retrouver sourires et même rires sans que ce "happy end" (en est-il d'ailleurs vraiment un ?) ne fasse jamais plaqué ou artificiel, bien au contraire.
Commentaires
Pour Audie Bock, dans son livre Japanese Film Directors, après le succès de La Mère (1952), Naruse aborde avec assurance cette adaptation de Fumiko Hayashi portée par son actrice fétiche, Hideko Takamine. Les figures féminines y déclinent toute la gamme des « types » narusiens, « de la dépendance têtue à la force obstinée » : la mère sans remise en question, qui accepte les rapports de dépendance et d'obligation ; Kiyoko, seule à tenter d'échapper au piège ; Mitsuko, qui ressemble à la mère « mais sans son courage » ; Nuiko, qui exploite les hommes par sa sexualité (préfigurant, selon Bock, les héroïnes de Shōhei Imamura) ; et le demi-frère Kasuke, indifférent, entre pachinko et bière. De la cohabitation de ces tempéraments naît un conflit que Naruse rend par une continuité « finement tissée » et les dialogues sobres de Sumie Tanaka. Audie Bock, p. 114 Bock voit dans ce refus de l'intrigue dramatique au profit du quotidien — cette « impression de faire du surplace » — ce que Shirō Kido reprochait à Naruse, au point de provoquer leur rupture. Le film partage avec Ozu le même monde clos du foyer, mais le traite à rebours : là où la fille d'un film d'Ozu évoque innocemment le mariage comme un « cimetière de la vie », Kiyoko a la preuve que « les hommes sont des bêtes » et fuit l'union qu'on lui destine. Le message est l'inverse de celui d'Ozu — les membres d'une famille « n'ont pas les intérêts des autres à cœur » mais y règnent l'égoïsme, la jalousie et l'appât du gain : ainsi Osei réclame-t-elle une part de l'assurance pour offrir un costume à Kasuke au lieu de consoler Mitsuko en deuil. Audie Bock, p. 115-116 Catherine Russell dans souligne l'ancrage du film dans le shitamachi : marchands ambulants, musiciens des rues (chindonya), enfants jouant dans les ruelles, maisons à deux étages flanquées d'une échoppe ou d'un café, et une existence de survie « au jour le jour ». Pour le critique Shinbi Iida, la réussite tient à cette restitution des personnages populaires de Hayashi ; mais Naoki Nobugawa y voit un shitamachi d'avant-guerre à peine actualisé — seuls le pachinko et une motocyclette rappellent l'après-guerre — et juge que Takamine, malgré son jeu, « n'a pas encore la vision sévère de la vie humaine que possèdent les gens de l'après-guerre ». Russell, p. 243 Guide d'autobus, Kiyoko renoue avec le rôle de receveuse que Takamine tenait dans son premier film avec Naruse, Hideko, receveuse d'autobus (1941), mais en citadine plus assurée ; le film s'ouvre sur son boniment, sur l'avenue de Ginza. Russell relève surtout l'écart avec le roman : Naruse abandonne la pression matrimoniale que la famille continue d'exercer chez Hayashi, atténue l'érotisme du texte et fait de Kiyoko une jeune femme réservée. Au « bonheur [qui] est un concept inventé par le monde moderne » que lui oppose sa mère, Kiyoko répond par la conviction de le mériter — sans l'attendre du mariage. Son métier, qui lui donne indépendance économique et mobilité, et le passage par l'espace public deviennent le « catalyseur » de son éveil. Russell, p. 244
Une nouvelle adaptation du roman de Fumiko Hayashi a été tournée en 1967, sous le même titre japonais, par Hideo Ōba avec Chieko Baishō.
Récompenses
2ᵉ au classement du 26ᵉ Kinema Junpō Best Ten 1952 derrière Vivre de Kurosawa 7ᵉ Prix du film Mainichi (1952) : meilleure actrice dans un second rôle pour Chieko Nakakita (pour L'Éclair, La Mère et de Yasuki Chiba) ; meilleure musique pour Ichirō Saitō (pour L'Éclair, La Mère, La Vie d'O'Haru femme galante (Mizoguchi) et de Seiji Hisamatsu) 3ᵉ Blue Ribbon Awards (1952) : meilleur film ; meilleur réalisateur pour Mikio Naruse (pour L'Éclair et La Mère) ; meilleure actrice dans un second rôle pour Chieko Nakakita (pour L'Éclair et )
Notes
Références