Cet article résume l'histoire de la Courlande (Courlande en letton Kurzeme), région de Lettonie qui s'étend au sud-ouest du golfe de Riga (villes principales : Liepaja, Ventspils, Kuldinga) et est prolongée à l'est par la Sémigalie (Zemgale), à laquelle elle a été associée au cours de l'histoire, notamment dans le cadre du duché de Courlande (1561–1795), État qui a été une puissance coloniale, ayant colonisé Tobago et l'île James.
La Préhistoire
Vers 5000 av. J.-C., la Courlande est occupée par des tribus baltes, ainsi que par les Lives, peuple finno-ougrien comme les Finnois.
Les Coures, peuple occupant la région au début du Moyen-âge, donnent leur nom à cette région.
Histoire de la Scandinavie, histoire de la Finlande Langues balto-slaves, langues baltes
Le Moyen Âge
Jusqu'au Les Coures sont cités sous la forme latine Cori dans la Vita Sancti Anscharii qui date de 888 comme un des peuples relevant de l'évêché de Hambourg fondé en 830Pascal Lorot, Les Pays baltes, p. 40.
En fait, les populations de la région restent païennes ; la fin de l'ère des Vikings les pousse à s'adonner à la piraterie en mer Baltique.
À partir du , la région subit l'influence du nouvel État polonais, créé à la fin du , qui prétend à une suzeraineté qu'il a du mal à imposer, mais les Allemands renforcent fortement leur présence et c'est eux qui vont imposer des changements majeurs. Âge des Vikings (793-1066), Varègues Royaume de Pologne (1025-1138), Maison Piast (960-1370)
L'évêché de Riga et les chevaliers Porte-Glaive () Des efforts d'évangélisation ont lieu à la fin du , époque où le pape Innocent III appelle en 1193 à la croisade contre les « peuples barbares » du Nord (1199). En 1201, l'évêque de Brême crée en 1201 la ville de Riga, siège de l'évêché de Livonie, en plein territoire païen. Mais cette enclave survit difficilement face aux raids des autochtones. Aussi, un ordre militaire et religieux est-il fondé en 1202 par Albert de Buxhoeveden, évêque de Livonie.
L'ordre, d'abord appelé Frères de la milice du Christ, est rapidement connu sous le nom d'ordre des chevaliers Porte-Glaive. Dès 1237, sa faiblesse, l'agressivité des populations locales ainsi que des dissensions avec l'évêque de Rīga, l'obligent à fusionner avec l'ordre des chevaliers Teutoniques. L'ordre devient une maîtrise de l'ordre Teutonique, gouverné par un maître provincial. Le territoire qui lui est affecté s'étend sur la Livonie (qui inclut la Courlande) et l'Estonie. Terra Mariana (1207-1561) État monastique des chevaliers Teutoniques (1226-1525)
La période de la confédération livonienne Confédération livonienne (1228-1561)
Les Temps modernes La sécularisation de l'ordre
En 1525, le grand-maître de l'ordre Teutonique, Albert de Brandebourg, se convertit au luthéranisme et sécularise les terres de l'ordre en Prusse, devenant duc de Prusse (Etat qui correspond à la région de Königsberg, la future « Prusse-Orientale »).
Walter de Plettenberg (1450-1535), maître provincial de Livonie et d'Estonie, resté catholique bien que les idées luthériennes aient pénétré sur ses terres, décide de racheter à Albert de Brandebourg le duché de Livonie ; il reconstitue l'ordre des Chevaliers porte-glaive et en devient le grand-maître. Il publie un édit de tolérance pour éviter à la Livonie les conflits religieux qui embrasent l'empire germanique. Ses successeurs s'efforcent de maintenir les positions de l'ordre en Livonie, malgré les ambitions du duc de Prusse, du roi de Pologne et du tsar (Ivan le Terrible).
En novembre 1557 Gotthard Kettler (1517-1587), coadjuteur du grand-maître Johann Wilhelm von Fürstenberg, doit faire face à une violente attaque russe. Il se tourne successivement vers l'empereur d'Allemagne, vers la Ligue Hanséatique et vers la Suède, mais en vain. Aussi, lorsqu'en 1559, la Russie lance une nouvelle attaque, Gotthard Kettler, devenu grand-maître, se résout à demander l'aide du roi de Pologne, moyennant des concessions. Gotthard Kettler, le cinquantième et dernier grand-maître de l'ordre, se convertit à son tour au luthéranisme et sécularise à son profit les terres de l'ordre.
Le traité de Wilno (1561) et la suzeraineté polonaise Par le traité de Wilno, le , les terres de l'ordre sont divisées en deux parties : il cède la suzeraineté sur la Livonie à Sigismond II Auguste, roi de Pologne ; en échange celui-ci le reconnaît ainsi que sa descendance comme duc de Courlande et de Sémigalie. La capitale du duché passe de Rīga, qui devient polonaise, à Mitau (aujourd'hui Jelgava en Lettonie). L'assemblée des États de Livonie ratifie le traité et la noblesse allemande prête hommage à son nouveau duc. Le , à Rīga, Gotthard Kettler dépose solennellement le manteau des Chevaliers porte-glaive, et prête hommage au roi de Pologne.
En 1566, il épouse la princesse Anne de Mecklembourg-Schwerin (1485-1525). Les chevaliers de l'ordre imitent leur duc et se taillent des fiefs nobiliaires dans le duché, créant la noblesse locale des « barons baltes », d'origine allemande. L'artisanat et l'industrie sont aussi aux mains des Allemands qui constituent la majeure partie de la bourgeoisie tandis que la grande masse de la paysannerie reste coure ou live. Le latin, mais surtout l'allemand, deviennent les langues de l'administration, de la justice et de l'éducation.
Cependant, plusieurs territoires sont détachés du duché, la région de Grobin, prêtée par les chevaliers porte-glaive au duc de Prusse, ainsi que l'évêché de Piltene ou évêché de Courlande, appartient à Magnus, fils du roi de Danemark qui doit le rendre au duché de Courlande après sa mort (cette clause ne sera respectée que sous le règne de Guillaume Kettler).
Les débuts du duché de Courlande et Sémigalie De 1558 à 1583, le duché affronte la Russie d'Ivan le Terrible au cours de la guerre de Livonie (c'est la défaite de Gotthard Kettler au début de la guerre face aux Russes qui le force à se rapprocher et à passer sous suzeraineté polonaise).
Un livre de messe en letton avec un catéchisme est publié en 1586.
À la mort de Gotthard Kettler, ses deux fils Frédéric et Guillaume lui succèdent. En 1596, ils divisent le duché en deux duchés : la partie orientale ou Sémigalie (Zemgale), revient à Frédéric avec pour capitale Mitau ; Guillaume reçoit la partie occidentale, la Courlande proprement dite (capitale : Goldingen, actuelle Kuldinga).
La région de Grobin, mise en gage auprès de la Prusse, revient en 1609 dans le giron du duché grâce au mariage de Guillaume avec la fille du duc de Prusse. Plus tard il récupère l'évêché de Pilten où il développe la métallurgie et les chantiers navals dont les navires exportent les marchandises et les biens vers les pays voisins.
La crise des années 1616-1621 Malheureusement, il entretient de mauvaises relations avec les grands propriétaires terriens issus comme lui des chevaliers porte-glaives. Ceux-ci sont soutenus par la Pologne qui voit là une occasion de reprendre la main dans un duché qu'elle ne contrôle pas. En 1616, le duc Guillaume est déposé ; l'année suivante, les statuts du duché sont modifiés, renforçant la mainmise de la noblesse germanique. Les villes libres de Courlande sont exclues de la diète ; la Courlande, comme la Pologne avant elle, devient une république nobiliaire où la noblesse rassemblée en diète élit son souverain. En 1620, l'assemblée des chevaliers de Courlande, la Ritterschaft, met en place un recensement des familles de la noblesse héréditaire de Courlande, afin d'exclure les parvenus. Guillaume s'exile à l'étranger et la couronne ducale est de nouveau réunie sur une même tête, celle de son frère Frédéric.
Au cours de la guerre polono-suédoise (1620-1629), la Suède victorieuse annexe en 1621 le nord de la Livonie (Livonie suédoise) et l'Estonie et occupe Mitau. Le reste de la Livonie revient à la Pologne (en polonais Inflanty.
Le règne de Jacob Kettler (1642-1681) et la colonisation courlandaise Jacob Kettler (1610-1682) est élu duc en 1642. Son règne correspond au premier âge d'or du duché (qui compte habitants à l'époque). Le nouveau duc qui a été en partie élevé hors du duché est influencé par la culture occidentale ; il s'entoure de conseillers étrangers et de Courlandais ayant voyagé à l'extérieur. Il poursuit l'œuvre de son oncle Frédéric dans les domaines de la métallurgie, de la construction navale et de la production de poudre à canon. Il établit des relations commerciales avec ses voisins, mais aussi avec la Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal...
C'est durant cette période que la Courlande (Jacob Kettler étant aussi très intéressé par le commerce) profitant de l'habileté séculaire des paysans courlandais comme marins développe les ports de Windau (Ventspils) et Libau (Liepaja) et fonde des colonies à Tobago aux Antilles en 1652, et sur l'île James au large de la Gambie en Afrique en 1651. Le duché est même la première puissance coloniale à envoyer des missionnaires protestants et à traiter d'égal à égal avec les populations africaines.
La Courlande possède alors une des principales flottes du monde, adossée à de puissants arsenaux. Sa marine de guerre comprend 61 unités et 1416 canons, ce qui correspond à cinquante pour cent de l'Invincible Armada de 1588 et trente sept pour cent de la marine de Cromwell en 1650. À tel point que lors de la guerre civile anglaise (1642-1648), le duc fournit au roi Charles Ier d'Angleterre, son parrain, six navires de guerre avec hommes, munitions et provisions.
La présence courlandaise est attestée par des documents dès 1645 aux Antilles, juste après les Danois, les Brandebourgeois et les Suédois. En fait dès 1638 une tentative de colonisation avec 217 colons a lieu à Tobago ; à cette époque les colons sont en paix avec les Indiens. En 1642, le duc Jacob aidé par les Hollandais envoie une nouvelle expédition qui débarque avec 300 colons sur le site de l'actuelle Courland Bay. Du tabac et de l'indigo sont plantés. Les Indiens aident les colons, à l'exception d'une minorité de colons qui se brouille avec eux et part s'installer au Suriname, en Guyane hollandaise. Devant l'échec de la colonisation, Tobago est mise en vente en 1647 et proposée à l'Angleterre mais il n'y a aucun acheteur. En 1650 la situation s'envenime et les Indiens massacrent les colons, les survivants partent au Guyana, la Guyane anglaise. Cette entreprise coloniale se concrétise réellement le , lorsque le vaisseau à deux ponts Duchesse de Courlande, armé de 45 canons et battant pavillon courlandais appareille de Windau avec les premières familles de colons pour Tobago. Vingt-cinq officiers, cent vingt quatre soldats et quatre-vingt familles ont embarqué à bord. Ce navire a été spécialement construit pour le transport des denrées tropicales en Europe. L'île James est occupée en 1651, sous le nom d'île Saint-André (Isla de Andrea), elle est prise en 1661 par les Anglais, qui la rebaptisent de son nom actuel. Elle sert au commerce de l'or et de l'ivoire et plus tard à celui des esclaves.
C'est le capitaine Willen Mollens (un Hollandais) qui a pris possession de Tobago au nom du duché de Courlande et baptisé l'île Nouvelle-Courlande en 1654. Les terres sont divisées en lots pour les cultures d'exportation et l'approvisionnement de la colonie. Le fort Jakobfort est érigé au sud-ouest de l'île, entouré d'habitations : la ville de Jakobstadt (Jamestown). D'autres noms inspirés de la mère patrie apparaissent, tels que Grande Baie de Courlande, Nouvelle Mitau, Baie de Libau...