La bataille de Las Navas de Tolosa, ou ma'arakat al-'Oqab () (c'est-à-dire Forteresse du Faucon, c'est l’un des forts construits par les Omeyyades en Andalousie), se déroule le lundi autour du (Las Navas de Tolosa, province de Jaén, en Espagne), entre, d'un côté, une coalition de plusieurs États chrétiens de la péninsule IbériqueGuggenberger, Anthony, A General History of the Christian Era: The Papacy and the Empire, Vol.1, (B. Herder, 1913), 372. secondée par des troupes de croisés en provenance de plusieurs nations européennes, et, de l'autre, des troupes musulmanes provenant de tout le Maghreb ainsi que des territoires d'Al-Andalus, sous le commandement de Muhammad an-Nâsir de la dynastie berbère des Almohades. Remportée par les armées chrétiennes, la bataille marque une étape décisive de la ReconquistaLynn Hunt describes the battle as a "major turning point in the reconquista..." See Lynn Hunt, R. Po-chia Hsia, Thomas R. Martin, Barbara H. Rosenwein, and Bonnie Smith, The Making of the West: Peoples and Cultures: A Concise History: Volume I: To 1740, Second Edition (New York: Bedford/St. Martin's 2007), 391. et accélère sensiblement le délitement de la domination almohade ainsi que l'effacement de la présence musulmane dans la péninsule Ibérique.
Situation stratégique
Depuis que les Almohades ont unifié en 1147 la quasi-totalité du Maghreb et des territoires andalous qui étaient sous leur domination, la reconquête du territoire par les royaumes chrétiens espagnols s'était faite temporairement plus difficile. À partir de 1172, les attaques almohades contre les territoires chrétiens s’intensifient. Dès lors, guerres et trêves se succèdent. Les Castillans remportent une grande victoire avec l’occupation de Cuenca en 1177, mais ils perdent Alarcos en 1195 devant le calife almohade Yacoub ben-Youssouf. Cette offensive met à mal, pour un temps, le système de défense que les ordres militaires d'Alcántara, de Santiago et de Calatrava avaient établi en Castille-La Manche. Désormais, l'union des princes chrétiens espagnols paraît indispensable, d'autant plus que Yacoub Ben-Youssouf profite de son avancée pour reprendre les villes d'Alarcos, de Calatrava, et menacer directement Tolède. Cependant, il n'assiège pas cette cité et accepte de signer une trêve de avec les royaumes chrétiensM. Joseph Lavallée et M. Adolphe Guéroult, Espagne, éd. Firmin Didot Frères, Paris, 1844, p. 628..
Entre 1206 et 1209, Don Rodrigo Jiménez de Rada, archevêque de Tolède de 1208 à 1247), chroniqueur de cette bataille, travaille à l'unité sacrée entre les rois chrétiens par le traité de Guadalajara. Plus encore, l'archevêque obtient du pape (représentant alors l'apogée de la puissance pontificale) de décréter une croisade spécifique contre la présence des Almohades dans la péninsule Ibérique, avec les mêmes indulgences canoniques pour les croisés de la péninsule Ibérique que celles accordées aux croisés en Terre sainte. Le roi , qui préparait tenacement la revanche de la perte d'Alarcos, appelle tous les souverains d'Espagne à se coaliser avec lui contre l'ennemi commun ; même le roi du Portugal voisin et des chevaliers ainsi que des mercenaires de toute l'Europe accourent bientôt dans la péninsule Ibérique, affluant de toute la ChrétientéCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, Paris, Payot, 1966, p. 117..
Déroulement de la bataille thumb|upright|right|Le roi Alphonse VIII (par Juan de Villanueva, 1753) Mobilisation des troupes À la mort de Yacoub ben-Youssouf () lui succède Mohamed Abu-Abd Allah, surnommé An-Nasir-Leddin-Allah (. La trêve de 10 ans arrivant à son terme, la guerre se profile aussitôt à l'horizon. Les troupes commandées par An-Nasir traversent le détroit de Gibraltar en 1211. D'autres contingents, cette fois des territoires andalous sous domination almohade, compléteront le gros des forces d'An-Nasir, qui se dirige ensuite vers Salvatierra et entreprend le siège de cette ville. Les armées chrétiennes se rassemblent dès fin mai à Tolède, ville symbole de la Reconquista triomphante. Il y est fait appel à tous les soldats chrétiens, de tous les horizons, pour se battre aux côtés du roi le Grand. Les troupes rassemblées par le roi se seraient élevées à environ , répartis en différents contingents :
les troupes espagnoles regroupant les Castillans, conduits par le roi lui-même, avec les hommes de de Navarre et les Aragonais de ; les ordres monastiques de la péninsule Ibérique, constitués notamment des Templiers et des Hospitaliers ; divers contingents étrangers, dont des Allemands, des Français et des Italiens. Les sources parlent de plusieurs dizaines de milliers d'hommes (entre et ). Mais une partie de ces derniers se disperseront dans les royaumes d'Espagne du fait de leur manque d'organisation.
Ordre de bataille des armées chrétiennes Elles s'ébranlent le et font route ensemble vers le sud. Le , elles arrivent à la ville de Malagón, occupée par les musulmans. La garnison musulmane se réfugie dans la citadelle, abandonnant les murs face à une avant-garde espagnole qui parvient à escalader les murs. L'armée principale se dirige vers Calatrava, importante cité qui commande l'accès vers l'Andalousie. Les musulmans se trouvant dans la place se rendent et, à cette condition, obtiennent du roi Alphonse VIII que leur vie sera épargnée et qu'ils pourraient, après cette complète reddition, partir rejoindre des zones musulmanes. La nouvelle de la perte de Calatrava est moralement un immense désastre pour les musulmans. Le défenseur qui était censé garder la ville, Yusuf ben Kadis, sera décapité sur ordre de Muhammad an-Nâsir (calife de 1199 à 1213), pour y avoir échoué. Cette victoire éclatante provoque paradoxalement le départ de beaucoup parmi les croisés non ibériques, qui se jugent quittes de leur vœu de croisade et estiment que la victoire finale est d'ores et déjà acquise ; y font pourtant exception les Italiens qui ont suivi le légat du pape et archevêque de Narbonne, Arnaud Amaury (1150–1225), chef spirituel d'une autre croisade, celle contre les Albigeois en Languedoc. De plus, ces soldats étrangers, sans commandement solide, ne comprennent pas que le roi de Castille épargne des infidèles, et s'irritent devant sa tolérance, même politique, car, pour , il s'agit de gens qui pourraient se convertir, donc des sujets potentiels qu'il faut pour le moment ménager. Le départ des étrangers qui rentrent chez eux en Europe est vite compensé par l'arrivée des Navarrais, commandés par le Fort.
Rencontre des forces sur la Sierra Morena Après la chute de Calatrava, les armées chrétiennes prennent quelques châteaux-forts sur leur route vers la Sierra Morena, ultime barrière naturelle qui les sépare des forces musulmanes. Cependant, An-Nasir a pris l'initiative de contrôler tous les points d'accès après avoir pris position entre Jaen et Baeza. La traversée de la Sierra Morena, par des sentiers détournés que ne surveillent pas les musulmans, est pénible et périlleuse. Un berger, Martin Alhaja., indique aux soldats chrétiens un chemin passant par le Despeñaperros pour éviter le défilé dans la Sierra Morena. Cela leur permet de s'installer bientôt de l'autre côté de la Sierra sur un plateau (dit du Roi). Arrivés le vendredi , à au nord-ouest du petit village de Las Navas de Tolosa, au pied de la Sierra Morena, dans l'actuelle province de Ciudad Real, au creux d'une de ces larges vallées aux pentes douces (que les Castillans appellent nava), les armées espagnoles aperçoivent enfin les forces almohades. À partir du , les forces chrétiennes ont entièrement franchi les montagnes et commencent à consolider leur position. Du côté d'An-Nasir, on effectue des travaux de fortification en vue des prochains combats. Pendant deux jours les deux armées se font face et s'observent.
Disposition des forces Le porte-drapeau du roi de Navarre, Diego López de Haro, est monté jusqu’au « puerto de la Losa », accompagné par le berger qui avait guidé les croisés et qui connaissait bien le terrain. Depuis ce lieu, le porte-drapeau peut observer parfaitement l'emplacement des troupes musulmanes, ce qui allait favoriser grandement les armées royales.
Sur le site de Las Navas, un émir, Yaqub ben Yusuf, a eu le temps d'en exploiter les ressources. Ses troupes fortes de environ, sont importantes mais très hétéroclites. Le corps principal de l'armée est constitué par les tribus berbères. S’y ajoutent les contingents andalous et Africains astreints au service militaire lors des campagnes califales, puis à partir de 1190 de mercenaires turcs ; les guzz, en provenance d'Egypte. L'armée califale est renforcée par l'appui de tribus nomades qui s'engagent dans la péninsule pour réaliser le djihad. Ces contingents étrangers sont mal acceptés par les Andalous d'autant plus que le calife leur octroie des terres ou des revenus dans la péninsule pour qu’ils y demeurent. L’armée almohade se compose enfin des troupes régionales et garnisons des villes d'al-Andalus, nommées agnad. Cette armée a démontré son efficacité lors de la victorieuse campagne d’Alarcos, mais a pour défaut sa lenteur et ses problèmes d'organisation et d'approvisionnement. Les sont disposés en deux ailes de cavalerie formées de volontaires berbères, avec, de part et d'autre, des troupes régulières almohades. Celles-ci occupent un tertre où est dressée la tente de Yaqub ; elles regroupent des abid, c'est-à-dire des esclaves, armés de longs javelots, constituant sa garde spéciale.
Face à eux, l'emplacement choisi par les armées chrétiennes est un peu moins favorable, sur un plateau qui s'élève de la plaine. Les Castillans et les ordres monastiques militaires forment le centre, flanqués à droite par les Navarrais, les milices urbaines d’Ávila, de Ségovie et de Medina del Campo, et, à gauche, par les forces aragonaises.
Durant le samedi et le dimanche se produisent de nombreuses escarmouches.
Description de la bataille Après s'être confessées, avoir assisté à la messe célébrée par de nombreux moines prêtres et reçu la communion, les armées chrétiennes passent, en masse à l'offensive directe, à l'aube du lundi .
L'assaut commence très mal pour elles en apparence. Tandis que les flèches lancées depuis le fortin où se trouvent les musulmans font des ravages, la cavalerie légère des Berbères et des almohades enveloppe les ailes des chrétiens. Les chrétiens craignent que des corps de bataille ne commencent à se débander.
thumb|upright|Monument à Navas De Tolosa, œuvre de l'architecte Manuel Millán López et du sculpteur Antonio González Orea (1881)
Mais, avec des cavaliers d'élite, le roi Alphonse VIII de Castille, Alphonse II du Portugal et Don Rodrigo Jiménez de Rada, l'archevêque de Tolède en personne, prennent alors la tête d'une charge de cavalerie furieuse, qui enfonce irrésistiblement le centre des Berbères. De leur côté, les rois d'Aragon et de Navarre, voyant cet éclatant fait d'armes, chargent à leur tour sur les flancs droit et gauche des troupes musulmanes.
Les croisés pénètrent jusqu'au retranchement des archers adverses. À ce moment, les troupes musulmanes, décontenancées, perdent rapidement pied, dans une grande panique, et fuient en désordre. Les forces chrétiennes se lancent à leur poursuite. Yaqub ben Yusuf lui-même prend la fuite avec sa garde personnelle. La fuite de leur chef accentue la panique des soldats musulmans, qui sont exécutés partout où ils sont rattrapésderemilitari.org. (2014, November 20). Three sources on the Battle of Las Navas de Tolosa in 1212. De re Militari. Retrieved from https://deremilitari.org/2014/11/three-sources-on-the-battle-of-las-novas-de-tolosa-in-1212/.