Jack Lang (), né le à Mirecourt (Vosges), est un homme politique français.

Membre du Parti socialiste, il est notamment conseiller de Paris dans les années 1980, maire de Blois de 1989 à 2000 et député (du Loir-et-Cher puis du Pas-de-Calais) entre 1986 et 2012. Il est battu lors des élections législatives de 2012 dans les Vosges.

Sous les présidences de François Mitterrand puis de Jacques Chirac, il est ministre dans des gouvernements de gauche, détenant plusieurs fois les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale, ainsi que le porte-parole du gouvernement. Il est l'auteur de la loi sur le prix unique du livre et préside au lancement de la Fête de la musique.

Il est nommé président de l'Institut du monde arabe en 2013. Les révélations, en 2026, concernant ses liens avec le financier et criminel sexuel Jeffrey Epstein, le poussent à démissionner et conduisent à l'ouverture par le parquet national financier d'une enquête pour soupçons de « blanchiment de fraude fiscale aggravée ».

Des années 1970 aux années 2020, son nom est associé à diverses polémiques sur des crimes et délits de nature sexuelle, la plupart restant néanmoins de simples rumeurs.

Biographie Origines familiales et enfance Jack Mathieu Émile Lang, né le à Mirecourt dans les Vosges, est issu d'une riche famille juive athée. de Nancy ; son père, Roger Lang (1902-1955), est le directeur commercial de l'entreprise familiale fondée et dirigée par le grand-père de Jack, Albert Lang (1874-1964)., qui avait fait fortune à la fin de la Première Guerre mondiale, à la tête de cette entreprise de récupération et de traitement des déchets industriels.. Roger et Albert sont tous deux francs-maçons. La mère de Jack, Marie-Luce Bouchet, dont les grands-parents étaient catholiques, est née en 1919 et décédée en 2003, et était la fille d'Émile Bouchet, instituteur athée et franc-maçon., mort en 1926, et de Berthe Boulanger, infirmière, également franc-maçonne. et née dans une famille de conviction monarchiste.

Dès 1938, en raison du risque de guerre avec le Troisième Reich, Albert et Roger avaient envoyé leurs épouses à Vichy., mais c'est à Mirecourt, en Lorraine, qu'ira accoucher la mère de Jack en 1939. Après l'invasion allemande, Albert Lang et sa femme Marie-Luce s'installent à Brive-la-Gaillarde, en Corrèze. Le jeune Jack et sa mère partent pour Cholet chez son arrière-grand-mère, la mère de Berthe Boulanger, puis à Bordeaux, alors que son père Roger est tout d'abord mobilisé à Lunéville, puis rejoint ses parents et son beau-frère Luc Bouchet à Brive. Jack et sa mère rejoignent également Brive après le bombardement de Bordeaux.

Son père est condamné par le tribunal de Brive-la-Gaillarde pour non-déclaration de ses enfants comme juifs, avant d'être relaxé par la cour d'appel de Limoges Laurent Joly, The boundary between “Judaism” and “Aryanism”: Anti-Semitic logic, litigation, and bureaucratic practices relating to the classification of “half-Jews” in Occupied France (1940-1944),traduction de Juliette Rogers. L’Atelier du Centre de recherches historiques, 22 Bis | 2021 ; voir note 24. du fait que la mère des enfants est catholique. Roger Lang soutient, sur l'avis du rabbin de Brive-la-Gaillarde, David Feuerwerker, que seule la filiation maternelle détermine l'adhésion à la religion juiveVoir Laurent Joly, Vichy dans la "solution finale", 2006, note 103.. Roger Lang est cependant placé en résidence surveillée. Berthe Bouchet vient voir la famille Lang en alors que sa fille est sur le point d'accoucher de son troisième enfant, Marianne. Berthe, vénérable de la première loge maçonnique mixte, est arrêtée par la Gestapo à la suite d'une dénonciation en 1943 à Nancy. Condamnée pour faits de propagande et de résistance, elle est déportée à Ravensbrück, où elle est gazée le Une loge maçonnique porte son nom ; cf. « Anniversaire. La loge maçonnique Paix et Humanité-Berthe Bouchet fête ses 100 ans et rend hommage à celle dont elle a pris le nom après guerre », L'Est républicain, 16 juin 2010..

Jeunesse et études Jack Lang fait des études secondaires au lycée Henri-Poincaré à Nancy. Entré en sixième en 1949, il redouble cette classe, puis est envoyé deux ans en pension au collège de Lunéville. Il revient en classe de quatrième au lycée Henri-Poincaré. Placé en section scientifique au premier trimestre de la classe de seconde, il demande à passer en section économique et sociale en cours d'année. Jack Lang perd son père à l'âge de 15 ans, en 1955.

Il obtient le baccalauréat en 1957, puis s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Nancy et au centre universitaire d'études politiques, dépendant de l'Institut d'études politiques (IEP) de l'université de Paris. Ayant réussi avec mention ses deux premières années d'études au centre, il peut entrer directement en 1959 en deuxième année d'études à l'IEP de Paris. Il en est diplômé en 1961 (section Service public).. Il continue en parallèle ses études de droit à la faculté de droit de l'université de Paris, et y obtient la licence de droit, également en 1961. Suivent en 1964 les diplômes d'études supérieures en science politiqueIntitulé du mémoire : « La pensée politique de Seán O'Casey à travers son œuvre dramatique ». et en droit administratifIntitulé du mémoire : « Le régime administratif des conservatoires nationaux de musique ».. Il est titulaire d'un doctorat en droit depuis Intitulé de la thèse : « L'État et le théâtre ». Après deux échecs successifs, il est lauréat du concours d'agrégation de droit public et sciences politiques.

C'est au Conservatoire d'art dramatique de Nancy, en 1957, qu'il fait la connaissance de Monique Buczynski , qu'il épouse le . Ils auront deux filles : l'aînée, Caroline, née en 1961, ex-senior vice-présidente de Warner Bros. Television Distribution., après une brève carrière d'actrice., son rôle le plus connu étant dans L'Argent de Robert Bresson qui l'aurait choisie pour remercier son père d'avoir accordé l'avance sur recettes... ; la cadette, la comédienne Valérie Lang (1966-2013), compagne de Stanislas Nordey, fils de Jean-Pierre Mocky.

Parcours professionnel Après ses études à Paris, il entame une carrière universitaire à la faculté de droit de l'université de Nancy. Il devient assistant du professeur de droit international Charles Chaumont.

Il devient chargé de cours après avoir obtenu son doctorat. Ayant été reçu à l'agrégation, il est nommé maître de conférences le à l'université Nancy-II.

Il est nommé professeur titulaire de droit international en 1976, et est doyen de l'unité d'enseignement et de recherche de sciences juridiques et économiques de 1977 à 1980. Il obtiendra ensuite sa mutation à l'université Paris X-Nanterre.

Théâtre et débuts dans l'exécutif culturel Très tôt attiré par la scène théâtrale, Jack Lang fonde, en 1958, avec Édouard Guibert, la troupe universitaire de NancyAndré Degaine, Histoire du théâtre, éditions Nizet. ; la première année, il interprète le rôle-titre de Caligula. Il suit également des cours durant trois ans au conservatoire d'art dramatique de Nancy.

Dès 1963, il obtient la permission de recevoir des équipes d'amateurs étrangers et crée le Festival de théâtre universitaire de Nancy, qu'il préside jusqu'en 1973 (où il est remplacé par Lew Bogdan). Dès l'édition de 1968, l'événement dépasse la sphère artistique lorraine pour acquérir une réputation nationale et mondiale, qui accueille notamment Roland Grünberg, le Bread and Puppet Theatre, Bob Wilson, ..

En 1972, il est appelé par le président Georges Pompidou à la direction du Théâtre national de Chaillot. Jugé subversif, il se voit retirer la direction de Chaillot en par le nouveau secrétaire d'État à la Culture, Michel Guy, au prix d'un scandale médiatique.

Dans les années 1980, il contribue à la création du prix Europe pour le théâtre, né en 1986., dont il est l'actuel président..

En 1997, il est le président du jury du festival de Berlin..

Parcours politique Débuts Dans sa jeunesse, Jack Lang est, à la suite de son père radical franc-maçonMark Hunter, Les Jours les plus Lang, 1990, ., un fidèle de Pierre Mendès France. Membre du Conseil du développement culturel de 1971 à 1973, il s'engage à partir de 1974 aux côtés de François Mitterrand, le faisant profiter de son carnet d'adresses internationalEmmanuel Wallon, « Scènes de la nation. Le théâtre français et l’étranger au », in François Roche (dir.), La Culture dans les relations internationales. Mélanges de l’École française de Rome, Italie et Méditerranée, tome 114, 2002, .. Il entre au Parti socialiste en 1977, et devient secrétaire national à la culture en 1979Marianne Filloux-Vigreux, La Danse et l'institution : genèse et premiers pas d'une politique de la danse, L'Harmattan, 2001, .. Élu en 1977 conseiller municipal du de Paris dans le sillage de Georges Dayan, il milite contre le réaménagement des Halles de Paris.

Il est révélé au grand public en 1981 quand il est nommé ministre de la Culture, poste qu'il occupera pendant dix ans sous tous les gouvernements socialistes des deux septennats de François Mitterrand. Au début du mois de , il présente sa démission du ministère après que son frère, ivre, a tué un homme d'un coup de poignard dans le dos dans un bar de Nancy ; cette démission est refusée par François Mitterrand, qui use par la suite de son droit de grâce présidentielle en faveur du frère de son ministre, pour en réduire la peine de prison de 12 à 10 ans...

Il propose de nouveau sa démission à François Mitterrand en 1985 par opposition au projet de privatisation des chaînes de télévision françaises et aux privilèges accordés à la .. Mitterrand refuse sa démission, ne souhaitant pas rompre la « solidarité gouvernementale » à moins de six mois des élections législatives de 1986.

Pendant les années de cohabitation (1986-1988 et 1993-1995), il retrouve son poste de professeur de droit à l'Université de Paris X Nanterre.

Ministre de la Culture vignette|gauche|Jack Lang (à gauche) avec Alain Meilland lors du Printemps de Bourges de 1986. Principes de la politique culturelle

Désigné secrétaire national du PS à l'action culturelle en 1979, Jack Lang devient ministre de la Culture en 1981. Le Parti socialiste, suivi par les autres partis politiques, désire accentuer la démocratisation de la culture, commencée par André Malraux. Cette politique est appuyée par les mouvements associatifs et syndicaux qui prennent conscience de l'importance d'une « cohabitation » socio-politique pour la diffusion de la culture.

Au niveau local, les budgets liés à la culture éclatent et deviennent un réel enjeu politique, au même titre que l'économie du pays au profit du Parti socialiste. De la même manière, le budget pour la promotion de la culture passe pour la première fois à 1 % du budget national. Les politiques culturelles, soutenues par François Mitterrand, leur donnent un caractère légitime. Les objectifs principaux de la politique de Jack Lang sont à la fois de diminuer la hiérarchisation traditionnelle qui sépare les « arts majeurs » des « arts mineurs » et d'intégrer aux derniers des activités alors non considérées comme faisant partie du domaine culturel. Ainsi, Jack Lang permet la mise en avant : du cirque (avec la création d'un Centre national des arts du cirque et d'une association nationale chargée de gérer les subventions du ministère), de la photographie (ouverture d'une École nationale), de la musique autre que classique, l'éducation artistique.

Il accorde une place très importante au créateur, dans tous les milieux artistiques : au cinéma, il développe des aides financières à l'écriture ; au théâtre sont créées des subventions pour soutenir les compagnies.

Ces financements sont attribués après une évaluation du projet. Il désire diffuser les actions culturelles en masse mais au moyen d'une production artistique diversifiée et de qualité.