Gustav Stresemann (en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. ) est un homme d'État allemand, né le à Berlin où il est mort le .
Il a été le fondateur et dirigeant du Parti populaire allemand, a été chancelier en 1923 et ministre des Affaires étrangères de 1923 à sa mort. Figure incontournable de la république de Weimar, Gustav Stresemann a permis à l'Allemagne de retrouver un poids diplomatique et économique perdu après la Première Guerre mondiale en mettant en œuvre une politique pragmatique.
Cette politique où les compromis ont eu une large part n'a pas été menée aux dépens de l'Allemagne. À chaque concession allemande a correspondu une avancée soit diplomatique, soit économique. Après avoir jugulé l'hyperinflation qui menaçait l'existence même de l'Allemagne, Stresemann s'est attaqué à d'autres problèmes comme l'occupation de la Ruhr par les armées française et belge, les réparations de guerre ou encore les frontières définies par le traité de Versailles.
Le caractère pragmatique de sa politique lui a attiré beaucoup d'ennemis, et c'est abandonné par une grande partie de la classe politique que Stresemann a dû mener ses combats. Avec Aristide Briand, il a été l'artisan d'un rapprochement franco-allemand et de changements diplomatiques sur le plan européen, ce qui leur a valu à tous les deux le prix Nobel de la paix en 1926. Ce rapprochement a toutefois été arrêté net dans sa lancée à la mort du ministre allemand à l'âge de . Avec sa mort, la république de Weimar perd l'un de ses derniers défenseurs.
Enfance et études Gustav Stresemann naît le à Berlin au 66 de la Köpenicker Straße. Son père, Ernst August Stresemann, est cafetier et possède un commerce de bière, ce qui permet à la famille de vivre de manière relativement aisée. Il est toutefois le seul des cinq enfants (trois autres enfants sont morts en bas âge) du couple à faire des études Biographie sur le site du DHM. À seize ans, Gustav Stresemann entre au Andreas Gymnasium. Le peu de temps que lui consacrent ses parents le mène à se plonger dans les livres. Il est passionné d'histoire et son professeur, M. Wolff, parle . compte avec Goethe parmi ses personnages historiques préférés. Il publiera d'ailleurs un essai sur ce thème en 1924 : Goethe und Napoleon : ein Vortrag Gustav Stresemann, Goethe und Napoleon : ein Vortrag ; mit Anhang Weimarer Tagebuch, Berlin, 1924. La mort de sa mère Mathilde en 1895 affecte beaucoup Stresemann.
En 1897, il passe le baccalauréat et entre l'année suivante à l'université de Leipzig où il étudie l'histoire, le droit public, le droit international et où il suit des cours de littérature. Influencé par le Martin Kriele, il suit également des cours de sciences économiques. Jusqu'en , il est le rédacteur en chef du journal de l'université : le Allgemeine Deutsche Universitätszeitung. Deux ans plus tard, il est nommé professeur à Leipzig après avoir fait sa thèse sur le développement du commerce de la bière en bouteille à Berlin et analysé le problème des grands magasins, ce qui lui attire les moqueries de ses confrèresGustav Stresemann: Die Entwicklung des Berliner Flaschenbiergeschäfts. Eine wirtschaftliche Studie. [« Le développement du commerce de la bière en bouteille à Berlin. Une étude économique »]. Dissertation Université de Leipzig 1901. Ce choix montre toutefois le pragmatisme dont Stresemann fera preuve dans le futur. C'est probablement dans le quartier où son père travaillait que Gustav Stresemann a commencé à s'intéresser à l'économie. Ernst Stresemann meurt en 1905, son fils Richard reprend une partie de l'affaire familiale.
Naissance d'un homme politique Industrie et entrée en politique thumb|Friedrich Naumann.|alt= De par ses origines, Stresemann a fortement été influencé par la politique. Son père, fervent admirateur d'Eugen Richter, était libéral. Stresemann rejoint le groupe protestant des libéraux. Friedrich Naumann exerce alors sur lui une grande influence. Pasteur protestant, Naumann prône la réconciliation entre les classes ouvrières et les classes supérieures. Il refuse le nationalisme exacerbé et fonde en 1896 l'Association nationale et sociale. Stresemann écrira à ce sujet :
Gustav Stresemann fait partie de plusieurs corporations étudiantes dont « Neo Germania » à Berlin, « Suevia » à Leipzig, « » à Heidelberg et « Palatia » à Tübingen. L'aspect social de son engagement politique est très fort. En 1901, il est assistant de direction dans la fédération des chocolatiers allemands. Il y fait ses premières armes et fonde une usine de sucre libre de tout cartel. Il faut préciser qu'à l'époque, l'économie allemande est sous l'emprise des cartels (BASF, Krupp ou Thyssen par exemple). En 1905, il y a 385 cartels en Allemagne. Stresemann réussit donc un tour de force. Il écrit à ce propos : . En 1902, Stresemann devient président-directeur général de l'Union des Industriels (Bund der Industriellen) pour la région de Dresde-Bautzen. Le de la même année, il en devient le syndic. Peu à peu, Stresemann s'assure une position sociale au sein de l'industrie vers laquelle il se tournera de nouveau en 1912 lorsqu'il perdra son mandat de député. Il lie des contacts avec des personnes très influentes comme Albert Ballin, directeur de la compagnie maritime « Hamburg-Amerikanische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft » (HAPAG), et Jacob Riesser, vice-président de la Chambre de commerce de Berlin.
vignette|Ernst Bassermann.|alt= En 1903 il entre au Parti national-libéral (Nationalliberale Partei), un parti défendant principalement les intérêts des dirigeants d'industrie. Le à Berlin, il épouse Käte Kleefeld avec qui il aura deux enfants : Wolfgang né en 1904 et Joachim en 1908. Käte Kleefeld est la fille de l'industriel Adolf Kleefeld, elle jouera dans les années 1920 un grand rôle dans la société berlinoise. Le couple s'installe dès 1910 au de la Tauentzienstraße. Ils y resteront jusqu'en 1923. En , Stresemann participe au congrès du parti à Goslar : . Son intervention est remarquée par Ernst Bassermann, le chef du Parti National Libéral depuis 1904.
Conseiller municipal de Dresde, Stresemann est élu au second tour député en 1907 en remportant la circonscription Annaberg-Schwazenberg de l'ancien député social-démocrate Ernst Grenz. Bassermann ayant des ennuis de santé, Stresemann reprend la direction du parti, on l'appelle alors le « dauphin ». Il s'attire les foudres de l'aile droite de son parti en soutenant les mesures sociales. Cette dernière s'opposera à sa réélection à la tête du parti en 1912. Après avoir perdu son siège au Reichstag, Stresemann entreprend plusieurs voyages aux États-Unis et au Canada. En 1912, il participe à un congrès des chambres de commerce organisé à Boston. Les voyages qu'il entreprend avec ses collègues lui permettent de comprendre les mécanismes de production qu'il mettra en œuvre par la suite en Allemagne. L'économie sera l'un des moteurs de sa pensée. Pour lui, les problèmes politiques découlent de problèmes économiques.
Première Guerre mondiale vignette|Bethmann Hollweg.|alt= Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Stresemann n'est pas enrôlé en raison de son mauvais état de santé. Il a été écarté du service en 1901 à cause de sa maladie de Basedow. Il en profite pour assurer sa position politique. En 1914, il est élu député pour la circonscription Wittmund/Aurich après que Bassermann eut exhorté les membres de son parti à voter pour lui. Stresemann conservera son mandat jusqu'à sa mort. Stresemann est certain que l'Empire Allemand va sortir vainqueur du conflit. Il soutient les annexionnistesPierre Miquel, La Grande Guerre, Fayard, 1983, . et fait preuve d'un nationalisme sans retenue. Dans un discours du , il déclare : . La perspective économique prime encore. Pour lui, l'origine de la guerre est avant tout économique. Membre de la Fédération coloniale allemande (Deutscher Kolonialverein) et de l'Association économique germano-américaine (Deutsche-Amerikanische-Handelsgesellschaft), Stresemann soutient la politique navale allemande, notamment la guerre sous-marine à outrance qui a marqué l'entrée en guerre des États-Unis.
En 1917, il est élu représentant et vice-président des libéraux nationaux au Reichstag, sa position s'affirme, d'autant plus que Bassermann s'est éloigné de la vie politique pour raisons de santé. C'est là que Stresemann essaie d'obtenir une fusion entre les libéraux nationaux et le Parti progressiste allemand. Il tente de se faire enrôler dans l'armée mais sans succès. Il participe à la chute du chancelier Bethmann Hollweg, trop faible à ses yeux, en se ralliant à Matthias Erzberger. Bethmann Hollweg est renvoyé le 14 juillet 1917. Pour Stresemann, . C'est aussi en 1917 que Stresemann achète le journal Deutsche Stimmen dans lequel il publie ses articles. Il le dirige jusqu'en 1923.
En juin 1918, Stresemann croit encore à la victoire : . L'armée de Ludendorff venait de lancer une offensive victorieuse sur le Chemin des Dames, ouvrant ainsi la route vers Paris pour la seconde fois. Si la victoire des Alliés et l'armistice du 11 novembre 1918 assomment Stresemann, l'abdication de l'empereur est pour lui un plus grand choc encore. Stresemann est monarchiste dans l'âme. Il avait envoyé un télégramme à l'empereur Guillaume II pour ses soixante ans. On peut également évoquer le fait qu'il s'investira en 1923 pour que le Kronprinz puisse revenir en Allemagne, ce dont ce dernier lui sera très reconnaissant. Lorsque la république de Weimar est proclamée, le mouvement libéral en Allemagne est profondément divisé.
Débuts dans la république de Weimar thumb|Gustav Stresemann.|alt= La République proclamée le naît de la révolution de Berlin et de nombreuses autres villes. La jeune république doit aussitôt affronter ce qui lui vaudra la haine de beaucoup : la défaite et la signature de l'armistice du 11 novembre. Accusée de trahir l'armée, la République et ceux qui la défendent sont calomniés, en particulier par les extrémistes de droite. (La thématique du « Coup de poignard dans le dos » sera reprise à l'envi par la propagande nazie, par exemple). Le nouveau gouvernement républicain affronte également la révolte spartakiste de Berlin, qu'elle écrase en envoyant l'armée, se mettant à dos les communistes. Le nouveau régime a peu de soutiens dans la classe politique.
C'est dans ce contexte que Stresemann fait ses débuts en tant que dirigeant de parti. Après avoir échoué dans sa tentative de fusion des libéraux à cause de leur division, rejeté lui-même par eux, Stresemann participe à la fondation du Parti populaire allemand (DVP), le 15 décembre 1918, un parti qui représente les industriels et dont il devient le dirigeant. Le parti ne s'appuie pas exclusivement sur les industriels mais compte également dans ses rangs des professeurs, des avocats ou encore des hauts fonctionnaires. Lors des élections au Reichstag de 1919, le DVP obtient 4,4 %.
Comme la plupart des Allemands de l'époque, Stresemann conteste vivement le traité de Versailles. Pour lui, les Allemands sont . Pour lui, les clauses morales du traité de Versailles sont bien plus dures à supporter que les clauses économiques et territoriales. Bien que Stresemann refuse le traité, il n'est pas prêt à endosser la responsabilité de son rejet car cela aurait conduit inévitablement à la reprise des hostilités.