Action directe (AD) est un groupe terroriste, issu de la lutte anti-franquiste et du mouvement autonome.Michaël Prazan, Une histoire du terrorisme, Flammarion, 2012, .

Le groupe, qui emprunte son nom à la théorie anarchiste de l', s'inscrit dans les qui ont vu apparaître les mouvements Fraction armée rouge en Allemagne ou les Brigades rouges en Italie.

Ses membres ont revendiqué plus de 80 attentats ou assassinats sur le territoire français entre 1979 et 1987. Action directe est interdit pour apologie de la lutte armée par un décret du portant dissolution du groupement par l'effet de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privéesDécret du 24 août 1982 portant dissolution du groupement de fait dénommé Action Directe - Journal officiel de la République française, . L'organisation est, depuis, officiellement considérée comme terroriste par les autorités françaisesLa France face au terrorisme : Livre blanc du Gouvernement sur la sécurité intérieure face au terrorisme - Ministère des Affaires étrangères.. Les derniers militants de l'organisation ont été arrêtés en 1987, puis jugés et condamnés par une formation spéciale de la cour d'assises de Paris sous les chefs d'inculpation d'assassinat de l'industriel Georges Besse, de celui de l'ingénieur général de l'armement René Audran, de tentatives d’assassinat sur le contrôleur général des armées Henri Blandin et du vice-président du Conseil national du patronat français (CNPF) Guy Brana, et des attentats contre les locaux d’Interpol et ceux de l'Union de l'Europe occidentale.

Selon le criminologue Jean-François Gayraud, l'organisation compta environ 200 sympathisants et militants sur huit ans d'existence. Sur le plan international, Action directe mène notamment des actions avec les Cellules communistes combattantes (Belgique), la Fraction armée rouge (Allemagne), divers groupes armés italiens (Brigades rouges, communistes organisés pour la libération prolétarienne, Prima Linea), les Fractions armées révolutionnaires libanaises et des groupes marxistes turcs.

Historique Genèse et influences Action directe est le résultat de la fusion des membres des Groupes d'action révolutionnaires internationalistes (GARI), des Noyaux armés pour l'autonomie populaire (NAPAP) Julien Fragnon (docteur en science politique, Université de Lyon), Attentats politique en Europe Encyclopédie de la culture politique contemporaine, sous la direction d'Alain Renaut, 2008, pages 323 et suivantes. et des Brigades internationales. Ces trois groupes appartiennent à la même famille de pensée que la Gauche prolétarienne (GP), mouvement maoïste dissous en 1974, qui prônait le recours à la violence comme arme politique. Les GARI sont fondés en 1973 par des anarchistes espagnols anti-franquistes exilés en France, qui basculent dans la lutte armée l'année suivante, après la condamnation à mort et l'exécution de l'anarchiste catalan Salvador Puig i Antich. Jean-Marc Rouillan, Michel Camilleri, Mario Ines-Torres, Floréal Cuadrado, Raymond Delgado appartiennent à ce groupe. Les NAPAP, dont est issu Pascal Trillat, forment un autre mouvement anarchiste, animé par Frédéric Oriach ; ce groupe s'est fait connaître en 1977 en revendiquant notamment l'assassinat de Jean-Antoine Tramoni, ancien vigile des usines Renault qui avait abattu cinq ans plus tôt le militant maoïste Pierre Overney. Les Brigades internationales organisent en 1976-1977 plusieurs attentats contre des diplomates étrangers en poste à Paris. Ces trois organisations suivent un cheminement idéologique similaire. Elles ont en commun le recours aux attentats à l'explosif, aux mitraillages d'édifices publics et de sièges de sociétés, aux assassinats dits politiques et aux attaques de banque comme moyen de financement. Elles coopèrent avec d'autres groupes armés européens (italiens, espagnols, allemands) et palestiniens. Elles s'apportent un appui logistique mutuel. Leur rapprochement aboutit en 1977 à la création d'une « coordination politico-militaire interne au mouvement autonome en France ».

Cette coordination se transforme en 1979 en une « organisation de guérilla » qui commence à revendiquer ses attaques sous le nom d'Action directeSelon Maria Pilar Arago-Eltur, militante d'Action directe arrêtée le 18 septembre 1980 (cf infra), la décision de créer le groupe a été prise au printemps 1979, au cours de réunions auxquelles participaient Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Carlos Jaurégui, Mireille Munoz, Laurent Louessard et elle-même ; l'appellation Action directe a été choisie sur proposition de Carlos Jaurégui (cité dans Marcel Leclerc : De l'antigang à la criminelle - Plon 2000 et Jean-Pierre Pochon : Les stores rouges - Édition des équateurs 2008), expression empruntée à l'anarcho-syndicalisme du début du , mais avec laquelle la pratique d'Action Directe n'a rien à voirL'action directe est l'action sociale directe des masses, sans intermédiaire politique qui parle en leur nom, qu'il soit parlementaire ou avant-garde. Elle n'a donc rien à voir avec la propagande par le fait pratiquée par le groupe AD. Cf. la brochure L'Action Directe rédigée par Émile Pouget, l'« inventeur » du concept.. Rouillan explique que ce nom est choisi au cours d'une réunion à laquelle participent notamment Nathalie Ménigon, Mario Ines Torres, Éric Moreau, Régis Schleicher, Gérard Derbesse et lui-même. Pour eux, il signifie « Mouvement pour l'autonomie du prolétariat ». Selon Rouillan, « comme guérilla communiste, notre but essentiel était (…) d'élever la conscience critique dans le prolétariat occidental afin que, par ses propres forces, il puisse rompre la fausse unité à laquelle l'opportunisme le condamne ». Les attentats sont commis par le groupe au nom de la lutte contre l’impérialisme capitaliste, contre les symboles de la puissance de l’État, le grand patronat et la défense du prolétariat. Pour s'alimenter en armes et explosifs, ils réalisent des vols et braquages.

Selon certaines sources, le groupe Action directe aurait pu être commandité, voire manipulé par un État étranger afin de commettre certains assassinats. C'est la thèse que soutiennent les journalistes Romain Icard et Dominique LorentzDominique Lorentz, Une guerre, Les Arènes 1997. Le nom de l'Iran, que le contentieux Eurodif opposait à la France, est souvent cité. Cette thèse, considérée comme vraisemblable par Gilles Ménage (ancien directeur de cabinet de François Mitterrand chargé des questions de renseignement, de police et de sécurité), se fonde notamment sur le fait que Georges Besse, assassiné par Action directe, avait été président d'Eurodif. Le juge Alain Marsaud indique d'autre part qu'au moment de leur arrestation, les responsables du groupe (Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani) projetaient d'enlever et de séquestrer le président d'Eurodif. Par ailleurs, l'ingénieur général René-Pierre Audran était responsable des contrats d'armement avec l'Irak, en guerre avec l'Iran depuis 1980. Il supervise en une négociation avec l'Iran portant sur des ventes d'armes ; or celle-ci est brutalement interrompue par le gouvernement français en septembre. Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la Surveillance du territoire, se dit convaincu qu'Action directe est commanditée pour certains assassinats ; il se fonde notamment sur la proximité de Mohand Hamami, militant du groupe, avec la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL)Yves Bonnet, Contre-espionnage, Calmann-Lévy 2000..

Création et première période La première manifestation « idéologique » violente du groupe date du : il s'agit du mitraillage de la façade du siège du Conseil national du patronat français (CNPF), avenue Pierre--de-Serbie à Paris. Le commando est composé d'André Olivier, Maxime Frérot, Ménigon et RouillanInformation mentionnée dans une note manuscrite d'André Olivier retrouvée dans une "planque" stéphanoise de la Branche lyonnaise (Roland Jacquard, La longue traque d'Action directe, Albin Michel 1987. Le , un attentat à l'explosif est commis contre une agence immobilière à Sceaux ; il est revendiqué pour la première fois par le groupe Action directe. Cependant, après le mitraillage du CNPF, Rouillan situe la première « offensive » d'Action directe les 15 et , avec trois bombes déposées au ministère du Travail, au ministère de la Santé et à la direction de la SONACOTRA, ainsi qu'un mitraillage du ministère du Travail. Le , un attentat vise les locaux réputés secrets de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) rue Rembrandt à Paris. Le , la façade du ministère de la Coopération, boulevard des Invalides est mitraillée. Le ministre Robert Galley vient de quitter son bureau, qui est atteint par plusieurs balles. Des tracts signés Action directe dénonçant « l'État négrier » sont abandonnés sur placeCommissaire Marcel Leclerc, De l'antigang à la criminelle, Plon, 2000.

À la suite de cet attentat, les différents services de police se mobilisent contre Action directe. Dirigée par le commissaire Jean-Pierre Pochon, la discrète Brigade Opérationnelle Centrale (BOC) des Renseignements généraux (RG) suit attentivement le groupe dont la dérive de plus en plus violente inquiète les autoritésSerge Savoie, RG, La traque d'action directe, Nouveau Monde Éditions, 2011, 270 p.. Jean-Marc Rouillan est déjà connu des services de police : il a fait l'objet de plusieurs interpellations pour détention d'armes depuis 1974. Par ailleurs il est identifié avec Éric Moreau comme l'un des « revendeurs » du tableau de Jérôme Bosch L'Escamoteur, qui a été dérobé en au musée municipal de Saint-Germain-en-Laye. Ce « vol révolutionnaire » avait pour objectif de monnayer le tableau contre une rançon devant permettre d'acquérir des armes. Nathalie Ménigon et Carlos Jaurégui ont également été mis en cause dans cette opération.

Un coup de filet est opéré le et vingt-huit suspects identifiés et repérés par la BOC sont interpellés, parmi lesquels à Paris Mireille Munoz, Carlos Jaurégui, Pedro Linarès Montanes, Serge Fassi, Pascal Trillat, Mohand Hamami et Olga Girotto, une militante italienne du groupe terroriste Prima Linea. Des armes, un stock de cartes d'identité françaises et italiennes vierges et de dynamite sont saisis. Au total dix-neuf suspects (en incluant quatre ressortissants italiens suspectés d'avoir participé à un vol à main armée commis le à la trésorerie de Condé-sur-l'Escaut et arrêtés dans le Var) seront déférés à la Cour de sûreté de l'État« Déférés à la Cour de sûreté de l'État dix-neuf terroristes présumés ont été écroués », Le Monde, 4 avril 1980. en . Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon et André Olivier, considérés comme les chefs d'Action directe, échappent cependant à l'interpellationJean-Pierre Pochon, Les stores rouges, Édition des équateurs (2008). Ils ne désarment pas. Le , un commando de quatre hommes et deux femmes braque la mairie du arrondissement de Paris. Ils s'emparent de fiches d'état-civil, de cachets officiels, de mille cartes grises et de plusieurs centaines de passeports et de cartes d'identité. Dans les mois et les années qui suivront, les policiers retrouveront des documents issus de ce vol en possession des membres d'Action directe qui seront arrêtés. Le , Ménigon, Rouillan et plusieurs complices commettent un vol à main armée contre une agence bancaire du Crédit Lyonnais, 68, avenue Bosquet à Paris. Une fusillade éclate alors qu'ils sont poursuivis par un car de police-secours.