La Palestine expliquée à tout le monde est un essai de l'écrivain, historien et militant pour la paix Elias Sanbar, ancien ambassadeur et délégué permanent de la Palestine auprès de l'UNESCO de à .
Prenant la forme d'un entretien, l'auteur présente son propos de manière pédagogique en suivant le cours de l'histoire, de l'Antiquité à l'époque contemporaine. Elias Sanbar – en « médiateur [… et] porte-parole de la mémoire » – présente les événements géopolitiques « dans la continuité » historique : du « peuple polychrome d'avant le mandat britannique » aux « accords d'Oslo en ».
Dans une écriture qui prône inlassablement la paix, Elias Sanbar porte dans cet ouvrage la question de la culture palestinienne comme il évoque son ami, le poète Mahmoud Darwich : « en partant de son terreau palestinien, en partant de ce lieu très particulier qu'est la Terre sainte, d'une langue unique [la langue arabe], a porté cette question au niveau de l'universel : sa poésie est celle d'une humanité simple c'est-à-dire de la condition humaine de tous ».
Sujet
Partie 1 – « Les commencements »
Origines Elias Sanbar fait remonter l'histoire de la Palestine à « Canaan ou la Bible, la conquête romaine […] ou arabe, les Byzantins, […] la rivalité séculaire entre la vallée du Nil et celle de l'Euphrate, deux grandes civilsations, l'Égypte pharaonique d'un côté, Sumer et Babylone de l'autre ».
Selon lui, « l'histoire contemporaine de la Palestine […] se confond malheureusement avec l'histoire du « conflit » ».
Fin du « A la fin du , […] Théodor Herzl , un journaliste viennois, […] Juif assimilé et assimilationniste [comme beaucoup à cette époque], […] convaincu que les Juifs ont un besoin vital de disposer d'un lieu à eux, « un foyer national » conçu comme un refuge, un havre », élabore ainsi « les thèses fondatrices du sionisme […] au coeur de son ouvrage, L'État des Juifs, publié à Vienne en ».
vignette|droite|alt=Carte de l'Empire Ottoman|Carte de l'Empire ottoman
À cette époque, la Palestine est un « territoire de l'Empire ottoman […] avec la Syrie, le Liban, la Jordinaie et l'Irak actuels ». Les « idées nationalistes arabes s'y répandent et menacent de l'ébranler. […] Il s'agit là […] d'un projet politique d'unité arabe en Orient ». Ce « projet de « nation » arabe […], au sens de l'indépendance et de la souveraineté politiques », vise à unifier la Syrie, le Liban, la Palestine, la Jordanie et l'Irak « pour former un seul pays ».
« Cette période est celle de la Nahda arabe […], un mouvement à la fois politique, culturel et religieux ».
« Est arabe l'Arabe musulman ou celui qui « habite » la langue des Arabes ».
Partie 2 – « Les Palestiniens, cible centrale du projet sioniste »
Fin Du au , lors du premier Congrès sioniste à Bâle, Théodor Herzl « parvient à imposer l'objectif de l'établissement d'un Foyer national juif en Palestine […] face à une forte opposition dans une partie des communautés juives européennes convaincues que le destin du peuple juif est précisément de ne pas disposer d'un État ».
À cette époque donc, « deux projets antagonistes sont à l'œuvre en Palestine » :
« le projet d'indépendance et de souveraineté palestiniennes au sein d'une Nation arabe » « le projet de création d'un Foyer national juif en Palestine, sur une terre déjà habitée par son peuple ».
« Le […] écrit en : la finalité du sionisme est de nous rendre étrangers à nous-mêmes, chez nous ».
vignette|droite|alt=Carte des Accords Sykes-Picot|Carte des accords Sykes-Picot ()
En « la déclaration Balfour scelle le projet sioniste » : Lord Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique, « déclare le soutien de la Grande-Bretagne à l'établissement d'un Foyer national juif en Palestine ». Au même moment, afin de mettre fin à la grande révolte arabe qui a éclaté dans l'empire ottoman, le Gouvernement britannique promet que « si les Arabes combattent à leurs côtés les armées turques, Fayçal ibn Hussein pourrait créer un « Royaume arabe » qui comprendrait la Palestine, le Liban, la Syrie, la Jordanie et l'Irak actuels, avec Damas pour capitale ». « Le Royaume arabe ne verra pas le jour » en dépit de la victoire de Fayçal. La Société des Nations (SDN), mue par la mise en place des quatorze points de Wilson, et en dépit de celui concernant « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » s'interroge sur le sort à réserver aux pays arabes conquis.
En , Mark Sykes, ministre des Affaires étrangères britannique, et François Georges-Picot, diplomate français, partagent le fruit de leur victoire et se répartissent les territoires en traçant les frontières aux crayons de couleurs :
la France obtient « le Liban et la Syrie » la Grande-Bretagne obtient « l'Irak, la Palestine et la Transjordanie »(Jordanie actuelle)
La SDN entérine cette répartition en ,
Partie 3 – « 1918 -1948 : les ambiguïtés du mandat britannique »
Stratégie de l'Empire britannique « En favorisant tantôt les aspirations nationales palestiniennes, tantôt les aspirations juives, l'État impérial se plaçait en arbitre permanent ». L'Empire britannique souhaitait avant tout conserver une place géostratégique de choix dans la région : « intérêts […] pour canal de Suez, les champs pétroliers de l'Irak, la façade méditerranéenne palestinienne, le blocage de toute expansion des intérêts français… ».
Ruralité & plurilinguisme vignette|droite|alt=Des porteurs chargent et déchargent des bateaux au port de Jaffa, Khalil Raad, 1902 |Des porteurs chargent et déchargent des bateaux au port de Jaffa, Khalil Raad,
À cette période, la Palestine est un pays « essentiellement rural » : "raisins de table des monts al-Khalil (Hébron)", "céréales de la grande plaine de Marj ibn Amir", "huile d'olive", "savon de Naplouse", "les agrumes, dont les vergers couvrent la quasi-totalité du littoral, avec Jaffa pour centre". On remarque également "l'essor des ports, Jaffa et Haïfa surtout, et une industrie de plus en plus florissante, celle du tourisme religieux, du pélerinage en Terre sainte". "Nombre de missions religieuses […] s'installent […] et fonderont couvents et écoles où l'enseignement sra dispensé dans leurs langues respectives. Nombre de Palestiniens seront ainsi, et tôt, plurilingues".
« Gens de Terre sainte » « Ces « gens de Terre sainte » [musulmans, chrétiens, juifs] se vivent surtout comme les enfants d'une terre-réceptacle des trois monothéismes, les dépositaires de trois messages réunis » . La religion n'y est pas exclusivement basée sur les dogmes, mais "par le territoire palestinien unique, le seul sacré pour les trois monothéismes : c'était là et nous sommes de là". "Fondamentalisme et sionisme partagent la même approche d'une Palestine « monochrome ». […] La Palestine ne sera plus la Palestine le jour où elle perdra sa « polychromie »".
Des palestiniens juifs "La communauté juive palestinienne était réduite […] mais il y eut depuis toujours des Palestiniens juifs" dont la présence a été "totalement escamotée par l'histoire de l'émigration des Juifs européens vers la Palestine". Les registres de collecte des impôts méticuleusement tenus par les Ottomans, a permis de disposer "ville par ville, d'une estimation des communautés de chaque province. Preuve indéniable donc de la présence de Palestiniens juifs en Palestine". En , l'Empire britannique modifie les règles de recensement en Palestine et déclare "une population de , dont 78 % de Musulmans, 11 % de Juifs et 9,6 % de Chrétiens". Le terme "11 % de Juifs" mêlant indistinctement Juifs palestiniens autochtones et Juifs immigrants depuis l'Europe. "Ce jeu statistique vient de faire passer les Palestiniens juifs à la trappe". "Ainsi, par une sorte de tour de passe-passe démographique, les Palestiniens juifs ont perdu de fait leur appartenance à leur société réelle, la société palestinienne".
Une « double colonisation » Les Palestiniens font face à "une double colonisation" :
"les colonisations classiques – comme la britannique – consistent à dominer les pays avec une volonté première de les exploiter, d'asseoir des positions géostratégiques [et] de contrôler la population et la société" "la colonisation sioniste [qui] vise à remplacer le peuple des lieux par ses immigrants. Aussi le départ volontaire et surtout forcé des Palestiniens sera-t-il à l'ordre du jour dès le début".
Entre et , la Palestine "ne connaît pas un jour de paix", en résistance par "opposition anticoloniale classique à la Grande-Bretagne pour arracher une indépendance et lutte spécifique contre le sionisme pour ne pas disparaître".
"La perte de la Palestine commence par cette « séparation » entre ses habitants".
"Le discours sioniste […]" fait naître "une réécriture de l'histoire de la Palestine selon laquelle les Juifs ne viennent pas, mais « reviennent », tandis que les Palestiniens doivent partir parce qu'ils n'auraient jamais dû se trouver là. Le retournement est total : les sionistes qui arrivent accusent ceux qui se trouvent là, chez eux depuis des temps immémoriaux, d'être en réalité des envahisseurs !".
Partie 4 – « La création de l'État d'Israël et les deux guerres de »
En , un « premier plan de partage » est proposé « sans succès, par la commission royale [britannique] pour la Palestine conduite par Lord Peel ».
vignette|droite|alt=Plan de partage de la Palestine selon la résolution 181 de l'ONU, 29 novembre 1947 |Plan de partage de la Palestine selon la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU,
En , une deuxième « recommandation de partage » voit le jour, formulée par l'Organisation des Nations unies (ONU), à la suite de la Seconde Guerre mondiale et la "destruction des Juifs d'Europe par la barbarie nazie". La Grande-Bretagne cède alors son autorité en Palestine à son allié les États-Unis d'Amérique. "Votée le , la recommandation du Plan de partage prévoit la création d'un État arabe, d'un État juif et d'une zone internationale pour Jérusalem". Selon "les recensements britanniques, la Palestine compte alors" :
+Recommandation du plan de partage de l'ONU du Surface du paysPalestiniensJuifsPalestine avant la résolution"l'État arabe du Partage"42,88 %"l'État juif du Partage"56,47 %"la zone de Jerusalem du Partage"0,65 %
« Bien que votée par l'ONU, cette résolution du plan de partage ne sera jamais appliquée […] car ce découpage est de fait une balkanisation ».
Première guerre de Palestine ( - ) vignette|droite|alt=Des habitants arabes chassés de Haïfa par des hommes armés de la Haganah, avril 1948 |Des habitants arabes chassés de Haïfa par des hommes armés de la Haganah,
La guerre est déclenchée par "les unités de la milice armée de la Haganah […] selon le Plan Dalet établit par l'état-major des forces juives […] : sur les 13 offensives majeures prévues, 8 se déroulent dans les territoires en principe alloués à « l'État arabe »… Difficile de ne pas y voir un guerre de conquête !".
Au cours de ce conflit, " sont expulsés et prennent, forcés, le chemin de l'exil" : c'est "la Nakba, la catastrophe".
Deuxième guerre de Palestine ( - ) vignette|droite|alt=Réfugiés arabes palestiniens fuyant la Galilée en octobre-novembre 1948 |Réfugiés arabes palestiniens fuyant la Galilée en -
"Ben Gourion proclame le la création de l'État d'Israël. Les armées arabes voisines franchisent" alors "les frontières de la Palestine" dans une "tentative de reconquête" face aux troupes de la Haganah […]", le pays "étant déjà « vidé » de son peuple" par le premier conflit.
« Dès le début, et aujourd'hui plus que jamais, les Israëliens n'ont pas voulu reconnaître qu'il y eut deux et non pas une seule guerre en . Parce que » ainsi « on escamote l'expulsion et on se lave de toute culpabilité ». « Cette version permet de présenter les deux guerres de comme étant une seule guerre défensive, donc légitime, contre une « invasion » menée par les Arabes, et l'expulsion comme la réaction à l'agression de l'État juif naissant par les armées arabes ».