Al-Jammama () ou Djelameh est un hameau palestinien situé dans le désert du Naqab (actuellement appelé Néguev), à 30 kilomètres au nord-ouest de Beersheba. Sa population recensée était de six habitants en 1931, des Bédouins de la tribu des Ataouinas. Comme des centaines d’autres villages arabes, il a été détruit et ses habitants expulsés en 1948, lors de la guerre pour la Palestine de 1948.
Étymologie
En 1881, alors qu‘al-Jammama n’est encore qu’une ruine abandonnée ( en arabe), Palmer donne l‘étymologie suivante : Khirbet Jemmâmeh, ou Palmer, 1881, 371..
Géographie
Al-Jammama est construit dans une région vallonnée, sur les rives de l’oued al-Mudabba'. Le village est à proximité immédiate d‘un carrefour de routes secondaires : l’une, vers le nord-ouest, conduit à Gaza par Burayr et donc à la grande route côtière. D’autres routes secondaires relient al-Jammama aux villages voisins et à Beersheba. Al-Jammama a donc été considéré comme un carrefour stratégique pour la conquête du sud de la Palestine« al-Jammama — الجَمّامَة », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 17 mai 2026..
Histoire
Le village est construit sur des sites archéologiques ; des citernes, un pressoir à huile d‘olive, des mosaïques, des tombes et des outils de pierre du Paléolithique moyen ont été découverts dans les environsOhel 1967:49-56. Cité par Khalidi, 1992, 74..
Un texte d‘invocation, Qu‘Allah ait pitié de toi, Amr b. Sahl al Jahmi, datant des débuts du de l‘Hégire ( de l‘ère chrétienne) a été trouvé dans les vestiges d‘un ancien bain à Al-Jammama. L’inscription est conservée au kibboutz RuhamaSharon, 2016, 162-167.. Une inscription de fondation, pour la construction d’une citerne ou d‘un puits, plus récente de trois siècles ( de l‘Hégire/ de l‘ère chrétienne) a aussi été découverte à Al-Jammama.
Empire ottoman
Si quand Edward Robinson visite la région, tous les villages sont abandonnés, il voit les femmes moissoner le blé, preuve que les Bédouins peuplaient et cultivaient le désert.
En 1863, Victor Guérin décrit Khirbet-Djelameh, alors à l‘état de ruines situées sur une petite hauteur, proche de l‘oued el-HesyGuérin, 1869, 293-294. Conder et Kitchener, 1883, SWP III, 282 se demandent s’il n‘y a pas deux lieux nommés Khurbet Jemmameh.. Il relève la présence de tribus bédouines élevant chameaux, chèvres, moutons et bœufs.
En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund (SWP) trouve à Khurbet Jemmameh Conder, Kitchener, 1883, SWP III, 282.. Selon eux, la zone n'est que pâturée par les Bédouins, et ils ne remarquent pas les cultures, bien qu'ils notent des maisons et un séchoir à tabac. Au début du , les Bédouins, bien que vivant en partie de l'agriculture, continuent de vivre dans leurs tentes noires, quelques maisons étant construites sur les sommets, habitées par des paysans cultivant les terres pour les Bédouins.
En 1909, les Bédouins Ataouna d’al-Jammama vendent 600 hectares de terres au groupe moscovite Sheerit Israel afin d’obtenir des fonds pour construire des habitations et des entrepôts dans la ville nouvelle de Biˀr as-Sabˁ. Cependant, les lois ottomanes interdisaient la vente de terres et l’immigration sioniste en Palestine. La vente ne put se conclure que grâce à des requêtes auprès des autorités d’Istanbul, notamment de la Jewish Colonization Association et d’un notable de Gaza. La colonie est baptisée Ruhama ("grâce") et finalement fondée en 1912Place Names in Israel. A Compendium of Place Names in Israel compiled from various sources. Translated from Hebrew, Jerusalem 1962 (Israel Prime Minister’s Office. The Israeli Program for Scientific Translations) 167.Carta's Official Guide to Israel and Complete Gazetteer to all Sites in the Holy Land. (3rd edition 1993) Jerusalem, Carta, 403, (English).
Les colons plantent des oliviers et des amandiers mais louent la majorité des terres qu’ils ont acheté aux Bédouins qui leur ont vendu, dès novembre 1913. Les cultures sont irriguées grâce à des pompagesBenjamin Saidel, Jeffrey Blakely, « Bedouin “Settlement” in the Tell el-Hesi Region in the Late Islamic to British Mandate Period », Journal of Islamic Archaeology, volume 6, 1, 19–39, 2019. DOI 10.1558/jia.37242. https://research.ebsco.com/plink/b2571d4f-8047-39f3-bcf6-e0c68a8fa46b.. Ces installations de pompage sont utilisées massivement par les armées ottomano-allemandes durant la Première Guerre mondiale, puis par les troupes britanniques lors de leur offensive. Dès la fin de 1917, malgré de grosses subventions de Russie, Ruhama est trop endettée et est saisie par la banque anglo-palestinienne, filiale du Fonds colonial juif (Jüdische Kolonialbank) créée en 1902 à Jaffa. Les travailleurs sont eux déportés durant la Première Guerre mondiale par l‘Empire ottoman car ils avaient accueilli l‘organisation anti-ottomane Nili.
Mandat britannique
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Jammama est conquise en novembre 1917. Le 8 novembre, l’armée britannique bat les troupes ottomanes à Al-Jammama, puis occupe le villageWavell 1972:145, cité par Khalidi, 1992, 74.. La région est administrée par le Royaume-Uni comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au début des années 1920, les labours se faisaient à la charrue tirée par des chameaux, mais la famille Diqs utilisait un tracteur. La moisson des céréales avait lieu en avril.
Au recensement de 1931, le village a 6 habitants sédentaires, tous musulmans, dans une maisonMills, 1932, 7.. Cependant, d’après des Bédouins Ataouinas d‘Al-Jammama réfugiés en Galilée après 1948 et travaillant au centre pour la recherche sociale de Galilée, il y avait environ 120 bakiyas à al-Jammama avant 1948. Les bakiyas sont des bâtiments construits en pierre liée à la terre et couverts en bois et terre. Un noyau de ces bakiyas étaient rassemblés à al-Jammama avec quelques boutiques, d‘autres étaient dispersés aux alentours. Ces bakiyas étaient soit habités, soit, quand ils étaient en mauvais état, utilisés comme étable ou lieux de stockage. Selon l’Encyclopédie de la Question palestinienne, il y a soit eu un important sous-recensement en 1931, soit un important développement du village entre 1931 et 1948, permis par la culture du blé, de l’orge, des légumes et de l’élevage. Des puits permettaient l’irrigation.
Al-Jammama avait une école primaire, créée en 1944Khalidi, 1992, 74. ou avant 1933 par les Britanniques et fonctionnant jusqu'en 1944-1948 selon une autre source.
À côté d’al-Jammama, 13 nouveaux colons juifs tentent une nouvelle fois de s‘installer à Ruhama en cultivant du tabac et en continuant de louer la moitié de leurs terres aux Bédouins d‘al-Jammama mais abandonnent en 1925. Plusieurs auteurs indiquent une nouvelle tentative en 1933, mais le kibboutz est détruit lors de la grande révolte arabe. Cependant, d’autres sources suggèrent qu’il avait été abandonné volontairement plusieurs années avant 1938..
Le kibboutz de Ruhama est recréé une ultime fois en 1944 par des Juifs venus de Roumanie.
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, al-Jammama est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Pendant la guerre pour la Palestine, les brigades israéliennes Néguev et Givati s‘emparent du village le 22 mai 1948 et expulsent les habitants, durant l’opération BarakMorris, 2004, xx, village #364.. Après la guerre la région est annexée par Israël.
Voici ce qui subsistait du village en 1992 : .
Notes et références
Annexes Bibliographie
Bibliographie complémentaire Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000.
Articles connexes Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948
Liens externes Welcome to al-Jammama al-Jammama, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 20: IAA, Wikimedia commons Map, 1946
Catégorie:Localité conquise par Israël durant la guerre israélo-arabe de 1948 Catégorie:Localité palestinienne dépeuplée Catégorie:Sous-district de Beer-Sheva Catégorie:Village détruit en Israël