De 2013 à 2017, les États-Unis déployent des forces d'opérations spéciales et des drones au Niger afin d'appuyer le gouvernement nigérien et l'armée française dans des opérations de lutte contre le terrorisme visant des groupes armés, dans le cadre de l'opération Juniper Shield. Le déploiement de forces américaines au Niger et dans la région élargie de l'Afrique de l'Ouest implique la formation des forces partenaires du pays hôte, le renforcement de l'assistance en matière de sécurité et la facilitation de missions de lutte contre le terrorisme, de surveillance et de reconnaissance en appui à ces mêmes forces. Les États-Unis déploient des drones de l'armée de l'air et de la CIA afin d'assister les forces américaines et nigériennes dans les opérations de lutte contre le terrorisme, de surveiller les itinéraires empruntés par les militants nigériens vers les pays voisins et d'appuyer les opérations en Libye.

Le déploiement de troupes américaines au Niger est resté confidentiel jusqu'à l'embuscade de Tongo Tongo en 2017, perpétrée par des militants de l'État islamique dans le Grand Sahara, qui coûte la vie à quatre soldats américains et quatre soldats nigériens. Cette embuscade suscite la controverse au sein du public et des médias, beaucoup s'interrogeant sur la présence d'un si grand nombre de soldats américains en Afrique, et plus particulièrement au Niger, où plus de 800 militaires américains sont stationnés à l'époque.

En , un coup d'État nigérien a lieu, entraînant la crise nigérienne.

En , le département d'État américain accepte de retirer la totalité des 1 000 soldats américains du Niger. Le Pentagone confirme que le retrait des troupes américaines du Niger serait achevé à la mi-. Le processus est finalisé le .

Après 11 ans de présence militaire américaine, les groupes djihadistes liés à Al-Qaïda, au groupe État islamique et à Boko Haram sont restés actifs, comme en témoignent les nombreuses attaques et les dizaines de morts perpétrées au Niger en 2023 et 2024.

Contexte Ces dernières décennies, la région du Sahel en Afrique subsaharienne est fortement touchée par la montée en puissance de groupes terroristes et de milices islamistes, conséquence de la porosité de ses frontières, de la faiblesse de ses gouvernements centraux, des luttes ethniques et, plus récemment, d'un afflux d'armes suite à la chute du régime de Kadhafi en Libye. Des groupes tels qu'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS ) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest ( MIDA), entre autres, prospérent dans les vastes déserts non contrôlés de la région. Le Niger devient un foyer particulièrement violent d'extrémisme islamique et d'attaques antigouvernementales. Les enlèvements d'Occidentaux dans le pays remontent à 2009 et l'exécution de l'otage français Michel Germaneau en 2010 a conduit la France à déclarer la guerre à AQMI et à un renforcement de son engagement militaire au Niger.

Les États-Unis fournissent une assistance sécuritaire au Niger à la suite des attentats du 11 septembre dans le cadre de l' Initiative pansahel, qui comprend l'allocation d'équipements aux forces de sécurité et la formation périodique des forces nigériennes par des troupes américaines. vignette|La Première dame des États-Unis, Jill Biden, visite le centre de secours américain au Niger. En , les États-Unis et le Niger signent un accord sur le statut des forces autorisant le déploiement de troupes et d'aéronefs américains au Niger, dans un rôle non combattant, afin de soutenir les efforts antiterroristes français. Le président nigérien, Mahamadou Issoufou, salue ce déploiement, évoquant diverses menaces exploitant l'incapacité des autorités locales à étendre leur contrôle aux zones rurales. Selon des responsables américains et nigériens, le déploiement de drones Predator non armés vise à assurer la surveillance du Mali et du Niger. Le mois suivant, l'administration Obama déploye une centaine de soldats américains au Niger afin de faciliter les opérations de drones à Niamey et de collaborer avec les services de renseignement français.

En 2018, l'administration Trump et le commandement américain pour l'Afrique (AFRICOM) élaborent des plans visant à retirer environ 25 % des forces militaires américaines d'Afrique, dont environ 10 % d'Afrique de l'Ouest, afin de se concentrer sur les menaces posées par la Russie et la Chine tout en maintenant une présence dans la région.

Attaques Entre 2015 et 2017, des militaires américains sont impliqués dans au moins dix échanges de tirs lors d'opérations menées conjointement avec leurs partenaires nigériens. Lors de ces affrontements, exception faite de l'embuscade d', aucun mort ni blessé n'est déploré parmi les forces américaines et nigériennes. Certaines attaques font des victimes parmi les combattants ennemis, dont au moins 32 lors des incidents d'octobre et .

Embuscade Tongo Tongo Le , une force conjointe américano-nigérienne de 46 hommes et huit véhicules tombe dans une embuscade aux abords du village de Tongo Tongo. L'attaque est menée par une cinquantaine de militants de l'État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), appuyés par une vingtaine de motos et une douzaine de véhicules tout -terrain. Au cours des combats, qui durent plus de trois heures, quatre Américains, quatre Nigériens et au moins 21 militants de l'EIGS sont tués. Huit Nigériens et deux Américains, dont le commandant de l'équipe, sont blessés. Les combats prennent fin avec l'arrivée au village de chasseurs Mirage 2000 et d'hélicoptères français transportant 53 membres des forces spéciales, ainsi que de trois unités d'intervention nigériennes (au moins 100 soldats et un hélicoptère). L'ennemi avait cependant quitté la zone.

Attaque de décembre 2017 vignette|Des soldats américains et nigériens s'entraînent ensemble à Diffa Le , deux mois après l'embuscade d'octobre, une force conjointe de Bérets verts américains et de soldats nigériens est attaquée par des militants de l'État islamique en Afrique de l'Ouest ( EI-WA) dans la région du bassin du lac Tchad. Au cours de l'échange de tirs, onze militants sont tués, dont deux porteurs de ceintures d'explosifs. L'opération permet également la destruction d'une cache d'armes. Aucune perte ni blessure n'est enregistrée dans les rangs des soldats américains ou nigériens.

Autres incidents Le , le commando américain Shawn Thomas est tué et un autre blessé dans un accident de véhicule non lié au combat au Niger.

Le , un soldat français est tué et un militaire américain blessé dans un accident de voiture survenu dans le nord du Niger, près d'Arlit. Les forces armées françaises et américaines enquêtent sur l'incident, soupçonné d'être lié à la conduite en état d'ivresse.

En , l'humanitaire américain Jeffrey Woodke est enlevé à son domicile par des hommes armés. Il serait détenu par Jama'at Nasr al-Islam wal Muslimin (JMIN), et une rançon a été exigée. Il est libéré en 2023.

Crise nigérienne Le , la Garde présidentielle du Niger est arrêté le président Mohamed Bazoum lors d'un coup d'État. Le commandant de la Garde présidentielle, le général Abdourahamane Tchiani, suspend la Constitution nigérienne et s'autoproclame chef d'une nouvelle junte militaire. Cet événement déclenche une crise militaire entre la junte nigériane et les forces armées coalisées de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ( CEDEAO), qui réclament le rétablissement de la présidence de Bazoum.

Retrait français Le , la junte annonce l'expulsion des troupes françaises et américaines du Niger. Cette décision intervient alors que les États-Unis tentent de négocier le maintien de leurs forces sur le territoire pour la conduite d'opérations de lutte contre le terrorisme.

En , le président français Emmanuel Macron annonce que la France retire la totalité de ses 1 500 soldats du Niger d'ici la fin de 2023, à la suite du coup d'État dans le pays.

Le , la France achève le retrait de ses troupes du Niger.

Retrait des États-Unis vignette|Un membre de l'US Air Force donne une bouteille d'eau à un enfant du quartier près de la base aérienne 201. Le , le Sénat américain rejette une loi qui aurait forcé le président Joe Biden à retirer les troupes américaines du Niger.

En , le Conseil national de coopération militaire ( CNSP ), organe dirigeant du Niger, annonce la suspension d'un accord militaire avec les États-Unis. Cependant, des responsables du Pentagone déclarent n'avoir pas encore reçu officiellement cette demande du Niger.

Le , des dizaines d'instructeurs militaires russes arrivent au Niger dans le cadre d'un nouvel accord avec la junte du pays.

Le , le département d'État américain accepte de retirer la totalité des 1 000 soldats américains stationnés au Niger. Le , des responsables américains et nigériens se rencontrent à Niamey pour discuter et coordonner le retrait des forces. Le Pentagone confirme que le retrait des troupes américaines du Niger serait achevé d'ici la mi-.

Le , les États-Unis terminent le retrait de toutes les troupes de la base aérienne 101, tandis que les 500 soldats restants quittent la base aérienne 201 le .

Base de drones vignette|Un C-17 Globemaster III de l'US Air Force décolle de la base aérienne 201 Les États-Unis ont construit la base aérienne Niger 201 à Agadez après l'approbation du gouvernement nigérien en 2014.Après plusieurs années de travaux, la base devient opérationnelle en 2019. Elle constitue dès lors le principal centre des opérations américaines au Niger, au détriment du site de Niamey. Équipée d'une piste de 2 073 mètres (6 800 pieds), l'infrastructure représente un investissement d'environ 110 millions de dollars. Elle permet aux drones américains d'effectuer des missions dans la région et peut accueillir de gros avions de transport comme le C-17 Globemaster.

Voir aussi

Commandement des États-Unis pour l'Afrique Liste des guerres impliquant les États-Unis

Notes et références

Note

Références

Catégorie:Guerre du Sahel Catégorie:Histoire militaire du Niger