La conférence de Niš du est la première rencontre officielle germano-bulgare depuis le déclenchement des opérations contre la Serbie. À cette rencontre, assistent également officiellement des plénipotentiaires austro-hongrois et ottomans, représentants des deux autres membres de la quadrupliceLa quadruplice désigne le Reich et ses alliés entre le et le , bornes chronologiques de l'intervention bulgare dans le premier conflit mondial.. Initialement réunis pour pérenniser les dispositions des accords conclus à l'automne précédent, les participants se divisent sur la question de la dévolution des territoires serbes conquis durant la campagne des Balkans, tandis que les représentants allemands et austro-hongrois tentent d'imposer aux Bulgares les conditions auxquelles le gouvernement de Sofia doit s'acquitter du remboursement des prêts consentis par les banques centrales allemande et austro-hongroise. En dépit de ce succès germano-austro-hongrois, la conférence se solde par un semi-échec, le roi des Bulgares Ferdinand se montrant intransigeant, notamment sur les questions territoriales.

Contexte L'alliance bulgare

Durant l'automne 1915, le gouvernement bulgare, appuyé par le roi Ferdinand, fait intervenir le royaume dans le conflit aux côtés des puissances centrales.

Épuisé par les guerres balkaniques, mal préparé à mener une guerre d'attrition, le royaume dépend totalement des capacités industrielles du Reich impérialEntre la proclamation de l'Empire allemand, le , et la publication de la déclaration de Potsdam, le , le nom officiel de l'État allemand est , désigné par la suite par le terme de . pour soutenir son effort de guerre. Les industriels allemands et austro-hongrois livrent aux Bulgares les fournitures nécessaires pour soutenir l'effort de guerre bulgare, financé par des lignes de crédits des banques centrales allemande et austro-hongroise, ainsi que par des prêts placés auprès des banques du Reich et de la double monarchie.

En dépit de cette faiblesse industrielle et financière, l'armée bulgare constitue de plus un apport appréciable face à l'armée serbe, dont le commandement doit maintenir des divisions le long de la frontière entre les deux royaumes. En effet, La convention de Sofia prévoit que le royaume doit déployer soldats pour des opérations dans les Balkans, contre la Serbie et contre tout royaume balkanique qui déclarerait la guerre au Reich et à ses alliésAu début de l'année 1916, les gouvernements royaux grec et roumain n'ont pas remis en cause leur neutralité, proclamée dès les premiers jours du conflit. ; une partie de ces unités doit également être déployée pour protéger Constantinople et la Thrace ottomane. Cette armée fournit aux puissances centrales les moyens d'intervenir massivement dans les Balkans, et d'ouvrir un nouveau front contre la Serbie.

Enfin, l'intervention bulgare facilite à terme les liaisons directes entre le Reich et la double monarchie, d'une part, et l'empire ottoman de l'autre. En effet, les Ottomans ne sont pas en mesure de financer seuls leur effort de guerre, tout comme l'économie ottomane ne peut soutenir une participation ottomane à une guerre d'usure ; la conquête de la Serbie et l'intervention bulgare créent une continuité territoriale entre les trois empires.

La conquête et la partition de la Serbie

vignette|Jonction entre les forces austro-hongroises et bulgares à Kladovo en Serbie, le , image de propagande austro-hongroise et bulgare.|alt=soldats en liesse L'intervention bulgare aux côtés des puissances centrales permet aux puissances centrales de réduire rapidement la Serbie au cours d'une rapide campagne, lors de laquelle l'armée serbe est rapidement débordée.

Les unités bulgares interviennent à partir du et opèrent leur jonction avec les troupes austro-hungaro-allemandes le . La situation sur le terrain remet en cause les clauses du traité d'alliance relatives au partage de la Serbie ; cette situation oblige les responsables austro-hongrois et bulgares à définir plus précisément les contours de leur zone d'occupation respective.

Les Austro-hongrois mettent place une administration militaire dans leur zone d'occupation, alors que les Bulgares, appuyés par des supplétifs macédoniens amalgamés au sein de l'armée bulgare, annexent de fait les districts qui leur sont dévolus.

Heurts austro-hungaro-bulgares en Serbie

Les négociateurs austro-hongrois et bulgares des accords mettant en place la partition de la Serbie n'avaient pas précisément défini les frontières des zones d'occupation austro-hongroise et bulgare.

En effet, ces plénipotentiaires sont parvenus à un accord en s'appuyant sur les fleuves et rivières de Serbie, sans préciser si les usages internationaux alors en vigueur devaient s'appliquer dans le cas de la partition de la Serbie ; le Vardar et la Morava doivent marquer la frontière, sans plus de précisions. Dans ce cadre, les administrations d'occupation ne sont pas en mesure de fixer une frontière à leurs unités respectives.

De plus, les opérations de l'automne précédent dans les Balkans ont été marquées par de vastes mouvements de troupes qui ont dépassé les limites territoriales dans lesquelles les unités austro-hongroises et bulgares auraient dû opérer ; dans ce contexte, de nombreux détachements bulgares et austro-hongrois ne sont alors pas toujours positionnés à l'extérieur des zones d'occupation de leur armée respective.

Dans ce contexte, une guerre de patrouilles débute aux confins des deux zones d'occupation : à la fin de l'année 1915, alors que les opérations proprement dites sont achevées en Macédoine, de petites unités austro-hongroises et bulgares s'affrontent, occasionnant des morts et des blessés de part et d'autre. Cette situation pousse les deux alliés à trouver un terrain d'entente au niveau gouvernemental, dont ils espèrent la mise en application rapide en Serbie et en Albanie.

Participants

Réunie à Niš sous la présidence commune de et , elle réunit des membres des gouvernements et du commandement allemands et bulgares, ainsi que des représentants austro-hongrois et ottomans. Cependant, Cette présidence commune, protocolaire, masque mal la place subalterne de la Bulgarie au sein de la quadruplice, alliance encore informelle à ce stade du conflitEn , la Bulgarie est liée à chacun des alliés du Reich par une simple convention de coopération militaire..

Délégation allemande

thumb|gauche|Theobald von Bethmann Hollweg, ici représenté en 1915 par Max Liebermann, est le principal négociateur allemand à cette conférence|redresse=0.8|alt=dessin en noir et blanc d'un homme en uniforme. La délégation allemande, menée par l'empereur allemand, est de fait dirigée par le chancelier impérial, Theobald von Bethmann-Hollweg, assisté du secrétaire d'État aux affaires étrangères, Gottlieb von Jagow, du ministre des finances du Reich, Karl Helfferich, assistés de leurs principaux conseillers. Les ministres prussiens des finances et du commerce, August Lenze et Rheinhold von Sydow, sont également présents.

Cette délégation est complétée par des militaires ; le chef d'état-major allemand Erich von Falkenhayn, le ministre prussien de la guerre Adolf Wild von Hohenborn et le commandant en chef des unités allemandes dans les Balkans, August von Mackensen, complètent la délégation.

Délégation bulgare

La délégation bulgare, présidée par le roi Ferdinand, est composée de Vasil Radoslavov, alors président du conseil et ministre des affaires étrangères et de Nicolas Jékov, ministre de la guerre du royaume et chef d'état-major bulgare ; les deux ministres sont assistés de leurs principaux conseillers.

Le général Gueorgui Todorov, alors commandant de la première de la bulgare, de passage à Niš, assiste également à la conférence et complète la délégation bulgare.

Représentants austro-hongrois

Une petite délégation austro-hongroise, menée par Stephan Burián von Rajecz, ministre commun des affaires étrangères, participe aux négociations qui se déroulent durant la conférence.

Cette délégation comporte son chef de cabinet, Leopold von Andrian-Werburg, ainsi que le colonel Dani et des membres de la section opérations de l'AOK qui ont participé à l'élaboration du plan de campagne contre la Serbie.

Représentants ottomans

Une délégation ottomane participe également à cette conférence.

Menée par le Grand vizir, Saïd Halim Pacha, homme de confiance du Sultan , cette délégation est en réalité dirigée par le Pacha Ismail Enver, ministre ottoman de la guerre et principal dirigeant de l'empire ottoman durant le conflit. Le grand Vizir et son ministre de la guerre sont assistés de leurs principaux collaborateurs.

Discussions Divergences stratégiques Cette rencontre constitue la dernière occasion pour les alliés du Reich de tenter d'imposer à leur allié la réduction du camp retranché de Salonique.

Les stratèges allemands, soutenus par le gouvernement impérial, ont défini dans les semaines précédentes front français, et plus spécifiquement à la région de Verdun comme priorités stratégiques de l'armée allemande pour l'année 1916 ; les objectifs tactiques et stratégiques assignés à la campagne de Serbie, l'établissement d'une liaison directe et sûre entre le Reich et l'empire ottoman, ayant été atteints, le haut-commandement allemand impose à ses alliés balkaniques une stratégie défensive dans les Balkans.

Dans ce cadre, les militaires bulgares, Nicolas Jékov et Gueorgui Todorov, soutenus par le colonel Dani et Ismaël Enver, tentent sans succès de fléchir Erich von Falkenhayn, alors chef d'état-major de l'armée allemande, et de le dissuader de retirer des Balkans des divisions de l'armée déployée en Serbie, étai indispensable au front de Macédoine. Erich von Falkenhayn, fondant son opposition sur les termes de la convention de PlessLe , Franz Conrad von Hötzendorf et Erich von Falkenhayn, respectivement chefs d'état-major austro-hongrois et allemand, signent un accord de mise en œuvre d'une opération visant à réduire la Serbie., est appuyé par les représentants du gouvernement allemand, sceptiques quant à l'importance stratégique du front de Macédoine ; dans ce cadre, les Allemands écartent les projets de réduction du camp retranché de Salonique, alors en cours de constitution. Ces plans élaborés par les stratèges du haut commandement austro-hongrois reçoivent le soutien des représentants bulgares et ottomans ainsi que l'assentiment d'August von Mackensen et de son état-major, contre l'avis de leurs supérieurs de l'OHL.

De plus, le jour même de la conférence, les Austro-hongrois lancent contre l'avis des Allemands les opérations afin de réduire le Monténégro, rapidement battu au terme d'opérations coordonnées de l'armée et de la marine austro-hongroises ; ces opérations bénéficient du soutien stratégique de l'armée bulgare, alors déployée sur le plateau du KosovoAu terme de quelques jours de combat, le royaume est occupé par l'armée commune et le gouvernement présente la reddition du royaume..

Le devenir de la Serbie thumb|Les frontières serbes de 1817 doivent constituer les frontières du nouvel État serbe sous tutelle austro-hongroise.|alt=Carte de la Serbie. Conformément aux dispositions de la convention de Sofia, le territoire serbe doit être partagé entre la double monarchie et la Bulgarie, dans un contexte de rivalité territoriale entre les deux alliés. Cette rivalité se développe alors que les représentants allemands n'ont jamais formulé de revendication territoriale sur le royaume.