Louis-René Levassor de La Touche, comte de Tréville dit Latouche-Tréville, né le à Rochefort (Charente-Maritime) et mort le à bord du Bucentaure en rade de Toulon (Var), est un officier de marine français du . Issu d'une famille de marins, il se distingue particulièrement pendant la guerre d'indépendance des États-Unis.
Député de la noblesse en 1789, il vote néanmoins l'abolition des privilèges et fera partie de l'Assemblée constituante jusqu'à sa dissolution en 1791. Retiré dans sa propriété de Montargis, il est sans affectation jusqu'en 1799, avant d'être rappelé par le Consulat. Promu vice-amiral et placé successivement à la tête de la flotte de Brest et de la flottille de Boulogne, il est chargé par de se rendre maître de la Manche avant de lancer une invasion de l'Angleterre.
Biographie Origines La famille La Touche-Tréville est originaire de Paris, de son vrai nom Vassor ou Le Vassor. Elle embarque pour la Martinique et la Guadeloupe en 1640, et prend une part importante à la fondation de ces colonies française des Antilles françaisesElle fournit notamment un gouverneur de la Martinique, Louis Le Vassor de La Touche de Tréville entre 1761 à 1762.. La branche cadette de cette famille, qui prend le nom de Le Vassor de La Touche, rentre en France, et fournira de nombreux et braves marins. Louis XIV récompense les Le Vassor de La Touche en leur octroyant, en 1706, des lettres de noblesse. Un peu plus tard cette branche se divisa elle-même en Le Vassor de La Touche et en Le Vassor de La Touche-Tréville.
Son oncle, Charles-Auguste Levassor de La Touche-Tréville (1712-1788), lieutenant général des armées navales sous Louis XVI, était le chef de la nouvelle branche.
Le frère aîné de ce dernier, Louis-Charles Le Vassor de La Touche (1709-1781), lui-même lieutenant général des armées navales et gouverneur de la Martinique (1761-), qui avait conservé le nom de Le Vassor de La Touche, est le père Louis-René-Madeleine de Latouche-TrévilleTous ces détails de famille et d'origine sont issus du dossier des Levassor de Bonneterre, cousins-germains des La Touche-Tréville et appartenant à la branche aînée. Ces derniers ont sollicité et obtenu aussi, mais en 1781 seulement, des lettres de noblesse. [Archives de la marine, cartons La Touche et Levassor.] et Madeleine Rose de Saint-Légier de la Sausaye (1718-1745), sa mère.
Il a trois demi-frères, du second mariage de son père avec Marie-Louise Céleste de Rochechouart (1730-1764) : Louis Jean François (1753-1807), officier de cavalerie ; Louis Charles (1754-1780), abbé ; Pierre Jules Camille (1764-1788), lieutenant de vaisseau.
Louis-René de La Touche n'ajouta à son nom celui de Tréville qu'après la mort de son oncle en 1788.
Une formation maritime lors de la guerre de Sept Ans
Latouche-Tréville entre dans la Marine royale en , à l'âge de 13 ans, comme garde de la marine. Sur vaisseau Le Dragon, 64 canons, commandé par son père, il prend part au combat de Belle Isle en Mer les 20 et . Le , il embarque sur la prame La Louise, commandée par son oncle et participe au bombardement des vaisseaux anglais à l'île d'Aix dans l’embouchure de la Charente.
En début 1761, il sert sur différentes chaloupes canonnières. En juin, il embarque sur L'Intrépide, un vaisseau de 74 canons, et participe à . Il débarque de L'Intrépide le . Après le traité de Paris de 1763, il effectue plusieurs campagnes d'évolutions sous les ordres de son oncle et de l'amiral d'Estaing, en Guyane, à Saint-Domingue et à la Martinique sur différents bâtiments, Le Tonnant, 80 canons, d'avril à , La Couronne, 74 canons de juin à puis à bord de la flûte La Garonne de janvier à , sur Le Hardi, 64 canons, puis La Bricole jusqu'à .
En , il demande et obtient un congé d'une année.
Cavalier aux Antilles puis officier bleu à Rochefort Bien que promu enseigne de vaisseau en , il quitte peu après la marine, à la faveur d'une réformeCette décision aurait été prise pour respecter les volontés de son père.. L'année suivante, il rejoint le service de terre de la Maison du Roi au sein des « mousquetaires noirs »La deuxième compagnie de mousquetaires, créée en 1663, est appelée compagnie des « mousquetaires noirs » par référence à la robe noire de ses chevaux, qui la distingue de la première compagnie, dotée de chevaux à robe grise, et dénommée pour cette raison compagnie des « mousquetaires gris ». puis intègre la cavalerie et devient aide de camp du gouverneur de la Martinique le comte d'Ennery. Il obtient son brevet de capitaine de dragons en 1771 dans le régiment de La Rochefoucauld dragons, puis de nouveau aide de camp l'état-major du général Vallière, commandant des Îles du Vent.
En , il retourne finalement en France et rejoint de nouveau la marine, grâce aux relations de sa famille avec le ministre de la Marine et des Colonies marquis de Boynes. Le , il est capitaine de brûlot, c’est-à-dire Officier bleu, malgré son passé de garde de la marine, et obtient le commandement de la flûte Le Courtier. Il sert essentiellement au port de Rochefort de 1773 à 1775.
En , il présente au ministre de la Marine un projet de circumnavigation, mais ce projet reçoit un avis défavorable. Dans ce dernier quart du , la rivalité avec l'Angleterre passe aussi par une course à la connaissance et de nombreux voyages d'exploration scientifique sont envoyés autour du monde, commandés successivement par Kerguelen de Trémarec, Lapérouse et d'Entrecasteaux côté français, Phipps, Bligh, Vancouver et surtout Cook côté anglais.
En , La Touche accueille, avec son père, le duc de Chartres à Rochefort lors de son admission dans la marine royale.
La guerre d’Amérique
Après une campagne en 1776 jusqu’aux États-Unis sur la flûte Le Courrier, il est finalement réintégré dans le Grand Corps comme lieutenant de vaisseau en et est nommé aide-major du port de Rochefort. Il commande la corvette Le Rossignol, armée de vingt canons, essentiellement pour des escortes de convois dans le golfe de Gascogne, puis la frégate L'Hermione, vingt-six canons, à partir de .
Le soir du , alors qu'il croise à l'ouest de l'île d'Yeu, il aperçoit un trois-mâts anglais fonçant sur lui toutes voiles dehors. Prenant conscience que ce bâtiment le croyait moins fort qu'il n'était, il feint de l'éviter pour mieux l'attirer dans un piège. Il prend en chasse, et règle sa marche pendant la nuit, de manière à laisser à l'Anglais l'espérance de l'atteindre au jour. Il fait allumer des feux toutes les heures pour permettre à son poursuivant de le suivre. Mais, au matin du , lorsque le navire anglais se trouve à portée de canon de L'Hermione, La Touche revire soudain sur lui. L'Anglais à son tour essaye de prendre la fuite mais trop tard : deux volées de canon de L'Hermione le forcent à amener son pavillon. Il s'agissait d'un corsaire de dix-huit canons, basé à Falmouth et nommé La Dissidence. Le lendemain, La Touche est à nouveau poursuivi par un corsaire de dix-huit canons, La Résolution des dames de Londres.
En plus de ces deux navires corsaires, il s'empare de trois bâtiments de commerce, ce qui lui vaut d’être fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis en 1779. C'est à bord de L'Hermione qu'il conduit La Fayette jusqu’à Boston en Amérique, au cours d'un voyage qui dure du au . À son arrivée en Nouvelle-Angleterre, le général des Touches le charge de diriger la construction de plusieurs batteries pour la défense de Rhode IslandSelon Joseph Hennequin, cet ordre vient des amiraux Ternay et Barras de Saint-Laurent.. Ayant été autorisé à croiser quelques semaines sur Long Island et à l'entrée de New York, pour y intercepter les bâtiments à la destination de cette ville, il fait deux nouvelles prises. Le , il découvrit quatre navires ennemis se dirigeant vers lui. C'étaient la frégate anglaise , de trente-deux canons, et trois autres bâtiments de guerre de moindre taille. Après un rude combat, au cours duquel il a le bras transpercé par une balle, La Touche parvient à mettre en fuite quatre bâtiments britanniques. thumb|Bataille de la baie de Chesapeake, Le , il se trouve avec l'escadre du capitaine des Touches à la bataille du cap Henry, contre l'escadre anglaise aux ordres de l'amiral Arbuthnot, et est chargé d'aller annoncer au Congrès américain, siégeant à Philadelphie, l'heureuse issue de cet engagement aux insurgés.
Toujours sur L'Hermione, il part croiser au large de l'île Royale (actuelle île du Cap Breton), sous les ordres du célèbre navigateur Lapérouse, commandant la frégate L'Astrée, de vingt-six canons. Le , les Français entre en vue d'une flotte marchande anglaise escortée par plusieurs bâtiments de guerre anglais. Lapérouse, ordonne de les prendre en chasse et L'Astrée et L'Hermione, toutes voiles au vent, foncent sur les bâtiments ennemis qui, ayant détaché leurs six bâtiments de guerre du convoi, attendaient en ligne. Il est 19h ce soir-là, lorsque les frégates françaises tirent les premiers coups de canon. Lapérouse et La Touche manœuvrèrent avec habileté et parviennent à désorganiser l'escadrille ennemie, qui se composait du HMS Allegeance, 24 canons, du HMS Charleslown, 20, HMS Jack, 14, du HMS Vulture, 20, et du HMS Thompson, 18. L'Hermione, après avoir envoyé plusieurs bordées au Vulture et au Jack, alla combattre le Charleslown, qui déjà avait affaire à l'Astrée et qui est obligé d'amener son pavillon. La Touche retourne aussitôt après sur le Jack, l'écrase de son feu, et le force à se rendre. Tous les ennemis vaincus, seule la nuit profonde leur permit de se dérober aux vainqueurs, non sans dommages. Seul le HMS Jack put être conduit à Boston.
De retour en France, à la suite de cette belle campagne, Latouche-Tréville apprend qu'il avait été nommé capitaine de vaisseau par brevet le .
En 1782, il commande une division de deux frégates, L'Aigle et La Gloire, parties de Rochefort et chargées d'apporter trois millions de livres en Amérique pour les insurgés et du matériel pour l'escadre du marquis de Vaudreuil. Dans la nuit du 4 au , au large des Bermudes, il rencontre le vaisseau HMS Hector, ancien vaisseau français de 74 canons pris par les Anglais. En raison de l'importance de sa mission, il cherche dans un premier temps à éviter le combat. Mais, voyant que De Vallonge, le capitaine de La Gloire sous ses ordres, n'avait pas suivi ses intentions, il prend le parti de mener le combat et coule le navire anglais.
Le suivant, alors qu'elles s'approchent des côtes américaines, les deux frégates croisent la route d'une escadre anglaise, commandée par le commodore Elphinstone, composée de deux vaisseaux de ligne, d'une frégate, de deux corvettes et d'un brick. La Touche s'empare du brick, louvoie ensuite pour s'approcher du fleuve Delaware, pénètre dans la baie et jusqu'au milieu des bancs espérant que les bâtiments ennemis n'oseraient pas s'y aventurer. Mais il est poursuivi, La Touche parvient néanmoins à faire évacuer les passagers et les trésors qu'il portait. Il les envoie à terre dans les canots des deux frégates ainsi que les dépêches dont il était chargé. Dans un ultime mouvement, il tente de remonter le Delaware au risque de s'échouer sur un banc de sable, ce qui finit par arriver à L'Aigle. La Gloire, dont le tirant un pied d'eau était plus faible, parvient à franchir le haut fond et gagne le grand canal. Condamné par la marée descendante à ne pas pouvoir se défendre, il ordonne la sabordage de sa frégate (les mâts sont abattus et des voies d'eau ouvertes) afin qu'elle ne soit pas récupérée par l'ennemi. Après un ultime combat, il finit par amener son pavillon. Cette défense héroïque sera comptée à La Touche comme une victoire. Fait prisonnier de guerre et sa frégate étant perdue, il avait néanmoins rempli sa mission: le trésor et ses passagers étaient parvenus et l'honneur était sauf.