La conjuration de Catilina est un complot politique visant la prise du pouvoir à Rome en par le sénateur .
Devenue la capitale d'un empire en croissance rapide, la Ville est alors depuis longtemps à l’abri d’une attaque ennemie, mais depuis la guerre sociale (de 91 à 88 av. J.-C.), elle doit faire face à de nombreux troubles qui mettent à mal les institutions de la République romaine et sa population. Le complot ourdi par Catilina et ses partisans ne ressemble pourtant à rien de ce que la République romaine a connu jusqu'alors. Déçu par un double échec lors de l'élection au consulat, Catilina organise secrètement une conjuration qui vise à éliminer une partie de l'élite politique romaine et à s'emparer du pouvoir politique suprême, en s'appuyant sur les frustrations d'une partie de la romaine et de certains notables italiens. Sur sa route, le conspirateur voit ses visées contrecarrées par la détermination du consul Cicéron, dont le mandat touche à sa fin au moment des faits.
En bon orateur, Cicéron dénonce Catilina publiquement et avec virulence, puis conduit la contre-offensive militaire qui met finalement la conjuration en déroute. Catilina meurt au combat au début 62, tandis que Cicéron, salué du titre de « », connaît d'abord la gloire, pour avoir sauvé la République, avant que cette même affaire ne le contraigne à l'exil en 58.
Mais le sursaut républicain est de courte durée : en 60 déjà se forme — secrètement — le premier triumvirat entre Jules César, Crassus et Pompée.
L'épisode est resté célèbre en raison de sa postérité littéraire : Cicéron en a laissé quatre fameux discours politiques, les Catilinaires, et l'historien romain Salluste en a également rendu compte dans un de ses ouvrages, La Conjuration de Catilina.
Généralisation du mécontentement
Contexte politique
En 82 av. J.-C., au terme de la seconde guerre civile entre Marius et Sylla, la confère la dictature à ce dernier, ce qui entraîne l'Italie dans de nouveaux troubles sociaux et politiques. En effet, afin de récompenser ses vétérans, Sylla décide de leur octroyer des terres non pas prises sur l'ennemi mais confisquées à des citoyens romains (l’)., bien souvent des partisans de son adversaire Caius Marius.. Environ . bénéficient de ces mesures, créant une masse de paysans et de propriétaires aigris par cette spoliation. De plus, de nombreux nobles touchés par les proscriptions proclamées par Sylla en 81 et qui ne peuvent donc briguer aucune magistrature se rebiffent de plus en plus vivement contre ce qu'ils estiment être une injustice, en particulier en Étrurie. Enfin, Sylla, le premier, montre que le pouvoir d'un « homme fort » est non seulement possible, mais peut-être aussi nécessaire à la survie de Rome.
C'est bien souvent dans la rue que se règlent les différends politiques. Par exemple, Lépide, consul en 78, voulut rappeler les exilés de la précédente guerre civile et rendre aux paysans des terres confisquées et données aux vétérans de Sylla, ce qui provoque l'opposition du Sénat. L'affaire se résout par les armes. Lépide est rapidement battu en 77 par Pompée et meurt peu après, mais l'un de ses lieutenants, s'enfuit en Espagne où il rejoint le contre-gouvernement de qui n'est définitivement vaincu qu'en 72.. La guerre civile est terminée, mais elle laisse des traces profondes.
Quant au Sénat de la République romaineSylla épure le Sénat, puis il fait passer le nombre de sénateurs de 300 à 600 ( et )., sans être discrédité, il voit son aura affaiblie par les accusations de corruption à l'encontre de tribunaux contrôlés par les sénateurs. (en 70, sont marqués d'infamie.), ou par les difficultés qu'il éprouve à résoudre les crises extérieures. Incapable de mettre fin à la piraterie en Méditerranée, il confie en 67 à Pompée l’ consulaire de trois ans pour y remédier (Lex Gabinia). Pompée se voit ainsi attribuer un commandement militaire extraordinaire : le commandement suprême en mer et jusqu'à à l'intérieur des côtes, une armée de 20 légions, 500 navires, le droit de choisir ses légats, etc.. À la fin de l'été 67, la piraterie est éliminée. après une campagne éclairPompée ne rentre à Rome qu'en 61, fort d'un prestige inégalé : il est le vainqueur de 14 nations. Le 61, on célèbre son triomphe ().. Par ailleurs, le départ de Pompée en campagne coïncide avec une baisse d'influence de la plèbe..
Difficultés économiques À la crise politique s'ajoutent les problèmes économiques qui accablent Rome depuis 67 av. J.-C., à cause du coût de la troisième guerre de Mithridate et de celle contre les pirates. Un bon nombre des vétérans syllaniens, n'ayant pas les moyens d'exploiter leurs terres ou de payer leurs impôts, tentent désespérément de les revendre.. Mais la situation politique ayant changé depuis leur obtention, elles sont désormais considérées comme illégales et les repreneurs ne se pressent pas pour les acquérir. D'où un prix de vente bas, qui ruine une partie des vendeurs, prêts désormais à suivre n'importe qui leur promettant d'améliorer leur condition..
Le développement des latifundia, de grandes exploitations à la culture souvent spéculative, employant des esclaves, ainsi que la concurrence des blés étrangers moins chers (notamment égyptiens), et enfin les ravages causés par des guerres civiles comme la révolte servile menée par Spartacus entre 73 et 71, sont les principales causes de la crise agraire.
Face à ces problèmes, Rome ne peut pas grand chose. La guerre coûte cher et ralentit aussi le commerce avec l'Orient : cela se traduit par une baisse importante des revenus d'une partie de la population, et incite les créanciers à réclamer leur argent à des débiteurs, pris à la gorge, ce qui augmente les tensions. Les nobles sont aussi touchés par une crise, qui affaiblit encore plus certains d'entre eux, déjà ruinés depuis longtemps par leur goût du luxe. C'est l'un d'entre eux qui va se faire remarquer en 63.
Catilina : un personnage controversé Né en dans la gens patricienne ., compte dans sa famille un héros de la deuxième guerre punique, un arrière-grand-père blessé 24 fois à la guerre, et, selon la légende, un des compagnons d'ÉnéeVirgile, L'Énéide, Livre I, v. 510.. Mais ni ces exploits anciens ni cette origine prestigieuse n'ont profité à Catilina, « patricien déchu », par appauvrissement et effacement politique de sa familleClaude Nicolet, Rome et la conquête du monde méditerranéen 264–27 av. J.-C., Tome 1 – Les structures de l’Italie romaine, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio, l'Histoire et ses problèmes », Paris, 2001 ( éd. 1979) , .. D'où chez Catilina, une certaine volonté de remettre en valeur sa position sociale.
Son carriérisme est servi par la grande capacité d'attraction qu'il exerce sur les gens, en particulier sur les jeunes de familles ruinées et aux mœurs parfois douteuses.. Il les séduit par son énergie, sa hardiesse et sa résolution, et ces derniers forment autour de lui une sorte de garde d'honneur. Il sert Gnæus Pompeius Strabo durant la guerre sociale, puis soutient Sylla lors de sa dictature. Ce dernier était connu pour les largesses qu'il accordait à ses partisans ; il effectua pour lui-même des exécutions restées dans les mémoires par leur cruauté, dans le but de s'enrichir, fortune qu'il dilapide très vite. Toutefois, Catilina garde d'honorables amitiés, échappe aux purges du Sénat de 70 ainsi qu'à quelques procès subis par des personnes moins élevées socialement.
Poursuivant son cursus honorum, il obtient la charge de préteur (magistrat chargé des questions judiciaires) de la province d'Afrique en 68 durant deux ans, jusqu'à ce que ses administrés décident de porter plainte au Sénat l'accusant de concussion. Il est finalement acquitté en 64, grâce à l'appui des (aristocrates) et par corruption. Mais cette affaire l'empêche de se porter candidat au consulat pour la même année. Il décide alors de fomenter — ou simplement d'y prendre part, on ne sait trop, car l'affaire connaît un épilogue discret — une première conjuration. dont l'objectif est d'assassiner les consuls en place pour les remplacer par Catilina et un de ses compagnons.
Ce premier complot, bâclé, est un échec, mais tous les conspirateurs en sortent sans encombre.
Salluste laisse de Catilina le portrait d'un chef de bande démagogue et populiste, plutôt que celui d'un politicien. L'historien romain lui prête aussi un lourd passé criminel. : « inceste » avec la vestale Fabia (demi-sœur de Terentia, la femme de Cicéron., puis de Salluste lui-même), assassinat de son propre fils déjà adulte qui posait des problèmes à que Catilina entendait épouser., etc. Il se fait même l'écho d'une rumeur : au moment de faire prêter serment aux conjurés, Catilina aurait fait circuler des coupes de sang humain et de vin auxquelles tous doivent boire pour garantir leur fidélité..
Plutarque dresse un tableau encore plus noir : il accuse Catilina d'inceste avec sa propre fille, du meurtre de son frère (qu'il fait passer sur la liste des proscrits pour couvrir son crime), et enfin d'avoir tué et mangé un homme lors du serment des conjurés..
La première conjuration ou le complot de Crassus En 66 lors de l’élection des consuls pour l'année 65, Publius Cornelius Sylla et Publius Autronius Paetus sont destitués du futur consulat pour brigue illicite en raison de la « Lex Calpurnia de ambitu ». Ils sont remplacés par leurs accusateurs Lucius Aurelius Cott et Lucius Manlius Torquatus.
Furieux Crassus riposte en organisant un premier complot dans lequel figure César ainsi que Catilina. Mais le secret du complot ne demeure pas, le Sénat renforce la protection des consuls et la mort de Piso en Espagne (qui devait rallier les deux Espagnes et permettre un second plan de mainmise en Afrique) met un arrêt brutal a toute tentative. César prudent se retire, la conspiration se dissipe en silence.
La conjuration de Catilina
En , Catilina continue de réunir secrètement des partisans. Fulvia, maîtresse de l’un des conjurés, Quintus Curius, trahit le secret de la conjuration dès qu'elle l'apprend de son amant..
Selon Salluste, c'est cette révélation qui permet à Cicéron, quoique , d'accéder au consulat. Catilina échoue contre Cicéron à l'élection consulaire de 64 pour l'année . Il forme alors une cabale bien mieux organisée, dans le but de renverser le pouvoir en place... Le moment semble bien choisi : le pays est tranquille et Pompée est absent de Rome., guerroyant contre Mithridate.
Identité des conjurés Salluste donne la liste nominative des principaux conspirateurs., souvent issus de grandes familles, mais de réputation jugée plus que douteuse., et ajoute . Crassus est à l'époque soupçonné de soutenir la conjuration en sous-main..
Sénateurs Publius Cornelius Lentulus Sura, selon Cicéron, consul en -71, puis exclu du Sénat pour inconduite et débauche., préteur cette année. Publius Autronius Pætus Lucius Cassius Longinus, un compétiteur politique malheureux de Cicéron Caius Cornelius Cethegus P. et Serv. Sulla (fils de Servius) L. Vargunteius, chassé du Sénat pour corruption Q. Annius M. Porcius Læca, dont la maison sert de lieu de rencontre des conspirateurs. L. Calpurnius Bestia, tribun de la plèbe Quintus Curius.
De rang équestre M. Fulvius Nobilior L. Statilius P. Gabinius Capito C. Cornelius . Pierre Grimal note que quelques personnalités romaines n'auraient pas suffi, et que Catilina avait recruté une véritable armée de mécontents dans la bourgeoisie des villes italiennes.
Les conjurés se trahissent