Les Lexoviens (celtique latinisé : ou ) sont un peuple gaulois armoricain établi le long de l'actuelle côte normande, au sud de l'embouchure de la Seine. L'ancien diocèse de Lisieux correspond à la majeure partie de leur territoire.

Les Lexoviens participent dès la deuxième année à la guerre des Gaules de jusqu'en , soit de la guerre des Vénètes jusqu’au siège d'Alésia.

Les Lexoviens rejoignent alors l'alliance anti-romaine, à la demande de leurs alliés les Vénètes. Jules César envoie contre eux une légion commandée par le légat Quintus Titurius Sabinus, et les soumet. Une fois toute la Gaule conquise, leur capitale est déplacée de l'oppidum du Castellier (sur une colline) à localisée en plaine.

Sous l'Empire romain, ce peuple fait peu parler de lui jusqu'au . À cette époque, la connaît une réforme territoriale et administrative en passant de la Gaule lyonnaise à la Seconde Lyonnaise.

Les deux principales villes des Lexoviens sont et qui est leur capitale. Le territoire lexovien est considéré comme un carrefour économique et maritime important. Des monnaies de bronze découvertes illustrent la richesse de ce peuple.

Ethnonymie D'après le linguiste Xavier Delamarre, leur nom pourrait signifier « les boiteux », de , penché (boiteux ?). Ce mot est parent du gallois llechwedd qui signifie « pente » ou « inclinaison », et du vieil irlandais losc qui veut dire « boiteux ». Si on retient l'idée de pente, les Lexoviens seraient les « habitants du coteau », peut-être l'emplacement de leur capitale Lisieux. Ils ont donné leur nom de à Lisieux à la fin de l'Antiquité ; aujourd'hui, on nomme les habitants de Lisieux, les Lexoviens.

Pour Xavier Delamarre, il s'agit d'un sobriquet donné nécessairement par un peuple voisin. Bernard Sergent suggère que ce peuple se soit lui-même nommé ainsi ou qu'il ait accepté ce nom donné par leurs voisins. Pour ce dernier, il y a trois raisons pour lesquelles le terme « boiteux » aurait pu leur être donné : royal, utilisateur de la forge ou jeunes au combat. La première est que le roi pouvait l'être, mais il n'y a aucun exemple de roi boiteux chez les Celtes. La deuxième est que des rites antiques représentent des personnes avec une seule jambe comme l'épisode mythologique où le dieu Lug réalise sur une seule jambe avec un œil fermé une pratique magique sur son armée afin d'assurer la victoire de ses troupes. La dernière est que le dieu forgeron pouvait être boiteux, mais il n'est pas connu de dieux forgerons celtiques dans cet état. Cette dernière explication est néanmoins plausible car des divinités avec une seule jambe sont connues dans la religion celtique comme c'est le cas pour Lug.

Histoire Guerre des Gaules vignette|alt=Carte ancienne de la Gaule romaine avec mention des peuples et des principales villes|Gaule romaine sous Gallien au , les Lexoviens et leurs deux principales villes y sont mentionnées ( et ).

À l'automne , Jules César termine sa campagne contre les peuples belges après sa victoire sur les Aduatici ; ce qui lui permet d'envoyer un de ses légats, Publius Crassus, avec une légion pour obtenir la soumission des peuples armoricains. La campagne se termine rapidement sans incident, les Armoricains ayant probablement donné des otages aux Romains ; Publius Crassus installe ensuite ses quartiers d'hiver en attendant le printemps suivant. À la fin de l'hiver, Crassus envoie des officiers dont Quintus Velanius et Titus Silius chez les Vénètes pour réquisitionner du ravitaillement, principalement du blé, chez les peuples proches. Ces derniers font prisonniers les officiers romains. Pour se défendre contre la réaction romaine, ils demandent à plusieurs peuples, dont les Lexoviens, de coopérer à l'alliance anti-romaine.

Au printemps , les Lexoviens massacrent leurs « sénateurs » probablement dans leur principal , à de la future afin de rejoindre l'armée de Viridovix, chef des Unelles. Puis Quintus Titurius Sabinus, un autre légat de Jules César, est envoyé combattre contre eux. Ce dernier remporte la guerre en utilisant probablement une ruse. À la fin de cette même année, Jules César fait hiverner une partie de ses légions sur leur territoire.

En , les Lexoviens fournissent des troupes à l'armée de secours gauloise chargée de délivrer celle de Vercingétorix lors du siège d'Alésia par l'armée romaine.

Administration romaine

vignette|gauche|alt=Carte des territoires des capitales de cités des peuples gaulois sous le Haut-Empire-romain|Localisation du territoire des Lexoviens au Haut-Empire romain. vignette|alt=Carte des territoires des capitales de cités des peuples gaulois sous le Bas-Empire-romain|Localisation du territoire des Lexoviens au Bas-Empire romain. Après la conquête romaine et la création de la Gaule lyonnaise, Auguste ne fait pas modifier le territoire de ce peuple.

En 86-87, les Lexoviens fournissent une cohorte d'auxiliaires pour aider l'empereur Domitien lors des guerres contre les Daces.

Au cours du , le territoire est modifié et les Lexoviens perdent le secteur compris entre la Seine, la Risle et la Manche soit le Roumois. En 297, l'empereur Dioclétien morcelle la Gaule lyonnaise en deux : les Lexoviens font alors partie de la Seconde Lyonnaise. Au , la province de Seconde Lyonnaise est réduite à la seule Normandie moderne pour mieux résister aux invasions des pirates saxons et francs, et des invasions des peuples germaniques. Les Lexoviens subissent également les usurpations sur le territoire romain de Bretagne. Leur territoire intègre alors le , ce qui n'empêche pas leur capitale d'être incendiée au cours du siècle. Une garnison, peut-être des Lètes, est probablement installée à cette époque pour sécuriser la capitale et le territoire.

À la fin , la évoque la capitale comme la sixième ville de Seconde Lyonnaise.

Territoire vignette|alt=Carte avec relief et cours d'eau montrant les deux limites possibles du territoire des Lexoviens|Carte montrant les deux frontières probables du territoire des Lexoviens. Leur territoire est délimité par la Dives, la Risle, les collines du Perche et la Manche. Pour Strabon, leur territoire se délimite entre la Seine et la mer.

Le territoire de ce peuple correspond à peu près à celui de l'évêché de Lisieux au Moyen Âge. Il faut cependant y apporter deux modifications : jusqu'au , le Roumois localisé entre la Seine et la Risle semble rattaché au territoire des Lexoviens, idée défendue par Auguste Le Prévost et Louis Du Bois ; le Vexin français, quant à lui, semble appartenir aux Véliocasses. La limite nord est la Manche, celle de l'est est la Seine pour la séparation avec les Calètes, celle du sud-est par différentes forêts qui les séparent des Aulerques Éburovices, celle du sud va jusqu'à la confluence entre l'Oudon et la Dives ; pour les limites sud-ouest et ouest, ce sont des monts boisés et des marécages qui les séparent des Viducasses et des Bajocasses, ainsi que des Sagiens qui sont tous des descendants des Ésuviens de la Gaule indépendante. Pour la frontière ouest, des et des sites fortifiés sur les hauteurs marquaient la frontière informelle entre les Lexoviens et leurs voisins. François Cottin ne considère pas le Roumois comme étant un territoire leur ayant appartenu. Pour une grande partie du territoire, aucun n'est connu à l'époque de la Gaule indépendante.

Après la conquête romaine, leur territoire est intégré à la province romaine de Gaule lyonnaise. Après la dernière guerre civile de la République romaine entre Marc Antoine et Octave, et la victoire de ce dernier en , le territoire lexovien commence à être organisé en ; Auguste reprend ainsi un projet lancé par Jules César, qu'il développe entre et lors de son séjour en Gaule.

Au Moyen Âge, et plus précisément au , leur territoire correspond à celui du qui devient après l'évêché de Lisieux.

Oppidum du Castellier, puis vignette|alt=Plan des principaux édifices de Lisieux à la fin de l'époque romaine| au .

Avant la conquête romaine, leur principal dénommé oppidum du Castellier est une enceinte fortifiée entourant un espace de , extension importante pour l'époque ; c'est l'un des les plus importants de Gaule en superficie. Le rempart probablement de La Tène III est constitué d'un composé d'un mur de pierre et de terre dont l'ossature est constituée de poutres en bois. Dès le règne d'Auguste, ce site est démilitarisé, le rempart commence à être détruit.

La cité gallo-romaine est établie après la conquête romaine à l'emplacement de la Lisieux actuelle sous le nom de et elle en devient la pendant la période romaine. Cette nouvelle ville se situe au confluent du fleuve Touques et de plusieurs de ses affluents : l'Orbiquet, le Cirieux et le Graindain. Le nom de la ville gallo-romaine signifie « nouveau marché » en celtique (gaulois), car elle situe sur un axe commercial à la jonction de plusieurs routes et de deux cours d'eau. Elle est construite selon un plan orthonormé, tout en s'adaptant aux contraintes du terrain. Le et le font chacun de large. L'apogée de la ville a lieu dans la seconde moitié du . Un sanctuaire variant entre et se trouve à proximité de la ville romaine. Des édifices de la ville ont une « qualité artistique et monumentale ». Au plus fort de son développement entre 160 et 180, la ville atteint une superficie comprise entre à .

À la fin du , les constructions se ralentissent, voire s'arrêtent. Au , des raids saxons et francs obligent la ville à se rétracter pour se défendre et l'activité économique diminue. Un de sur est alors construit au début du dernier tiers du , probablement avant 260, en réemployant de nombreux matériaux des bâtiments antiques.

appartient aux Lexoviens ; c'est encore un centre économique religieux important au .

La ville est construite pour garder un point de franchissement sur la Risle ; cette hypothèse semble confirmer par la toponymie, signifiant « pont » et « fortifié ».

Un temple déjà utilisé avant la conquête romaine en l'honneur de Mercure est localisé à se situe à proximité de Breviodurum.

Autres localités Sites de Quetteville vignette|alt=Carte montrant la localisation des sites de Heurtries II et La Gohaigne|Carte montrant la localisation sur les hauteurs des sites de Heurtries II et de la Gohaigne près de Quetteville Deux sites à la frontière orientale du territoire lexovien sont découverts à Quetteville : les Heurtries II et La Gohaigne. Les deux sites ont les mêmes caractéristiques rurales : ils sont au sommet d'un plateau, entourés par un fossé et doublés par un talus et sont proches d'un point d'eau.

Sur le site des Heurtries II, deux enclos accolés de de longueur et d'une largeur d'au moins sont découverts avec une surface évaluée à au moins . Les limites de l'enclos principal sont faites par un fossé de de largeur et d'une profondeur de . Deux bâtiments sont découverts : un non-identifiable se trouve au sud de cet enclos et un autre lui identifiable fait de longueur pour de largeur soit une surface de . Une entrée de de largeur se trouve sur le côté occidental. L'enclos secondaire n'a pas révélé de bâtiments. L'acidité du sol n'a pas permis de révéler des ossements humains ou d'animaux, ni de végétaux. Seuls des parois de fours, des scories et un culot de forge sont retrouvés, ainsi que quarante-sept vases à profil tronconique différents et sont identifiés comme provenant d'un même lot.

Le site de La Gohaigne se situe à au sud-est de celui des Heutries II. Le site comporte également deux enclos et deux bâtiments d'habitation sont localisés au nord de ces derniers. Dans le premier édifice, des objets métalliques principalement à usage agricole, des tessons de céramique de différents et des fragments de meule en poudingue sont retrouvés.

à Cagny