Hattie McDaniel est une actrice, chanteuse et compositrice américaine, née le à Wichita (Kansas) et morte le à Los Angeles. Elle est la première interprète afro-américaine à recevoir un Oscar : le , lors de la cérémonie des Oscars, elle reçoit celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour son incarnation de Mammy (Mamma en VF), dans Autant en emporte le vent (Gone with the Wind).
En plus de sa carrière d'actrice, McDaniel a enregistré seize disques entre 1926 et 1929 (10 ont été publiés) et elle a été une vedette de la radio et de la télévision ; elle a été la première femme noire à chanter à la radio aux États-Unis. Elle a joué dans plus de 300 films, bien que son nom n'apparaisse au générique que de 83 d’entre eux.
En butte au racisme et à la ségrégation raciale tout au long de sa vie, Hattie McDaniel n'a pas pu assister à la première de Autant en emporte le vent à Atlanta parce qu'elle avait lieu dans un cinéma réservé aux Blancs. Lors de la cérémonie des Oscars à Los Angeles, elle est assise à une table séparée sur le côté de la salle ; l'hôtel Ambassador où se tenait la cérémonie était réservé aux Blancs, mais il lui a fait « la faveur » d’y assister. À sa mort en 1952, son dernier souhait — être enterrée au cimetière d'Hollywood — lui a été refusé car le cimetière était réservé aux seuls blancs.
McDaniel possède deux étoiles sur le Walk of Fame à Hollywood : l'une pour ses prestations à la radio et l'autre pour sa carrière cinématographique. Elle a été intronisée au « » en 1975. En 2006, elle est devenue la première femme noire oscarisée à figurer sur un timbre-poste américain.
Biographie Enfance Hattie McDaniel est la plus jeune d'une famille de treize enfants. Ses parents ont connu l’esclavage : sa mère, Susan Holbert (1850-1920), originaire de Nashville (Tennessee), était chanteuse de gospel, et son père, Henry McDaniel (1845-1922), était un pasteur baptiste de Richmond (Virginie). Son père a combattu pendant la guerre de Sécession dans le régiment d'infanterie des troupes de couleur des États-Unis.
En 1900, la famille s'installe dans le Colorado, d'abord à Fort Collins, puis à Denver, où Hattie fréquente la Denver East High School de 1908 à 1910 et participe en 1908 à un concours parrainé par la Woman's Christian Temperance Union, en récitant Convict Joe, prétendant plus tard avoir remporté la première place. Son frère, Sam McDaniel (1886-1962), joue le majordome dans le court métrage Heavenly Daze des Three Stooges en 1948. Sa sœur Etta McDaniel était également actrice.
Débuts de carrière Hattie McDaniel perfectionne ses talents d'auteur-compositeur et d'interprète en travaillant avec la troupe de son frère Otis McDaniel, qui donne des spectacles de ménestrels. Hattie quitte l’école dès 1909 pour chanter et danser au sein de la troupe de son frère, The Mighty Minstrels. En 1911, avec sa sœur Etta Goff, elle se lance dans la création de spectacles uniquement féminins, sous le nom de McDaniel Sisters Company. En 1916, son frère Otis meurt, et la troupe commence à perdre de l’argent.
Au début des années 1920, McDaniel rejoint la troupe de George Morrison, Melody Hounds, et passe cinq ans en tournée aux États-Unis. Elle a alors l’opportunité de chanter à la radio pour la première fois avec les Melody Hounds sur la station KOA de Denver, ce qui lui permet d'accéder à une première reconnaissance du public. En 1922, McDaniel perd successivement son mari et son père.
De 1926 à 1929, elle enregistre un grand nombre de ses chansons pour Okeh Records et Paramount Records à Chicago. McDaniel a enregistré sept sessions : une à l'été 1926 sur le label Meritt de Kansas City, quatre sessions à Chicago pour Okeh de fin 1926 à fin 1927 (sur les dix faces enregistrées, seules quatre ont été publiées), et deux sessions à Chicago pour Paramount en .
À la suite du krach boursier de 1929, McDaniel est contrainte de prendre un travail de serveuse et plongeuse au Club Madrid à Milwaukee, avant d'obtenir de son patron la possibilité de se produire sur scène. En 1931, elle rejoint son frère Sam et sa sœur Etta, tous deux artistes, à Los Angeles. Sam, qui travaille sur une émission de radio KNX, lui obtient une chronique à la radio, où elle interprète « Hi-Hat Hattie », une domestique qui ne « sait pas rester à sa place ». Elle devient alors extrêmement populaire, bien que ne recevant qu’un salaire misérable qui l’oblige à travailler effectivement comme domestique.
En 1932, elle fait ses débuts au cinéma dans The Golden West dans lequel elle joue une femme de ménage. Sa deuxième apparition a lieu dans le film à succès de Mae West, Je ne suis pas un ange (I'm No Angel) (1933), dans lequel elle joue l'une des servantes noires avec lesquelles West campait en coulisses. Au début des années 1930, elle obtient plusieurs autres rôles non crédités dans des films, souvent en chantant dans des chœurs.
En 1934, elle joue dans Judge Priest, un film de John Ford, et est pour la première fois citée au générique. Elle y tient un rôle principal et démontre son talent de chanteuse, notamment dans un duo avec Will Rogers. Rogers, la vedette du film, loue sa performance et McDaniel commence à attirer l'attention et décroche des rôles plus considérables au cinéma. La même année, elle rejoint la Screen Actors Guild.
En 1935, McDaniel accède à des rôles importants : femme de chambre négligée dans Désirs secrets (Alice Adams) (RKO Pictures), femme de chambre comique et compagne de voyage de Jean Harlow dans La Malle de Singapour (China Seas) (MGM) (son premier film avec Clark Gable), et encore femme de chambre (Isabella) dans Murder by Television, avec Béla Lugosi. La Fox Film la met sous contrat pour jouer dans Le Petit Colonel (The Little Colonel) (1935), avec Shirley Temple, Bill « Bojangles » Robinson et Lionel Barrymore.
McDaniel joue le rôle de Queenie dans le film Show Boat (Universal Pictures) de 1936, avec Allan Jones et Irene Dunne, dans lequel elle chante un couplet de Can't Help Lovin' Dat Man avec Dunne, Helen Morgan, Paul Robeson et un chœur noir. Avec Robeson, elle chante I Still Suits Me, écrit pour le film par Kern et Hammerstein.
Après Show Boat, elle tient des rôles importants dans Saratoga (1937) de la MGM, avec Jean Harlow et Clark Gable ; L'Ange impur (The Shopworn Angel) (1938), avec Margaret Sullavan ; et Miss Manton est folle (The Mad Miss Manton) (1938), avec Barbara Stanwyck et Henry Fonda. Elle a un rôle mineur dans la comédie La Joyeuse Suicidée (Nothing sacred) (1937) avec Carole Lombard et Frederic March, où elle joue l'épouse d'un cireur de chaussures (Troy Brown) se faisant passer pour un sultan. Elle fait également une apparition dans le film Mariage incognito (Vivacious Lady) de 1938, avec James Stewart et Ginger Rogers.
McDaniel devient l'amie de nombreuses stars d'Hollywood, dont Joan Crawford, Tallulah Bankhead, Bette Davis, Shirley Temple, Henry Fonda, Ronald Reagan, ou encore Olivia de Havilland et Clark Gable avec qui elle joue en 1939 dans Autant en emporte le vent.
Autant en emporte le vent et le personnage de Mammy vignette|Hattie McDaniel, Olivia de Havilland et Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent.
La compétition pour décrocher le rôle de Mammy dans Autant en emporte le vent (Gone with the Wind) fut presque aussi féroce que celle pour le personnage de Scarlett O'Hara. La première dame Eleanor Roosevelt écrivit au producteur David O. Selznick pour demander que sa propre servante, Elizabeth McDuffie, obtienne le rôle. McDaniel ne pensait pas qu'elle serait choisie, vu sa réputation d'actrice comique. affirme que Clark Gable avait recommandé que le rôle soit donné à McDaniel ; en tout cas, elle s'est présentée à son audition vêtue d'un authentique uniforme de bonne et a remporté le rôle.
En apprenant le projet d'adaptation du film, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) s'est battue pour exiger du producteur et du réalisateur la suppression d'épithètes racistes (en particulier l'appellation « nègre ») et la modification de scènes pouvant porter préjudice à la dignité des personnes noires et qui, selon elle, étaient historiquement inexactes. Dans un épisode du roman en particulier, des hommes noirs attaquent Scarlett O'Hara, dont l'agression est ensuite vengée par un groupe armé qui évoque le Ku Klux Klan, présenté comme son sauveur. Dans tout le Sud, des hommes noirs étaient lynchés sur la base de fausses accusations selon lesquelles ils avaient agressé des femmes blanches. Cette scène du livre est modifiée pour le film et certains termes offensants sont changés, mais une autre épithète, « darkie », est conservés, et le message du film concernant l'esclavage demeure essentiellement le même. Conformément au livre, le scénario du film parle également des blancs pauvres comme de « white trash », et il attribue aussi ces mots aux personnages noirs et blancs. gauche|vignette|Première d'Autant en emporte le vent à Atlanta en 1939. La MGM choisit le Loew's Grand Theater sur Peachtree Street à Atlanta, en Géorgie, pour accueillir la première du film, le vendredi . Le producteur, David O. Selznick, demande que McDaniel soit autorisée à y assister, mais le studio lui conseille de ne pas contrevenir aux lois sur la ségrégation en vigueur en Géorgie. Clark Gable menace de boycotter l'évènement si McDaniel n'est pas présente, mais McDaniel le convainc d'y participer malgré cela. Aucun des autres acteurs noirs du film n'est présent.
La plupart des d'Atlanta se pressent sur le parcours du cortège de onze kilomètres qui transporte les autres stars et les cadres du film de l'aéroport à l'hôtel Georgian Terrace, où ils séjournent. Si les lois Jim Crow empêchent McDaniel d'être présente à la première du film à Atlanta, elle assiste à la première du film à Hollywood le . Sur l'insistance de Selznick, sa photo est également mise en avant dans le programme.
Cédant à la pression des instances blanches du Sud, Selznick omet les visages de tous les acteurs noirs des affiches de promotion du film dans le Sud.
Pour son interprétation de l'esclave domestique qui gronde à plusieurs reprises la fille de son propriétaire, Scarlett O'Hara (Vivien Leigh), et se moque de Rhett Butler (Clark Gable), McDaniel remporte l'Oscar 1939 de la meilleure actrice dans un second rôle, devenant la première personne noire à être nommée et à remporter un Oscar. « J'ai aimé Mammy », déclare McDaniel devant la presse blanche à propos du personnage. . Son rôle dans Autant en emporte le vent avait alarmé certains Blancs du Sud ; certains se plaignant qu'elle était trop « familière » avec ses propriétaires blancs.
Au moins un critique fait remarquer que le personnage de McDaniel ne s'écarte pas beaucoup du personnage de Mammy dans le roman de Margaret Mitchell, et que, dans le film comme dans le livre, Scarlett, beaucoup plus jeune, parle à Mammy d'une manière qui serait jugée inappropriée pour un adolescent du Sud de l'époque à l'égard d'une personne blanche beaucoup plus âgée, et que ni le livre ni le film n'évoquent l'existence des propres enfants de Mammy (morts ou vivants), sa propre famille (morte ou vivante), son vrai nom ou son désir d'avoir autre chose qu'une vie à Tara, en servant dans une plantation d'esclaves. De plus, si Mammy gronde la jeune Scarlett, elle ne s'oppose jamais à Mme O'Hara, la maîtresse de maison blanche. Certains critiques ont estimé que McDaniel n'avait pas seulement accepté les rôles, mais que, dans ses déclarations à la presse, elle avait également entériné les stéréotypes d'Hollywood, alimentant les critiques de ceux qui se battaient pour les droits civiques des Noirs. Plus tard, lorsque McDaniel tente d'emmener son personnage de « Mammy » dans une tournée de présentation, le public noir ne se montre pas réceptif.