Du au , le Federal Bureau of Investigation (bureau fédéral d'enquête aux États-Unis) (FBI) a mené une enquête de contre-espionnage, connue sous le nom de code « Crossfire Hurricane » (Ouragan Feu croisé), sur les liens possibles entre la campagne présidentielle de Donald Trump de 2016 et la Russie, y compris la question de savoir « si des individus associés à la campagne [Trump] se sont coordonnés, volontairement ou non, avec les efforts du gouvernement russe pour interférer dans l'élection présidentielle américaine de 2016 ». Trump n'a pas fait personnellement l'objet de cette enquête jusqu'en , lorsque son licenciement du directeur du FBI James Comey a soulevé des soupçons quant à une obstruction à la justice, provoquant ainsi l'enquête Mueller.

L'enquête a été officiellement ouverte le , à la suite des affirmations de George Papadopoulos, membre de la campagne de Trump, selon lesquelles des Russes étaient en possession de documents compromettants sur Hillary Clinton, la candidate rivale de Trump, et avaient proposé de les diffuser anonymement pour aider la campagne de Trump. De la fin juillet à , le FBI, la Central Intelligence Agency (Agence centrale de renseignement) (CIA) et la National Security Agency (Agence nationale de sécurité) (NSA) ont travaillé ensemble pour examiner les preuves de l'ingérence russe dans l'élection présidentielle, bien que l'équipe du FBI en particulier [formulation douteuse : "bien que" et "en particulier"] ait bénéficié d'un large degré d'autonomie dans le cadre de l'enquête interservices.

Le travail du FBI a été repris le par le procureur spécial Robert Mueller dans son enquête de 2017 à 2019, qui a finalement abouti au « rapport Mueller » dans lequel il a conclu que l'ingérence électorale russe s'était produite de « manière générale et systématique » et qu'il existait des liens substantiels entre les Russes et la campagne Trump, mais qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour établir que la campagne Trump avait « comploté ou s'était coordonnée » avec le gouvernement russe.

Trump et ses alliés ont allégué à plusieurs reprises que l'enquête Crossfire Hurricane avait été lancée sous de faux prétextes, et ce à des fins politiques. Un examen ultérieur effectué par l'inspecteur général du département de la Justice, Michael E. Horowitz, dont une version expurgée a été publiée en , n'a trouvé aucune preuve que des préjugés politiques contre Trump aient entaché le lancement de l'enquête., mais que le FBI a commis 17 erreurs ou omissions dans ses demandes de mandats auprès de la Cour de surveillance du renseignement étranger en vertu de la Loi sur la surveillance du renseignement étranger pour obtenir l'autorisation de surveiller Carter Page, un ancien adjoint à Trump.

Le , le département de la Justice a déclaré nuls et non avenus deux des quatre mandats délivrés en vertu de cette loi. James E. Boasberg, un juge fédéral de Washington (D.C.), a également déclaré que la surveillance exercée sur Page n'avait pas de base légale. À la suite de cette affaire et d'autres problèmes qui ont soulevé des questions sur les origines de l'enquête Crossfire Hurricane, le procureur général William Barr a confié à John Durham, procureur des États-Unis pour le district du Connecticut, le soin de mener une enquête à ce sujet. Le , un ancien avocat du FBI a plaidé coupable d'avoir fait une fausse déclaration à la suite de la modification d'un courriel lié à l'une des demandes de mandat. Le , Barr a nommé Durham procureur spécial, élevant la forme de l'enquête sur Crossfire Hurricane. Lors de la publication de son rapport final, Durham n'a pas recommandé d'inculper d'autres personnes ni de modifier la manière dont le FBI mène les enquêtes controversées. Il a toutefois critiqué le FBI et le département de la Justice, déclarant qu'ils « n'ont pas respecté leur importante mission de stricte fidélité à la loi dans le cadre de certains événements et activités décrits dans ce rapport » et a soutenu qu'une enquête complète n'aurait jamais dû être lancée, en contradiction avec une enquête de l'inspecteur général du département de la Justice datant de 2019.

Origines Après avoir travaillé pour la campagne présidentielle de Ben Carson en 2016 en tant que conseiller en politique étrangère, George Papadopoulos, dont le FBI a donné le nom de code « Crossfire Typhoon » (Typhon Feu croisé), a quitté la campagne Carson au début du mois de . Le même mois, il s'installe à Londres pour commencer à travailler pour le Centre londonien de pratique du droit international, auquel il était associé depuis plusieurs mois. Le , il a accepté une offre de travail pour la campagne Trump. Dans le cadre de ses fonctions, il s'est rendu le à l'Université Link Campus, à Rome, pour y rencontrer des responsables universitaires; au cours de ce voyage, il rencontre, le , le professeur maltais Joseph Mifsud, qu'il informe de son entrée dans la campagne Trump. Le , la campagne Trump a déclaré au Washington Post que Papadopoulos était l'un des cinq conseillers en politique étrangère de la campagne. Mifsud s'intéresse à Papadopoulos et le rencontre à Londres le en compagnie d'une femme russe se présentant comme la « nièce de [Vladimir] Poutine ».

Le professeur Mifsud s'est rendu à Moscou en et, à son retour, il a dit à Papadopoulos que des représentants du gouvernement russe étaient en possession de « milliers de courriels » qui pourraient être politiquement préjudiciables à Hillary Clinton. Selon un rapport de Malta Today sur les enregistrements du FBI, Mifsud a déclaré au FBI, lors de son entretien de , qu'il n'avait aucune connaissance préalable du fait que la Russie avait hacké des courriels du Comité national démocrate et que la Russie ne lui avait pas proposé de lui vendre de telles informations. Le , Papadopoulos a rencontré Alexander Downer, le haut-commissaire australien en Grande-Bretagne, dans un bar londonien et, autour d'un verre, lui a parlé des courriels hackés concernant Hillary Clinton. Après la publication par WikiLeaks de ces courriels le , le gouvernement australien a informé les autorités américaines, le , de cette rencontre entre Downer et Papadopoulos, ce qui a incité le FBI à lancer Crossfire Hurricane le .

Fin , le directeur de la CIA, John Brennan, a réuni un groupe de responsables de la CIA, de la NSA et du FBI pour enquêter sur l'ingérence russe, selon son témoignage de devant la commission du renseignement de la Chambre des représentants — groupe que Brennan a décrit dans une interview de comme une « cellule de fusion ». D'après son témoignage ultérieur, Brennan a confié au FBI des pistes impliquant « des contacts et des interactions entre des responsables russes et des Américains impliqués dans la campagne Trump », qui dépassaient le mandat de la CIA. Il a déclaré que ces informations « ont servi de base à l'enquête du FBI pour déterminer si une telle collusion [ou] coopération avait eu lieu ».

En , le directeur du FBI, James Comey, a confirmé lors d'une audition devant le Congrès que le FBI avait enquêté sur l'ingérence russe dans le cadre de sa mission de contre-espionnage. Il a également confirmé que l'enquête portait sur les liens entre les membres de la campagne Trump et le gouvernement russe, ainsi que sur la question de savoir « s'il y a eu une coordination entre cette campagne et les efforts de la Russie [en matière d'ingérence électorale] ». Comey a ajouté, lors d'une audition au Sénat en , que le président Trump n'avait pas fait personnellement l'objet d'une enquête avant le départ de Comey du FBI.

Le « mémo Nunes », publié en , rédigé au nom du membre de la Chambre des représentants Devin Nunes par son cabinet, affirmait : « Les informations sur Papadopoulos a servi de déclencheur à l'enquête de contre-espionnage du FBI fin par l'agent Peter Strzok »Multiple sources: — et non le dossier Steele comme l'avaient affirmé, entre autres, le président Donald Trump, Nunes lui-même et plusieurs animateurs de Fox News tels que Tucker Carlson et Sean Hannity.. Un mémo de réfutation rédigé par les membres démocrates de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants a confirmé que l'enquête avait été ouverte le et a déclaré que les mémos de Christopher Steele « n'ont joué aucun rôle dans le lancement de l'enquête de contre-espionnage sur l'ingérence russe et les liens avec la campagne Trump ». Ce contre-mémo ajoute que l'équipe d'enquête du FBI n'a reçu le dossier Steele qu'à la mi-septembre, « parce que l'existence de l'enquête était si étroitement tenue au sein du FBI »; le New York Times a rapporté en que les enquêteurs ont reçu le dossier Steele le .

En , la commission du renseignement de la Chambre des représentants, alors majoritairement républicaine, a publié un rapport relatif à l'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016, ainsi qu'à la réponse des États-Unis à celle-ci, qui corrobore le fait que le FBI a ouvert son enquête de contre-espionnage fin « à la suite de la réception d'informations désobligeantes au sujet du conseiller en politique étrangère George Papadopoulos ». vignette|Un examen des diverses mesures prises par le FBI et le département de la justice avant l'élection de 2016, publié en juin 2018 par le Bureau de l'inspecteur général, département de la Justice En , le Bureau de l'inspecteur général au sein du département de la Justice a publié un rapport concernant sa contre-enquête sur l'enquête menée par le FBI au sujet de la controverse sur les courriels d'Hillary Clinton. Ce rapport indique notamment ce qui suit : « Le , seulement quelques semaines après la conclusion de l'enquête “Midyear” [sur Clinton], le FBI a ouvert son enquête sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle en cours [...], laquelle a touché la campagne du candidat Trump »44.

Le rapport sur l'enquête du procureur spécial à ce sujet, également appelé « rapport Mueller », finalisé en , indique que les informations sur Papadopoulos selon lesquelles la Russie aurait acquis des documents compromettants sur Clinton « ont incité le FBI à ouvrir, le , une enquête pour déterminer si des personnes associées à la campagne Trump se coordonnaient avec le gouvernement russe dans le cadre de ses activités d'ingérence électorale ».

Un examen de Crossfire Hurricane effectué par l'inspecteur général du département de la Justice, Michael E. Horowitz, a donné lieu à un rapport publié en , qui indique que les informations suivantes provenant d'un gouvernement étranger ami ont déclenché l'enquête : George Papadopoulos « a laissé entendre que l'équipe Trump avait reçu une sorte de suggestion de la Russie indiquant qu'elle pourrait aider [la candidature de Trump] avec la publication anonyme d'informations pendant la campagne qui seraient préjudiciables à Mme Clinton (et au président Obama) ».

L'examen d'Horowitz a également permis de découvrir dans les dossiers du FBI que Papadopoulos avait « fait des déclarations indiquant qu'il savait que les Russes avaient suggéré à l'équipe Trump qu'ils pourraient aider la campagne de Trump en publiant anonymement des informations qui seraient préjudiciables à la campagne de Clinton ».

Le nom « Crossfire Hurricane » est tiré de la première phrase de « Jumpin' Jack Flash », une chanson des Rolling Stones.. La campagne de Trump avait mis en avant une autre chanson des Rolling Stones, « You Can't Always Get What You Want », lors de ses rassemblements et de la Convention nationale républicaine de 2016.

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