La bataille de Poitiers a été livrée au cours de la guerre de Cent Ans le à Nouaillé-Maupertuis, près de Poitiers en Aquitaine. Le roi de France cherche à intercepter l'armée anglaise conduite par Édouard de Woodstock, prince de Galles, qui est en train de mener une chevauchée dévastatrice. Par une tactique irréfléchie, conduit ses troupes, quoique numériquement très supérieures, au désastre et se fait prendre, ainsi que son fils Philippe et de nombreux membres éminents de la chevalerie françaisePaul G. Dumas, La Boule de Canton : le roman vrai de l'écologie humaine, 2007, 107..

Les conséquences de la défaite française sont catastrophiques pour la couronne des Valois. Le pays est nominalement dirigé par l'héritier du trône, le dauphin Charles. Celui-ci doit affronter la Grande Jacquerie en 1358, qui conteste les privilèges de la noblesse, celle-ci ayant perdu de son prestige à Poitiers. La première phase de la guerre de Cent Ans s'achève par une indéniable victoire anglaise, qui est confirmée par la signature du traité de Brétigny en 1360. Contexte Le , un traité mettant fin à sept années de guerre fut négocié et signé à Guînes. Le roi français Jean II refusa toutefois de le ratifier, car ses conditions étaient politiquement et territorialement avantageuses pour l'Angleterre et menaçaient la souveraineté française. Jean II craignait que l'acceptation du traité ne légitime les revendications anglaises sur le territoire français, n'affaiblisse son pouvoir et ne crée un précédent pour d'autres ambitions anglaises. En , compte tenu de la situation financière exceptionnellement solide, Édouard III et son conseil décidèrent de lancer des offensives cette année-là dans le nord de la France et en Gascogne. Jean II tenta de fortifier ses villes et forteresses du nord contre l'invasion attendue d'Édouard III, tout en mettant sur pied une armée de campagne, ce qui lui fut toutefois largement impossible en raison du manque de fonds. Campagne précédant la bataille

left|thumb|Course poursuite entre la chevauchée du Prince noir et l'Ost royal.

La chevauchée menée, début , par le Prince noir dévaste une grande partie du Bergeracois, du Périgord, du Nontronnais, du Confolentais, du Nord-Ouest du Limousin, de la Marche, du Nord et Sud du Boischaut, de la Champagne berrichonne, du Berry, de la Sologne, du Sud de la Touraine et du Poitou.

Pour le poursuivre plus efficacement, abandonne la moitié de son ost pour ne garder que les cavaliers, plus rapides. Les différents contingents qui avaient passé la Loire à Orléans, Mehun, Saumur, Blois, Tours et ailleurs, se réunirent vers la capitale tourangelle. Après avoir cherché l'adversaire, l'ost français se trouve à proximité des Anglais à Tours. Grâce à une habile manœuvre, le roi de France oblige les Anglo-Gascons à se diriger vers le sud. Partant de Loches, les Français traversent la Creuse à La Haye, le , occupent le pont de Chauvigny et se dirigent sur Poitiers. Le au matin, le Prince noir fonce, avec d'armes, à travers la forêt de Moulière et débouche sur la route de Poitiers à Chauvigny où il tombe par surprise sur l'arrière-garde de l'armée française forte de d'armes et chevaliers à la-Chaboterie-au-Breuil-l'Abbesse. Les Français, totalement décontenancés, s'enfuirent dans la forêt, perdant dont le comte de Joigny, , comte d'Auxerre, et , faits prisonniers, qui seront libérés après rançon.

Quand le roi Jean apprend que ses ennemis étaient derrière et non devant, il fait retourner sa troupe. Au soir, les deux armées campent l'une en face de l'autre. Avant que la bataille ne se déclenche, le cardinal de Talleyrand-Périgord, légat pontifical d' tente une médiation et obtient une trêve de . Les Anglo-Gascons, largement moins nombreux et menacés d'encerclement et de famine, offrent de rendre le butin et de ne point porter les armes pendant sept ans contre le royaume de France. Mais, au conseil royal, prévaut l'idée de profiter du rassemblement d'une armée, manifestement plus puissante que l'autre, pour ne pas laisser échapper l'occasion de faire un exemple de ces ravageurs du royaume. Ainsi, il est énoncé dans les conditions de reddition que le Prince noir devra se constituer prisonnier du roi de France. Ne pouvant accepter ces termes, l'héritier du trône d'Angleterre se résout à livrer bataille. Les Anglais acceptent le combat de mauvais gré, le chemin de la Guyenne leur étant coupé. La bataille se déroulant sur un terrain accidenté et coupé de haies, le Bon décide que le combat se fera à pied. Le roi va donner le signal d'attaque lorsque deux légats du Pape accourus de toute hâte de Poitiers viennent parler de trêve et de négociations pacifiques. Malgré le bon vouloir du prince de Galles, qui manque de vivres, on ne peut s'entendre et l'armistice consenti par le roi est rompu le lendemain matin.

Prélude

Le roi Jean II avait traversé la Loire le , le jour même où le Prince Noir décidait de faire demi-tour. Édouard, qui avait abandonné tout espoir d'obtenir le soutien des Lancaster, marcha avec son armée vers le sud en direction de Montbazon le . Charles, le dauphin, et Hélie de Talleyrand-Périgord arrivèrent au camp du Prince Noir pour négocier un cessez-le-feu de deux jours au nom du pape Innocent VI. Le Prince Noir rejeta Talleyrand et continua sa marche rapide, traversant la Creuse près de La Haye le . Jean II, conscient de sa supériorité numérique sur les troupes d'Édouard, était également déterminé à les anéantir au combat et ignora donc Talleyrand lui aussi.

L'armée française continua à marcher vers le sud parallèlement aux Anglais afin de leur couper la retraite et les approvisionnements. Le , les Anglais marchèrent le long de la Vienne jusqu'à Châtellerault. Édouard arriva à Châtellerault le . Il ne s'attendait pas à ce qu'il y ait des obstacles naturels entre lui et l'armée française. Il attendait que les Français l'attaquent. Cependant, les Français avaient perdu le contact avec les Anglais. Deux jours plus tard, Jean II contourna la position des Anglais et s'apprêtait à traverser la Vienne près de Chauvigny. Édouard vit alors l'occasion d'attaquer les Français lors de leur traversée de la Vienne. Il partit à l'aube du pour les intercepter. L'avant-garde atteignit Chauvigny, où la majeure partie de l'armée française avait déjà traversé la Vienne et marchait en direction de Poitiers. Une arrière-garde française de fut interceptée près de Savigny-Lévescault, les Français subissant la perte de . Négociations

Après la bataille de Savigny-Lévescault, l'armée anglaise marcha vers le sud en direction de Poitiers et prit position dans la forêt de Nouaillé, à huit kilomètres au sud de la ville, où elle était bien défendue. Au lieu de lancer une attaque spontanée, Talleyrand rencontra Édouard pour négocier un cessez-le-feu de deux jours. Au départ, Édouard était réticent à l'idée de retarder la bataille, mais il se laissa convaincre de négocier lorsque Talleyrand fit remarquer que toute tentative de retraite provoquerait une attaque française, tandis que rester sur place entraînerait l'épuisement de leurs provisions avant celles des Français. L'armée anglaise avait déjà épuisé la majeure partie de ses provisions en raison de plusieurs jours de marche qui avaient limité ses possibilités de se ravitailler, et elle était contrainte de se concentrer à proximité des Français. Ce que Talleyrand ignorait, c'est qu'elle ne trouvait pas non plus suffisamment d'eau pour ses chevaux.

Après de longues négociations, Édouard accepta de faire d'importantes concessions et obtint en échange le libre passage vers l'Aquitaine. Jean II soutint ces propositions, mais plusieurs conseillers de haut rang estimèrent qu'il serait humiliant de laisser partir sans encombre l'armée anglaise qui avait ravagé une grande partie de la France. Jean II finit par céder et les Anglais furent informés de l'échec des négociations. À l'aube du , Talleyrand fit une dernière tentative pour conclure un armistice, mais Édouard la refusa, car les provisions de son armée étaient déjà épuisées.

Les forces ennemies Les Anglais L'armée anglaise comptait hommes, dont chevaliers, archers anglais et gallois et 3 000 fantassins. Les troupes d'Édouard étaient réparties en trois divisions. Sur le flanc gauche se trouvait le comte de Warwick. Sa division était composée de chevaliers et d'environ archers, qui étaient positionnés à gauche des chevaliers. Sur le flanc droit se trouvait le comte de Salisbury avec le même nombre de soldats et les archers positionnés à droite des chevaliers. Au centre se trouvait la division d'Édouard, composée d'environ chevaliers et fantassins, avec des archers à arc long sur les flancs. Derrière les troupes d'Édouard se trouvait une petite réserve sous le commandement de Jean III de Grailly. Édouard lui-même prit position avec ses conseillers immédiats, John Chandos et James Audley, sur le point le plus élevé, d'où il pouvait observer le déroulement de la bataille. Français L'armée française comptait entre 14 000 et 16 000 hommes, dont 1400 et 1600 chevaliers, arbalétriers, 1500 cavaliers non nobles et 10000 autres fantassins. Le roi Jean II décida que la plupart de ses hommes combattraient à pied, ne laissant qu'une troupe d'élite d'environ 500 chevaliers, sélectionnés par les maréchaux. Ces chevaliers avaient pour mission d'attaquer les archers anglais au début de la bataille afin de perturber leur formation. Jean II mena également la bataille sans cheval, portant le même tabard que plusieurs autres chevaliers afin d'éviter d'être repéré. À l'extrême gauche se trouvait le maréchal Clermont, soutenu par des chevaliers à pied sous les ordres du connétable Gautier de Brienne. De plus, les troupes allemandes alliées, sous le commandement des comtes de Sarrebruck, de Nidau et de Nassau, furent déployées pour soutenir les troupes de Clermont. Sur le flanc droit se trouvaient le maréchal Audrehem et William Douglas, également soutenus par des arbalétriers français. À gauche d'Audrehem se trouvait la division du dauphin Charles, âgé de 19 ans. À côté de Charles se tenait le duc d'Orléans. La division arrière était commandée par le roi lui-même.

Déroulement thumb|Mort de . Miniature du Maître du Froissart du Getty tirée du Des cas des nobles hommes et femmes de Boccace, British Library, Royal 14 E V, .

Au petit matin du , un mouvement des Anglais laisse penser qu'ils tentent de passer leur butin de l'autre côté du Miosson au gué de l'Homme. Les deux commandants de l’avant-garde française ont un avis contraire sur ce mouvement : le maréchal Jean de Clermont appréhende un piège, alors que le maréchal Arnoul d’Audrehem estime qu'il faut tout de suite occuper les passages. Le ton monte, ils se défient et, sans prendre les ordres du roi, chargent chacun pour soi. La charge d'Audrehem sur un chemin bordé de haies (Maupertuis, signifiant un « mauvais passage ») est anéantie par les archers gallois masqués derrière les buissons. Le connétable se joint au maréchal de Clermont pour charger sur le comte de Salisbury. Tous deux sont tués. L'avant-garde est décimée.

Les deux corps de bataille français s'engagent ensuite de façon désordonnée, désordre accentué par les pièges préparés par les Anglais. Les premières lignes françaises s'agglutinent en contrebas des haies infranchissables qui barrent le champ de bataille. Elles refluent à contre sens des secondes lignes qui montent à l'assaut. C'est la confusion sous un déluge de flèches anglaises. La bataille tourne à l'avantage du Prince noir. Quand il voit la déconfiture des maréchaux, le roi de France se lance dans la bataille qui se transforme bientôt en un remous de combats individuels où le désordre puis le désarroi règnent. « Depuis la perte ou la prise des deux maréchaux, la mort du connétable, l'armée royale se disloquait progressivement. »