Richard Brautigan ( - ) est un écrivain et poète américain.
Issu d'un milieu social défavorisé de la côte Ouest, Brautigan trouve sa raison d'être dans l'écriture et rejoint le mouvement littéraire de San Francisco en 1956. Il y fréquente les artistes de la et participe à de nombreux évènements de la contre-culture. En 1967, durant le Summer of Love, il est révélé au monde par son best-seller La Pêche à la truite en Amérique et est surnommé le . Ses écrits suivants auront moins de succès et dès les années 1970, il tombe progressivement dans l'anonymat et l'alcoolisme. Il met fin à ses jours en . Son dernier roman Cahier d'un retour de Troie sera publié 10 ans plus tard en France.
Biographie Enfance Lulu Mary "Mary Lou" Kehoe et Bernard F. Brautigan, les parents de Richard Brautigan, se marient le à Tacoma dans l'État de Washington, au nord de la côte Ouest américainebrautigan.net, Chronology 1930s-1940sConsulter le site.. Après sept ans de vie commune, ils se séparent en . Dans ses mémoires, You Can't Catch Death, Ianthe, la fille unique de Brautigan, rapporte ce témoignage de Mary Lou :
Richard Gary Brautigan naît le à Tacoma. Bernard Brautigan apparaît sur son acte de naissance comme étant le père. Il est cependant difficile de savoir si Bernard fut informé de ce fait. Mary Lou affirme ne le lui avoir jamais dit et Bernard, interviewé à la suite du suicide de Brautigan, s'indigne de n'avoir jamais su la chose. D'ailleurs, il est enrôlé dans l'armée américaine le et indique sur son statut marital "divorcé, sans enfants". Paradoxalement, à sa fille Ianthe et à un de ses meilleurs amis Keith Abbott (et futur biographe), Brautigan raconte avoir rencontré deux fois son père durant son enfance...
L'enfance de Brautigan est marquée par la pauvreté, les déménagements, les abandons et les mauvais traitements dus à ses multiples beaux-pères.
Il grandit jusqu'à l'âge de 8 ans à Tacoma. Mary Lou et le jeune Brautigan emménagent avec Arthur M. Titland, un camionneur. Le , Barbara Jo Titland voit le jour. C'est le deuxième enfant de Mary Lou et Arthur Titland en est le père officiel. En 1943, Arthur Titland part faire son service militaire dans la marine de guerre des États-Unis, en pleine Seconde Guerre mondiale.
De son côté, Mary Lou épouse Robert Geoffrey "Tex" Porterfield le . Cette nouvelle relation fait déménager toute la famille à Eugene dans l'Oregon entre 1943 et 1944. Porterfield y travaille en tant que cuisinier. Richard passe sa scolarité en portant le nom de famille de son beau-père "Porterfield" et ne retrouve son véritable nom de famille qu'en 1953, juste avant son diplôme de fin d'études secondaires. Le , Mary Lou met au monde Sandra Jean Porterfield. C'est la deuxième demi-sœur de Brautigan alors âgé de 10 ans. La vie du couple est houleuse, faite de violence domestique et de précarité. Après plusieurs séparations, ils divorcent en .
La famille de Brautigan vit de l'aide sociale. À l'école, il est vu comme un marginal du fait de sa pauvreté. Leurs difficultés financières amènent également Brautigan à pêcher et chasser pour leur subsistance. Il exerçait divers petits boulots également (recyclage de bouteilles consignées, vente de vers de terre, tonte de pelouse) The Register-Guard, Bob Keefer et Quil Dawning, Beauty, Pain and Watermelon Sugar, 30 janvier 2000.. Bien plus tard, son roman Mémoires sauvés du vent (1982) évoque cette période.
La mère de Brautigan se marie avec William Folston en , un mois avant son divorce officiel de Robert Porterfieldbrautigan.net, 1950s ChronologyConsulter le site?.
Adolescence et début dans l'écriture Brautigan passe sa scolarité à Woodrow Wilson Junior High School puis à Eugene High School entre 1950 et 1953. C'est durant l'année 1952 que Richard retrouve son nom d'origine. À partir de cette date, il n'utilisera plus le nom "Porterfield" mais celui de "Brautigan". Cette même année, il publie son premier poème The Light dans le journal de son lycée. Il ne participe à aucune activité extrascolaire, ni aucun club d'étudiant. Il est décrit comme un type très grand, discret et solitaire..
Une enseignante en langue anglaise, Juliet Gibson The Register-Guard, Don Bishoff, Author's Life Was Shaped in Eugene, 25 août 1993, aurait familiarisé Brautigan à la poésie d'Emily Dickinson et de William Carlos Williams. Ces deux écrivains auront une influence notable dans le style de Brautigan.
Ses premiers poèmes sont notamment encouragés par Peter Webster, son meilleur ami. La famille Webster représentait un refuge pour Brautigan qui fuyait la violence et l'incompréhension de son foyer. Barbara Titland, demi-sœur de Brautigan, explique : C'est d'ailleurs à Edna Webster, la mère de Peter, que Brautigan confie ses écrits de jeunesse avant de quitter Eugene pour San Francisco.
Le , Brautigan obtient son diplôme de fin d'études secondaires et est déterminé à devenir écrivain. Dès lors, son objectif est de rejoindre la Beat Generation à San Francisco, le centre de la révolution littéraire de l'époque.
En attendant, il travaille épisodiquement pour l'Eugene Fruit Growers Association, une usine conditionnant des haricots verts et trouve quelques autres petits boulots.. Durant ces années, il écrit constamment et plusieurs de ses poèmes sont publiés.
En , Brautigan confie à Edna Webster plusieurs manuscrits et des effets personnels. Ces écrits, ainsi que d'autres qui viendront les rejoindre, constitueront le recueil Edna Webster Collection of Undiscovered Writings.
Séjour à l'asile de Salem Le , Brautigan pénètre dans le poste de police d'Eugène, déclare qu'il va commettre un délit puis brise une vitre avec une pierre et demande à être enferméEntrez sans frapper, émission diffusée le 13 mai 2019 sur La Première en radio.. Il est arrêté et jugé pour désordre publicThe Register-Guard, 15 décembre 1955.. Il est condamné à 10 jours de prison et à d'amende.
Les motivations de ce geste sont plurielles. Certains évoquent le fait que les conditions de vie de Brautigan étaient tellement misérables qu'il aurait commis ce geste pour des raisons alimentaires. On rapporte aussi que ses parents le croyaient fou et envisageaient de le faire interner. Brautigan aurait également mal supporté la culpabilité liée à ses sentiments pour Linda Webster, âgée de 14 ans à l'époque.
Le , après sept jours de prison, Brautigan est transféré à l'Oregon State Hospital pour une période d'. Il est diagnostiqué schizophrène paranoïaque et subit douze séries d'électro-chocs. Durant son hospitalisation, il prend conscience de la gravité de ses actes et met tout en œuvre pour devenir le patient modèle et sortir au plus vite de l'hôpital. Il écrit à Edna et Linda Webster pour les rassurer sur sa santé mentale. Il correspond avec D. Vincent Smith en vue de faire publier son roman The God of the Martians (encore inédit à ce jour). Brautigan s'écrit également à lui-même pour vérifier qu'il ne perd pas la mémoire à cause du traitement.
Le , Brautigan est relâché de l'hôpital. Son séjour aura duré trois mois. Il quitte définitivement l'Oregon, laissant sans nouvelles sa famille. Sa mère avoua ne pas s'être soucié de son devenir dès lors. Seules Barbara et Sandra, ses demi-sœurs, tentèrent de garder le contact, sans succès jusqu'au , où Brautigan leur signifia une fin de non-recevoir..
San Francisco 1956-1967 En automne 1956, Brautigan déménage à San Francisco. Il tente d'intégrer le milieu littéraire et y rencontre le mouvement Beat. Il gagne sa vie grâce à divers jobs, tel que la livraison de télégrammes pour Western Union. Sans domicile fixe, il dort dans des terminaux de bus, des voitures ou des hôtels bon marché.
Brautigan fréquente sur Grant Avenue et en particulier ses , un concours hebdomadaire autour d'une lecture publique organisé par John Alley Ryan et John Gibbons Langan. On le croise aussi au Vesuvio, un bar très populaire de North Beach, et au . Pierre Delattre, jeune pasteur protestant, dirige la mission qui offre le couvert aux nécessiteux et diverses actions sociales. Cette mission devient le point de ralliement de la contre-culture et du Dharma Committee qui rassemble Joanne Kyger, Philip Whalen et Robert Duncan. Brautigan les rejoint pour des lectures de poésie et des repas gratuits au même titre que Bob Kaufman ou Gary SnyderBill Morgan, The beat generation in San Francisco, p. 65-66..
Le , il épouse Virginia Dionne Adler. Ils vivent à North Beach et Virginia subvient aux besoins du foyer grâce à son travail de secrétariat. Brautigan, libéré des contingences matérielles, se consacre entièrement à l'écriture.
En automne 1957, l'anthologie « Four New Poets » est publiée, faisant apparaître quatre poèmes de Brautigan chez Inferno Press. Au même titre que Martin Hoberman, Carl Larsen et James M. Singer. C'est la première fois que Brautigan apparaît dans un livre.
En , The Return of the Rivers est publié par Inferno Press. Ce poème est imprimé sur une double page, dans une couverture noire et est considéré comme le premier livre de Brautigan. Les 100 exemplaires produits sont tous signés de la main de Brautigan. Cette même année voit la publication chez White Rabbit Press de The Galilee Hitch-Hiker dont le leitmotiv est une représentation fictive de Charles Baudelaire. Suivi de Lay the Marble Tea en 1959 et de The Octopus Frontier, un recueil de 22 poèmes en 1960.
Le , sa fille unique Ianthe Elizabeth Brautigan naît. L'été 1961, Brautigan fait du camping en famille dans l'Idaho et commence l'écriture de son futur best-seller, La Pêche à la truite en Amériquebrautigan.net, 1960s ChronologyConsulter le site.. À Noël 1962, Brautigan et sa femme se séparent et il faudra attendre pour le divorce officiel. Virginia part vivre à Hawaï fin 1975.
Le premier roman publié de Brautigan, Un général sudiste de Big Sur (1964), est un échec commercial. Grove Press est échaudé et refuse de publier les trois romans suivants (La Pêche à la truite en Amérique, Sucre de pastèque et L'Avortement). Le contrat qui liait Brautigan et Grove Press est rompu en 1966. Brautigan se trouve à nouveau sans revenus autres que les ventes de ses recueils de poèmes mais il persévère dans son désir de devenir un écrivain lu et reconnu. Il participe à de nombreuses lectures publiques et à des rencontres artistiques qui rythmaient la vie de San Francisco. Brautigan apparaît notamment sur la célèbre photographie de Larry Keenan The Last Gathering of Beat Poets & Artists, City Lights BooksLes autres artistes présents sur la photographie sont : Robert LaVigne, Shig Murao, Larry Fagin, Leland Meyezove, Lew Welch, Peter Orlovsky, David Meltzer, Michael McClure, Allen Ginsberg, Daniel Langton, Steve, Gary Goodrow, Nemi Frost, Stella Levy, Lawrence Ferlinghetti. qui tente de regrouper devant la librairie les artistes Beat de 1965 à San Francisco. Sur cette photographie, on peut voir Brautigan au deuxième rang, portant un chapeau blanc.
Tandis que le mouvement hippie prend de l'ampleur à San Francisco, Brautigan se rapproche en 1966 des Diggers, un groupe d'anarchistes militants du quartier de Haight-Ashbury dont il partage l'idéalisme hippie et les causes. Il admire particulièrement leurs actions envers les nécessiteux et leurs soupes populaires. Il déménage à Geary Street et devient le voisin d'Erik Weber, un ami et photographe qui réalisera la plupart des portraits promotionnels de Brautigan.
En 1966-1967, Brautigan est nommé poète en résidence au California Institute of Technology. Il participe également à plusieurs événements organisés par les Diggers, travaille à la Communication Company, leur imprimerie artisanale de propagande, et distribue des tracts dans les rues, notamment à Haight Street. Il apparaît toujours lors de diverses lectures publiques de ses écrits. The Communication Company édite un poème de Brautigan intitulé All Watched Over by Machines of Loving Grace.
Le succès de La Pêche à la truite en Amérique