Jean Fusoris, né dans le Duché de Bar à Giraumont vers 1365, mort en 1436, est un ecclésiastique scientifique, connu comme constructeur d'instruments astronomiques.

Il a réalisé - et perfectionné - des astrolabes, des sphères, des horloges, des équatoires et différents types de cadrans solaires. On lui doit notamment l'horloge astronomique de la cathédrale de Bourges.

Mathématicien accompli, il améliore les tables trigonométriques de l'époque et est probablement le premier occidental à appliquer la trigonométrie sphérique au tracé de ses cadrans solaires.

Biographie La vie – mouvementée – de Fusoris, nous est connue grâce aux archives d’un procès qui lui fut intenté pour espionnageL. Mirot, Le procès de maître Jean Fusoris. Voir Bibliographie..

Né dans le Duché de Bar à Giraumont (Meurthe-et-Moselle), diocèse rémois, pendant la guerre de Cent Ans, Jehan ou Jean Le Fondeur est le fils d’un potier d'étain. Jeune, il apprend auprès de son père « à couler et à modeler l’étain ».

Il fait ses études à Paris où il prend le nom latinisé de Fusoris (de fusor : fondeur). « Homme excellent en la science de géométrie et grand astrologien »Emmanuel Poulle, Un constructeur d'instruments astronomiques au siècle, Jean Fusoris, , voir Bibliographie., il obtient le titre de maître es arts dans les années 1390. « Dès cette époque, il s’occupe d’astrologie et de la fabrication d’instruments sidéraux. »

Au décès de sa mère, vers vingt-cinq ans, il retourne au pays, où son père espérait le voir continuer l’activité familiale ; mais il préfère revenir à Paris où il reprend des études de médecine. Il obtient sa licence en 1396, et sa maîtrise en 1398.

En parallèle, il continue son activité « mécanique ». Ses instruments, diffusés auprès de hauts personnages le rendent célèbre et il se tisse un important réseau de relations. Son commerce étant florissant, associé à un dénommé Jean de Chalon († en 1414), il s’adjoint les services de Jean du Berle, spécialiste de la fabrication d’horloges dès avant 1400. De plus, il entretient et forme dans sa maison des compagnons, qu'il appelle ses scolares.

Dans un autre domaine : « Il était devenu chanoine de Reims en 1404 (il était bachelier en théologie, et fut ordonné en 1411), chanoine de Paris en 1411, prévôt de Larchant en Seine-et-Marne en 1414, curé de Jouarre, chanoine de Nancy. »E. Poulle, op. cit. .

Ses multiples activités, tant religieuses que professionnelles, l’amenent à partager son temps entre Paris (visité par les Anglais dans ces années-là), la province et l’étrangerIl se rendit à Bologne, en 1410, où il offrit au Pape Jean XXIII un astrolabe et une sphère..

En , il devient aussi médecin de Richard de Courteny, évêque de Norwich et haut conseiller à la Cour du roi d’Angleterre, en séjour à Paris. Fusoris lui vend un équatoire au prix de 400 écus. Payé à moitié, FusorisIl réussit à intégrer une délégation de l'ambassade de France en outre-Manche en juin 1415 . poursuit l’évêque jusqu’en Angleterre où il est retourné. Après d’interminables démarches à la cour du roi Henri V (à qui il a vendu un astrolabe et une sphère !), il parvient à se faire payer chichement le solde et revient en France.

C’est là qu’il est arrêté, soupçonné d’intelligence avec l’ennemi Anglais, peu de temps avant la sinistre bataille d’Azincourt. Son procès a lieu en 1416 et il est condamné, au bénéfice du doute, à l'exil dans son pays, à Mézières-sur-Meuse. Il ne rentrera en grâce qu’en 1423. C’est à cette date qu’il conçoit la superbe horloge astronomique de la cathédrale de Bourges, lieu de résidence temporaire du roi Charles VII.

Quelques années plus tard, en 1432, les chanoines de Metz lui commanderont un traité de cosmographie et le roi Charles VII le chargera d’établir de nouvelles tables astronomiques.

Mais il ne pourra mener à bien ce dernier projet, la mort survenant, dans des circonstances qu'on ignore, en 1436.

Œuvre Instruments + Fabrications de FusorisD'après Emmanuel Poulle, , et L. Mirot, op. cit. en Bibliographie. Sur les instruments, voir aussi : Emmanuel Poulle, Les instruments astronomiques du Moyen Âge, Société internationale de l'astrolabe, Paris, 1983. N° Instrument(s) Nbre Destinataire(s) Date Obs. Prixécus ~ €2013La correspondance grossière [écus / €] n'a qu'une valeur informative. Un bel astrolabe, de Ø environ, fabriqué par un artisan, aujourd'hui, avec des moyens modernes, peut valoir . 1 Astrolabe 1 Roi d'Aragon Jean I 1395 (avant) 2 Astrolabe 1 Pape Jean XXIII 1410 don 3 Astrolabe 1 Roi d'Angleterre Henri V 1415 le prix comprend la sphère : 70 15 000 4 Astrolabe 4 Anonymes 1415 (avant)…….. prix moyen unitaire : 27 06 000 5 Sphère 1 Pape Jean XXIII 1410 don 6 Sphère 1 Roi d'Angleterre Henri V 1415 7 Horloge 2 Duc d'Orléans 1397 prix moyen unitaire : 120 27 000 8 Horloge 1 Chapitre de Bourges (horl. astro.) 1424 coût hors conception : 75 16 000 9 Horloge 1 Duc de Bourgogne 1427 ? 10 Equatoires 7 Evêque de Norwich 1414 400 90 000 11 Cadrans Anonymes 1390 (et plus tard)

Écrits + Bibliographie de FusorisEssentiellement : E. Poulle, op. cit, . Textes Destinataires et/ou commentaires Traité et usage de l'astrolabe Pierre de Navarre, ca. 1410 Pratique de l'astrolabe Évêque de Norwich, roi d'Angleterre Henri V Livret d'astrologie -- d° -- Composition des révolutions de la sphère solide Roi d'Angleterre Tables trigonométriques Roi Charles VII Traité de cosmographieVoir : BnF, manuscrit fr. 9558 dans Mélanges 1301-1500 Chanoines de Metz ; BnF, ms. fr. 9558, 1432. Géométrie pratique, algèbre BnF, ms lat. 7287 = fr. 1339 ; attribué à FusorisStéphane Lamassé, Une utilisation précoce de l'algèbre en France au siècle, dans Revue d'histoire des mathématiques II (2005), p. 239 - 255. Textes et dessins au sujet des "quadrans" BnF, ms lat. 15104 ; copie d'un document autographe Textes et dessins sur les instruments astronomiques BnF, ms lat. 7295. ; d'après Fusoris.

Apports scientifiques et techniques Formé à l'astronomie et à la géographie de Ptolémée et aussi aux sciences arabes transmises par des traducteurs tel Jean de Séville, Fusoris applique ses nouvelles connaissances à son art. Il apporte aussi toute son expérience et son savoir-faire dans l'amélioration de ses instruments et dans certaines innovations.

Astrolabes

Le traité sur l'astrolabe dédié à Pierre de Navarre sert de référenceEntre autres : manuscrit BnF lat. 7287 = fr. 1339.. Il est le fait d'un homme de métier qui est de plus un bon vulgarisateur. Soulignons aussi que ce texte est chronologiquement le deuxième traité écrit en Français qui nous soit parvenuE. Poulle, op.cit., et suivantes., après celui de Pélerin de Prusse de 1362.

Particularités introduites, précisées dans le traité : (voir figures pour nomenclature et désignation) Alidade : amélioration du système de visée des pinnules ; en plus des trous, il adjoint un petit picot dans l'axe de visée pour mieux pointer l'astre dont on veut déterminer la hauteur. Ostenseur (règle): c'est un nouvel accessoire, à cette époque, sur les astrolabes occidentaux ; Fusoris est peut-être le premier à l'employer. Limbe : Les heures égales y sont gravées ; c'est encore une nouveauté liée certainement aux horloges qu'il est nécessaire de mettre à l'heure. Tympan : Fusoris adjoint aux tympans traditionnelsTous les astrolabes de Fusoris ont un tympan pour la latitude de Paris (48° 30'). Un astrolabe, conservé au Musée des Arts & Métiers de Paris, a, lui un tympan pour la ville de Bourges (47°) : voir réf. E. Poulle, op.cit., ., un tympan des horizonsVoir figure et commentaires dans : Philippe Dutarte, Les instruments de l'astronomie ancienne, de l'Antiquité à la Renaissance, Vuibert, Paris, 2006, . qui « facilite la solution des problèmes géographiques. » Araignée : On trouve, dans le traité, une table originale d'étoiles à placer sur l'araignée. Cette table se retrouve dans un manuscrit conservé à Salamanque. Il fait référence à Fusoris et date de 1428. De plus, dans la partie « usage de l'astrolabe » Fusoris indique qu'il trouve 30 lieues françaises au degré pour un arc de méridien, soit lieues pour la circonférence (voir figure : Dimensions de la Terre…) ; ce qui lui donne pour une lieue de l'époque de une circonférence de 35 . Il en déduit un rayon terrestre de et quatre-vingt-deuxièmes [4/22] soit 1 718,18 lieues (en vrai 1 718,873).

Pour finir, Emmanuel Poulle fait l'inventaire des astrolabes attribués à l'atelier de Fusoris. En 1963, il en relève une quinzaine. Dans les années 2008, il précisait dans ses conférences qu'il en avait répertoriés plus d'une vingtaineUn défaut de localisation d'une étoile - défaut identique sur le traité et sur les araignées des exemplaires existants - permet de « signer » les astrolabes sortant de l'école de Fusoris ; il s'agit de Sheratan ou Cornu Arietis ou β Ari : la deuxième étoile à gauche sur l'astrolabe de Fusoris. Sa déclinaison sur l'astrolabe est de - 16°30'. Elle devrait être de + 16°30', soit sur le même rayon mais plus haut que le cercle du zodiaque (voir figure : Position erronée de l'étoile Cornu arietis).

Sphères Les sphères n° 5 et 6 (voir fabrications de Fusoris) ne sont pas documentées.

La spera materialis offerte au pape Jean XXIII en 1410 serait une sphère armillaire, mais nous n'en savons pas plus.

Un autre type de sphère a certainement été réalisé par Fusoris.

Dans le traité de cosmographie, destiné aux chanoines de Metz, daté de 1432 : « Il fait référence à une « ronde boule » qu'il a fabriquée […] à laquelle il renvoie pour ses démonstrations. Jean Fusoris utilise cet objet, dont la fonction était d'illustrer concrètement la division des sept klimata [climats], [et] pour démontrer les effets sur l'heure de la différence de longitude. »Patrick Gautier Dalché, Avant Behaim : les globes terrestres au siècle, Médiévales, Paris, 2010, . Voir l'article complet : ; voir aussi,du même, un article de référence : Un astronome, auteur d'un globe terrestre, Jean Fusoris à la découverte de la Géographie de Ptolémée , dans Humanisme et culture géographique à l'époque du concile de Constance. Autour de Guillaume Fillastre. Actes du colloque de Reims,18-19 novembre 1999, Turnhout, 2002 (Terrarum Orbis, 3), ..

Il est fort probable que sur la « ronde boule » aient été tracés les limites de l'œcumène, des cercles de latitudes et de longitudes, et que des noms de lieux y aient été inscritsPatrick Gautier Dalché, Jean Fusoris à la découverte de la Géographie de Ptolémée, op. cit...

Ce pourrait être là, une première apparition d'un globe terrestre - dans notre monde occidental - soixante ans avant le globe de Martin Behaim, daté de 1492.

Horloges

Seules sont documentées deux horloges astronomiquesManuscrit lat. 7295 (voir la section : Écrits).. La première est une horloge supposée faite par Fusoris pour le duc de Bourgogne ; la seconde concerne l'horloge monumentale de BourgesPour les deux horloges : E. Poulle, op. cit., .. Ici, Fusoris met en application tout son talent de mécanicien concepteur. L'horloge du duc de Bourgogne : De dimensions modestes, elle ne peut avoir un grand nombre d'engrenages et des roues dentées de grandes dimensions, ce qui joue sur l'exactitude des différents mouvements. Le mécanisme astronomique, qui est décrit, donne le mouvement « mensuel » de la lune et le mouvement annuel du soleil. Le mois lunaire est obtenu avec une erreur théorique de 1 min 33 s en plus et l'année solaire est exacte à 1 h 15 min 10 s en moins. Nous verrons, dans la partie consacrée à l'horloge de Bourges que Fusoris, sans contraintes dimensionnelles, peut atteindre l'excellence. Pour information, l'horloge possède un mécanisme de sonnerie, sans roue de compte c'est-à-dire qu'il n'y a qu'un coup sonné à chaque heure.