Le Rallye d'Argentine 1986 (6º Rally Argentina), disputé du 6 au , est la cent-cinquante-cinquième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la huitième manche du championnat du monde des rallyes 1986.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1986 intègre treize manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement onze sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Côte d'Ivoire et le Rallye Olympus en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 5% de la production).

La série de drames ayant eu lieu en cours d'année a conduit la Fédération internationale du sport automobile à bannir le Groupe B à compter du Revue Auto hebdo - 11 juin 1986 et a annulé le projet de Groupe S. C'est donc la dernière saison pour la majorité des voitures du Groupe B, prototypes déguisés dont la puissance avoisine les 500 chevaux. Les 205 Turbo 16 s'étant imposée dans quatre des sept manches déjà courues, Peugeot est bien parti pour remporter un second titre mondial, alors que Juha Kankkunen, recruté en début d'année par le constructeur français, est en tête du championnat des conducteurs grâce à ses victoires en Suède, en Grèce et en Nouvelle-Zélande.

L'épreuve

Organisé par la «Confederación Deportiva Automovilística Sudamericana», le premier rallye Codasur eut lieu en 1979. Disputée presque exclusivement sur des pistes de terre, la course connut un grand succès populaire et fut encensée par ses participants. Rebaptisée l'année suivante Rallye d'Argentine, elle fut alors intégrée au calendrier du championnat du monde. Bien que le départ soit donné de Buenos Aires, les épreuves chronométrées sont concentrées dans la province de Córdoba, le parcours empruntant en majorité les voies reliant auparavant les principales villes de la région, pratiquement inutilisées depuis leur remplacement par des routes asphaltéesRevue Sport Auto n°296 - septembre 1986.

Le parcours thumb|right|upright=1.25|alt=Buenos Aires|Buenos Aires, point de départ du Rallye d'Argentine. départ : de Buenos Aires arrivée : à Córdoba distance : 2101,63 km, dont 593,76 km sur 26 épreuves spéciales (27 épreuves spéciales initialement prévues pour un total de 624,35 km) surface : terre et rocaille Parcours divisé en trois étapesRevue L'Automobile n°483 - septembre 1986

Première étape Buenos Aires - San Agustín - Córdoba, du 6 au distance : 1142,54 km, dont 155,79 sur 8 épreuves spéciales

Deuxième étape Córdoba - Cosquín - Jesús María - Córdoba, le distance : 500,34 km, dont 249,67 sur 10 épreuves spéciales

Troisième étape Córdoba - Villa Dolores - Córdoba, le distance : 458,75 km, dont 188,30 sur 8 épreuves spéciales (9 épreuves spéciales initialement prévues pour un total de 218,89 km)

Les forces en présence thumb|right|upright=1.1|alt=Peugeot 205 Turbo 16|Trois Peugeot 205 Turbo 16 groupe B Évolution 2 seront au départ. Peugeot Accablé de malchance depuis le début de la saison, Timo Salonen a préféré les vacances estivales à l'hiver argentin, Jean Todt ayant fait appel à Stig Blomqvist pour remplacer le champion du monde au sein de Peugeot Talbot Sport. Bien que sous contrat Ford, le pilote suédois a reçu le feu vert de son employeur pour cette épreuve et sera au côté de Juha Kankkunen et de Bruno Saby, au volant des 205 Turbo 16 Évolution 2 groupe B. En configuration «terre», ces voitures à transmission intégrale pèsent près d'une tonne. Placé en position centrale arrière, leur moteur quatre cylindres de 1775 cm3, alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur Garrett, développe 450 chevaux à 7500 tr/min. Contrairement à ses coéquipiers qui ont conservé l 'habituelle répartition de puissance d'un tiers à l'avant et de deux tiers à l'arrière, Blomqvist a opté pour une répartition 45% à l'avant et 55% à l'arrière. Les 205 sont équipées de pneus MichelinRevue Auto hebdo - 13 août 1986.

Lancia La Scuderia Lancia a préparé trois Delta S4 groupe B à transmission intégrale, Markku Alén et Massimo Biasion étant épaulés pour la circonstance par le pilote local Jorge Recalde. Ces voitures à moteur central pèsent environ une tonne. Leur quatre cylindres de 1759 cm3 à injection électronique Magneti Marelli, disposé en position centrale arrière, bénéficie d'un double dispositif de suralimentation, un compresseur volumétrique à lobes Abarth pour les bas et moyens régimes et un turbocompresseur KKK efficace à haut régime. En jouant sur la pression du turbo, la puissance peut atteindre 500 chevaux. Les Lancia utilisent des pneus Pirelli.

Opel Le Kenyan Basil Criticos a engagé son Opel Manta 400 groupe B. Ce coupé à transmission classique est doté d'un moteur quatre cylindres de 2420 cm3 de 275 chevaux. Criticos utilise des pneus Michelin.

Audi L'Autrichien Rudolf Stohl s'aligne sur son Coupé Quattro groupe A, doté d'un moteur cinq cylindres atmosphérique de 2144 cm3 développant 190 chevaux et équipé de pneus Michelin.

Volkswagen Volkswagen Motorsport a engagé deux Golf GTI groupe A (moteur quatre cylindres de 1781 cm3, injection mécanique Bosch, 170 chevaux) pour à Kenneth Eriksson et Franz Wittmann. Ces berlines compactes sont les favorites dans leur catégorie. Elles sont équipées des pneus Pirelli.

Renault Renault Argentine aligne trois Renault 18 GTX groupe A pour Ernesto Soto, Mario Stillo et Gabriel Raies. Ces tractionspèsent environ 1100 kg et sont motorisées par un quatre cylindres de deux litres d'une puissance de l'ordre de 165 chevaux. De nombreux pilotes locaux disposent de modèles identiques. Plus de quarante Renault 12 groupe A sont également au départ, aux mains d'équipages privés.

Subaru Le Chilien José Antonio Celsi prend le départ sur une Leone RX groupe A (1000 kg, transmission intégrale, 180 chevaux).

Ford Plusieurs pilotes uruguayens (dont Gustavo Trelles et Luís Etchegoyen) prennent le départ sur des anciennes Ford Escort 1600 MkII groupe A.

Déroulement de la course Première étape Les cent-cinquante équipages s'élancent de Buenos Aires le mercredi, en début de nuit, prenant la direction de la province de Córdoba. Ils doivent accomplir près de sept-cents kilomètres avant de disputer la première épreuve chronométrée, dans la région de Berrotarán, en partie dans le brouillard. Massimo Biasion (Lancia), s'y montre le plus rapide et prend le commandement de la course, devançant de deux secondes son chef de file Markku Alén. Juha Kankkunen n'est pas loin derrière et va réaliser le meilleur temps dans le secteur suivant, le pilote Peugeot rejoignant Biasion en tête du rallye alors qu'Alén, en panne de turbo en fin de parcours, rétrograde à la cinquième place derrière la Lancia de Jorge Recalde et la 205 de Stig Blomqvist. Biasion attaque très fort dans la région de Villa Yacanto, distançant d'une seconde au kilomètres ses poursuivants et mène désormais avec une demi-minute d'avance sur Kankunnen, lui-même talonné par Alén dont le turbo a été réparé. La réparation ne va cependant pas tenir et le pilote finlandais perd à nouveau du temps aux environs de Santa Mónica, rétrogradant à la sixième place derrière la Peugeot de Bruno Saby. Biasion continue son forcing au cours de l'après-midi, creusant l'écart sur ses adversaires, et c'est avec quarante-huit secondes d'avance sur Kankkunen qu'il rallie Córdoba le jeudi soir. Troisième, Recalde est à près d'une minute et demie de son coéquipier, précédant de peu Alén, bien revenu et Blomqvist. Affecté par une perte de puissance, Saby a dû achever au ralenti la dernière épreuve de la journée au ralenti pour renoncer aussitôt, bloc fêlé. Respectivement sixième et septièmes sur leurs Volkswagen, Kenneth Eriksson et Franz Wittmann sont en tête du groupe A.

thumb|right|upright=1.25|alt=Córdoba|Córdoba, terme de la première étape. + classement à la fin de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Massimo Biasion Tiziano Siviero Lancia Delta S4 B 1 h 33 min 12 s 2 Juha Kankkunen Juha Piironen Peugeot 205 Turbo 16 E2 B 1 h 34 min 00 s + 48 s 3 Jorge Recalde Jorge del Bueno Lancia Delta S4 B 1 h 34 min 38 s + 1 min 26 s 4 Markku Alén Ilkka Kivimäki Lancia Delta S4 B 1 h 34 min 54 s + 1 min 42 s 5 Stig Blomqvist Bruno Berglund Peugeot 205 Turbo 16 E2 B 1 h 35 min 00 s + 1 min 48 s 6 Kenneth Eriksson Peter Diekmann Volkswagen Golf GTI A 1 h 44 min 55 s + 11 min 43 s 7 Franz Wittmann Matthias Feltz Volkswagen Golf GTI A 1 h 46 min 43 s + 13 min 31 s 8 Rudolf Stohl Reinhard Kaufmann Audi Coupé Quattro A 1 h 48 min 18 s + 15 min 06 s 9 Gabriel Raies Raul Campana Renault 18 GTX A 1 h 48 min 44 s + 15 min 32 s 10 Mario Stillo Fernando Stella Renault 18 GTX A 1 h 49 min 22 s + 16 min 10 s 11 José Antonio Celsi Elvio Olave Subaru RX Turbo A 1 h 52 min 56 s + 19 min 44 s 12 Gustavo Trelles Ricardo Ivetich Ford Escort 1600 A 1 h 56 min 43 s + 23 min 31 s 12= Basil Criticos Surinder Thatthi Opel Manta 400 B 1 h 56 min 43 s + 23 min 31 s 14 Francisco Mayorga Sigfrido Schroeder Renault 18 GTX A 1 h 58 min 13 s + 25 min 01 s 15 Oscar Maccari Alberto Paz Renault 12 TS A 1 h 59 min 15 s + 26 min 03 s

Deuxième étape Córdoba - Jesús María Les concurrents restant en course repartent de Córdoba le vendredi matin, en direction de Jesús María. Exploitant parfaitement sa connaissance du terrain, Recalde réalise le meilleur temps dans le secteur de Cosquín, tandis que Biasion et Kankkunen font pratiquement jeu égal. Biasion parvient ensuite à se constituer près d'une minute d'avance, mais un problème de direction assistée sur la Lancia va permettre à son rival de réduire son retard à vingt-trois secondes avant le regroupement de mi-étape. Alén, qui a retrouvé une machine compétitive, a réalisé d'excellentes performances et dépossédé Recalde de la troisième place, alors qu'un différentiel cassé a fait perdre plus de deux minutes à Blomqvist, désormais cinquième. Toujours sixième, Eriksson continuer à mener le groupe A devant son coéquipier Wittmann, ce dernier étant talonné par l'Audi de Rudolf Stohl.