Les éditions de l’Hexagone, ou L’Hexagone, sont une maison d’édition québécoise fondée en 1953. Elle est une référence dans le monde de la poésie et de l’édition québécoise, principalement connue pour avoir édité les travaux de Gaston Miron, dont son célèbre recueil L'Homme rapaillé.

Histoire

Fondation C’est par le biais des activités de l’Ordre du Bon Temps et de son bulletin La Gallette, où ils étaient responsables de la publication, que Gaston Miron, Olivier Marchand, Jean-Claude Rinfret, Gilles Carle, Mathilde Ganzini, et Louis Portugais se sont connusChristine Teiller, Jeunesse et poésie : de l'Ordre de Bon temps aux Éditions de l'Hexagone, Montréal, Fides, p.161 . Ils formeront la première équipe.

En , Gaston Miron invite Louis Portugais et Mathilde Ganzini – à qui il demande d’apporter tous les manuscrits d’Olivier Marchand – à se retrouver chez Gilles Carle, qui loge dans une chambre étudiante dans le Carré Saint-Louis, pour discuter de la publication de ses poèmes et de ceux de Marchand. C’est là qu'émerge l’idée de fonder une maison d’édition. L’élaboration du recueil de poèmes Deux sangs mène à la création de L’HexagoneChristine Teiller, op.cit., p.195-196.

Le nom « Les éditions de l’Hexagone » vient du nombre de fondateurs que composait cette nouvelle entité, selon une proposition d’Olivier Marchand, durant un remue-méninge pour trouver un nomChristine Teiller, op.cit., p.198, et également, comme le souligne Carles et Rinfret, faire un lien culturel avec la France. Même si le nom évoque cette dernière, les fondateurs voulaient avec cette maison d’édition « se débarrasser de la métropole culturelle qu’était Paris [et] ne plus être un auteur français, mais québécois ».

Le succès du recueil de poèmes Deux sangs au niveau des souscriptions, des ventes et de bonnes critiques dans les journaux et de la presse spécialisée sera déterminant, puisqu’il pousse l’équipe à continuerChristine Teiller, op.cit., p.219-233. Portugais avait d’ailleurs mis en place une campagne de presse dans le but d’avoir des rendus de critiques influents dans les journaux et de la publicitéMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au xxe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.254 .

Des débuts à la professionnalisation (1953-1968) Six mois après sa fondation, grâce à la souscription envoyée à des connaissances, le premier ouvrage Deux sangs est publiéChristine Teiller, op.cit., p.254. Dès sa formation, L’Hexagone se donne comme but d’exercer une action sur le plan édition et «se veut très tôt le porte-parole des aspirations du peuple québécois»Ignace Cau, L'édition au Québec de 1960 à 1977, Québec : Ministère des affaires culturelles, 1981, p.116-117 .

Après sa création, d’autres membres rejoignent l’équipe. Hélène Pilotte et Jean-Guy Pilon rejoignent en 1954MICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.255 . Pilotte remplace Ganzini, qui avait accouché de son premier enfant en Christine Teiller, op.cit., p.229. Alors que Pilon remplace Rinfret, parti travailler à Radio-Canada comme décorateurChristine Teiller, op.cit., p.248. Alain Horic rejoint en 1955, invité par Miron à collaborer, après qu’ils se sont connus lors d’évènements culturelsAlain Horic, Mon parcours d'éditeur avec Gaston Miron, Montréal, L'Hexagone, 2003, p.14 .

L’Hexagone devient une société légale le , composé de quatre membres: Miron, Pilon, Portugais et CarleMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.260 . Cependant, Pilon prend seul les rênes comme directeur intérimaire l’année suivante, du fait que Miron tombe malade. Ce dernier est en convalescence pendant deux ansMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.266-67, 270 , et par la suite, va en France pendant 18 mois pour y étudier les techniques et les méthodes d’édition à l’École Estienne à Paris et se reposerMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.274-275 . À son retour, en 1961, il crée une deuxième équipe, composée de lui (directeur), Louis Portugais (administrateur), Alain Horic, Michel van Schendel et Paul-Marie LapointeLapierre, René. (1978). Chronologie de l’Hexagone. Liberté, 20 (6), p.28. Contrairement à la première équipe, celle-ci est composée exclusivement de poètes. Cette équipe va restructurer L’Hexagone «afin de produire davantage et de travailler d’une façon plus méthodique»Alain Horic, op.cit., p.104. Ceci amène à la création de la collection Panorama, dirigée par Pilon, faisant doubler le nombre de publication. En six ans, de 1953 à 1959, la maison d’édition publie 24 livres, dont 15 poésiesChristine Teiller, op.cit., p.255.

La maison d’édition participe immédiatement après sa fondation à plusieurs activités culturelles et de diffusions à l’étranger, se faisant ainsi connaître rapidement et permettant d’établir sa réputation de «carrefour vivant de la poésie»MICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.262-263 . L’Hexagone participe à plusieurs récitals de poésie, d’évènements culturels à Granby, à Val-David et notamment la Foire de l’Art et du livre de Saint-Adèle, où elle vend ces publications ainsi que ceux d’autres poètes du QuébecLapierre, René. (1978). Chronologie de l’Hexagone. Liberté, 20 (6), p.25. Elle se fait également connaître avec ses manifestations publiques qu’elle produisait (lectures publiques, lancements, réunions). Grâce à ses publications et ses activités d’animation, L’Hexagone reçoit des commandes de l’extérieur du Québec, notamment d’universités ou de bibliothèquesMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.264-265 .

Elle envoie un mémoire à la Commission Fowler en 1956, où elle se «revendiquait le droit de se faire entendre publiquement au nom de toute une génération de jeunes auteurs», demandant à cette dernière de tenir compte des écrivains et de la jeune génération de l’époqueMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.237 . Elle est la seule maison d’édition à envoyer un mémoire.

La formule de financement choisie au début, et qui perdurera jusqu’en 1968, sera la souscription aux œuvres annoncées. Elle est vue comme le meilleur moyen pour rejoindre et intéresser les lecteurs à la poésieIgnace Cau, L'édition au Québec de 1960 à 1977, Québec : Ministère des affaires culturelles, 1981, p.116 . L'Hexagone abandonne officiellement cette formule plus tard, en raison des délais entre le paiement et la livraison aux souscripteurs. Dans le dernier communiqué leur étant destiné, il est précisé que la méthode était effectivement devenue impraticable et cette décision devait être prise « en raison des délais et des imprévus qui surviennent à tout moment dans l'activité éditoriale d'une petite maison»Lapierre, René. (1978). Chronologie de l’Hexagone. Liberté, 20 (6), p.30. Ceux-ci reçoivent en même temps que ce communiqué les titres annoncés par le prospectus de 1967. Dorénavant, les ouvrages de l'Hexagone seront diffusés exclusivement en librairie.

Outre que les souscriptions, L’Hexagone passe par le Secrétariat de la Province de Québec qui achète des publications, notamment par le biais de Jean Bruchési, sous-secrétaire, obtenant une aide financière par la forme d’achat de livreMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.257 . Ils étaient offerts comme cadeau par le Secrétariat à des personnalités importantes ou pour des dons à l’extérieurAlain Horic, op.cit., p.111-112.

Pendant dix ans, le bureau de l’Hexagone est à plusieurs endroits. De 1953 à 1956, il est situé le logement des parents de Louis Portugais, au 3074 rue Lacombe, dans le quartier Côte-des-Neiges, jusqu’à ces derniers le vendentMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.264-268 . L’endroit était déjà utilisé pour les rencontres de l’équipe de La Galette, possédait une entrée indépendante, et était situé dans un secteur tranquilleChristine Teiller, op.cit., p.207. Il sera ensuite hébergé chez Portugais de 1957 à 1960. Et de 1960 à 1963, chez Marie-Paul Lapointe, au 655 rue Bloomfield à MontréalMICHON, Jacques, dir., Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, II : Le temps des éditeurs, 1940-1959, Montréal, Éditions Fides, 2004, p.275 .

Sous la direction de Miron et d’Horic (1968-1981) À partir de 1968, Miron et Horic réorganisent la maison d’édition, qui connaît des difficultés financières, faisant passer de maison d’édition artisanale à maison d’édition professionnelle. La formule de souscription est abandonnée au profit de la vente en librairie et ils augmentent la production, notamment grâce aux subventions du Service des lettres et de l’édition du Conseil des arts du CanadaMichon, Jacques (dir.), Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, III : La bataille du livre, 1960-2000, Montréal, Éditions Fides, 2010. p.173 .

La société légale créée en 1956 est dissoute en 1970, pour être remplacée par une nouvelle, sous l’approbation de Carle, Portugais et Pilon. Cette nouvelle société d’édition est maintenant contrôlée par Miron et Horic, ayant respectivement 51 % et 48 % de la société, Portugais recevant 1 % de façon symboliqueAlain Horic, op.cit., p.20-21. Ce dernier continue de travailler à L’Hexagone comme relationniste et délégué auprès des institutions et des médiasAlain Horic, op.cit., p.121. Ils entreprennent une réorganisation et une redéfinition du rôle des politiques éditoriales, du travail et de la production de L’HexagoneAlain Horic, op.cit., p.23. La Nuit de la poésie profite à L’Hexagone, voyant plusieurs de ses poètes publiés qui lisent leurs poèmes, permettant de se faire connaître plus au publicMichon, Jacques (dir.), Histoire de l’édition littéraire au Québec au XXe siècle, III : La bataille du livre, 1960-2000, Montréal, Éditions Fides, 2010. p.173-174 .

L’Hexagone acquiert plusieurs fonds de maisons d’édition ayant dû mettre la clef sous la porte dans un but de les préserver pour la postérité. Ce souci de préserver va amener à l’idée d’une collection de livres de poche, qui se concrétisera plus tardAlain Horic, op.cit., p.123.