Marcel Fiorini, né le à Guelma (Algérie) et mort le à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne)., est un peintre non figuratif et un graveur français de la nouvelle École de Paris particulièrement reconnu pour les nouveaux procédés de gravure en taille-douce sur bois, linoleum ou plâtre qu'il a mis au point et utilisés à partir des années 1950.
Biographie Marcel Francis Arthur Louis Fiorini commence en 1938 à peindre et à faire des essais de gravure en utilisant les acides et les produits de la pharmacie de son père pour fabriquer des vernis selon les recettes d'un ancien code pharmaceutiqueNotes biographiques, dans Fiorini, Gravures pour les heures, préface de Roger Van Gindertael, galerie Jeanne Bucher, 1965.. Après des études jusqu'en 1939 au lycée de Bône (Annaba) où il se lie avec Marcel Bouqueton, il fréquente de 1940 à 1942 l'École des beaux-arts d'Alger où il rencontre Louis Nallard et Maria MantonMichel-Georges Bernard, Maria Manton, collection Polychrome, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel (Suisse), 2009, 7-8.. Après s'être marié avec Françoise Antoni le , jour du vingtième anniversaire de sa femme, native de Gounod (Aïn Larbi), et effectué son service militaire de 1942 à 1945, il vient avec eux en France en mars 1947, sa fille Simone naissant à Bône (Annaba) le . Ses peintures jusqu'alors figuratives ( Femme au tricot, vers 1945; La femme du docteur, 1949) évoluent vers une simplification des formes, plus allusives, qui les mènent dans les années suivantes vers l'abstraction.
Installé d'abord à Thiverval dans des conditions précairesLouis Nallard, Maria Manton, La peinture et la vie, Dialogue avec Djilali Kadid, "Algérie Littérature/Action", numéro spécial, Paris, 2004 ., en 1948 à Saint-Germain-en-LayeMichel-Georges Bernard, Maria Manton, collection Polychrome, Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel (Suisse), 2009, p. 28. puis à Paris, Fiorini partage l'amitié de Roger Chastel, qui est occupé à la réalisation des gravures du Bestiaire de Paul Éluard, et de Roger Bissière pour qui il réalise à partir de 1952 des gravures d'interprétation, ainsi que pour Jean Bertholle, Mark Tobey, Maria Elena Vieira da Silva, Jacques Villon. Il reçoit également les conseils de Jean Fautrier. Il participe en 1949 aux activités du groupe Graphies, aux côtés notamment de Christine Boumeester, Roger Chastel, Pierre Courtin, Jean Fautrier, Albert Flocon, Henri Goetz, Raoul Ubac, Roger Vieillard et Gérard Vulliamy. En 1952 le Prix Fénéon lui est attribué. En 1953 il illustre La Rose de Vérone, poème de Jean Lescure dont le texte est repris dans Treize poèmesJean Lescure, Treize poèmes suivis de La Marseillaise bretonne, Gallimard, Paris, 1960..
D'après les gouaches de Bissière Fiorini achève en 1954, après deux ans de travail, de graver les bois en taille-douce du Cantique à notre frère Soleil de François d'Assise. Pour Jacques Villon il grave les illustrations de Laus Veneris de Swinburne en 1956, de Dents de lait, dents de loup de Henri Pichette en 1959, d’Ajournement d'André du Bouchet en 1960. L'Œuvre gravée dirigée par Nesto Jacometti édite à partir de 1954 une quinzaine de ses gravures.
Fiorini participe au Salon des Réalités Nouvelles à partir de 1948, au Salon de Mai à partir de 1949 et à celui de la Jeune Gravure contemporaine à partir de 1956. Il est représenté en à l'exposition des Peintres de la revue Soleil qu'organise le poète Jean Sénac à l'occasion de la parution du deuxième numéro de sa revueVisages d'Algérie, Écrits sur l'art, textes rassemblés par Hamid Nacer-Khodja, préface de Guy Dugas, Paris, Paris-Méditerranée / Alger, EDIF 2000, 2002, ; Tombeau pour Jean Sénac, éditions Aden, Alger, 2013, . et participe en 1955 avec Chastel, Maria Manton et Nallard à une exposition organisée par la galerie Le Portulan à Saint-Germain-en-Laye. Fiorini reçoit pour sa peinture en 1952 le prix Félix Fénéon, en 1954 le prix du Dôme, en 1955 le prix de la Biennale de Menton et pour ses gravures un Prix à la Biennale de São Paulo.
À la galerie Jeanne Bucher il participe à des expositions de groupe en 1952 (avec Nallard et Moser), en 1953 (avec ChelimskyPeintures de Chelimsky, bois en taille douce de Fiorini, galerie Jeanne Bucher, 22 mai-13 juin 1953. et pour un accrochage collectif, en 1954 avec Nallard, Moser, Chelimsky et Vielfaure. Il y présente des expositions individuelles en de ses peintures, en du livre gravé Un Herbier des dunes et en - de ses Gravures pour les heures. Fiorini et Louttre.B y exposent en les Gravures pour le mur, les plus larges de près de trois mètres, qu'ils ont réalisées (six pour Fiorini et cinq pour Louttre.B) à partir de 1969. D'autres expositions particulières sont organisées à Paris (Galerie La Nouvelle Gravure, ) et à l'étranger, notamment en Suisse (Peintures et gravures, Galerie Mékisa, Lausanne, septembre-), en Allemagne (Galerie Smücking, Braunschweig, et ), aux États-Unis (exposition rétrospective de 72 œuvres gravées, Université de Kentucky, novembre-).
Fiorini présente à Paris en octobre- une exposition de gravures avec son ami Benanteur à la librairie-galerie Le FanalFiorini-Benanteur, textes de Roger Bissière et Monique Boucher, trois impressions de chacun des deux graveurs, Le Fanal, Paris, 1965, n.p... Il participe également à des expositions collectives en France (notamment Manifestation d'art contemporain à Sarlat en 1962; Paroles peintes à la Galerie Arditti en -; Les quinze prix du Dôme à la galerie 9 en septembre et ; Techniques traditionnelles et contemporaines de la gravure en creux à Paris au Musée d'art moderne de la ville de Paris en 1967Exposition organisée par l'ARC réunissant Adam, Benanteur, Boni, Bozzolini, Courtin, Fautrier, Fiorini, Flocon, Friedlaender, Goetz, Guitet, Hayter, Lardera, Piza, Signovert, Ubac, Veysset, Vieillard, Villon.; Gravures à la galerie Françoise Ledoux en ; Aquarelles et gravures à la galerie Georges Bongers en ; Hommage à Georges-Emmanuel Clancier à Céret en juillet-; Mère Algérie, Couleurs du Sud au Musée de Gajac en 2003) et à l'étranger, en Allemagne (Moderne französische Graphik: Lithographien, Holzschnitte, Radierungen, préface de Jean Cassou, galerie Ferdinand Möller, Köln, 1955; Suermondt-Museum, Aachen, 1955; Französische Graphik, Nassauischer Kunstverein, Wiesbaden, 1961), et en Autriche (Galerie Eugen Lendl, Graz, 1987). Il est représenté aux biennales de Venise (1966)Les graveurs : Fiorini et Piza, dans Les Lettres françaises, 23 juin 1966, Lugano, Vancouver (Vancouver print international, ), São Paulo, Tokyo, Grenchen, Ljubljana (juin-, juin-, ) et CracovieCatalogue de L'Œuvre gravée, 1970, ..
Fiorini crée à partir de 1967 des objets de décor en porcelaine (décors de luminaires et vasesLe Fonds national d'art contemporain en recense dix, déposés entre 1970 et 1978 au Ministère de l'Intérieur (2) et dans les ambassades de France à Sofia, Reykjavik (2), Pékin, Manille, Tripoli, Le Caire, Washington. Il signale également une peinture, Les Pèlerins d'Emmaüs déposée à la mairie de Travaillan (Vaucluse). pour la Manufacture nationale de Sèvres ainsi qu'une série de douze plaques de cheminée illustrant les signes du Zodiaque pour les Fonderies de Cousances-les-Forges et enseigne la gravure à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, rue d'Ulm.
Fiorini meurt d'un cancer en 2008. Ses gravures ont été présentées par la suite dans les expositions École de Paris und Umkreis (Galerie Anja Rumig, Stuttgart, 2010) et Prêmios-aquisição da Bienal de São Paulo, 1951-1963 (Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo, -).
L'œuvre gravé
L'importance de Marcel Fiorini dans les développements de la gravure dans la seconde moitié du tient aux procédés nouveaux qu'il invente, bois, linoléum ou plâtre en taille douce, et à la richesse d'expression qu'ils permettent.
Les deux formes de la gravure traditionnelle La plus ancienne façon de graver, utilisée aux premiers temps des « incunables » mais pratiquée depuis l'antiquité pour la décoration des tissus, la réalisation des sceaux ou des jeux de cartes, est la « gravure en relief » ou « taille d'épargne », pratiquée en général sur bois (« xylographie »), qui ouvrit la voie à la gravure des caractères typographiques. Après encrage les « réserves », c'est-à-dire les creux entaillés sur la plaque, laissent apparaître au tirage la blancheur du papier tandis que les aplats, demeurés en relief, des surfaces épargnées et encrées y reportent le noir. Le procédé est simple mais les possibilités de varier les valeurs demeurent quasi inexistantesFiorini, Gravures pour les heures, préface de Roger Van Gindertael, galerie Jeanne Bucher, 1965.
La « taille-douce » est la manière d'imprimer qui est propre au procédé contraire de la « gravure en creux », héritée des orfèvres italiens du Quattrocento. Dans cette technique les « tailles », c'est-à-dire les creux entaillés sur la plaque métallique au burin, à la pointe-sèche ou par les procédés de l'eau-forte et de l'aquatinte (par morsure aux acides), retiennent, après l'encrage au tampon et l'essuyage à la mousseline, l'encre que le papier mouillé vient boire, « laminé » sous la très forte pression d'une presse à rouleaux. Dans la tradition comme dans le renouveau de la gravure apparu à partir des années 1930 c'est le métal utilisé en taille-douce qui domine, permettant toutes les subtilités dans l'animation du trait et la variété des valeurs, le travail en relief du bois se trouvant marginalisé.
Xylographie et linogravure en taille-douce Fiorini utilise dans ses premières gravures (Le Repos ; Le Double, 1948) l'aquatinte, assez rapidement en couleur, et s'initie au travail d'imprimeur, le tirage étant pour lui un moment aussi important que l'acte de graver. À travers un graphisme épuré les surfaces purement abstraites qu'il assemble jusqu'en 1949 dans ses Compositions et ses Signes totémiques commencent bientôt d'évoquer, à la limite de l'allusion, les silhouettes de nus féminins (Construction féminine I et II, 1948 ; Femme I, II, III et IV, Le Couple, Adam et Ève, 1949 ; Maternité, 1950). Les rejoignent celles des objets familiers (Théière, Le Déjeuner, Le Pot noir) puis des tirages en couleurs des Musiciens (1951).
À travers une semblable abstraction et autour des mêmes thèmes Fiorini réalise à partir de 1952 (Le Déjeuner noir et Oiseaux, 1952) la synthèse nouvelle, la xylographie en taille-douce, de l'utilisation du bois (en minces planches de contreplaqué de poirier, chêne, noyer ou okoumé) et de la technique d'impression de la taille douce.
« J'aime le bois, la matière du bois. Mais j'ai tenté cette expérience aussi parce que, me posant principalement, même dans la gravure, le problème de la traduction de la lumière par un système de valeurs, problème essentiel du peintre, je pensais poursuivre plus aisément cette recherche de valeurs dans le bois que dans le dur métal. (...) le trait gravé dans le bois rend un velouté que la dureté du métal ne donne pas naturellement », confie Fiorini en 1953Roger Van Gindertael, Une nouvelle technique de la gravure sur bois, proposée par Fiorini, dans Actualité Artistique Internationale, Paris, 6 juin 1953..