vignette|L'entreprise d'Amboise, découverte les 13, 14 et 15 mars 1560. Gravure de Tortorel et Perrissin, série des Quarante Tableaux, vers 1570. Sur la droite le Château de Noizay.
La conjuration d'Amboise, ou tumulte d'Amboise, qui a lieu en , est une tentative d'enlèvement du roi , organisée par un groupe de gentilshommes protestants, dans le but de soustraire le roi à l'influence des Guise, famille hostile au protestantisme.
Cet événement annonce les guerres de Religion qui commencent peu après (1562-1598).
Contexte vignette|François II vignette|upright=0.7|gauche|Le duc François de Guise.
À la suite de la mort du roi le , les protestants espèrent obtenir la fin de la répression qu'il a menée durant son règne, mais le nouveau roi, François II (1544-1560), confie la première place dans le gouvernement aux Guise, au détriment des Bourbons, pourtant princes du sang, ainsi que des Montmorency.
Le duc François de Guise et son frère le cardinal Charles de Lorraine, oncles maternels de la reine de France Marie Stuart, fille de Marie de Guise, ont par son intermédiaire une forte influence sur le roi. Se considérant comme les garants en France de la religion catholique, ils sont partisans d'une politique de fermeté envers la religion réformée, notamment en s'appuyant sur l'édit d'Écouen du . Le supplice d'Anne du Bourg, conseiller au Parlement de Paris, en marque leur détermination.
Pour se débarrasser des Guise, les protestants comptent sur les deux princes du sang, Antoine de Bourbon et son frère le prince Louis de Condé. Acquis aux idées de la Réforme (Louis plus qu'Antoine, mais celui-ci est l'époux de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, calviniste convaincue), ces deux princes ont la légitimité pour gouverner le royaume, mais, à ce moment, ils n'envisagent pas de se mettre en conflit ouvert avec la cour.
Devant leur passivité, un groupe de gentilshommes de province décident alors de prendre les choses en main : ils organisent un complot pour s'emparer du roi et de sa famille par la force.
Le complot Préparation Le chef de la conjuration est Jean du Barry, seigneur de La Renaudie, gentilhomme périgourdin, très hostile aux Guise depuis l'exécution de son beau-frère Gaspard de Heu en 1558.
Il associe à son projet des nobles originaires de toute la France, comme le baron Charles de Castelnau-Tursan, François Bouchard d'Aubeterre, Edme de Ferrière-MalignyFrère cadet de ., les capitaines Mazères, Sainte-Marie-d'Aigneaux., Lignières et Cocqueville, Jean d'Aubigné, père d'Agrippa, Jean Hotman, Ardoin des Porcelets de Maillane, François de Barbançon, Charles de La Garaye, René de la Rouveraye.
Paulon de Mauvans, dont le frère a été exécuté, rallie les huguenots de Provence à Mérindol, le , promet et en envoie 100 à Nantes où les conjurés doivent se réunirPierre Miquel, 1980, p. 211-212..
Sont également associés plusieurs bourgeois des villes d'Orléans, Tours et Lyon.
Le , les conjurés se réunissent à Nantes pour mettre au point un plan.
L'attitude réservée des chefs protestants Les principales personnalités du protestantisme français sont au minimum réservées.
Jean Calvin et la plupart des pasteurs protestants, refusant la voie de la violence, condamnent le projet des conjurés.
L'amiral Gaspard de Coligny empêche la noblesse protestante de Normandie de s'y associer.
Le prince de Condé, désigné par la formule « le capitaine muet » dans les lettres des conjurésPierre Miquel, 1980, p. 211. Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont, 1998, p. 61., refuse de participer directement à la conjuration, bien que, séjournant à Orléans, il envisage d', le cas échéant.
La réaction des Guise vignette|L'exécution des conjurés. Gravure de Frans Hogenberg, d'après Tortorel et Perrissin. gauche|vignette|redresse=1.3|Le château tel qu'il était à l'époque.
Au cours du mois de février, les Guise reçoivent des avertissements concernant l'existence d'un complot. Ils pensent tout d'abord qu'il s'agit d'une opération fomentée à l'étrangerHistoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont, 1998, p. 66..
Le , ils reçoivent des informations plus complètes de Pierre des Avenelles, un avocat parisien.
Le , ils décident de transférer le roi et la cour du château de Blois à celui d'Amboise, mieux protégé. Les défenses du château sont renforcées.
Les conjurés, dont l'action avaient été prévue pour le , la remettent au . Grâce à des complicités sur place, certains conjurés arrivés en avance préparent l'arrivée du gros des troupes protestantes.
Les Guise font fouiller les alentours d'Amboise, et des arrestations de groupes d'hommes désorientés se multiplient à partir du . Mal encadrés, les protestants se laissent prendre pacifiquement, car ils sont venus exprimer au roi leurs doléances. François II est d'abord enclin à la clémence, et les fait relâcher en leur ordonnant de retourner chez eux.
Puis, le , a lieu une rencontre fortuite dans un faubourg de Tours entre le comte de Sancerre, chargé par le roi de la sécurité de la ville, et le baron de Castelnau, responsable des forces rebelles du secteur ouest. L’accrochage met la cour en alarme dans la nuit du 14 au .
L'échec et la répression Le , l'attaque surprise des huguenots commandés par Bertrand de Chandieu, frère du pasteur Antoine de Chandieu, . Les rebelles, rapidement neutralisés, sont punis avec une extrême sévérité. Ils sont pour la plupart pendus aux balustrades du château, les autres sont noyés dans la Loire ou massacrés par la foule.
Le , Jean du Barry est tué dans la forêt de Château-Renault. Son corps, ramené à Amboise, est d'abord attaché à une potence sur le pont avec une pancarte indiquant « chef des rebelles » ; il est ensuite coupé en cinq morceaux qui sont exposés aux portes de la villeDescription de la gravure de Tortorel et Perrissin représentant l'exécution des conjurés : ..
Au total, la répression fait entre . et mortsPierre Miquel, 1980, p. 213. (« livre 24 », p. 433 et suivantes)..
Suites
Le , le roi confie au duc de Guise la charge de lieutenant général du royaume.
Le prince Louis de Condé quitte Orléans pour le sud du royaume. Mais, venu assister aux états généraux de 1560, il est arrêté, en même temps que le vidame de Chartres, François de VendômeLes Bourbons au sont répartis en deux branches : Bourbon-Vendôme et Bourbon-Montpensier. La première est celle d'Antoine de Bourbon et d'Henri de Navarre (puis ) ; les Condé sont une branche cadette des Bourbons-Vendôme, Louis, premier prince de Condé, étant le frère cadet d'Antoine..
La mort de le met fin à l'emprise des Guise sur le gouvernement : étant mineur, une régence est instaurée, confiée à la reine-mère, Catherine de Médicis, au détriment d'Antoine de Bourbon, premier prince du sang, frère aîné de Louis de Condé. En contrepartie de cette éviction, la procédure contre Condé est annulée et il est libéré le .
Les états généraux, qui se tiennent du au , optent pour une politique de réconciliation entre catholiques et protestants, symbolisée par la personnalité du chancelier Michel de L'Hospital.
La conjuration d'Amboise dans les arts littérature Honoré de Balzac donne sa version de cet épisode historique dans son étude Sur Catherine de Médicis (1842) (éditions Furne, volume 15 des études philosophiques, pp. 537, 539, 542-546, 548-550). Alexandre Dumas l'évoque dans La Reine Margot (1845), ainsi que dans Les Deux Diane (1846). Téléfilm 1978 : Le téléfilm Le Tumulte d'Amboise, épisode 2/6 de la série Les Grandes Conjurations.
Notes et références
Voir aussi Sources d'époque Théodore Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle, tome 1, (édité par André Thierry), Genève, Droz, 1981-2000, Chapitre XVII, « Entreprise d'Amboise et ce qui s'ensuit », p. 268-278.
Bibliographie
Ouvrages généraux (guerres de religion)
, , . , , , . . .
Philip Benedict, Season of Conspiracy : Calvin, the French Reformed Churches, and Protestant Plotting in the Reign of (1559-60), Transactions of the American Philosophical Society, , 2019, .
Travaux spécifiques sur la conjuration
. . . . . . .
Articles connexes Anne du Bourg
Liens externes Iconographie : La Conjuration d'Amboise, 13-19 mars 1560 par Frans Hogenberg - gravure - Pau, musée national du château de Pau L'Exécution d'Amboise (15 mars 1560) par Frans Hogenberg - gravure - Pau, musée national du château de Pau Vue du château d'Amboise en 1579 par Androuet Jacques Ducerceau - estampe (eau-forte) - château de Fontainebleau Lettre de la maréchale de Saint André au prince de condé à lire aussi lignes impaires
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