Marguerite « Peggy » Guggenheim est une mécène américaine, collectionneuse d'art moderne et galeriste, née le à New York dans le quartier Ouest de la Peggy Guggenheim, , préface de Gore Vidal, postface de Ugo Mursia, traduit de l'américain par Jean-Claude Eger, Plon, Paris, 1987, titre original Out of this Century, confessions of an Art Addict, 1946, 1960, 1979. 22 de la version française . et morte le à Camposampiero dans la province de Padoue, près de Venise où elle a passé les dernières années de sa vie.

Autodidacte en art moderne, elle a appris, avec des amis comme Marcel Duchamp ou Jean Cocteau, à apprécier l'art abstrait dont elle a ensuite fait la promotion, avec beaucoup de discernement, allant à l'encontre même de son oncle, Solomon Guggenheim, qui a mis du temps avant de reconnaître la valeur des acquisitions de Peggy Guggenheim.

Elle a ouvert une galerie à Londres sous le nom de « Guggenheim Jeune », encourageant les artistes alors peu connus. Pendant la Seconde Guerre mondiale, usant du prestige de son nom et de sa nationalité américaine, elle a sauvé un grand nombre d'artistes pour lesquels elle a obtenu de faux papiers et elle a financé leur passage aux États-Unis, apportant son aide à Varian Fry.

Son nom reste lié au musée qu'elle a fondé à Venise sur le Grand Canal, la Collection Peggy Guggenheim dans le palais Venier dei Leoni, sa dernière résidence. Sa vie tourmentée de femme légère, « mangeuse d'hommes Gore Vidal, en préface à . » a occulté le travail de recherche et le « flair » dont elle a su faire preuve à l'instar de son oncle Solomon R. Guggenheim.

De retour à New York, en 1959, pour l'inauguration du musée de son oncle, elle est effarée par la tournure commerciale que le mouvement artistique américain a prise. Dans son autobiographie, elle porte un jugement sévère sur le nouveau « monde de l'art ».

Biographie Marguerite Guggenheim, née dans une famille new-yorkaise fortunée, est la fille de Benjamin Guggenheim milliardaire dans le cuivre et de Floretta Seligman, fille d'un riche banquier new-yorkais. L'oncle de Marguerite, Solomon R. Guggenheim, est le créateur de la Fondation Solomon R. Guggenheim.

De la , la famille passe rapidement à un hôtel particulier à l'est de la , là où habitent également les Rockefeller. Son père, qu'elle adore et qui donne à ses trois filles une solide éducation, la désespère du fait de ses nombreuses maîtresses. Entre autres la Comtesse Taverny que Peggy Guggenheim découvre chez Rumpelmeyer café fondé en 1903 par Antoine Rumpelmayer ou Meyer lire le document et dont la beauté l'éblouit. La comtesse est déjà remplacée par une chanteuse de cabaret lorsque Benjamin Guggenheim meurt dans le naufrage du Titanic.

La fortune de Benjamin a fondu comme neige au soleil lorsqu'en 1911, il s'est séparé de ses frères pour vivre à Paris où il a des intérêts dans l'entreprise qui construit l'ascenseur de la Tour Eiffel. Il a laissé un grand désordre dans ses affaires et il ne reste pas grand-chose pour sa famille, que les oncles Guggenheim prennent en charge sans l'informer de la situation. Peggy Guggenheim n'est pas une riche héritière contrairement à la légende. Il faudra attendre que les oncles redressent les comptes et que le grand-père laisse un héritage important pour que Peggy Guggenheim, à 21 ans, entre en possession de sa fortune à l'été 1919.

La jeune fille entreprend alors un grand voyage à travers les États-Unis, des chutes du Niagara à la frontière mexicaine. Durant l'hiver 1920, Peggy Guggenheim s'ennuie et subit une intervention de chirurgie esthétique pour modifier son nez. L'opération est un échec et elle se retrouve avec un profil pire que le précédent. Ressentant le besoin de travailler, elle trouve un emploi dans la librairie libérale « Sunwise Turn » appartenant à son cousin Harold Loeb près de Grand Central Station. Elle y rencontre de nombreuses célébrités, parmi lesquelles Marsden Hartley, son futur mari Laurence Vail, Helen et Leon Fleischmann et fait la connaissance d'intellectuels férus d'Europe et d'art moderne.

Leon Fleischmann la présente à Alfred Stieglitz et, à cette occasion, ils lui montrent un tableau de Giorgia O'Keeffe, que Guggenheim ne sait pas dans quel sens tenir entre ses mains, car c'est la première fois qu'elle voit une peinture abstraite.

Peggy Guggenheim en Europe

En 1921, à l'âge de 23 ans, elle s'installe à Paris et convainc les Fleischmann de la suivre. Par leur intermédiaire, elle retrouve Laurence Vail, qui a alors une liaison avec Helen Fleischmann.

Étant encore vierge et curieuse d'expérimenter les positions sexuelles représentées dans une collection de photos de fresques de Pompéi qu'elle a prise, elle songe solliciter Laurence à cette fin.

Laurence Vail est un écrivain talentueux encore inconnu à l'époque. Il fréquente le Café de La Rotonde à Montparnasse et est considéré comme le roi des bohémiens.

Il devient son époux et le père de ses deux enfants : un fils nommé Michael Cedric Sindbad Vail, né en Angleterre et une fille Pegeen, née en Suisse. Peggy Guggenheim est obsédée par l'obligation du service militaire en France, c'est la raison pour laquelle, à chaque naissance, elle accouche dans un autre pays. Pourtant comme elle l'indique elle-même dans sa biographie, elle partageait son temps entre la France et l'Italie. Dès 1920 elle achète un appartement à Paris avenue Reille, ainsi que l'hôtel Croix-fleurie à Pramousquier, dans la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer, qu'elle réaménage en villa et rebaptise Kia Ora.

Le couple est dans une relation ouverte, s'autorisant d'autres relations sexuelles ou amoureuses. Peggy Guggenheim entame une relation avec Leon Fleischmann.

Guggenheim Jeune

À Paris, elle se lie d'amitié avec Constantin Brâncuşi et surtout, avec Marcel Duchamp qui se montre de bon conseil pour la constitution de sa collection et pour ses futures expositions de sa galerie Guggenheim Jeune qu'elle ouvre à Londres en 1938.

En 1928, à Saint-Tropez, elle rencontre John Holms (ou John Ferrar Holms ), écrivain alcoolique, avec lequel elle vit à Londres. Holms a une réputation de génie alors qu'il n'a publié que The Calender of modern letters en 1925 et un seul poème. Il a orienté Peggy Guggenheim vers la littérature. Elle lit Marcel Proust, Céline, Shakespeare. Leurs rapports sont difficiles, John se détruit à l'alcool et meurt, en 1934, à la suite d'une intervention chirurgicale. Peggy Guggenheim, réputée folle amoureuse de lui, écrit, après avoir débarrassé l'appartement qu'ils occupaient à Paris, qu'elle

Deux années plus tard, en 1936, elle rencontre un autre écrivain, Douglas Garman, qu'elle encourage à abandonner toute activité de journaliste pour se consacrer à son œuvre. Garman est communiste, militant, il participe aux défilés revendicatifs des mineurs du Pays de Galles, ce qui effraie Peggy Guggenheim. Elle se sépare rapidement de lui et elle fonde une galerie d'art Guggenheim Jeune avec, pour conseillers principaux, Marcel Duchamp et Jean Cocteau. Pour sa première exposition, elle choisit Brâncuşi.

Elle avoue qu'à cette époque, elle ne connaissait absolument rien à l'art moderne, et que ce sont Jean Cocteau et Duchamp qui lui donnent des cours. Grâce à eux, elle rencontre Jean Arp à qui elle achète une œuvre qui est la première de sa collection. Peggy Guggenheim raffole du couple Jean et Sophie Arp auxquels elle rend souvent visite à Meudon. Elle expose ensuite Jean Cocteau et Vassily Kandinsky.

Guggenheim Jeune devient une galerie reconnue pour laquelle Peggy Guggenheim doit d'ailleurs se battre. Notamment avec les douanes pour importer des sculptures de Jean Arp, Henry Moore, Alexander Calder, Brâncuşi, Antoine Pevsner.

Très vite, Peggy Guggenheim devient authentiquement « art addict » selon ses propres termes. Elle achète beaucoup d'œuvres parmi celles des artistes qu'elle expose. Kandinsky lui tient particulièrement à cœur. Elle regrettera toujours par la suite de ne pas avoir acquis tous. Mary Dearborn reprend ses propos à l'identique dans l'ouvrage « Mistress of modernism: the life of Peggy Guggenheim », elle rapporte exactement les mêmes faits concernant l'épisode relatif à Kandinsky . ses tableaux. L'oncle de Peggy Guggenheim, Solomon, avait déjà acheté des Kandinsky. Quand Peggy Guggenheim lui propose des tableaux de son exposition, Rudolph Bauer, rival de Kandinsky déconseille à Solomon d'en prendre d'autres. Cela n'empêche pas Guggenheim Jeune d'avoir un succès énorme et d'excellentes critiques de la presse. La galerie est lancée. Elle expose ensuite Yves Tanguy, qui sera son amant, après une courte aventure avec Roland Penrose. Dans le même temps, elle se lie d'« une drôle d'amitié » avec Samuel Beckett et elle découvre Victor Brauner, Bram Van Velde, ami de Beckett. Peggy Guggenheim devient une collectionneuse « ivre d'art moderne ». Sa collection grossit démesurément au point qu'elle envisage de la transférer à la campagne après les accords de Munich, craignant déjà les bombardements de Londres. Elle se ravise peu après et rapporte tout dans la galerie.

La Seconde Guerre mondiale Paris et la collection thumb|Kazimir Malevitch, sans titre, 1916 En , Peggy Guggenheim retourne en France et elle cherche un château à acheter pour installer une « communauté d'artistes ». Elle ne trouve ni le château, ni les artistes volontaires. Elle offre pourtant un toit et une petite indemnité en échange de quelques tableaux ; le projet échoue. Lorsque la « drôle de guerre » éclate, Peggy Guggenheim est soudain saisie d'une « fièvre acheteuse » réunissant les tableaux invendus de sa galerie, complétant la collection avec de nouvelles acquisitions. Elle court d'atelier d'artiste en atelier d'artiste et elle cherche tout ce qui lui paraît intéressant. Son œil maintenant exercé déniche des chefs-d'œuvre, les artistes, qui savent qu'elle achète, viennent aussi lui proposer leur travail. Ainsi se forme l'une des plus grandes collections d'œuvres d'art du , constituée par une jeune femme qui ignorait tout quelques années auparavant et qui est devenue une véritable experte.

Son acquisition la plus difficile est L'Oiseau dans l'espace de Brâncuşi qui en demande . Malgré leur grande amitié, Brâncuşi, qui a par ailleurs la manie de la persécution, qui se sent espionné et traqué, ne cède pas d'un pouce. C'est par la sœur du couturier Paul Poiret qu'elle obtient Maiastra, son tout premier oiseau exécuté en 1912. Désormais, Giacometti voisine avec Dali, Jean Hélion avec Max Ernst dont elle vient de faire la connaissance. C'est dans l'atelier de Fernand Léger qu'elle apprend la nouvelle : Hitler vient d'envahir la Norvège. Dès ce moment, Peggy Guggenheim cherche à mettre sa collection à l'abri. Elle propose au Louvre de la conserver. Les œuvres sont jugées trop modernes et refusées par le musée. C'est finalement à Saint-Gérand-le-Puy, près de Vichy, dans un château loué par son amie Maria Jolas, que la collection est entreposée dans une grange, sous des bottes de foin. Ensuite, et jusqu'à son retour aux États-Unis, c'est le musée de Grenoble qui conserve et sauve la collection de Peggy Guggenheim jusqu'au printemps 1941.

La Suisse et Marseille Le visa de Peggy Guggenheim ayant expiré, elle ne parvient pas à le renouveler et part vers la Suisse. Elle assiste, terrifiée, à l'exode de 1940 en France, avec les routes encombrées et les gens qui fuient la capitale. En Suisse, elle retrouve ses enfants et les Arp (Jean envisage de fuir aux États-Unis et d'y fonder une variante de Bauhaus).