vignette|Entrée de Charles V à Paris Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, vers 1455-1460. BnF, département des Manuscrits, Fr. 6465, fol. 417.|406x406px La Bibliothèque nationale de France (BnF), héritière lointaine de la librairie de Charles V et Charles VI, a connu une histoire riche et parfois mouvementée. Appelée librairie puis bibliothèque du roi sous l'Ancien Régime, elle devient bibliothèque de la Nation en 1790, avant d'être qualifiée, au fil des changements de régime, bibliothèque impériale puis royale puis nationale en 1849, à nouveau impériale et définitivement nationale en 1871. Son histoire, marquée par les évolutions techniques aussi bien que par les décisions politiques et les circonstances extérieures, peut se diviser en trois grandes périodes, dont la dernière, nettement plus courte, se traduit par de très importants changements.

La bibliothèque du roi sous l'Ancien Régime De Charles V à Louis XIV La Bibliothèque nationale de France tire son origine, d'après la tradition et surtout les travaux de Léopold DelisleMichel Amandry, [Origines de la] "Bibliothèque nationale de France" in Dictionnaire encyclopédique du Livre, Paris, Cercle de la Librairie, 2002, vol. 1, , , de la librairie du roi, constituée, d'abord en l'hôtel Saint-Pol, puis au palais de la Cité et enfin au Louvre, dans la tour de la Fauconnerie« Dans le sillage d’Henri Labrouste, premiers travaux à la Bibliothèque nationale » par Anne Richard-Bazire, dans Livraisons de l'Histoire et de l'architecture, , 2014, — lire en ligne., par Charles V : le roi suscite des traductions, nomme Gilles Mallet comme garde et fait réaliser un inventaireB. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, .. Cette bibliothèque est composée en 1380 de près de 900 manuscrits reliés et à sa mort, chiffre exceptionnel car la bibliothèque universitaire de la Sorbonne créée un siècle plus tôt en compte en 1340. Toutefois, cette bibliothèque royale sera dispersée après la mort du roi Charles VI, entre 1426 et 1435. Il reste 69 volumes de cet inventaire originel, conservés dans les fonds de la Bibliothèque nationale« La Librairie de Charles V et sa famille », Europeana Regia, en ligne., 51 autres sont identifiés et actuellement conservés ailleurs.

C'est à partir du règne de Louis XI, en 1461, qu'une nouvelle bibliothèque est constituée et, fait important pour la continuité de l'établissement, elle se transmet de roi en roi, d'abord à Charles VIII, qui y fait entrer les premiers ouvrages imprimés, puis à Louis XII. Cette bibliothèque est installée à Amboise, puis à Blois. Elle s'enrichit entre autres des collections de Louis de Bruges et de Charles d'Orléans, mais aussi, dans le cadre des guerres d'Italie, d'une partie de celles des rois d'Aragon, rapportée de Naples, puis de manuscrits de la bibliothèque milanaise des Visconti et des Sforza, et est considérée en son temps comme la première d'EuropeLéopold Delisle, Le cabinet des manuscrits de la bibliothèque impériale, tome 1, 1869.. Cet ensemble remarquable de manuscrits et de livres imprimés modifie le profil général de la bibliothèque royale en l'ouvrant à la modernité de l'humanisme italien.

Comme installe sa propre bibliothèque à Fontainebleau, il existe un temps deux bibliothèques royales, mais celle de Blois est déménagée à Fontainebleau dès 1544B. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, .. C'est aussi ce roi qui, en 1537, instaure le dépôt légal qui ne permet en réalité d'enrichir la bibliothèque que bien plus tard. Guillaume Budé, nommé maître de la Librairie, fut chargé de la bibliothèque royale de Fontainebleau. constitue à grand frais une collection de manuscrits grecs, affirmant ainsi à la face du monde la grandeur du roi de France, protecteur des arts et des lettres, tout en répondant à l'attente des lettrés de son entourage.

Sous Henri II, près de 800 manuscrits sont reliés et répertoriés. Sous Charles IX, la bibliothèque de Fontainebleau, issue de la fusion avec celle de Blois, est rapatriée à Paris au Quartier latin, sans doute dans une maison particulière louée à cet effet, et placée sous la garde de Jacques Amyot : elle acquiert alors son indépendance géographique par rapport aux résidences des souverains. Pendant les Guerres de religion, une partie du fonds est pillée par les ligueurs. Puis, en 1594, Henri IV l'installe un temps au collège de Clermont, avant de la déplacer au couvent des Cordeliers en 1603, où il fait transférer les 780 volumes de la bibliothèque de Catherine de Médicis. Sous Louis XIII, Nicolas Rigault laisse un inventaire prometteur, faisant état de références.

La bibliothèque se développe réellement à l’époque de Louis XIV sous l'impulsion de Colbert, époque qui voit de nombreuses nouveautés. Sous l'égide de Pierre de Carcavi, elle est installée à partir de 1666 dans deux maisons situées rue Vivienne (non loin de l'actuel site Richelieu)B. Blasselle, J. Melet-Sanson, La Bibliothèque nationale de France : mémoire de l'avenir, .. Elle intègre alors plusieurs collections d'origine privée, notamment celles de Jacques Dupuy, de Gaston d'Orléans, d'Everhard JabachPierre-Jean Mariette, Abecedario, Paris, 1741 — Chennevières et Montaiglon, 1856, tome 3, et suiv., sur Gallica., et du comte de Brienne, ainsi que le fonds d'estampes de Michel de Marolles. La bibliothèque s'ouvre en outre à la gravure et à la musique imprimée. Enfin c'est l'époque de la création du classement de Nicolas Clément (la cotation Clément, utilisée jusqu'en 1996), instituée à partir de 1675. Ce dernier produit dans un premier temps le Catalogus librorum impressorum Bibliothecae (1684), soit 13 volumes qui inventorient près de documents. Une seconde édition du catalogue en 1697, en énumère , dénotant l'accroissement sensible du fonds.

En , le Mercure galant annonce l'ouverture de la Bibliothèque du roi aux publics deux jours par semaine : cette initiative est due au jeune abbé de Louvois, qui organise une sorte de salon savant, et qui consent, à titre très exceptionnel des prêts. Mais l'expérience fut de courte durée.

Sous le siècle des Lumières right|317x317px|thumb|Le projet d'Étienne-Louis Boullée (1785). Le est important pour la bibliothèque avec la réalisation de catalogues systématiques. L'abbé de Louvois envisage à la fin du règne de Louis XIV, de déménager le fonds, désormais devenu très à l'étroit dans les deux bâtis de la rue Vivienne, pour les salons de l'hôtel de Nevers, rue Richelieu, qui est l'ancien palais de Mazarin. En 1716, en effet, une partie de ce bâtiment revenait au roi, à la suite de la faillite de son nouveau propriétaire du fait de la crise financière qui gagne le pays. Cette nouvelle implantation facilite, à partir d', par un arrêt du roi, la réouverture aux publics, mais interdit le prêt, et la bibliothèque va recevoir les visites assidues de plusieurs des philosophes des Lumières : cependant, c’est seulement dans les années 1730, et jusqu’en 1775, que les érudits peuvent, les mardis et vendredis matin, venir lire à la bibliothèque. À cette date, l’ouverture devient quotidienne.

À la faveur du déménagement, l'organisation interne est améliorée avec la constitution de cinq départements :

département des manuscrits, département des imprimés, département des titres et généalogies (plus tard intégré aux manuscrits), département des planches gravées et recueils d'estampes, département des médailles et pierres gravées.

Les enrichissements se poursuivent, tant par un meilleur contrôle du dépôt légal, que par l'intégration de nouvelles collections particulières : bibliothèque de Colbert, collection Baluze, collection musicale de Sébastien de Brossard, mais aussi quantités de manuscrits orientaux.

Sous Louis XVI, devant l'afflux de documents et le manque de place pour accueillir le public, des projets de nouvelles constructions sont avancés, le plus abouti étant celui d'Étienne-Louis Boullée en 1785. L'une des acquisitions les plus importantes reste celle d'une partie de la bibliothèque du duc de la Vallière, en 1783-1784« Modes d'entrée des documents à la Réserve des livres rares », site de la BNF..

De la Révolution aux grandes évolutions de la bibliothèque

La première Bibliothèque de la Nation La Révolution française cause peu de tort aux collections préexistantes, le vandalisme ayant été très limité à la bibliothèque du Roi. Une partie de l'équipe en place, accusée de trop favoriser le régime déchu, est remerciée, mais ces limogeages n'entraînent pas trop de conséquences néfastes. La bibliothèque souffre un peu de la suppression du dépôt légal en 1790, en une époque où le nombre de livres, de brochures et de journaux augmente fortement ; mais dès 1794 cette obligation est rétablie. La Révolution est plutôt une période d'enrichissements par l'intégration de fonds de provenances diverses : de Paris : la bibliothèque a récupéré une bonne partie de ce qui se trouvait dans les dépôts littéraires de la capitale, intégrant ainsi les collections de nombreuses communautés religieuses (abbaye Saint-Victor) et une partie de celles de l'université (plus de pièces en tout) ; de la province : si les fonds des dépôts littéraires provinciaux ont été la plupart du temps dévolus aux écoles centrales avant d'être attribuées aux communes, la Bibliothèque de la Nation se réservait les pièces les plus remarquables, qui devaient illustrer les richesses de la France. C'est ainsi que des pièces venues des quatre coins de la France (Chartres, Amiens, Soissons) se sont retrouvés à la BN ; de l'étranger : au fur et à mesure des conquêtes révolutionnaires, les troupes françaises s'emparent de collections jugées utiles ou prestigieuses. Une partie en a été rendue aux pays concernés en 1814, mais la Bibliothèque en a gardé d'importants fonds.

À partir de 1795, la bibliothèque est administrée par un conservatoire, un collectif composé de conservateurs du livre et de l'imprimé, représenté par un président. Cette structure de gouvernance va perdurer jusqu'en 1837.

Les grands travaux du siècle thumb|Plan de la Bibliothèque nationale vers 1880|349x349pxUn projet de transfert au Louvre, proposé en 1802 en liaison avec l'arrêté Chaptal, reste lettre morte. Le rôle de Joseph Van Praet, conservateur des imprimés pendant 42 ans au début du , est important : il manifeste un grand intérêt pour la conservation. C'est à lui que l'on doit la Réserve des livres rares, qui bénéficiera d'un traitement particulier.

En 1828, Edmé François Jomard obtient la création d'un département des Cartes et plans, installé dans l'hôtel Tubeuf. L'administration de la bibliothèque connaît plusieurs changements dans la première moitié du , en raison d'hésitations entre un administrateur unique et un directoire de conservateurs.

En 1839, un conflit majeur prend place : à la suite de l'ordonnance royale de février de cette année-là, il est prévu l’extension des pouvoirs de l’administrateur, ainsi que la nomination de celui-ci directement par le ministre de l’Instruction publique. Nommé en février, Charles Dunoyer démissionne en octobre suivant Victor Meunier, Mutation des représentations et enjeux politiques des bibliothèques : le cas du conflit survenu à la Bibliothèque royale de France en 1839, Lyon, ENSIB 2, 2019..

Cette même année, la bibliothèque du roi est divisée en six départements« Bibliothèque du Roi », Bibliothèque nationale - Comité d'histoire., à savoir : service public ; livres imprimés ; manuscrits, chartes et diplômes ; médailles et antiques ; estampes cartes géographiques, plans et collections ethnographiques.