vignette|Britanniques posant avec le butin pillé lors de l'expédition punitive britannique au Bénin, 1897 Les objets et biens culturels emportés d'Afrique sont des (ensembles d') œuvres et objets du patrimoine africain qui ont été emportés hors de leurs lieux de fabrication.
Ces déplacements, résultats d'achats, de dons, de legs, de trocs, de commandes auprès d'artistes et artisans, mais surtout de spoliations, pillages, vols et butins de guerre, ont résulté en une accumulation d'objets du patrimoine africain dans les collections occidentales, principalement colonisatrices : à Paris, à Londres, à Berlin, etc.
Un travail d'identification, de description et des initiatives de restitution est en place concernant ces objets. Ce travail évolue au gré des changements des cadres juridiques entourant les déplacements des éléments des patrimoines. Les volontés politiques, les pressions des opinions et les consciences populaires - sur le décalage entre l'Afrique productrice des objets et l'Occident propriétaire de fait et usufruitier de ces collections - poussent de plus en plus vers des partages de propriétés, des restitutions temporaires voire définitives.
Collecte La majorité des œuvres conservées dans les musées et collections ethnographiques en Europe ont été emportées des coloniesp.26 §.3.
Par la force, le pillage, le sac, la spoliation, le consentement forcé Les raids militaires et les expéditions punitives de la seconde moitié du siècle et du début du permettent aux puissances coloniales de réaliser des prises conséquentes d'objets et de biens du patrimoine culturel africainp.8, §.1.
Du temps de l'État indépendant du Congo, certains objets sont acquis par pillage, prise d’otages ou profanation, des méthodes reconnues aujourd'hui comme illégales.
Le pillage des œuvres d'art du royaume d'Abomey a été flagrant. Il a été effectué par le colonel français Alfred Amédée Dodds en 1892p.17 §.1.. L'incendie et le sac de la ville de Hickory Town à Douala au Cameroun, a donné lieu au pillage des biens culturels de la communauté Bell chez les Sawahttps://www.ethnologie.uni-muenchen.de/forschung/publikationen/studien/17_heuermann_schiffsschnabel.pdf. En effet, le , à bord du bateau de guerre « Olga », pour anéantir les chef des Bonabéri qui lui est insoumis, Max Buchner lance des grenades sur Hickory Town (Bonabéri). Après des manœuvres à terre, le palais de Lock Priso (Kum’a Mbape) est mis à sac et incendié. Avant l'incendie, Max Buchner demande à ses soldats de le laisser inspecter les maisons du palais à la recherche de curiosités ethnographiques. Le Tangué de Lock Priso Bell est son butin le plus précieux. Cette grande sculpture, proue princière de la pirogue de Lock Priso, est envoyé à Munich. Le prince Kuma Dumbè milite pour la restitution à travers l'association AfricAvenir. Le chute de Magdala le en Éthiopie devant les forces britanniques donne lieu au pillage d'objets et biens patrimoniaux.
Dans le Cameroun allemand, la campagne dite « Wute-Adamaua », menée en 1898-1899 par les troupes coloniales allemandes sous le commandement d'Oltwig von Kamptz, aboutit en 1899 à la prise de Tibati. La ville et le palais du lamido Mohamman Laamou sont pillés, puis Tibati est incendiée. L'ivoire saisi pendant la campagne est vendu afin d'en financer les opérations.
Par la ruse, les vols et divers trafics Le masque de Makonbe exposé au musée suisse avait été volé en Tanzanie en 1984. Il appartient depuis à un collectionneur parisien.
Une bible et un fouet ayant appartenu à Hendrik Witbooi, héros du peuple nama, ont été volés par des Allemands en 1893, à l'époque coloniale..
Par les échanges, les achats, dons et gestes d'hospitalité Des ethnologues ont aussi collecté des objets vendus ou achetés et le prétexte de l'étude a été abondamment utilisé pour prélever des objets.
Localisation
Collections privées Deux collectionneurs européens ont possédé des œuvres considérées comme volées depuis environ 130 ans, trente-sept récades anciennes, des sabres et six objets royaux et de culte fon« Un musée du Bénin va accueillir 27 objets traditionnels provenant de collections européennes », Le Monde Afrique, 13 janvier 2020 . Il s'agit d'Alfred Testard de Marans (1860-1890), chargé de la direction du service administratif lors de l’organisation de l’expédition du Dahomey en 1890, ainsi que l’abbé Le Gardinier, missionnaire colonial« Retour au Bénin de 28 objets appartenant aux anciens rois d’Abomey », Le Monde, 18 janvier 2020 , curé de Tastot, qui s’était vu léguer un petit ensemble par un officier ayant participé. Un collectif de galéristes les a acquis lors d'une vente aux enchères à Nantes. Restitués au Bénin, ils constituent aujourd'hui un des fonds du Petit Musée de la Récade à Cotonou.
Émile Pierre Joseph Storms a rapporté de nombreux objets et artefacts en Belgique, y compris des restes humains, comme le crâne du chef Lusinga quand il est revenu de la quatrième expédition de l'Association internationale africaine, créée sous l'impulsion de Léopold II pour explorer et conquérir le territoire qui deviendra en 1885 l'État indépendant du Congo.
Ces crânes, ramenés en Belgique par le lieutenant en 1884, avec des dizaines d’autres objets dont des statuettes en bois et après un épisode sanglant de la conquête coloniale dans la région du lac Tanganika, sont ceux de trois chefs de village décapités et exhibés pour terroriser les résistants. Émile Pierre Joseph Storms conserve ces restes qu’il ramène ensuite.
Ces restes ont été donnés à l’anthropologue Émile Houzé, qui a écrit un traité sur le sujet dans lequel il a vu la « dégénérescence » dans le crâne. Cette collection, conservée aux musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren et Muséum des sciences naturelles, est depuis lors sur la liste des objets pouvant être restitués. En 2018, une enquête journalistique dénonçait la présence de ces objets ramenés dans le cadre de conquêtes violentes et de pillages.. Cette enquête cite l'ordre donné au militaire concernant la constitution d'une collection de butins anthropologique.
Collections publiques Les collections publiques françaises comptent au moins objets provenant de l'Afrique noirep.38 §.2. Le musée du Quai Branly à Paris dispose de la plus grande collection d'arts premiers avec pièces. En France, il est la référence en matière ethnographique. Près de autres objets sont dans les autres musées français.
Les musées et collections allemandes et françaises (puissances d'occupation) contiennent beaucoup de pièces originales p.7 §.2https://www.jstor.org/stable/pdf/27911561.pdf?ab_segments=0%2Fbasic_search_gsv2%2Fcontrol&refreqid=fastly-default%3Ab05a567276dbb922fab1b65918844ed7 et du grassfield de l'ouest camerounais.
Outre les musées, les bibliothèques sont les autres grands bénéficiaires des partitions des ensembles culturels quelquefois originaires des mêmes lieux. Tandis que les objets allaient aux musées, les livres, manuscrits, archives, et autres documents sonores, photo, cinématographiques réalisés du temps des colonies se sont retrouvés dans des bibliothèques.
Le Forum Humboldt de Berlin possède pièces d'origine africaine et le British Museum pièces.
Le musée d'outre-mer de Brême conserve un ensemble de 148 objets provenant de Tibati, parmi lesquels une partie du trône du lamido Mohamman Laamou. Ces objets, issus de la campagne de 1898-1899, ont été acquis en 1902 pour auprès d'Oltwig von Kamptz. En 2026, le musée indique que la collection de Tibati comprend toujours 148 objets.
D'importantes collections d'Afrique constituent le fond de l'AfricaMuseum à Bruxelles (anciennement MRAC), qui contiendrait objets ethnographiques estimés expropriés.
En 2020, le MRAC se lance dans un inventaire et la mise en ligne de toutes ses collections ethnographiques et archives. Ces collections comprennent, avec celles du musée du quai Branly, des dizaines de milliers d'œuvres considérées comme expropriées.
Selon Le Monde, la collection de crânes du musée de l'Homme s'élève à conservés dans des cartons.
Verrouillage des collections coloniales lors de la décolonisation Au début du processus de décolonisation de l'Afrique, de nombreuses institutions culturelles de Belgique, de France et du Royaume-Uni prennent conscience du risque pour elles de perdre leurs collections coloniales et décident de changer le cadre légal afin de s'assurer que les œuvres restent en Europe.
Ainsi, en France, le musée national des Arts d'Afrique et d'Océanie passe de la tutelle du ministère des Colonies à celui du ministère de la Culture. Par ce changement, ces collections acquièrent ainsi le principe d'inaliénabilité. Juste après la signature des accords d'Évian, le gouvernement français ordonne le transfert sous le manteau de trois cent peintures du musée national des Beaux-Arts d'Alger vers la France hexagonale. Celle-ci sont restituées, après de longues tractations, en 1969.
En Belgique, le directeur du ministère de la Culture fait un lobbying intensif pour que les œuvres congolaises soient explicitement exclues du processus de séparation économique entre la Belgique et la République démocratique du Congo. Au Royaume-Uni, le parlement vote en 1963 un changement du British Museum Act, qui retire la possibilité à l'institution de donner ou vendre ses œuvres.
Restitutions
Le cas des objets de Tibati fait l'objet d'échanges entre le musée d'outre-mer de Brême et les autorités traditionnelles camerounaises. Le musée prend contact en 2012 avec le lamido Hamidou Bello et un échange direct débute en 2018. Hamidou Bello se rend à Brême en 2022 afin de discuter de l'avenir de la collection et de projets de coopération. En juin 2026, le lamido Mohamadou Hadi Barkindo se rend à son tour à Brême et examine la collection. Les discussions sur les restitutions au Cameroun sont alors conduites au niveau de l'État camerounais ; un comité interministériel chargé de centraliser les négociations de restitution, créé en 2023, comprend une représentation de Tibati.
Du au , le musée d'outre-mer de Brême présente l'exposition Tibati – Bremen and Back: From Colonial Plunder to Partnership (« Tibati – Brême et retour : du pillage colonial au partenariat »), consacrée au pillage colonial de Tibati, à la présence des objets à Brême et aux projets de coopération contemporains.
Notes et références Notes
Références
Autres références
Voir aussi Bibliographie
Ouvrages
Jean-Luc Martinez, Rapport Patrimoine partagé : universalité, restitutions et circulation des œuvres d’art 27.04.2023
Documentaires Les statues meurent aussi, court métrage documentaire français réalisé par Chris Marker, Alain Resnais et Ghislain Cloquet, et sorti en 1953. Dahomey, film documentaire franco-sénégalais-béninois réalisé par Mati Diop et sorti en 2024.
Articles connexes Restitution de biens culturels Principe d'inaliénabilité Décolonisation des musées Mwazulu Diyabanza Abdelaziz Moundé Njimbam Peju Layiwola Rapport Sarr-Savoy
Liens externes Rapport Patrimoine partagé : universalité, restitutions et circulation des œuvres d’art de Jean-Luc Martinez, 27.04.2023
Catégorie:Spoliation d'œuvres d'art Catégorie:Art en Afrique