Henri Guillemin, né le à Mâcon (département de Saône-et-Loire) et mort le à Neuchâtel (canton de Neuchâtel, Suisse), est un professeur d'université, historien, conférencier, critique littéraire et homme de radio et de télévision français. Il publie aussi sous le pseudonyme de Cassius.

Chrétien de gauche, il est proche de Marc Sangnier et de François Mauriac. Étudiant à l’École normale supérieure, agrégé de lettres en 1927, il consacre sa thèse au roman Jocelyn d'Alphonse de Lamartine, enseigne à l'université du Caire entre 1936 et 1938, puis à l'université de Bordeaux jusqu'en 1942. Sous l'Occupation, il fuit la France et gagne la Suisse. Il devient attaché culturel à l'ambassade de France jusqu'en 1962.

Il enregistre plusieurs séries d'émissions consacrées à l'histoire diffusées entre 1958 et 1973 par la Télévision suisse romande, et par la Radio-télévision belge et Radio-Canada. Ses conférences et ses émissions lui assurent, de son vivant, une popularité importante en Suisse. Leur partage sur YouTube à partir des années 2010 rencontre du succès..

Henri Guillemin affirme prendre le contre-pied d'une . Il loue des figures comme Jean Jaurès ou Maximilien de Robespierre et attaque des personnalités comme Napoléon Bonaparte, Benjamin Constant ou Voltaire. Plusieurs historiens reconnaissent son talent d'écrivain et son éloquence mais remettent en question sa méthodologie historique en soulignant sa partialité, son ou son inclination pour les interprétations complotistes de l'Histoire.

Biographie Origines familiales Henri Philippe Joseph Guillemin est né en 1903 à Mâcon, rue Lacretelle.

Son père, Philibert Joseph Guillemin, né en 1865 à Navilly, est agent voyer à Lugny puis à Tournus. Il épouse, en 1892 à Louhans, Louise Hortense Thénoz, née en 1870. Le père d'Henri Guillemin a des convictions républicaines et anticléricales, tandis que sa mère est catholique pratiquante ; il affirme avoir souffert de cette divergence..

Sa sœur aînée, Marie-Louise-Angèle Guillemin, née en 1895 à Lugny, morte en 1985 à Roanne (Loire), épouse, en 1928, Marcel Dubois de Prisque, interne des hôpitaux de Lyon et fils de médecin.

En 1928, Guillemin épouse, à Bordeaux, Marie Jacqueline Thérèse Rödel, née en 1910 dans le ., morte en 2001. Leur témoin de mariage est François Mauriac. De leur union naissent cinq enfants : François (1929-1931), Philippe (1932-2021), Françoise (1933), Mariannick (1938) et Michel (1943).

Son beau-père, Jacques Rödel, est secrétaire du mouvement Le Sillon. Son beau-frère, Henri Rödel, né en 1916 à Bordeaux, est résistant sous l'Occupation, déporté et fusillé en 1945 à Marienberg (Allemagne) lors des marches de la mort.

vignette|upright|Marc Sangnier en 1919.

Formation Henri Guillemin effectue ses études secondaires à Mâcon au lycée Lamartine, puis ses études supérieures en classes préparatoires littéraires à Lyon au lycée du Parc, où il suit notamment les cours de Pierre Lachièze-Rey, proche de Maurice Blondel.

En 1923, il est reçu à l’École normale supérieure. Il y côtoie Paul Nizan, Jean-Paul Sartre et Pierre-Henri Simon, avec lequel il reste ami malgré leurs divergences idéologiques. La même année, il devient secrétaire particulier de Marc Sangnier, fondateur du mouvement Le Sillon de tendance catholique sociale.

En 1927, il est reçu cinquième à l'agrégation de lettres. La même année, il est réformé du service militaire, souffrant d'hémoptysie et d'insuffisance respiratoire.

Carrière universitaire Entre 1928 et 1936, Henri Guillemin enseigne la littérature dans divers lycées et écrit une thèse sur le roman en vers Jocelyn d'Alphonse de Lamartine, sous la direction de Daniel Mornet.

En , il est nommé professeur à l’université du Caire. En 1938, il obtient un poste à l'université de Bordeaux.

À partir de 1940, il donne des conférences à Lausanne (canton de Vaud), en Suisse, sur Lamartine.

Vichy et la polémique sur Rousseau Pascale Pellerin, enseignante-chercheure spécialiste de la philosophie des Lumières, juge que « Guillemin, sans s’être engagé contre l’Occupation, entretient des liens d’amitié avec Mauriac » et mentionne que son beau-frère Henri Rödel, résistant, a été fusillé.

En 1942, Guillemin publie l'ouvrage Cette affaire infernale. Traitant de la rupture entre les philosophes Jean-Jacques Rousseau et David Hume, le livre est récompensé par l'Académie française du prix Montyon.

Dans la Gazette de Lausanne du , Guillemin défend la mémoire de Jean-Jacques Rousseau contre celle de Voltaire, et relate les propos de Charles Maurras dans L'Action française en 1899 : Soyons reconnaissants à Ch. Maurras de n'avoir point dissimulé, […] la source la plus profonde de l’exécration qu'il porte à Rousseau. Voltaire, à ses yeux, présente l'immense avantage d'être indemne au christianisme : la « greffe orientale » ne l'a point flétri ; il a gardé « le sens commun » ; Jean-Jacques, au contraire, possédé d'une « rage mystique », « aventurier nourri de révolte hébraïque », apparut parmi nous « comme un de ces énergumènes qui, vomis du désert… promenaient leurs mélancoliques hurlements dans les rues de Sion ». Dans L'Action française du , Maurras répond : Je hais dans Rousseau le mal qu'il a fait à la France et au genre humain […] j'ai comparé Rousseau et les roussiens aux prophètes juifs. J'ai eu tort. J'aurais dû dire aux faux prophètes. […] Ce que je voulais ainsi montrer dans Rousseau c'était le cas-type de l’insurgé contre toutes les hiérarchies, le cas essentiel de l’individualisme anarchique. Pascale Pellerin, dans « Anti-rousseauisme et antisémitisme sous l’Occupation », juge que Cette affaire infernale est une réponse au livre Voltaire antijuif d'Henri Labroue, alors directeur de l'Institut d'étude des questions juives de Bordeaux, et que : L’idéologie nazie fondée sur l’antisémitisme a rendu les Lumières responsables de la Révolution française et de l’émancipation des juifs. Si Rousseau est rendu responsable de la chute de l’Ancien Régime, il est également l’artisan de l’émancipation des juifs. […] Henri Guillemin […] trace un portrait de Rousseau qui l’identifie au juif français de 1942. Le Rousseau de Guillemin dessine un chrétien hostile au pouvoir ecclésiastique, fidèle à la parole du Christ, porteur du message évangélique, incarnation de ce christianisme primitif englué dans ses origines sémitiques, tout ce que détestent l’extrême droite nationaliste et les nazis.

Dans le journal Je suis partout du , Henri Poulain écrit : Est-ce pour son talent qu'on a donné un prix à M. Henri Guillemin, auteur de Cette affaire infernale ? Assurément pas, car rien n'est plus ennuyeux que ces « révélation » sur l'inimité de Hume et de Rousseau. Mais M. Guillemin a eu un livre préfacé par le gaulliste Mauriac dont il est l'ami. Mais M. Guillemin est collaborateur de la très anglophile Gazette de Lausanne.Le , Guillemin quitte Bordeaux et se réfugie d'abord en zone libre, où il rencontre Paul Claudel en . Il se réfugie ensuite à Neuchâtel (Suisse) avec le soutien de Marcel Raymond.

Après-guerre À la Libération, après avoir tenté, en vain, d’obtenir un poste à la Sorbonne, il devient attaché culturel à l’ambassade de France en Suisse à Berne (jusqu’à sa retraite, en 1962). Il partage ensuite sa vie entre la France et la Suisse.

, Henri Guillemin enregistre plusieurs séries d'émissions historiques ou littéraires pour la Télévision suisse romande : Les dossiers de l'histoire, En appel et Henri Guillemin présente. Ces émissions portent notamment sur Jean Jaurès (1962), Napoléon Bonaparte (en 18 séquences vidéo dont 3 ont été perdues, 1968), Léon Tolstoï, Céline – qu'il défendait – et Charles-François Landry (1969), Jeanne d’Arc (1970) et la Commune de Paris (en 13 séquences, 1971).

Entre et , il enregistre « L'affaire Pétain », une série de douze conférences consacrées à Philippe Pétain et au régime de Vichy.

Radio-Canada a aussi diffusé en 1968 Napoléon vu par Guillemin, une série de 3 conférences sur Napoléon Bonaparte, sa vie, son œuvre. L'énigme Jeanne-d'Arc, série composée de plusieurs épisodes, a été diffusée en 1971 tandis que Portraits de révolutionnaires (Lénine, Staline, Trotsky) a été diffusée en 1983.

Mort Henri Guillemin meurt le à Neuchâtel en Suisse.

Il est inhumé à Bray (Saône-et-Loire), commune du Clunisois où il possédait une maison depuis 1960 (dénommée « Le Terrier », au hameau de La Cour-des-BoisHameau majoritairement implanté sur le territoire de la commune de Bray mais dont quelques maisons – dont « Le Terrier » habité par le couple Guillemin – dépendent de Chissey-lès-Mâcon. Source : Frédéric Lafarge, « Dans le petit cimetière de Bray repose un grand de l'Histoire de France », revue Images de Saône-et-Loire n° 198 de juin 2019, pages 2 à 4.) dans laquelle il passait l'été.

Postérité Un amphithéâtre et une rue de Mâcon, sa ville natale, portent son nom. Une rue de Bordeaux où il a enseigné, dans le quartier des Chartrons, porte également son nom. L'une des bibliothèques. du service commun de documentation de l'Université Bordeaux-Montaigne, héritière de la Faculté de lettres de l'Université de Bordeaux, porte son nom du jusqu'à sa démolition en dans le cadre des travaux du campus..

En 2002, l'association « Présence d’Henri Guillemin » est fondée, dans le but de faire connaître sa personnalité, sa pensée et son œuvre. Son action s’appuie sur l’organisation de colloques ou journées d’études, l’édition d’un bulletin annuel et la mise en ligne d’un site internet. En , à l'occasion des cent-dix ans de sa naissance, l'association organise une exposition et un hommage.. En 2024, elle est présidée par Christian Priet..

Le , le colloque « Henri Guillemin et la Révolution française - Le moment Robespierre » est organisé à l'Institut Catholique de Paris, en présence de Marc Belissa, d'Olivier Blanc, de Yannick Bosc et de Claude Mazauric. Le , le colloque « Henri Guillemin et la Commune - le moment du peuple ? » est organisé à l'université Sorbonne Nouvelle en présence de Jean Chérasse et d'Annie Lacroix-Riz., qui salue son travail sur la Commune de Paris et sur Philippe Pétain..

Au milieu des années 2010, la mise en ligne, notamment sur YouTube, d'enregistrements audios et de vidéos de des conférences d'Henri Guillemin rencontrent un vif succès.

Une œuvre éclectique vignette|gauche|redresse=1.2|Henri Guillemin en 1980.

Henri Guillemin, qui n'est pas historien de formation, est avant tout un spécialiste de la littérature française du siècle qu'il a abordée à travers sa thèse sur Jocelyn d'Alphonse de Lamartine puis à travers ses travaux sur Gustave Flaubert, Victor Hugo, Émile Zola ou encore Jules Vallès, qu'il admirait. Au contraire, il critique des figures comme Benjamin Constant, André Gide, contre lequel il affirmait avoir « une aversion fondamentale », ou Alfred de Vigny ou Voltaire.

Il poursuit ensuite ses recherches sur l’histoire du siècle, notamment sur les relations entre l’Église et l’État, à travers Histoire des catholiques français au (1947) ou sur la révolution française de 1848 à travers Le Coup du 2 décembre (1951).

Henri Guillemin affirme être chrétien de gauche. Lors de l'entretien Guillemin intime en 1971, il affirme avoir été gaulliste entre 1940 et 1947 et avoir rompu avec le gaullisme lors de la création du Rassemblement du peuple français. Lors son entretien avec Marcel Brisebois en 1976, il affirme être à la gauche du Parti socialiste sans pour autant pouvoir adhérer au Parti communiste en raison de ses convictions religieuses.