vignette|redresse=2|Carte politique de la mer Méditerranée.

Les frontières maritimes en mer Méditerranée représentent l'ensemble des délimitations maritimes entre les États riverains de la mer Méditerranée, qui s'étend sur un espace de deux millions et demi de et borde trois continents : l'Europe, l'Afrique et l'Asie (Proche-Orient). Vingt-deux États (21 membres de l'ONU et la Palestine, observateur non membre) sont concernés ainsi qu'une entité proclamée indépendante non reconnue par l'ONU (la république turque de Chypre du nord). S'y ajoute le Royaume-Uni qui possède le territoire de Gibraltar ainsi que les bases militaires d'Akrotiri et Dhekelia à Chypre.

Ces frontières maritimes résultent du droit international de la mer codifié par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) signée à Montego Bay, en Jamaïque, en 1982.

Certaines frontières font l'objet d'un consensus ou d'accords bilatéraux négociés tandis que d'autres sont contestées par les États concernés, soit pour des raisons historiques (comme les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc ou la mer Égée entre la Grèce et la Turquie), politiques (comme entre Israël et les territoires palestiniens ou à Chypre), stratégiques (comme Gibraltar dans le détroit du même nom, colonie britannique revendiquée par l'Espagne depuis trois siècles) ou économiques notamment depuis la découverte de gisements offshore d'hydrocarbure en Méditerranée orientale à l'origine de fortes tensions, notamment depuis 2020.

Le droit de la mer, fondement des délimitations maritimes thumb|Délimitation des zones maritimes selon la Convention des Nations unies du droit de la mer de Montego Bay, 1982

Le droit de la mer a été codifié récemment face à la territorialisation et l'appropriation des espaces maritimes au ainsi que le développement de la maritimisation des espaces côtiers « pour lesquels la mer fonctionne comme une nouvelle frontière ». Il a été adopté par la Convention des Nations unies du droit de la mer signé à Montego Bay, en Jamaïque en 1982. Ce texte définit les eaux territoriales et contiguës respectivement à 12 et 24 milles marins des côtes ainsi que les ZEE (zones économiques exclusives) à 200 milles marins ainsi que la possibilité de leur extension à 350 milles marins s'il est prouvé une extension du plateau continental du pays côtier.

Toutefois, il n'a pas été ratifié par tous les États. Trois États riverains de la Méditerranée ne l'ont ainsi pas signé, tous en Méditerranée orientale : la Turquie, Chypre et la Grèce, d'où l'importance des litiges dans cette zone.

Il existe des accords négociés de manière bilatérale par les États mais aussi un Tribunal international du droit de la mer créé en 1996 et basé à Hambourg ainsi qu'une Commission des limites du plateau continental de l'ONU tandis que les principaux contentieux sont portés devant la CIJ (Cour international de justice) basée à La Haye aux Pays-Bas, dont les décisions ne sont toutefois pas contraignantes.

Le manque de données scientifiques dans le domaine maritime (notamment en ce qui concerne le plateau continental étendu), les rapports de force inégaux entre États, les enjeux économiques et stratégiques liés à la mondialisation ont entraîné en Méditerranée comme ailleurs un nombre croissant de litiges maritimes. En mer Méditerranée, c'est notamment le cas au à la suite de la découverte d'importants gisements d'hydrocarbure (pétrole et gaz naturel offshore) en Méditerranée orientale où la majorité des frontières maritimes est contestée entre les États riverains.

Frontières maritimes contestées Frontière franco-espagnole

La frontière maritime entre la France et l'Espagne est délimitée par le traité des Pyrénées signé en 1659 entre Louis XIV et le roi d'Espagne Philippe IV. En mer Méditerranée, elle sépare la région Occitanie (département des Pyrénées-Orientales) côté français et la région de Catalogne (province de Gérone) côté espagnol.

Elle fait l'objet d'un contentieux au niveau maritime.

Gibraltar La péninsule de Gibraltar, située sur le détroit du même nom, au sud de la péninsule Ibérique, contrôle l'entrée nord du détroit de Gibraltar, passage stratégique et sensible entre la mer Méditerranée et l'océan Atlantique.

Ce territoire, conquis par l'Angleterre lors de la guerre de Succession d'Espagne en 1704, a été reconnu par les traités d'Utrecht de 1713 comme possession britannique et jouit depuis trois siècles d'un statut de colonie de la couronne britannique bien qu'étant toujours revendiqué par l'Espagne..

En 1967, le gouvernement espagnol ayant soulevé la « question de Gibraltar » devant le Comité des Nations unies pour la décolonisation, le Royaume-Uni organise un référendum d'autodétermination dans ce territoire. Le résultat est sans appel : 99,64 % des Gibraltariens expriment leur volonté de rester sous la souveraineté britannique.

En 1968, pour protester contre le résultat du référendum, le gouvernement espagnol de Franco ferme la frontière et organise un blocus économique de ce territoire. Seuls sont autorisés à franchir la frontière les Gibraltariens civils qui obtiendront une autorisation en bonne et due forme, et les milliers d'ouvriers espagnols qui travaillent dans la colonie britannique. Ce blocus prendra fin seize ans plus tard en 1985 mais le litige empoisonne toujours les relations entre les deux pays.

Litige hispano-marocain

thumb|Cartes des possessions espagnoles revendiquées par le Maroc sur la côte africaine. Depuis cinq siècles et la fin de la Reconquista, un conflit permanent oppose le Maroc à l'Espagne au sujet des possessions espagnoles sur la côte africaine : les enclaves de Ceuta et Melilla ainsi que les îlots épars de Peñón de Vélez de la Gomera, Peñón de Alhucemas, Alborán, les îles Zaffarines et surtout l'îlot Persil (îlot Leïla pour le Maroc) où les troupes marocaines ont débarqué pour en prendre possession en 2002 avant d'être délogées par des commandos espagnols.

La frontière algéro-marocaine

La frontière entre l'Algérie et le Maroc remonte à l'époque coloniale au . Auparavant, le concept de frontière y est anachronique. Elle est établie par la conquête française de l'Algérie entamée en 1830, le Maroc restant un sultanat indépendant jusqu'au début du protectorat français établi en 1912. Elle est donc délimitée par les Français.

Le premier tronçon a été défini pour la première fois par le traité de Lalla Maghnia signé le , par le général comte de la Rüe, pour la France, et le sid Ahmida Ben-Ali, pour le MarocMinistère des Affaires étrangères. Direction des Affaires politiques (Afrique du nord), « Note du sur les confins algéro-marocains », dans .

Ce traité, qui fait suite à la bataille d'Isly remportée par le maréchal Bugeaud, fixe la frontière de l'embouchure de l'oued Kiss, sur la côte méditerranéenne, jusqu'au col de Teniet-Sassi, dans l'Atlas tellien, à de la Méditerranée.

Néanmoins, cette frontière est contestée depuis l'indépendance des deux pays, en 1956 pour le Maroc et en 1962 pour l'Algérie, entraînant notamment une guerre entre les deux nouveaux États en 1963 (guerre des Sables). Si les contestations portent essentiellement sur les frontières terrestres (notamment dans le Sahara occidental), les litiges maritimes ne sont toujours pas définitivement délimités malgré une série d'accords (traité d'Ifrane de 1969, de Tlemcen en 1970, Convention de Rabat en 1974).

L'Attentat de 1994 à l'hôtel Asni à Marrakech a également entraîné la fermeture de la frontière entre les deux pays.

Les îles Pélages et les frontières italo-malto-tunisiennes En Méditerranée centrale, les îles Pélages : Lampedusa, Lampione et Linosa, occupent une position stratégique au centre du bassin entre l'ouest et l'est mais aussi entre l'Europe et l'Afrique à mi-chemin des côtes italiennes, maltaises et tunisiennes. Ces îles, par ailleurs point chaud des migrations et centre d'accueil des réfugiés, sous souveraineté italienne, font l'objet de revendications de Malte et de la Tunisie.

L'Italie et la Tunisie ont signé un accord de délimitation en 1971 qui divise le plateau continental à équidistance des deux pays à l'exception des îles italiennes de Lampedusa, Lampione, Linosa et Pantelleria dont l'espace maritime est limité à un rayon de 13 milles marins (12 milles pour Lampione qui est inhabitée)Jürgen et al., The Hamburg Lectures on Maritime Affairs 2009 & 2010, Springer, Berlin, 2012, p. 105 .

Le litige slovéno-croate en baie de Piran

thumb|La frontière maritime slovéno-croate disputée en baie de Piran Un litige maritime oppose la Slovénie à la Croatie en baie de Piran à la suite de l'indépendance de ces deux pays proclamée à la suite de l'éclatement de la fédération de Yougoslavie en 1991. La Slovénie, entrée en 2004 dans l'Union européenne (UE), bloquait l'adhésion de la Croatie par rapport à ce contentieux.

La baie de Piran, située dans le nord de la mer Adriatique est vitale pour l'accès de la Slovénie aux eaux internationales. Après une longue bataille procédurale, la commission d'arbitrage, sous les auspices de l'UE, rend sa décision en 2017, accordant à la Slovénie la majeure partie de la baie et un accès aux eaux internationales, décision que conteste la Croatie et qui ne ressort pas de la compétence de l'UE.

Face à cette situation, le gouvernement slovène décide d'appliquer unilatéralement cette décision et commence en 2018 à sanctionner les pêcheurs croates dans la baie tandis que ceux-ci sont protégés par des escortes de la marine croate..

La frontière gréco-albanaise en mer Ionienne La frontière gréco-albanaise court sur et résulte de l'indépendance de l'Albanie de l'Empire ottoman à l'issue des guerres balkaniques en 1912.

Elle a été définie par les « grandes puissances » européennes au moment de la création de ce dernier État, lors du traité de Florence en 1920. Elle a été immédiatement contestée par un mouvement nationaliste de la minorité grecque en « Épire du Nord » ou « Albanie du sud ». La frontière a été confirmée, avec une légère modification en faveur de l'Albanie lors de la « Conférence des ambassadeurs » qui fit suite au traité de Rapallo en 1920Georges Prévélakis, Géopolitique de la Grèce., Complexe, Paris, 2006 , p. 21. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Grèce a essayé d'annexer militairement l'Épire du Nord après que l'armée Italienne fut repoussée de la zone mais tout comme en 1916, la tentative est un échec et l'Albanie garde l'Épire du Nord. Par ailleurs, l'Albanie revendique aussi la région frontalière grecque d'Épire du Nord.

Un litige frontalier en mer Ionienne avait été résolu par un accord signé entre la Grèce et l'Albanie en avril 2009. Cependant, il a été invalidé par la Cour constitutionnelle de Tirana pour « violation de la Constitution » en janvier 2010 à la demande du Parti socialiste alors dans l'opposition.

Contentieux gréco-turc en mer Égée

vignette|upright=1.5|Conflits des ZEE en mer méditerranée. En bleu : zones revendiquées par la Grèce et Chypre ; en rouge : zone revendiquée par la Turquie. En mer Égée, la possession de la quasi-totalité des îles par la Grèce, y compris à quelques kilomètres des côtes turques, alimente un vieux contentieux historique. Des crises ouvertes ont éclaté en 1987 et 1996, conduisant au bord d'un affrontement militaire entre ces deux alliés de l'OTAN. De nouveaux incidents navals et aériens ont éclaté en 2008 et 2009.

La présence de gisements offshore d'hydrocarbure a amené la Turquie à procéder à une campagne de recherche, encadrée par des navires militaires turcs, dans les eaux revendiquées par la Grèce ; cela a de nouveau conduit au bord d'un affrontement militaire à l'été 2020, impliquant notamment la France qui soutient les revendications grecques, son partenaire de l'UE.

Chypre La frontière Liban / Syrie

La frontière Israël / Liban

Les territoires palestiniens

La frontière Égypte / Israël

Frontières maritimes négociées La frontière hispano-italienne