L'histoire du cinéma suisse commence à la fin du . Elle est fortement influencée par différents facteurs : la neutralité du territoire helvétique au milieu des conflits mondiaux, la diversité culturelle liée à la pluralité des quatre langues nationales (allemand, français, italien et romanche), l'importante production des réalisateurs suisses et ses paysages naturels (lacs et montagnes) servant de décors à des tournages. Tous ces éléments ont abouti à une variété de productions : documentaires, films d'auteurs et films grand public.
Cinéma muet La première projection publique en Suisse du cinématographe a lieu lors de l'Exposition nationale de Genève en 1896. Les projectionnistes faisaient partie de l'équipe des pionniers français Auguste et Louis Lumière, les inventeurs du cinématographe.
Dès 1897 les premiers exploitants de cinéma étaient principalement des forains.. Ils venaient avec leurs projecteurs portatifs et leurs films, dans des salles existantes des foires, des théâtres, des music-halls, des cirques et des fêtes populaires. vignette|L'Alhambra est la première salle de théâtre cinématographique construite en Suisse.|210x210px Au début du les premières salles de cinéma apparaissent en Suisse. Le Fata Morgana est le premier cinéma permanent en 1907 à Bâle.. L'Alhambra, construit par l'architecte Paul Perrin, est inauguré le ; c'est l'une des premières salles conçues en Suisse pour présenter à la fois des spectacles de scène et des films. Elle était alors la plus grande de Suisse avec ses et fut la première à pouvoir projeter des films sonores et parlants dès 1928..
Jusqu'à la fin des années 1920, la production du cinéma en Suisse est rare, mais les montagnes et les lacs servent pendant des décennies de décors aux réalisateurs du monde entier. Avec la Première Guerre mondiale et en raison de la neutralité suisse, les salles de cinéma subissent le boycott des sociétés étrangères. En conséquence des sociétés suisses telles que Eos-Film à Bâle, Iris à Zurich et Lumen-Film à Lausanne sont contraintes de réaliser elles-mêmes leurs propres films. En 1918 s'ouvre la première école d'art dramatique Kinotheaterschuhle à Bâle..
Premiers films suisses Le premier film suisse possédant une ambition internationale est Les Origines de la Confédération réalisé en 1924 par Émile Harder, un suisse de l'étranger qui souhaitait offrir à son pays une fresque cinématographique sur les légendes fondatrices de la Suisse, en particulier Guillaume Tell et le serment du Grütli. En 1923, le cinéaste d'origine belge Jacques Feyder réalise Visages d'enfants (sorti en 1925) qui se déroule dans un village de montagne en Valais avec le jeune Jean Forest (). C'est l'un des premiers longs-métrages qui donne un rôle dramatique de premier plan à un enfant..
vignette|Timbre édité par la Poste en 1995 en l'honneur de Michel Simon (La Vocation d'André Carel).|210x210px En 1925, le genevois Jean Choux réalise son premier film, La Vocation d'André Carel en décors naturels autour du lac Léman selon des méthodes de productions artisanales semblables à celles plus tard de la Nouvelle Vague française. C'est le tout premier grand rôle de Michel Simon au cinéma..
En 1929, le premier congrès international de cinéma indépendant (CICI) se tient au château de La Sarraz avec le célèbre cinéaste Sergueï Eisenstein et l'avant-garde du cinéma mondial..
Jusqu'au début des années 1930, il n'y a pas de société de production cinématographique en Suisse et la réalisation de chaque film est une entreprise individuelle. Une des principales raisons de cette lacune est le petit nombre d'habitants et la division de la population en quatre zones linguistiques (allemand, français, italien et romanche) culturellement distinctes. Pour pouvoir travailler en tant que cinéaste, il fallait alors partir à l'étranger.
Cinéma sonore Année 30 La naissance d'une production suisse coïncide avec les débuts du cinéma sonore. À partir de 1933, l'émigration en provenance d'Allemagne, en raison du troisième Reich, est bénéfique pour la ville de Zurich qui voit de nombreuses personnalités artistiques allemandes s'installer au de Zurich et les techniciens suisses de cinéma ayant travaillé en Allemagne rentrent au pays.
En 1933, Les effets de la vérité de Walter Lesch et Richard Schweizer est le premier film sonore entièrement produit en Suisse et le premier en dialecte alémanique. Le dialecte alémanique connaît son apogée dans les années 1950 et il a eu un rôle dominant jusqu'aux années 1990 car il renforce l'identité culturelle de la majorité alémanique suisse et le besoin de se distinguer de l'Allemagne.
Seconde Guerre mondiale Pendant la Seconde Guerre mondiale, la production intérieure des films suisses connaît un bref essor, car les circonstances exceptionnelles obligent l'État suisse à prendre des mesures de contrôle et de limitation contre les importations de films. Dès la mobilisation en Suisse de 1939, une censure est introduite afin d'assurer la sécurité du pays en matière d'information. Les ouvrages, notamment les films, en faveur de l'un ou l'autre des belligérants sont interdits. Des films suisses, comme De achti Schwyzer (1940) d'Oskar Wälterlin (directeur du Schauspielhaus de 1938 à 1961), subissent également la censure qui va durer jusqu'en 1945.
Ciné-journal suisse
Le Ciné-Journal suisse est né en 1939 dans le courant de la censure politique et dans le but de contrôler l'information. Il est le principal moyen d'information politique audiovisuelle de la Suisse de 1940 à 1975.Il est diffusé chaque semaine en allemand, français et italien, en avant-programme dans toutes les salles de cinéma. Les éditions durent sept à huit minutes et traitent cinq à sept sujets.
Durant la Seconde Guerre mondiale, ses premières éditions sont soumises à la censure militaire. Les actualités cinématographiques du Ciné-Journal suisse constituaient la seule possibilité d'information, parallèlement à la radio et aux journaux, avant que n'apparaisse le téléjournal en 1954. Le caractère obligatoire de la diffusion du Ciné-Journal suisse est supprimé en 1946, il est transformé en magazine hebdomadaire à thème unique en 1970. Son importance décline régulièrement pour disparaître en 1975 en raison de la concurrence de la télévision suisse. Le Ciné-Journal suisse a diffusé, durant 35 ans, plus de .
Société Praesens Film vignette|Montgomery Clift dans Les Anges marqués () de Fred Zinnemann (1948). La société de production Praesens-Film est créée à Zurich en 1924 par Walter Mittelholzer et Lazar Wechsler. À cette époque la Suisse est l'un des derniers pays européens à ne pas disposer d'une industrie cinématographique puissante. Praesens-Film acquiert une réputation internationale avec un cinéma synonyme d'engagement humaniste et de qualité. Elle a célébré ses plus grands succès dans les années 1930 et 1940 avec notamment quatre oscars et plus de quarante films dont plusieurs sont d'une réelle valeur artistique. : 1938 : Le Fusilier Wipf réalisé par Hermann Haller et Leopold Lindtberg, avec Paul Hubschmid dans le rôle de Reinhold Wip, garde-frontière pendant la Première Guerre mondiale ; 1939 : L'or dans la montagne de Max Haufler, d'après le roman Farinet ou la Fausse Monnaie de Charles Ferdinand Ramuz, avec Jean-Louis Barrault dans le rôle de Joseph-Samuel Farinet ; 1939 : L'Inspecteur Studer de Leopold Lindtberg avec Heinrich Gretler ; 1941 : Roméo et Juliette au village d'Hans Trommer et Valérian Schmidely ; 1941 : Landammann Stauffacher de Leopold Lindtberg, avec Heinrich Gretler ; 1941 : Gilberte de Courgenay de Franz Schnyder ; 1943 : La nuit sans permission (Wilder Urlaub) de Franz Schnyder avec Robert Trösch ; 1944 : Marie-Louise de Leopold Lindtberg obtient l'Oscar du meilleur scénario original pour Richard Schweizer ; 1945 : La Dernière Chance de Leopold Lindtberg, Palme d'or au Festival de Cannes est une œuvre clé de l'histoire du cinéma suisse. Dans le nord de l'Italie en 1943, un lieutenant britannique et un sergent américain, prisonniers de guerre, s'évadent et aident des réfugiés juifs à passer la frontière vers la Suisse ; 1948 : Les Anges marqués () film helvético-américain coproduit avec la Metro-Goldwyn-Mayer de Fred Zinnemann avec Montgomery Clift dans le rôle du soldat américain,Oscar du meilleur scénario adapté pour le scénariste Richard Schweizer, trois Golden Globes dont un prix d'interprétation pour le jeune Ivan Jandl. ; 1949 : Swiss Tour de Leopold Lindtberg avec Cornel Wilde, Josette Day et Simone Signoret ; 1953 : Le Village près du ciel (Sie fanden eine Heimat) de Leopold Lindtberg avec John Justin et Eva Dahlbeck. Dans les années 1960, la société Praesens-Film ne connaît plus de grands succès et le cinéma suisse subit une grande crise à cause de la désaffection du public due à l'apparition de la télévision. De nombreuses sociétés de production ferment. Praesens Film est la plus ancienne société cinématographique encore existante dans le pays, mais elle agit principalement en tant que distributeur de ses propres productions cinématographiques..
Années 1950 Cinémathèque suisse
vignette|190x190px|Le Casino de Montbenon. En 1943, les Archives cinématographiques suisses sont créées à Bâle. L'institution est transférée à Lausanne en 1949 sous la dénomination de Cinémathèque suisse. Elle est reconnue comme l'une des dix plus importantes cinémathèques du monde par l'étendue, la diversité et la qualité de ses collections liées à l'histoire du cinéma. Sous l'impulsion de son directeur Freddy Buache (1951 à 1996), la Cinémathèque suisse joue un rôle central dans l'établissement d'une culture cinématographique en Suisse, en particulier par le biais des ciné-clubs. Elle possède des salles de projection au casino de Montbenon à Lausanne, un centre d'archivage à Penthaz et un centre de documentation à Zurich.
Festival de Locarno
vignette|190x190px|La Piazza Grande Le festival international du film de Locarno est créé en 1946, il est le principal festival cinématographique de Suisse consacré au cinéma d'auteur. Il a lieu au mois d'août dans la ville de Locarno au Tessin et il est reconnu par la Fédération internationale des associations des producteurs de films (FIAPF) dans la liste des treize festivals compétitifs, à l'instar des festivals tels que le Festival de Cannes, la Mostra de Venise et la Berlinale. Les films en compétition sont projetés le soir sur l'immense Piazza Grande qui peut accueillir . La récompense principale décernée par le jury est le Léopard d'or (Pardo d'oro).
Années 1950 vignette|Ça s'est passé en plein jour|268x268px Le cinéma suisse des années 1950 voyait encore le monde avec les yeux du . La modernité suscitait chez plusieurs réalisateurs helvétiques un malaise, voire l'hostilité. Le saint-gallois Kurt Früh a façonné le cinéma suisse avec plusieurs films qui marquent l'apogée du cinéma en dialecte alémanique avec une grande popularité. Il se spécialise dans les histoires du milieu bourgeois de Suisse allemande comme Unser Dorg (1953) en compétition au Festival de Cannes, (1955), Oberstadtgass (1956), (1957), Café Odéon et tous les deux réalisés en 1959.
Le bernois Franz Schnyder aborde comme principaux thèmes des sujets paysans, les glaciers et les villages comme notamment avec Gilberte de Courgenay (1941), Wilder Urlaub (1943), Uli, der Knecht (1954), Uli der Oächter (1955) d'après le romancier bernois Jeremias Gotthelf, Heidi et Pierre, le premier film en couleur en Suisse (1955) et Der 10. Mai (1957)..
Ladislas Vajda réalise Ça s'est passé en plein jour (1958) avec Michel Simon, Gert Fröbe et Heinz Rühmann, une coproduction entre la Suisse (Praesens Film), l'Allemagne de l'Ouest et l'Espagne avec un scénario original du dramaturge Friedrich Dürrenmatt..
Nouveau cinéma suisse Renouveau en Suisse romande Dès les années 1960, des pionniers francophones se placèrent soudain à l'avant-garde du cinéma suisse.