La loi relative à l’occupation des travailleurs étrangers est une loi fédérale belge, édictée le sous le Gouvernement Dehaene II. Publiée au Moniteur belge le , elle a été mise en place dans le but d’instaurer une règlementation appropriée concernant la matière visée à son titre : l’occupation des travailleurs étrangers.

Contextualisation C'est dans les années 1920, dans le contexte d’une crise industrielle majeure consécutive à la Première Guerre mondiale, la première loi concernant la réglementation en matière d’occupation des travailleurs étrangers a vu le jour. Face à cette période entrainant une pénurie de main-d'œuvre, la Belgique a fait appel aux travailleurs étrangersV. Melis, S. Sarolea, Autorisation et permis de travail : L'occupation salariée des travailleurs de nationalité étrangère en Belgique, Kluwer, Waterloo, 2014, .. Toutefois, la réelle mise en place en la matière a été régie des années plus tard, par la Convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951. Celle-ci a permis d’accorder un statut plus favorable ainsi que des protections aux travailleurs étrangersA. Amallah, L'accès au marché du travail, Kluwer, 2016, .. À la suite de quoi, l'article 6 du Pacte international de 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels est venu reconnaitre le droit au travail « qui comprend le droit qu'a toute personne d'obtenir la possibilité de gagner sa vie par un travail librement choisi ou accepté, et définit des mesures appropriées pour sauvegarder ce droit »Pacte international de 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, art. 6.. C’est avec la mise en place de ces deux règlementations qu’en 1967, la législation en la matière commence considérablement à se densifier en BelgiqueV. Melis, S. Sarolea, Autorisation et permis de travail : L'occupation salariée des travailleurs de nationalité étrangère en Belgique, Kluwer, Waterloo, 2014, .. Notamment avec, dans la même année l’apparition l’arrêté royal du relatif à l'occupation de travailleurs de nationalité étrangèreArrêté royal du 20 juillet 1967 relatif à l’occupation de travailleurs de nationalité étrangère ainsi, que celle de l’arrêté royal du relatif aux conditions d’octroi et de retrait des autorisations d’occupation et des permis de travail pour les travailleurs de nationalité étrangère. Ces deux arrêtés royaux ont été modifiés à plusieurs reprises jusqu’au , où ils ont été intégrés à la loi relative à l’occupation des travailleurs étrangers afin d’instaurer un cadre légal dans la matière reprise à son titre.

Projet de loi La loi du entend remplacer l’ancien système prévu par l’arrêté royal du relatif à l'occupation de travailleurs de nationalité étrangère en créant un nouveau cadre juridique régissant l’occupation des travailleurs étrangers. Comme le précise le législateur, dans le projet de loi, les nouvelles dispositions s’appliquent aussi bien aux travailleurs étrangers qu’aux employeurs belges.

Ce nouveau système repose sur un principe fondateur qui est celui du permis de travail (A, B ou C). En effet, un employeur souhaitant engager un travailleur étranger, doit demander, dans la Région dans laquelle il exerce, une autorisation d’occupation au bénéfice de ce dernier. Si la Région décide d’accorder l’autorisation d’occupation, alors l'employeur pourra engager le travailleur étranger. A contrario, l'employeur ne pourra pas engager le travailleur étranger mais l'un et l'autre disposent d'un droit de recours. Ce recours peut être intenté par le travailleur étranger et l’employeur; il revient au ministre de trancher en appel de cette questionProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

À côté de ce système, le législateur crée deux autres procédures : l’autorisation collective d’occupation et l’autorisation provisoire d’occupation. La première procédure avait pour but de freiner la multiplication des dossiers et ainsi faciliter l’accès à l’emploi pour les personnes étrangères. La seconde procédure visait quant à elle les demandeurs d’emploi étrangers qui se sont rendus en Belgique afin d’y demander l'asile ; c’est une autorisation provisoire qui est alors délivrée en attendant que la demande d’asile soit analysée par l’administrationProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

Le législateur de 1999 réserve au Roi la tâche de définir les différentes catégories de permis, les conditions ainsi que la procédure entourant l’autorisation d'occupation.

De plus, cette disposition institue le Conseil consultatif de la main-d’œuvre étrangère qui tente de faciliter le travail des étrangers. Le législateur prévoit également la rédaction, par le Parlement, de rapports annuels sur le travail des étrangers.

Enfin, le législateur précise dans la loi du trois dérogations au nouveau cadre juridiqueProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, . : Dans certains cas, le travailleur étranger n’obtiendra pas nécessairement de permis de travail après que la Région ait octroyé à l’employeur l’autorisation d’occupation. Ensuite, le travailleur étranger peut obtenir un permis de travail sans que l’employeur n’ait demandé à la Région une autorisation d’occupation. Enfin, une dernière situation peut se présenter, celle dans laquelle le travailleur étranger et l’employeur ne doivent obtenir ni autorisation d’occupation ni permis de travail pour que l’employeur puisse l’engager.

Ratio legis de la loi Au travers des travaux préparatoires de la loi, il appert que le législateur s'est assigné plusieurs objectifs dans la loi du . Il y en a six :

La concordance, l'accessibilité et la clarté des dispositions Il y a à l’époque, un souci de concordance, d’accessibilité et de clarté de la loi. En effet, depuis l’arrêté de pouvoirs spéciaux n°34 du relatif à l’occupation de travailleurs de nationalité étrangère, de nombreux arrêtés sont venus compléter la disposition, la rendant ainsi illisible et peu en adéquation avec les évolutions sociétales. C’est pourquoi, le législateur a décidé de coordonner les textes afin de les rendre plus lisibles et accessibles à la population. Ce premier objectif aboutit à la rédaction de nouvelles définitions pour les termes « ressortissants » et « travailleurs étrangers » ainsi qu’à l’insertion d’une possibilité de recours pour le travailleur étranger et l’employeur dans le cas où la Région refuse d’octroyer l’autorisation d’occupationProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé des motifs, ..

L'actualisation de la réglementation en matière d'occupation des travailleurs étrangers Le législateur tente d’actualiser la réglementation en matière d’occupation des travailleurs étrangers. C’est pour cette raison que la loi du fait mention des procédures d’autorisation collective et provisoire d’occupation qui étaient jusque-là uniquement présentées dans une circulaire. Cet objectif d’actualisation passe également par l’abrogation de nombreuses mesures présentes dans l'arrête . C’est le cas de l’article 2bis qui fait mention d’une liste exhaustive des personnes exclues du champ d’application de la loi ou encore de l’article 6 qui présente la possibilité pour un travailleur étranger de travailler avant que celui-ci ait obtenu l’autorisation de la RégionProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé des motifs, ..

L'évolution constitutionnelle Le législateur tient également compte de l’évolution constitutionnelle pour la rédaction de la nouvelle loi. En effet, lors de la seconde réforme institutionnelle de l’État belgeSeconde réforme institutionnelle de l’État belge., les Régions se voient octroyer plus de compétences en ce compris celle de la délivrance des autorisations d’occupation et des permis de travail. Il revient également aux Régions de statuer lors d’un recours sur la demande d’autorisation d’occupationProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

Le contexte européen Le contexte européen enjoint le législateur à modifier le régime en place. Tout d’abord parce que les articles 11 et 19 de l’arrêté des pouvoirs spéciaux Arrêté des pouvoirs spéciaux faisaient encore mention de la CECA mais aussi à cause de l’arrêt Van der Elst de la Cour de Justice des Communautés Européennes qui marque un revirement jurisprudentiel de la part de la Cour. En effet, la Cour estime que le régime mis en place par les Communautés Européennes présente une entrave à la libre circulation des servicesProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

Les possibilités de recours En sus de la possibilité de recours mis en place par le législateur, le délai de recours est rallongé de 10 jours à un mois et il revient au Roi de définir les procédures de ces recoursProjet de loi relatif à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

L'assise légale du Conseil consultatif de la main d'œuvre étrangère Le législateur intègre dans la loi une assise législative à la création du Conseil consultatif de la main-d’œuvre étrangère afin que celui-ci puisse prendre part à la concertation entre les institutionsProjet de loi relative à l'occupation des travailleurs étrangers, exposé introductif, ..

Critiques et réactions La loi du relative à l’occupation des travailleurs étrangers en Belgique a été critiquée peu de temps son entrée en vigueur. Les critiques et réactions de la population ont été constatées lors des recours en annulations et questions préjudicielles posées à la Cour Constitutionnelle.

Critiques et réactions sur recours en annulation L'ASBL mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie a introduit en 2001 un recours en annulation contre ladite loi devant la Cour Constitutionnelle, qui à cette époque était la Cour d’arbitrage. Jugeant la loi discriminatoire à l’égard d’une partie de la population, notamment les citoyens de nationalité étrangère, l'ASLB a estimé que certains de ses articles, notamment les articles 2, 3, 4, 9 et 12, 1°, b) et c), étaient contraires à certaines dispositions internationales telles que la Convention de Genève du 28 juillet 1951 et le Pacte international de 1966 relatif aux droits économiques, sociaux, et culturelsC.A., 29 mars 2001, , 2001.. Mais elle l’a également jugée contraire à des dispositions nationales, telles que les articles 10 et 11 de la Constitution belge qui promulguent l'égalité et la non-discrimination.

Bien que la Cour ait pu rejeter le recours, trois critiques principales ont été mises en évidence à l’égard de la loi : La différence de traitement entre citoyens belges et citoyens étrangers, La différence de traitement entre les catégories d’étrangers en fonction de leurs titres de séjour, Le fait que la conception des travailleurs immigrés tel que décrite dans la loi n'est pas représentative de la situation de 2001.

Critiques et réactions sur questions préjudicielles Cette loi a continué au fil des années à soulever des interrogations auprès de la population. En effet, trois questions préjudicielles ont été formulées, soulevant chacune différentes critiques sous forme d’interrogations.

En 2014, la critique soulevée était essentiellement la trop grande délégation de pouvoir confiée au Roi puisque la loi l’habilite en matière de détermination des catégories de permis de travail et d’autorisation d’occupation et lui permet ainsi de décider de leurs conditions d’octroiC.C., 3 avril 2014, , 2014..

Puis en 2018, la critique soulevée était que le permis de travail évoqué dans ladite loi était contraire à certaines dispositions constitutionnelles ainsi qu’à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentalesC.C., 19 juillet 2018, , 2018.. Puisqu’il reste obligatoire pour les travailleurs étrangers d’avoir un permis de travail bien que leurs titres de séjour leur aient été accordés.