Peadar O'Donnell ( ; - ) est un des militants les plus importants du mouvement socialiste en Irlande au .
Militant syndicaliste, puis membre éminent de l'IRA, O'Donnell se fait connaître comme républicain irlandais et activiste socialiste de premier plan. Outre son activité d'homme politique, il est aussi connu comme écrivain.
Biographie
Jeunesse Peadar O'Donnell nait en 1893, dans une famille de langue irlandaise à Meenmore, près d'An Clochán Liath, dans le comté de Donegal, au nord-ouest de l'Irlande. Il est le cinquième fils de James O'Donnell, un violoniste local populaire, qui gagne sa vie grâce à sa petite exploitation, à son travail de saisonnier en Écosse et à son travail en hiver dans un moulin local, et de Brigid Rogers, issue d'un milieu ouvrier radical et nationaliste, qui travaille dans un magasin coopératif local. Son oncle Peter est membre du syndicat des Industrial Workers of the World (Travailleurs industriels du monde, IWW) à Butte, dans le Montana, et Peadar le rencontre lors des retours de son oncle en Irlandehttp://www.rte.ie/radio1/doconone/2009/0621/646079-peader/ Peadar O'Donnell at 90, RTÉ Radio 1 Documentary.
O'Donnell fréquente le St Patrick's College à Dublin, où il suit une formation d'enseignant jusqu'en 1913. Il retourne ensuite au Donegal où il enseigne à Inishfree, Derryhenny, puis sur l'île d'Arranmore où il commence à écrire ses premières œuvres littéraires. C'est également à cette période qu'il rencontre véritablement les idées du socialisme. En effet, il prend alors fait et cause pour les travailleurs locaux, habitués des migrations saisonnières en Écosse, où il se rend pour les défendre, y rencontrant des militants syndicaux. En 1918, il devient un militant syndical à plein temps du Syndicat irlandais des transports et autres travailleurs (Irish Transport and General Workers' Union, ITGWU) et un animateur pour les comtés du Nord.
Guerre d'Indépendance irlandaise En 1919, Peadar O'Donnell est l'un des principaux organisateurs de l'ITGWU. Il tente d'organiser à Derry une unité de l'Irish Citizen Army (l'Armée irlandaise des citoyens, ICA) la milice socialiste liée au mouvement syndical qui a pris part à l'insurrection de Pâques. Cette tentative ayant échoué, O'Donnell rejoint l'Irish Republican Army (Armée irlandaise républicaine, IRA), et y est actif pendant la guerre d'Indépendance irlandaise (1919-1921). Au cours de cette période, il dirige les activités de guérilla de l'IRA dans le comté de Derry et de Donegal, qui organise principalement des raids contre la Royal Irish Constabulary et les casernes de l'armée britannique. En , il dirige un détachement de l'IRA pour rétablir l'ordre à Derry, après les attaques de l'Ulster Volunteer Force (UVF) et du régiment du Dorset de l'armée dirigées depuis avril contre des résidents de la villeThe Outrages by Pearse Lawlor, pages 16-18.
En 1921, il devient commandant de la Brigade de la Division des Volontaires du Nord de l'IRAO'Donnell, Peadar The Knife, Irish Humanities Centre, 1980, p.6 . Il devient connu à cette époque comme un officier têtu et parfois insoumis car il lance souvent des opérations sans en avoir reçu l'ordre et au mépris des directives de ses supérieurs de l'IRA. O'Donnell tente également de faire basculer les décisions des tribunaux du Dáil quand il estime qu'ils défendent les intérêts des grands propriétaires fonciers et empêche la Police républicaine irlandaise d'exécuter dans sa zone de brigade de tels jugements, en particulier ceux des tribunaux d'arbitrage foncier. Au printemps 1921, O'Donnell et ses hommes doivent échapper à un balayage du comté par plus de britanniquesÓ Drisceoil, Donal (2001). Peadar O'Donnell. Cork University Press. ..
Guerre civile irlandaise Après la ratification du traité anglo-irlandais de 1922 par une majorité du Dáil, le mouvement républicain est divisé sur l'opportunité d'accepter ce compromis, qui met fin à court terme aux espoirs d'une République irlandaise, mais qui signifie un État libre irlandais indépendant immédiatement. L'IRA se divise entre ceux qui refusent d'abandonner le projet républicain et d'accepter la partition, qui forment l'IRA "irrégulière" et ceux qui vont former l'Armée nationale irlandaise (INA) de l'État libre. O'Donnell fait partie de ceux qui sont opposés à ce compromis et en , il est élu, avec Joe McKelvey, représentant de l'Ulster au sein de l'exécutif de l'IRA anti-traité. En avril, il fait partie des hommes de l'IRA qui prennent le contrôle du bâtiment des Four Courts à Dublin, événement déclencheur de la Bataille de Dublin, le premier affrontement de la guerre civile irlandaise avec le nouveau gouvernement de l'État libre. O'Donnell parvient à s'échapper du bâtiment des Four Courts après son bombardement et sa reddition, mais il est ensuite capturé par l'Armée de l'État libre. O'Donnell est alors emprisonné, à Mountjoy Gaol d'abord, puis au camp de Curragh. Après la fin de la guerre civile, il participe à la grève de la faim républicaine de masse qui a été lancée pour protester contre l'emprisonnement permanent des hommes de l'IRA, il reste alors en grève de la faim pendant 41 jours. L'expérience de la prison de O'Donnell et son évasion en sont décrites dans ses mémoires de 1932, The Gates Flew OpenO’Donnell, Peadar The Gates Flew Open (1932).
Socialisme Contrairement à de nombreux républicains irlandais de l'époque, O'Donnell ne voit pas la cause républicaine uniquement en termes nationalistes irlandais. O'Donnell milite également pour une révolution sociale dans une Irlande indépendante, se considérant comme un disciple de James Connolly, le républicain socialiste exécuté pour sa participation à l'Insurrection de Pâques. De 1919 à 1923, l'Irlande connaît de nombreux troubles sociaux, des occupations de terre par les paysans locataires des grands propriétaires dans les zones rurales et des occupations d'usine par les ouvriers. O'Donnell est d'ailleurs considéré comme le premier Irlandais à utiliser le terme occupation en relation avec l'occupation d'un lieu de travail, lorsque, avec le personnel de l'hôpital de Monaghan, il participe à son occupation en 1919. « L'occupation a été, en fait, la première action en Irlande à se décrire comme un soviet et le drapeau rouge a été hissé au-dessushttp://www.irishleftreview.org/2010/04/28/book-review-peadar-odonnell-donal-drisceoil/ William Wall in Irish Left Review. » C'était également l'un des premiers soviets déclarés hors de Russie. O'Donnell devient gouverneur du Soviet, déclare la semaine de 48 heures pour tous les travailleurs et limoge l'infirmière-chef pour insubordination. Finalement, les travailleurs reprennent le travail contre un accord. Cette occupation lance le mouvement des « Soviets irlandais », qui dure jusqu'en 1923.
O'Donnell pense que l'IRA doit coller aux revendications populaires et adopter une orientation socialiste pour soutenir la redistribution des terres et les droits des travailleurs. Il attribue le manque de soutien de la population irlandaise lors de la guerre civile aux républicains anti-traité à l'absence d'un véritable programme social. Certains républicains, notamment Liam Mellows, partagent le point de vue de O'Donnell. De fait, à la suite des occupations spontanées de terres, le Land Act de 1923 consacre une grande redistribution des terres des propriétaires absents aux locataires dans le nouvel État libre.
Politique après la guerre civile En 1923, alors qu'il est emprisonné, il est élu Teachta Dála (député, TD) pour le Sinn Féin dans le Donegal. En 1924, à sa sortie d'internement, O'Donnell devient membre du Conseil exécutif et du Conseil de l'armée de l'IRA. Il prend également la direction du journal républicain An Phoblacht. O'Donnell ne siège pas au Dáil, dont il nie avec les républicains la légitimité, et ne se présente pas aux élections générales de . Il essaye d'orienter l'IRA vers des positions de gauche et crée à cet effet des organisations comme lIrish Working Farmers' Committee (Comité des travailleurs agricoles irlandais, IWFC), qui envoie des représentants en Union soviétique et adhère à la Krestintern. O'Donnell fonde également la Anti-Tribute League (Ligue anti-tribut, ATL), qui s'oppose au remboursement des rentes au gouvernement britannique en vertu des Lois sur la terre irlandaiseCelles-ci étaient fixées à un taux de livres par an, un coût énorme pour le nouvel État ; elles cessent lorsque Éamon de Valera accède au pouvoir en 1932. En représailles, le gouvernement britannique déclare la guerre économique ; la question des paiements est résolue en 1938 par un accord selon lequel l'Irlande doit payer à la Grande-Bretagne 10 millions de livres sterling.. O'Donnell fonde en 1931 un parti républicain socialiste de courte durée, Saor Éire, qui devait donner à l'IRA un programme politique clair et développer son influence dans les secteurs populaires.
Dans les années 1930, O'Donnell et l'IRA se retrouvent en conflit avec leurs anciens ennemis de la guerre civile. Éamon de Valera, qui a fondé le Fianna Fáil avec des républicains anti-traité, arrive au pouvoir en Irlande en 1932, puis légalise l'IRA en 1932-1936. O'Donnell annonce qu'il n'y aura , c'est-à-dire pour le Cumann na nGaedheal, le parti formé par les anciens républicains ayant accepté le traité anglo-irlandais et la partition de l'Irlande. Ses hommes attaquent alors les réunions politiques du Cumann na nGaedheal. À la même époque, Eoin O'Duffy, ancien général de l'armée irlandaise et commissaire de la Garda Síochána, fonde la milice fasciste des Blueshirts, qui attaque les réunions républicaines. De violents affrontements opposent alors régulièrement les deux partis, avant l'interdiction des Blueshirts et de l'IRA.
Le Congrès républicain droite|vignette|220x220px| Le drapeau du Congrès républicain, le Starry Plough. Les tentatives répétées de O'Donnell pour persuader le reste de l'IRA de devenir une organisation socialiste échouent. Finalement, O'Donnell et d'autres républicains de gauche quittent l'IRA en 1934 pour fonder le Congrès républicain avec d'autres socialistes, communistes et membres de Cumann na mBanDonal Ó Drisceoil, Peadar O'Donnell, Cork, 2001, .. Bien qu'ils aient quitté l'IRA, O'Donnell et d'autres sont jugés par contumace par une cour martiale de l'IRA présidée par Seán Russell qui les exclue « avec ignominie ».
L'objectif primordial du Congrès républicain est le maintien d'un front uni contre le fascismeDonal Ó Drisceoil, Peadar O'Donnell, Cork, 2001, ..
Le point culminant du Congrès républicain se situe entre mai et septembre 1934, il connaît alors un succès remarquable en tant qu'organisation faîtière pour l'agitation de classe. Cela provoque la colère des dirigeants de l'IRA, qui interdisent à leurs membres d'y adhérer. Cela conduit à de nombreuses défections au sein de l'IRA au profit du Congrès républicain à Dublin, et au succès spectaculaire de celui-ci dans l'organisation des protestants de Belfast sous sa bannière.
En juin 1934, lors d'une marche républicaine au cimetière de Bodenstown pour honorer le père fondateur du républicanisme irlandais, Theobald Wolfe Tone les républicains de la branche du Congrès républicain de Shankill Road de Belfast, dont le capitaine Jack White, se heurtent à l'IRA. Beaucoup sont protestants et membres du Parti socialiste d'Irlande du Nord, ils portent des banderoles avec des slogans comme « Rompre avec le capitalisme » et « Irlandais unis de 1934 » (en référence au mouvement des Irlandais unis de 1798). Les dirigeants de l'IRA cherchent à empêcher le contingent de Belfast de porter leurs bannières et tentent de les saisir, à la surprise de la plupart. Se défendant d'agir par sectarisme religieux, l'IRA justifie cette action par son refus des mots d'ordre marxistes.