vignette|redresse| Léonard de Vinci, La Dame à l'hermine (1488-1490).|alt=Image montrant un portrait de trois-quart, le visage tourné vers le spectateur et faisant un geste de la main. Elle porte une robe somptueuse et un collier de perles, la tête enveloppée d’un précieux voile transparent. La Renaissance lombarde concerne Milan et les territoires qui y sont soumis. La transition de la période gothique internationale lombarde vers le nouveau monde humaniste se produit avec la passation du pouvoir des Visconti aux Sforza au milieu du . Dans la seconde moitié du siècle, l'histoire artistique lombarde se développe sans heurts avec des influences tour à tour florentines, ferraraises et padouanes, sans oublier les références à la culture antérieure. Avec l'arrivée de Bramante en 1479 et de Léonard de Vinci en 1482, Milan atteint des sommets artistiques dans le panorama italien et européen, démontrant la possibilité d'une cohabitation entre des avant-gardes artistiques et le substrat gothique.

Les Visconti vignette|redresse|La cour du château Visconti de Pavie (1360-1365) vignette| Masolino, Le Festin d'Hérode, Castiglione Olona.|alt=Image d'une peinture montrant sous un grand arc, à gauche un banquet, avec Hérode en tête de table et trois invités et devant eux, debout plusieurs dignitaires. Au-dessus, au-delà d'une frise d'angelots et de festons, se trouve une petite loggia avec des arcs. À droite, sous un très long portique avec des colonnes et des arcs en plein cintre se déroule la scène de la remise par Salomé à Hérodiade de la tête de Saint Jean-Baptiste. En arrière-plan, se trouve un paysage montagneux avec au loin l'enterrement du Baptiste.

Dans la première moitié du , Milan et la Lombardie constituent la région italienne où le style gothique international connaît le plus grand succès, à tel point qu'en Europe, l'expression « ouvrage de Lombardie » est synonyme d'un objet de fabrication précieuse, en référence principalement aux miniatures et orfèvreries qui sont la manifestation d'un goût exquis, courtois, élitiste et raffiné.. Après le mariage de Galéas II Visconti avec la sœur d'Amédée VI de Savoie, la culture chevaleresque française et anglaise gagne la Lombardie. Le mariage de leurs enfants avec des membres des familles royales anglaise et française laisse sa marque sur l'idéologie et la culture de la cour. Le grand château, qu'il fait construire à Pavie, est meublé dans le style d'un château français alors qu'il s'agit d'un édifice fortifié imposant. Gian Galeazzo, qui lui succède, fait construire la grande chartreuse qui doit contenir son mausolée. L'esprit de cour y gagne jusqu'au cellules des moines transformées en petites maisons de « courtisans » avec loggias.

Les contacts avec l'avant-garde artistique toscane et flamande sont assez fréquents, grâce à un réseau particulièrement bien organisé de relations commerciales et dynastiques. Des ouvriers français, bourguignons, allemands et italiens travaillent sur le chantier de construction de la cathédrale de Milan commencé en 1386, où ils développent un style international, notamment dans la fabrique de sculptures, élément indispensable de la réalisation de l'impressionnant ensemble décoratif de la cathédrale.

Déjà vers 1435, Masolino da Panicale travaille à Castiglione Olona, près de Varèse, révélant certaines innovations dans l'utilisation de la perspective, cependant atténuées par une prise en compte de la culture figurative locale qui rend le nouveau message difficilement compréhensible.

Francesco Sforza (1450-1466) vignette|redresse| Bonifacio Bembo, Portrait de Francesco Sforza, Pinacothèque de Brera, Milan.|alt=Portrait de profil d'un homme tourné vers la droite richement habillé, portant un haut couvre chef rouge d'où dépassent sur l'arrière des cheveux noirs boucles. Après la tentative utopique de relancer les institutions municipales à la mort de Filippo Maria Visconti avec la République Ambrosienne (1447-1450), la transmission du pouvoir aux Sforza, avec Francesco, époux de Bianca Maria Visconti, ressemble presque à une succession légitime, sans rupture nette avec le passé..

Dans le domaine artistique aussi, Francesco, et en grande partie de ses descendants, partage le goût des Visconti pour le faste : de nombreux « artistes Visconti » font l'objet de commandes, comme Bonifacio Bembo. Malgré cela, l'alliance avec Florence et les contacts répétés avec Padoue et Ferrare favorisent une pénétration de l'esprit de la Renaissance, notamment par l'échange d'enlumineurs. vignette|redresse| Le cloître des thermes de l'ancien Ospedale Maggiore, Milan.|alt=Image photographique d'un cloître. Deux colonnes au premier plan encadrent une cour verdoyante et un rond central avec au fond deux ailes à angle droit d'un édifice constitué s'arcades superposées sur deux niveaux surmontés par une toiture.

Architecture Pour consolider son pouvoir, refermer la parenthèse républicaine et restaurer une autorité bafouée, Francesco reconstruit immédiatement le château de la Porta Giovia, la résidence milanaise des Visconti, détruit par les insurgés de 1448. Il est prince devant son peuple et devant Dieu, et parce qu'il est prince, sa demeure doit parler le langage impressionnant du pouvoir de contrainte. La citadelle doit imposer par sa seule présence aux marges de la ville.

En architecture, son engagement le plus significatif reste celui de la cathédrale alors que les édifices des Solari se tournent encore vers la tradition gothique ou même vers le roman lombard. Afin de gagner ses sujets à sa cause, il commande par ailleurs des ouvrages conçus pour révéler tout l'intérêt qu'il porte à leur bien-être spirituel, social et économique.

Pour marquer sa légitimité et sa piété, il fait construire un nouveau cloître dans la chartreuse de Pavie et confirme les privilèges historiques des moines. La chartreuse est significative d'une collaboration triomphale et continue entre le duc et l'Église.

Le Filarète Le Florentin Filarète, qui séjourne à Milan à partir de 1451, est le premier artiste significatif de la Renaissance à y demeurer. Recommandé par Pierre de Médicis, il se voit confier d'importantes commandes grâce à son style composite qui conquiert la cour des Sforza. Il est un partisan des lignes simples, mais il ne déteste pas une certaine richesse décorative, n'appliquant pas avec rigueur la « grammaire des ordres » de Brunelleschi. Il est chargé de la construction de la tour du château, de la cathédrale de Bergame et de l'Ospedale Maggiore..

Soutenu par Cicco Simonetta, le chancelier ducal, et les humanistes présents à la cour, Le Filarète incite Francesco Sforza à abandonner le style gothique « moderne » au profit du langage antique prôné par les maîtres florentins. Il se heurte à l'opposition des artisans locaux et ne parvient pas à imposer la démilitarisation symbolique du Castello : les tailleurs de pierre rejettent les guirlandes all'antica en marbre qui doivent orner la façade du château des Sforza reconstruit car elles sont coûteuses, longues à exécuter et qu'elles ne résistent pas aux intempéries. Dans les années 1490, les artistes lombards ont néanmoins accumulé un véritable répertoire de formes et de motifs classicisants, empruntés pour l'essentiel aux médailles et plaquettes all'antica que l'élite régnante affectionne. Les projets et les moules décoratifs de ce type servent de monnaie artistique, circulant librement entre les grands ateliers d'Italie du Nord.

Le projet de l'Ospedale Maggiore de Milan est lié à la volonté du nouveau prince de promouvoir sa propre image ; le projet primitif est basé sur une division fonctionnelle des espaces et un plan régulier. Le bâtiment ne peut toutefois pas s'intégrer dans le tissu urbain qui l'entoure en raison de son surdimensionnement. Le plan de l'hôpital est rectangulaire, une cour centrale le divise en deux zones traversées chacune par deux bras orthogonaux qui dessinent huit vastes cours. La succession d'arcs dans les cours présente une certaine pureté rythmique (suivant en cela les règles de Brunelleschi), qui est contrebalancée cependant par l'exubérance des décorations en terre cuite, en grande partie dues aux héritages lombards et typiques de l'art milanais. Le même plan sera ensuite repris, toujours dans les mêmes années, par des bâtiments similaires en Lombardie, comme l'hôpital San Matteo à Pavie (maintenant partie de l'Université). La pureté rythmique de la succession d'arcs en plein cintre des cours, dérivée de la leçon de Brunelleschi, est contrebalancée par une exubérance des décors en terre cuite (bien qu'en grande partie ils devaient provenir des successeurs lombards).

La chapelle Portinari

vignette|redresse| Extérieur de la chapelle Portinari.|alt=Image photographique de l'extérieur d'un édifice cubique compact en briques avec une abside carrée en saillie et à toit bas. Le corps principal de la chapelle est surmonté d'une coupole à toit de tuiles inclinées supportant une haute lanterne, encadrée par quatre tourelles. Le dôme de l'abside est protégé par une structure octogonale, coiffée d'un toit de tuiles. L'apparition dans la ville d'édifices Renaissance plus élaborés fait suite aux commandes de Pigello Portinari, banquier œuvrant pour le compte des Médicis dans leur succursale de Milan. En plus de la construction d'un siège de la Banque Médicis aujourd'hui perdu, Pigello fait construire une chapelle funéraire familiale à Sant'Eustorgio qui porte son nom, la chapelle Portinari, et où se trouve la relique de la tête de saint Pierre Martyr.

L'édifice est inspiré de la Sagrestia Vecchia de Brunelleschi à San Lorenzo à Florence, avec une pièce carrée comportant une abside qui est couverte par une coupole à seize ogives. Certains détails de la décoration sont également inspirés du modèle florentin, comme la frise des angelots ou les tondi des panaches de la coupole, mais d'autres s'en écartent, affichant une origine lombarde, comme la lanterne qui protège le dôme, le décor en terre cuite, la présence de fenêtres à meneaux pointus ou la décoration exubérante. L'intérieur en particulier s'écarte du modèle florentin par la richesse des décorations, telles que l'imbrication de la coupole aux couleurs dégradées, la frise avec des anges sur son tambour et les nombreuses fresques de Vincenzo Foppa dans la partie supérieure des murs.

Urbanisme vignette|redresse|Carte Sforzinda.|alt=Image d'un plan en noir et blanc dessiné à l'intérieur d'un carré avec une sorte d'étoile à huit pointes inscrites dans un cercle. Un trait droit mène au centre du plan où se trouvent diverses formes géométriques. Un deuxième cercle composé de petites formes géométriques se situe à équidistance entre la forme stellaire et le centre du plan. Les recherches en urbanisme sous Francesco Sforza ne se sont pas traduites par des réalisations importantes, mais ont néanmoins produit un projet singulier de ville idéale, « Sforzinda », la première ville idéale à être théorisée. La ville est décrite par Le Filarète dans son Traité d'architecture et se caractérise par un concept intellectuel qui fait abstraction des idées qui l'ont précédée et qui sont décrites par Leon Battista Alberti et d'autres architectes, en particulier dans le cadre de la Renaissance à Urbino. Elle présente un cadre plus pratique et empirique avec un plan stellaire qui intègre des symboles cosmiques. Elle comprend des bâtiments agrégés sans organisation ni logique, à tel point qu'ils ne sont même pas reliés par un réseau routier.

Peinture vignette|redresse| Vincenzo Foppa, Miracle de Narni, Chapelle Portinari.|alt=Image d'une peinture montrant sous un arc épais formé de bandes en brique alternées avec des bandes de mortier blanc une scène avec un homme assis entouré de trois femmes, montrant son pied droit à un ecclésiastique à genoux qui le benit, en arrière, sur la gauche sous une arche une nonne prie debout, au centre en haut d'un escalier un homme regarde la scène appuyé sur un parapet.