Miroir-Sprint est un magazine sportif hebdomadaire français proche du Parti communiste français, créé en 1946 et disparu en 1971. Le titre donna également son nom à une maison d'édition, qui, renommée Vaillant-Miroir Sprint, disparaît en 1992.

Un magazine issu de la jeunesse résistante Jeune combattant magazine (1945-1946) Miroir-Sprint, dont le premier numéro paraît le , prend la succession d'une revue destinée à la jeunesse, Jeune combattant magazine, en abrégé J, éditée par le mouvement de résistance créé en des Forces unies de la jeunesse patriotique, vaste rassemblement d'organisations de jeunesse, dont les Jeunesses communistes. En , les FUJP entrent dans l'Union de la jeunesse républicaine de France d'obédience communiste.

Ce magazine, créé le par Guy de Boysson (1918-2012), ancien chef de maquis FTP et dirigeant national des FUJP, est publié jusqu'en .

Circonstances de la naissance de Miroir-Sprint (mai 1946) Miroir Sprint prend le relaisÉvelyne Combeau-Mari, , , in Michaël Attali & Évelyne Combeau-Mari, Le sport dans la presse communiste, PUR, 2013. avec le même directeur, devenu député « apparenté communiste » de l'Aveyron. Le magazine, en noir et blanc, est imprimé en héliogravure sur les rotatives de l'imprimerie Georges Lang, établie à Paris.

La création d'un nouvel hebdomadaire sportif par des personnalités proches du Parti Communiste se situe dans un contexte particulier. La presse sportive n'avait pas été la priorité des autorités chargées, après la Libération, de répartir le papier journal que les restrictions rendaient rare. De plus, certains titres ayant continué de paraître pendant l'Occupation, des mesures d'interdiction les frappaient. Tel était le sort du quotidien L'Auto et de l'hebdomadaire Miroir des sports. Au début de l'année 1946, la situation en matière de production et d'importation de papier se détend. L'aspiration du public vers les compétitions sportives renaît. Et le vide créé par l'absence de presse sportive ne manque pas de susciter des vocations pour le combler. Parmi les nouveaux venus dans ce domaine, figure le PCF. Jusqu'alors celui-ci était demeuré défenseurs du , bien qu'on prêtât à certains champions professionnels, en particulier dans le cyclisme, des à son égard. Pour le Parti Communiste, l'enjeu est de ne pas laisser la jeunesse et le sport sous l'emprise du . Son organisation de jeunesse s'élargit pour rassembler le plus largement possible les jeunes: les maquis n'ont-ils pas rassemblés une génération, quelles que soient les croyances de chacun, dans une volonté patriotique commune ? Elle s'appelle l'Union de la jeunesse républicaine de France et a vocation à couvrir, au-delà du champ politique, tout ce qui passionne les jeunes. Le sport est inclus dans cette vision. En , est créé le journal Sports, qui devient quotidienMontérémal Gilles, , , in Le sport dans la presse communiste, op. cit. au cours du printemps. Parmi les journalistes de Sports, on relève les noms de la plupart de ceux qui signeront plus tard dans Miroir Sprint : Maurice Vidal, André Chaillot, François Thébaud. Dans la stratégie de conquête du milieu sportif, Miroir Sprint apporte l'analyse, l'image, tout en cultivant la vision mythique de champions exemplaires.

Années fastes vignette|Robert Bocchi, joueur du TFC, lisant une revue de Miroir-Sprint, avec sa femme. Une des devises de Miroir-Sprint était d'être au cœur de l'actualité sportive. En ce premier été 1946, non seulement il est dans l'actualité mais, avec d'autres journaux relevant du conglomérat informel de la presse "sympathisante" du PCF, il crée cette actualité. Il est en effet parmi les journaux organisateurs d'une compétition cycliste nouvelle, la Ronde de France. Le but était-il de supplanter les anciens organisateurs du Tour de France ? L'organisateur principal de cette Ronde de France, le journal Ce soir, délègue le travail concret à son chef du service des sports, Georges Pagnoud, qui se trouve être le tout nouveau rédacteur en chef de Miroir Sprint... L'expérience s'arrête après la première édition de cette Ronde de France. Revue omnisport, Miroir Sprint n'a que l'embarras du choix et ne compte peut-être pas privilégier une discipline par rapport aux autres. Le football d'ailleurs fait la une du numéro 1 : la Coupe de France a été gagnée le par Lille, vainqueur (4-2) du Red Star, au stade de Colombes, alors que les Boucles de la Seine, course cycliste organisée par Ce soir viennent d'être remportée, le , par Louis Caput. Quant à l'actualité de 1946, la victoire du tennismann français Yvon Pétra à Wimbledon aurait suffi à elle seule à amener des lecteurs au Miroir ! Les années suivantes sont fertiles en exploits et en champions : Miroir Sprint voit ses ventes s'envoler : Jean Robic gagne le Tour 47 dans des circonstances épiques, Louison Bobet émerge souvent dans la malchance, toujours émouvante, Marcel Cerdan conquiert l'Amérique, Raphaël Pujazon domine le cross-country, un certain Robert Barran emmène le Stade Toulousain à la victoire du championnat de rugby, le nageur Alex Jany bat des records du monde, Christian d'Oriola peut faire rêver tous les d'Artagnan des cours de récréation... Et au-delà des frontières, Fausto Coppi et Gino Bartali alimentent les passions.

La carrière de Guy de Boysson l'éloigne de la presse sportive en 1948. Après un bref intermède, Maurice Vidal, lui aussi ancien résistant, journaliste et militant de l'UJRF, lui succède début 1949. Il perpétue dans Miroir Sprint un certain engagement militantSouanef Karim, , , in Le sport dans la presse communiste, op. cit. qui marque le magazine, surtout dans ses premières années d'existence. Les tirages atteignent au début des années 1950 des chiffres supérieurs à exemplaires. Ce n'est qu'en 1951 qu'un concurrent sérieux apparait dans la presse sportive hebdomadaire, le Miroir des Sports ressuscité.

Le lent déclin Ces chiffres déclinent jusque vers au début des années 1960. Sans doute le sport français, qui ne rapporte des Jeux olympiques de Rome (1960) que six médailles, ne permet guère à la presse sportive de surfer sur l'actualité. Après la gloire des Raymond Kopa, Just Fontaine acquise au Stade de Reims, au Réal Madrid et surtout lors de la Coupe du monde de football de 1958 en Suède, le football français touche le fond en 1962. Il y a bien Jacques Anquetil, Michel Jazy ou Christine Caron. Et certes, après les exploits d'Emil Zátopek ou de Vladimir Kuts, le sport des pays socialistes, défendu et popularisé par Miroir Sprint, alimente une chronique toujours bienveillante de l'hebdomadaire. Les sauts de Valeri Brumel et d'Igor Ter-Ovanessian, les levées d'haltères de l'ingénieur soviétique Vlassov trouvent dans le Miroir des laudateurs, qui voient là la supériorité du communisme sur le capitalisme, dans les champions de l'Est. Mais les chiffres sont là : en 1963, pour un tirage de exemplaires, la diffusion n'est que de exemplaires. Miroir Sprint subit, au fil des ans, la concurrence du Miroir des Sports, puis les deux hebdomadaires sont victimes de l'ascension, irrésistible, de la télévision. Le dernier numéro paraît le .

Sport, un Miroir Sprint de réflexion ? Le , un nouveau titre prend place au rayon de la presse sportive, Sport et son poster (le sport de A à Z qui préfigure les posters le cyclisme de A à Z avec le Miroir du cyclisme). Son directeur Maurice Vidal écrit en page 2 un éditorial ambitieux. Il se place dans la lignée de l'écrivain Jean-Jacques Rousseau qu'il cite : « Plus le corps est faible, plus il commande, Plus le corps est fort, plus il obéit ». Il souhaite faire un journal magazine, qui raconte le sport, en intégrant cette activité physique dans le bagage de l'homme moderne, en expliquant l'exploit, et ses coulisses, en aidant à développer sa pratique et en tenant compte qu'il est aussi loisir. Pendant 45 numéros, la revue Sport tente, avec l'équipe rédactionnelle de Miroir Sprint de prolonger l'esprit de Miroir Sprint, en l'adaptant à la civilisation des loisirs qu'il discerne en extension.

Le directeur Maurice Vidal, le directeur adjoint Robert Barran, le rédacteur en chef Rayumond Pointu, le secrétaire général Gilles Delamarre, le metteur en page Alain Le Guen, assisté de l'inusable Robert Jacquemin, les journalistes Francis Le Goulven, Daniel Peressini, Henri Quiqueré, François Thébaud, les photographes Marcel et Henri Besson, Jean Jaffre, Roger Touchard, Roger Monnet mettent en textes et en photos la saison sportive 1971. Cependant, 45 numéros plus tard, le Maurice Vidal annonce la cessation de parution de son titre. Certes les Éditions J se restructurent, mais le magazine n'a pas pu trouver un lectorat nouveau, qui lui eut permis d'atteindre un seuil de rentabilité. Maurice Vidal qui a accompagné l'aventure éditoriale des 27 ans d'existence des Éditions J rassure ses lecteurs autant peut-être que lui-même. Il annonce la parution ponctuelle de Sport lors de grands événements sportifs. De fait un numéro spécial de Sport paraît en 1972 à l'occasion des Jeux olympiques de Munich. Puis le titre est abandonné et c'est en 1976, lors des Jeux olympiques de Montréal, deux numéros de Miroir Sprint qui sortent des presses. Espoir de relance ? Il ne semble pas que le résultat des ventes ait encouragé l'équipe de Maurice Vidal à persévérer dans l'entreprise. Le « label » Miroir Sprint se perpétue à travers des magazines spécialisés et réapparaît épisodiquement comme éditeur d'ouvrages sportifs, avant de sombrer en 1992. Restent les anciens lecteurs, pour lesquels le mythe se prolonge en collectionnant l'hebdomadaire de la rue des Pyramides...

Les éditions Miroir Sprint

Le groupe éditorial auquel appartenait Miroir Sprint, les Éditions J, éditait également des magazines mensuels spécialisés dans une discipline sportive : Miroir du cyclisme, Miroir du football, Miroir du rugby (2 numéros trimestriels en 1960 + 228 numéros mensuels de à ) et Miroir de l'athlétisme (116 numéros d' à ). Tous les quatre sont créés au début des années 1960. Leur directeur est Maurice Vidal, également rédacteur en chef du mensuel cycliste après 1964. Pour le rugby, la rédaction en chef est assurée par Robert Barran, François Thébaud est le leader du Miroir du football. Dernier né, le Miroir de l'athlétisme est sous la rédaction de Yann Le Floch. La maison des Éditions J prit le nom d'Éditions Miroir Sprint. Ces éditions sont réputées proches du Parti communiste français et sont devenues, au fil des restructurations de la presse appartenant à cette mouvance, éditions Vaillant-Miroir Sprint (VMS) après la fusion avec les éditions Vaillant (dont le titre phare était Pif Gadget). Les directeurs successifs de ce groupe, Jean-Jacques Faure, Jean-Claude Lemeur étaient effectivement issus du PCF. Dans le domaine sportif, les éditions Vaillant-Miroir Sprint firent paraître en 1980 L'Encyclopédie mondiale du Sport, sous forme de 40 fascicules hebdomadaires (sous-titrés les jeux olympiques de A à Z), pouvant être reliés en 4 volumes. Cette parution venait en appui d'une campagne du Parti communiste français contre le boycott des Jeux olympiques de Moscou. Lors des J.O. de 1988, sous la signature de Maurice Vidal, les éditions Miroir Sprint reprennent et actualisent des articles de cette encyclopédie pour éditer un livre : L'épopée des Jeux olympiques. La société Vaillant-Miroir-Sprint est mise en liquidation judiciaire en 1992.

Figures de la rédaction

Miroir Sprint dut une large part de sa notoriété au talent de ses rédacteurs :

La figure emblématique du journal était Maurice Vidal : il fut le directeur de Miroir Sprint vingt deux années, de 1949 à 1971. Après des débuts à Sports, il avait été journaliste à Libération. Présent dans les grands rendez-vous sportifs, Tour de France ou Jeux olympiques, ses éditoriaux donnaient une analyse un peu distanciée de l'événement.