Le match entre l'Allemagne de l'Ouest et l'Algérie ( ; ) se déroule le , au Stade El Molinón à Gijón, en ouverture du groupe 2 de la Coupe du monde 1982 en Espagne. L'Allemagne de l'Ouest, équipe favorite du tournoi, affronte l'Algérie et s'incline à la surprise générale, 1-2. Ce match marque aussi l'entrée de l'Algérie dans l'histoire de la compétition.
Pour se qualifier, les guerriers du désert, évoluant en Afrique, passent sans encombre quatre tours à élimination directe, tandis que la Nationalmannschaft remporte son groupe en Europe en gagnant tous ses matchs (8 victoires).
En tant que l'un des grands favoris de la Coupe du monde en Espagne, l'Allemagne de l'Ouest, sous la direction de Jupp Derwall, détient le titre de champion d'Europe et reste invaincue en compétition officielle depuis plus de 4 ans, depuis la Coupe du monde 1978 en Argentine. En revanche, l'Algérie incarne l'image opposée de l'équipe allemande. Malgré leur statut de petit poucet lors de la Coupe du monde 1982, l'équipe dirigée par Mahieddine Khalef (épaulé par l'ancien joueur international Rachid Mekhloufi, bien que son rôle dans la gestion de l'équipe soit moins important) a atteint la finale de la CAN 1980 et les demi-finales de la CAN 1982, quelques mois avant la Coupe du monde.
En raison de l'écart de performance, certains spécialistes et commentateurs de football ont comparé le match entre les Allemands et les Algériens à la célèbre histoire de David contre Goliath. Une certaine arrogance s'est installée du côté allemand avec des déclarations visant à humilier les joueurs algériens avant le match, reflétant ainsi un manque de reconnaissance du football arabe et africain et des équipes des pays du Sud. Pour les Algériens, c'est l'incompréhension qui domine à la suite de ces déclarations allemandes qualifiant l'équipe d'Algérie d'insignifiante et promettant qu'elle serait écrasée par la machine allemande.
Le jour du match, le scénario auquel les Allemands et la majorité de la presse internationale s'attendaient ne se déroule absolument pas comme prévu. Durant la première mi-temps, les Algériens, bien que légèrement dominés, font presque jeu égal face aux Allemands, surpris et quelque peu déstabilisés par l'Algérie. À la mi-temps, les Algériens prennent l'initiative d'augmenter leur rythme de jeu et la grande surprise survient : de retour des vestiaires, Rabah Madjer, qui deviendra joueur emblématique de la sélection algérienne, ouvre le score sur une contre-attaque algérienne bien menée. Les Allemands, surpris, mettent plusieurs minutes avant de revenir dans le match. Karl-Heinz Rummenigge, redoutable attaquant et Ballon d'Or en 1981, égalise pour l'Allemagne de l'Ouest, mais l'histoire retiendra le deuxième but algérien survenu quelques secondes seulement après l'égalisation allemande. Sur la remise en jeu algérienne, les joueurs algériens réalisent 11 passes sans qu'aucun Allemand ne puisse intercepter le ballon, lequel finit dans les filets de Harald Schumacher, qui ne peut rien faire face au but inscrit par Lakhdar Belloumi. Comme dans l'histoire où David bat Goliath, au bout de 90 minutes et après le coup de sifflet final de l'arbitre péruvien, Enrique Labo Revoredo, pour la première fois de l'histoire de la Coupe du monde, une équipe africaine bat une équipe européenne.
Après la rencontre, la presse internationale sera stupéfiée par l'issue du match. L'Allemagne de l'Ouest, pourtant la nation dominante du football européen et champion d'Europe en titre, sera la première équipe européenne à s'incliner face à une équipe africaine en Coupe du monde. En Algérie, l'euphorie s'installe, presque en oubliant que la sélection algérienne doit encore disputer deux matchs avant la fin du premier tour. Ainsi, dans ce contexte, l'Algerie s'incline 2-0 contre l'Autriche pour le deuxième match, mais remporte difficilement son dernier match contre le Chili sur le score de 3-2. Parallèlement, l'Allemagne de l'Ouest s'imposera facilement contre le Chili sur le score de 4-1 et remportera un autre match qualifié d'historique mais tristement célèbre : le match de la honte, où Autrichiens et Allemands s'arrangeront pour éliminer l'Algérie du tournoi. Cette injustice, bien que non officielle, bouleversera certaines règles du football, notamment la FIFA décidera, à partir de ce match, que lors de la prochaine Coupe du monde 1986 au Mexique, les derniers matchs de groupe se dérouleront en même temps pour éviter l'injustice subie par l'Algérie lors de la Coupe du monde 1982.
Selon l'historien Stanislas Frenkiel, la participation de l'Algérie à ce match de football ne représente pas seulement un simple événement sportif, mais symbolise le renouveau de l'Afrique, du monde arabe et des pays en développement du Sud, face à une Allemagne de l'Ouest faisant partie des nations développées et puissantes du Nord. Ce match, son résultat surprenant et le contexte géopolitique qui l'entoure en font un événement majeur dans l'histoire de la histoire de la Coupe du monde et du football, méritant l'attention de la FIFA.
Contexte
Héritière de l'équipe du FLN thumb|upright=1.5|L'équipe du FLN à son jubilé au stade du 5 juillet 1962 en 1974.
Un an avant la formation de l'équipe du FLN, deux anciens joueurs et entraineurs algériens ont décidé de former à Tunis, la première sélection qui allait représenter l'Algérie, il s'agit de Ahmed Benelfoul et Habib Draoua. En 1956, l'équipe est formée. Et en , l'équipe est approuvée par le Front de libération nationale et décide qu'elle représentera l'Armée de libération nationale vue qu'il y a des joueurs qui sont venus du maquis. L'équipe est composée essentiellement des joueurs amateurs évoluant en Algérie et en Tunisie. Entre et , elle dispute de nombreux matchs au Maghreb ou encore au Proche-Orient pour soutenir la cause indépendantiste ; 42 victoires lui sont attribuées. Cette sélection va contribuer à la naissance de la formation du FLN un an après sa création.
L'équipe du FLN est créée le . Son rôle est principalement politique, visant à montrer aux Français de métropole que même des footballeurs professionnels tels que Rachid Mekhloufi ou Abdelaziz Ben Tifour, qui ont participé à la Coupe du monde 1954 avec l'équipe de France, s'engagent dans cette cause, même au prix de renoncer à leur statut. Les autorités françaises parviennent aisément à empêcher la FIFA de reconnaître cette équipe. Malgré l'interdiction de jouer, l'équipe du FLN effectue une tournée mondiale d'environ quatre-vingts matchs, notamment en Europe, en Asie et en Afrique. Ces rencontres font connaître la cause algérienne et sa lutte pour l'indépendance à travers le monde. L'équipe cesse d'exister en 1962, laissant la place à l'équipe nationale de football d'Algérie.
Héritière de l'équipe du FLN, la sélection algérienne a entamé sa participation aux éliminatoires des tournois majeurs comme la Coupe d'Afrique et la Coupe du monde dès les années 70. Elle a obtenu sa première qualification pour la Coupe d'Afrique en 1968, mettant plusieurs années avant de retrouver l'élite africaine. En ce qui concerne la Coupe du monde, après des échecs pour se qualifier en 1970 (contre la Tunisie), en 1974 (contre la Guinée) et en 1978 (encore une fois contre la Tunisie), les Verts ont décroché leur première qualification pour le mondial 1982.
La Mannschaft d'après-guerre thumb|upright=1.5|L'équipe d'Allemagne championne du monde de football en 1954.
Apres la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne se voit divisée en quatre zones d'occupation : la zone française, la zone britannique, la zone américaine et la zone soviétique à partir de . Celles-ci formeront la République fédérale d'Allemagne (RFA) et la République démocratique allemande (RDA) en 1949. Dans le cadre de la guerre froide avec une volonté politique des forces d’occupation alliées de l’époque, l'Allemagne de l'Ouest, devait représenter le renouveau de la société allemande, post-Allemagne nazie. Dans le cadre de l’époque de la formation de deux "blocs" idéologiquement opposés : le "bloc de l'Ouest" et le "bloc de l'Est". Il s'agissait d'une réelle impulsion pour les alliés pour faire de l’Allemagne de l’Ouest (RFA) un pays modèle contrairement à son voisin de l’Est (dirigé par l’Union soviétique) à partir de ce paramètre, le football était un réel facteur de propagande de l’époque entre l’Ouest et l’Est.
Dans cette contextualisation, la selection de l'Allemagne de l'Ouest voit le jour et la DFB renaît le , peu après la fondation de la République fédérale d'Allemagne. Elle retrouve son affiliation auprès de la FIFA en 1950, seulement deux mois après la Coupe du monde 1950, à laquelle la Mannschaft ne pouvait donc ni s'inscrire ni participer. Déjà sélectionneur entre 1936 et 1942, l'entraîneur Sepp Herberger reprend alors en charge l'équipe nationale. Huit ans, jour pour jour, après le précédent match international disputé par l'équipe d'Allemagne, c'est devant une forte affluence (plus de 100 000 spectateurs) que se déroule en amical le au Neckarstadion de Stuttgart la rencontre de la renaissance face à la Suisse, le tout premier match de l'équipe de (l'actuelle) République fédérale d'Allemagne (victoire 1-0).
La Coupe du monde de 1954 marquera à jamais l'histoire de l'Allemagne, du football allemand, et au-delà du football mondial. L'Allemagne de l'Ouest, entraînée par Sepp Herberger, a participé pour la première fois depuis 1938 à la Coupe du monde. La Mannschaft a affronté l'équipe la plus forte du monde, la Hongrie surnommée le Onze d'or hongrois, les Magyars n'avaient pas perdu un match en l'espace de quatre ans. Alors que les Hongrois avaient largement battu les Allemands au premier tour sur le score de 8-3, les Allemands ont créé l'exploit en battant la Hongrie en finale sur le score de 3-2. Cette victoire allemande sera connue sous le nom de « » (en allemand : Das Wunder von Bern). Cette victoire, considérée comme « injuste » par une grande partie de l'opinion en dehors d'Allemagne, a un fort retentissement symbolique car elle incarne le renouveau politique, économique et identitaire de l'Allemagne de l'Ouest, toujours profondément marquée par la Seconde Guerre mondiale. Il s'agit en outre d'une victoire symbolique du Bloc occidental sur le Bloc de l'Est dans un contexte de Guerre froide..
Algérie contre Sepp Herberger en 1964
Avant l'indépendance de l'Algérie, l'équipe du FLN a affronté de nombreuses équipes, notamment européennes, principalement des nations du bloc de l'Est telles que l'Union soviétique (où l'équipe post-algérienne a infligé la défaite la plus lourde de l'histoire de l'Union soviétique avec un score de 6-0 en 1959), la Bulgarie, la Hongrie (seulement quelques années après l'équipe en or hongroise) et d'autres, mais elle n'a jamais eu l'occasion de jouer contre l'Allemagne de l'Est, du moins avant l'indépendance.
Après l'indépendance, l'équipe nationale algérienne est créée et dans le but de capitaliser sur l'enthousiasme suscité par l'indépendance, une décision politique est prise pour que l'équipe affronte en matchs amicaux des adversaires prestigieux. Ainsi, les Verts d'Algérie rencontrent un an après leur indépendance la Tchécoslovaquie, finaliste de la dernière Coupe du monde en 1962 au Chili et troisième du Championnat d'Europe 1960 en France. Les Verts s'imposent sur le score impressionnant de 4-0. La première équipe allemande que l'équipe algérienne allait affronter pour la première fois de son histoire n'était pas l'Allemagne de l'Est (comme on aurait pu le penser à l'époque en raison d'un rapprochement entre l'Algérie et le bloc de l'Est), mais bien l'Allemagne de l'Ouest entraînée par Sepp Herberger en 1964.