thumb|Portrait de propagande de Joseph Staline, par Isaak Brodsky. thumb|Art graphique en style « réaliste socialiste » (œuvres collectives anonymes, murales) à l'époque stalinienne : en haut Sous la bannière de Marx, Engels, Lénine et Staline (1933), au milieu Longue vie au camarade Staline (1949) et en bas Ouvriers à leur devoir (autour de 1950).

Le mot stalinisme désigne l’idéologie et la pratique politique des ayant adopté la ligne politique définie par les partisans de Joseph Staline, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique. Par extension, ces partis et leurs membres ont été qualifiés de staliniens, terme qu’aurait forgé Lazare Kaganovitch au cours d’un repas en présence de Staline.

Le stalinisme est caractérisé par la mise en place d'un État policier totalitaire centralisé, l'emploi de la force et de la terreur comme mode de gouvernement, accompagnés d'un culte de la personnalité organisé autour du principal dirigeant de chaque Parti communiste. Les régimes staliniens se caractérisent par une économie planifiée« L'économie planifiée bureaucratisée » est qualifiée par d'autres branches communistes (communistes de conseils, les luxemburgistes, certains trotskistes, dont Natalia Sedova, globalement la Gauche communiste, etc.) de capitalisme d'État. par l'État. Par extension, le terme de stalinisme et les adjectifs stalinien ou, plus rarement, staliniste sont parfois utilisés pour qualifier l'ensemble des régimes basés sur le modèle soviétique, ainsi que les partis politiques les soutenant.

Après la déstalinisation (1956), l'Union soviétique cesse de se réclamer de Staline, mais le terme stalinisme et l'adjectif stalinien continuent d'être utilisés, dans le cadre de discours critiques ou polémiques, pour qualifier l'URSS, l'ensemble des pays du bloc de l'Est et plus largement l'ensemble des régimes dictatoriaux communistesLe terme de est une constante, dans le discours trotskiste, pour désigner les régimes communistes alignés sur l'URSS, y compris après 1956 : 1989: Le mur de Berlin enterre le stalinisme, site de la Ligue communiste révolutionnaire belge. Dans l'éditorial Afro-pessimisme ? Oui, par respect de la revue Clio en Afrique, l'historien Michel Cahen utilise le terme de pour qualifier les régimes du bloc de l'Est.. En Europe après la déstalinisation, seule la république populaire socialiste d'Albanie s'est réclamée de la continuité stalinienne. En Asie en revanche, ce fut encore, durant des décennies, le cas des régimes communistes chinois, vietnamien, laotien, cambodgien et .

Des courants communistes et marxistes se sont fortement opposés au stalinisme, par exemple les conseillistes, trotskystes, marxistes libertaires, communistes libertaires, l'open marxism

Bases idéologiques thumb|Affiche de propagande. thumb|Kurapaty, en Biélorussie, est le plus grand lieu de sépulture des victimes de la répression politique de toute l'ex-URSS, où, après son effondrement et la découverte des tombes, des croix ont été érigées et un mémorial a été créé. Le « stalinisme » est une pratique appliquée en Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) puis dans les États du bloc de l'Est, dont la composante idéologique est caractérisée par : Jusqu'en 1944, la théorie du « socialisme dans un seul pays ». Lénine et Trotski prônaient au contraire la révolution internationale, permanente jusqu'à la victoire ; Staline développa une forme de nationalismeDans son livre: « A l’échelle humaine » Léon Blum dira du Parti Communiste russe au temps de Staline qu'il n'est « pas un parti internationaliste, mais bien un parti nationaliste étranger » — ce qui était l'inverse du principe de l'internationalisme (une des bases du communisme). Staline est partisan d'un État fort et autoritaire avec des formes beaucoup plus traditionnelles que celles expérimentées durant les années 1920 (il rétablit les grades dans l'armée, la famille traditionnelle, renforce la bureaucratie et les forces de l'ordre, met fin définitivement au rôle des conseils ouvriers) ; sa disparition reste « prévue » au terme du processus mais en attendant, l'État suspend les libertés publiques et personnelles conquises pendant la révolution russe, comme le droit à l'avortementLe droit à l'avortement avait été obtenu en Russie en 1920 sous pression d'Alexandra Kollontaï ; il a ensuite été supprimé en 1936)., la liberté de la presse, la liberté sexuelle (y compris l'homosexualitéL'homosexualité avait été dépénalisée en Russie en décembre 1917 (promulgation du nouveau code pénal) ; elle fut à nouveau interdite en mars 1934.). Alors que pour Karl Marx, le travail est pure aliénation et exploitationVoir notamment les deux premiers tomes des Œuvres de Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade, qui comprennent un index des notions., le stalinisme exalte au contraire le travail et le dévouement du salarié à son entreprise et à l'état avec la doctrine du stakhanovisme. Staline abandonne la NEP (Nouvelle politique économique) entamée en 1921 et commence à re-nationaliser systématiquement les moyens de production.

Cette pratique a été rendue possible par l’organisation guerrière du Parti héritée de LénineL’État et la Révolution, août 1917, В. И. ЛЕНИН Полное Собрание Сочинений, т. 33, Государство и Революция , Édition, Moscou, 1969. La pratique de la dictature du prolétariatGrande Encyclopédie Soviétique - Большая советская энциклопедия - Диктатура пролетариата – disponible sur internet http://dic.academic.ru/dic.nsf/bse/84496 est à vrai dire un fondement du marxisme que l’on trouve aussi bien chez Marx que chez Engels ; mais l’apport léniniste est loin d’être négligeable. Chez les marxistes classiques, la dictature du prolétariat a un rôle significatif, mais ne constitue pas un point central de la doctrine. Lénine, en revanche, en fait l’essence du marxismeLa Révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky, В. И. ЛЕНИН Полное Собрание Сочинений, т. 37, Пролетарская Революция и Ренегат Каутский, , Édition, Moscou, 1969 et lui donne un sens que l’on ne trouve ni chez Marx ni chez Engels. Dans la doctrine léniniste, le parti apparaît en effet toujours davantage comme l’avant-garde du prolétariat capable de prendre le pouvoir, c'est-à-dire en quelque sorte le mandataire du prolétariat dont la dictature devient, au fil de la pratique du pouvoir, celle d’un État dans lequel le parti joue un rôle dominant de tutelle des travailleursvoir par exemple L’État et la Révolution, et exerce au besoin sa dictature contre euxLénine, Discours sur la désillusion du peuple, 19 mai 1919 : « Nous ne reconnaissons ni liberté, ni égalité, ni démocratie ouvrière si elles s’opposent à l’émancipation du travail », В. И. ЛЕНИН Полное Собрание Сочинений, т. 38, Речь об обмане народа лозунгами свободы и равенства, sqq., Édition, Moscou, 1969. La résolution du Congrès sur l’unité du parti, d’ailleurs votée avec le soutien de TrotskyПротоколы Х Съезда РКП(б), , qui condamne les menées fractionnistes et met, en fait, un terme à tout débat interne, s’inscrit donc dans le cadre d’une évolution cohérente. Certains auteursvoir par exemple Nikolaï Valentinov, Встречи с Ленинизм, New York, 1953, cité par Robert C. TUCKER, Stalin as revolutionary, Chap. I, note 19 voient dans cette orientation de Lénine une réminiscence de ses contacts avec les Jacobins russes du début du siècle, mais une investigation sur ce point excéderait sans doute largement l’objet de cette note.

Si Staline a eu une influence personnelle sur le fonctionnement du parti, il n'a cependant pas initié le « centralisme démocratique » et la dictature exercée par le parti mais les a seulement renforcés selon les règles (indiscutablement favorables au développement du pouvoir personnel de Staline) déjà mises en place par Lénine. Staline s’inscrit donc sur ce point dans la continuité. L’évolution du rôle du Parti sous Staline avec la réhabilitation des notions de Nation et d’État qui se font jour dès le début des années 1930, est analysée par les historiens russes contemporainsIouri Joukov, ИНОЙ СТАЛИН, Политические реформы в СССР в 1933-1937 гг., mais aussi par d’autres, peu suspects de sympathie à l’égard du système soviétique, tels que John LukacsJohn Lukacs, June 1941 Hitler and Stalin - New Haven, London - Yale University Press, 2006 . comme la manifestation de la volonté de Staline de substituer à l’appareil du Parti un appareil d’État plus discipliné, nécessitant l’élimination de l’ensemble des cadres du parti lors des grandes purges.

Staline condamnait avec force « l'égalitarisme »Selon Pierre Broué, « Staline mène toute sa lutte contre l'opposition au nom de l'inégalité : dès 1925 il affirme : « Nous ne devons pas jouer avec des phrases sur l'égalité, c'est jouer avec le feu. » », Le parti bolchévique, XII: Le parti stalinien à ses débuts.. Il considérait que la société socialiste devait adopter des normes de distribution de la richesse différenciées suivant la « contribution » de chaque couche sociale à la société. Les conditions de vie et de travail de l'élite bureaucratique étaient nettement plus favorables que celles de la masse ouvrière. La paysannerie était la grande perdante de ces inégalités avec des conditions d'existence très fragiles et, à certaines périodes, des situations de famine.

Boris Souvarine note que article Les Archives entrouvertes, Le Contrat social, juillet 1957.

Tout en se réclamant officiellement du marxisme, Staline était un opportuniste qui adaptait ses idées à son but de domination (les changeant pour prendre des adversaires à contre-pied et les transformer en « traîtres », par exemple), et non un idéologue utilisant sa domination pour faire avancer des idées. Ainsi, le stalinisme « n’a pas été théorisé a priori, mais correspond davantage à des pratiques ayant pour objectif la confiscation du pouvoir par Staline »Jean-Louis Van Regemorter, Le Stalinisme, La Documentation française, juin 1998.. Dans le stalinisme, affirme Boris Souvarine, .

Pratiques staliniennes thumb|Manifestation en République démocratique allemande, en 1952 : portraits de Wilhelm Pieck et Joseph Staline.

Le stalinisme n'est pas véritablement une idéologie, mais un ensemble de pratiques de terreur organisées par l'État. Il a laissé sa marque dans : l'élimination systématique des opposants réels ou potentiels (voire imaginaires), à l'intérieur comme à l'extérieur. Staline fait assassiner un grand nombre de cadres polonais (Katyń, entre autres), ses opposants politiques (dont Trotski), des paysans ukrainiens, etc. ; la déportation massive de peuples entiers et d'opposants réels ou supposés dans les camps du Goulag (voir par exemple la Kolyma) ; une manipulation permanente de l'Histoire et de l'idéologie, avec des « purges » visant à éliminer tous les « traîtres », c'est-à-dire en pratique tous les concurrents potentiels, tous les témoins et toutes les traces des évolutions de Staline ; le concept de procès stalinien : le coupable d'avance (car il reconnaît son crime, à la suite d'une préparation psychologique adéquate et si nécessaire sous la menace directe ou indirecte visant ses amis ou sa famille) est jugé sans pitié et avec un respect tout formel des procédures, car tout est préparé d'avance. Le procès sert à justifier les Grandes Purges, mais aussi à faire porter le poids des échecs à des boucs émissaires ; un régime militariste et totalitaire ; une propagande très active et entièrement au service du chef (annonçant une récolte record pendant une année de famine, par exemple) ; une surveillance de la population entière par elle-même, sous la férule de services secrets surdéveloppés (Tchéka, GPU/Guépéou, OGPU, NKVD/NKGB et services successeurs), eux-mêmes régulièrement « purgés ».