Le quai Gallieni est une voie de circulation se trouvant à Suresnes. Longeant la Seine, il suit le parcours de la route départementale 7.

Origine du nom et situation vignette|gauche|Le quai Gallieni, appelé jadis quai de Suresnes, vu du pont sur une carte postale ancienne. Cette voie se trouve dans le bas de Suresnes, près du quartier historique, également centre-ville. D'un côté se trouve l'espace urbanisé de la commune, de l'autre la Seine. Des quais bas accessibles par des escaliers piétons permettent de s'approcher du fleuve.

Le pont de Suresnes, où débute par ailleurs le boulevard Henri-Sellier (ancien boulevard de Versailles), passe au-dessus du quaiRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 514-516.. Une bretelle permet de rejoindre le boulevard, qui donne accès au bois de Boulogne et plus généralement à Paris.

Historiquement, le quai de Suresnes (puis du Général-Gallieni, puis Gallieni) se poursuivait au sud du pont de Suresnes, jusqu'à la limite avec Saint-Cloud, rue du Val-d'Or (actuelle rue Louis-Blériot)Planimètre des villes de Nanterre, Suresnes, Puteaux, Rueil, 1930.. Cette partie sud a depuis été scindée en deux segments qui ont été renommés : le quai Léon-Blum, du pont au croisement avec la rue Frédéric-Clavel ; le quai Marcel-Dassault, du croisement avec la rue Frédéric-Clavel à celui avec la rue Louis-Blériot.

Le quai Gallieni est doté de pistes cyclables« Observatoire vélo dans les Hauts-de-Seine. Synthèse et analyse de la fréquentation du réseau cyclable départemental en 2018 », hauts-de-seine.fr, consulté le 29 décembre 2021..

Origine du nom vignette|gauche|Joseph Gallieni. Le quai rend hommage à Joseph Gallieni (1849-1916), militaire et administrateur colonial françaisSuresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes, 1968, p. 23..

Historique De nombreux changements de nom Le quai a reçu successivement les noms de « quai Bourbon » en 1820, « quai Royal » en 1846, « quai Impérial » en 1855 et « quai de Suresnes » en 1873, avant d'être renommé « quai du Général-Gallieni » en 1916 (« quai Gallieni » de nos jours).

Le changement du nom en « quai Bourbon » a lieu au début de la Restauration monarchiste, qui voit une voie proche prendre au même moment le nom de place Henri-IVRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 168-169 et 188.. De même, la dénomination de « quai Royal » a lieu lors de la monarchie de Juillet, alors que les Bourbons ont été chassés du pouvoir, « quai Impérial » pendant le Second Empire, le plus sobre « quai de Suresnes » étant choisi au début de la Troisième République, et enfin quai Gallieni en pleine Première Guerre mondiale, à laquelle le militaire participe avant de mourir de maladie en 1916. La même année, la rue de Neuilly est renommée rue de Verdun, en hommage à la bataille homonymeSuresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes, 1968, p. 47..

En 1861, quatre bureaux d'octroi sont installés à Suresnes, dont l'un sur le quai, mixte avec la commune de Saint-Cloud. À cause des encombrements, ils disparaissent en 1943Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 43..

Château Rothschild En 1826, le banquier Salomon Mayer von Rothschild achète une propriété à Suresnes, sur un domaine longeant le quai. Vendu sous la Révolution, le terrain avait été acquis par le comte de Lagarde, qui y avait fait construire un château. Salomon de Rothschild y ajoute une ferme modèle, une serre exotique et des animaux rares, grâce aux aménagements réalisés par l'architecte Joseph-Antoine Froelicher entre 1832 et 1841. Mais le château est brûlé lors de la révolution de 1848 par des émeutiers enivrés qui venaient de voler des armes à la forteresse du Mont-Valérien. Les bêtes sont tuées, les serres dévastées, les meubles et les tableaux détruits. Ils mettent ensuite le feu au château. La Garde nationale n'intervient que le lendemain, empêchant de nouveaux dommages. 22 pillards sont arrêtés puis lourdement condamnés. Salomon de Rothschild attaque la commune en justice, l'estimant responsable mais il perd son procès. Son frère James envisage un temps de reconstruire le château mais se ravise et les ruines sont démolies ; il transfère les végétaux rares subsistant dans sa propriété de Boulogne. Jusqu'à la fin du XIX siècle, le parc abandonné devient un terrain vague, où s'aventurent les enfants du quartier pour jouer. Avec la Révolution industrielle, le terrain est loti et remplacé par des usines. La municipalité de Suresnes a toutefois rendu hommage à Salomon de Rothschild en donnant son nom à une rue située sur le pourtour ouest de son ancien domaineSuresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes, 1968, p. 44....

Depuis les , autour du petit village de Suresnes, d'autres riches propriétaires parisiens s'étaient fait construire des villégiatures dotées de vastes jardins. Elles disparaissent au XIX siècle, absorbées lors de l'industrialisation et de l'urbanisation. Louis II de La Trémoille, duc de Noirmoutier possédait par exemple une propriété située entre la rue de la Barre, la rue du Bac, la rue des Bourets et le quaiRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 165-166 et 218-220.. En 1822, Rouques, teinturier à Paris, acquiert une partie du domaine. Il s'agit du premier îlot important de Suresnes où s'établissent des activités proto-industrielles. La teinturerie évacue ses eaux dans la Seine. L'année suivante, Rouques fait élever une cheminée et en 1830 obtient le droit d'acquérir une machine à vapeurRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 347-348 et 353..

Usines et guinguettes Entre la fin du XIX siècle et le début du XX siècle, de nombreuses usines s'installent le long des quais de Suresnes. Dans le contexte de la Révolution industrielle, cette dynamique se retrouve dans de nombreuses communes de banlieue parisienne bordées par la Seine. Grâce à la proximité avec le fleuve, les entreprises bénéficient en effet d'une voie de transport privilégiée pour exporter leur production ainsi que pour faire parvenir les matériaux nécessaires à leur conception (le charbon en particulier). Parmi les plus grandes firmes, on peut citer l'usine Blériot Aéronautique (sur l'actuel quai Marcel-Dassault, situé dans le prolongement du quai Gallieni, plus au sud, après le quai Léon-Blum) à partir de 1905, dirigées par André Herbemont, et d'où sortent plusieurs milliers d'appareils aéronautiques pendant la Première Guerre mondiale, l'usine de parfumerie de François Coty (actuel quai Léon-Blum), la biscuiterie Olibet (au croisement avec la rue du Bac) ou encore l'usine d'automobiles DarracqCécile Maillard, « Suresnes célèbre le passé industriel et social de la banlieue parisienne », L'Usine nouvelle, 8 juin 2016.. Installée au 33, cette dernière accueille à l'origine, en 1891, le site de fabrication des cycles Gladiator, puis des voitures électriques, et des véhicules à pétrole à partir de 1901. Comptant 1000 employés sur trois hectares, elle est acquise par Darracq, avec Owen Clegg à sa tête et Louis Chevrolet parmi les contremaîtres. Elle fabrique des armes, des moteurs et des avions pendant la Première Guerre mondiale et, dans les années 1920, passe sous la houlette de Talbot Jean Fondin, Hauts-de-Seine, berceau de l'automobile, ETAI, Colline de l’automobile, 1992, p. 173.« Talbot », leroux.andre.free.fr, consulté le 29 septembre 2024..

Du XIX siècle jusqu'au milieu du XX siècle, de nombreuses guinguettes sont installées rue du Pont et le long du quai. Elles préexistent aux usines puis les accompagnent, devenant des lieux de divertissement à la fois pour les ouvriers qui travaillent à proximité, mais aussi pour les Parisiens souhaitant s'encanailler en fin de semaine, leur transport étant favorisé par l'arrivée du train et des navettes fluviales. Parmi les établissements les plus fréquentés, on peut citer « À la Belle Gabrielle » (au 15 du quai), « La Maison Ribard » ou encore « Le Pavillon de Suresnes », où viennent s'amuser les noceurs et les turfistes de l'hippodrome de Longchamp, situé de l'autre côté de la Seine. Les pêcheurs fournissent les restaurants et les vignerons de la commune, forte d'une tradition viticole ancienne, le « petit bleu », un vin blanc peu onéreuxMichel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 57, 93, 122, 126-127 et 148... Les guinguettes disparaissent progressivement, d'abord à cause de la fermeture des lignes fluviales au début des années 1930Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 100 et 123., ensuite par les réaménagements de l'embouchure du boulevard de Versailles et du nouveau pont inauguré en 1951René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 390-393, 418-422, 429-430, 446-447, 469-472, 506-509, 514-516 et 520-522.Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 126-127.., enfin par la disparition des usines, leur destruction et leur remplacement par de grandes entreprises du tertiaire durant la seconde moitié du XX siècle. « La Belle Gabrielle » est par exemple démolie en 1974. L'établissement devait son nom à une légende locale selon laquelle le roi Henri IV, amateur du vin de Suresnes, y serait venu courtiser la jeune Gabrielle d'Estrées ; une fresque représentant cet épisode décorait le restaurantFrancis Prévost, Histoires de Suresnes, Suresnes Information, 1989, p. 32-33 et 182-187.Michel Hebert et Guy Noël, Suresnes, , t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 24..

Crue et guerres Les quais sont inondés lors de la crue de la Seine de 1910, p. 488-489.. Le , Le Journal écrit : ..

Le , un bal clandestin est organisé quai Gallieni dans un établissement tenu par M. Sonbeille. Des militaires démobilisés de la Grande Guerre sont présents. Lors de la soirée, un dénommé Jules Déneville s'emporte contre Victor Gissé, combattant suresnois âgé de 34 ans, au sujet d'une jeune femme ; le second traite son concurrent de et tire sur le premier avec son revolver. Déneville meurt à l'hôpital le lendemain et Gissé est arrêté..

En 1940, lors de l'Exode, les Français fuient l'avancée des Allemands vers l'Ouest ou le Sud-Ouest. À Suresnes, ils empruntent le quai Gallieni ou le boulevard de VersaillesRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 579-580.. En août de la même année, les gardes du bois de Boulogne, forcés de quitter leur logement, sont installés de façon provisoire boulevard Washington et au 21 du quaiRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 581.. Toujours pendant la Seconde Guerre mondiale, le , l'aviation alliée vise des DCA installés sur l'hippodrome de Longchamp voisin ; une bombe tombe quai Gallieni, entre l'ancien et le nouveau pont alors en travauxRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 589-590..

Reconversion dans le secteur tertiaire Dans la seconde moitié du XX siècle, la désindustrialisation conduit à la fermeture des usines et au développement de friches. À partir du renouveau des années 1980, lors desquelles Suresnes se transforme et commence à accueillir des sociétés du secteur tertiaire, de nouveaux bâtiments sont érigés le long du quai Gallieni., accueillant par exemple les entreprises Louis Dreyfus Armateurs, Twimm ou Voluntis.