Le site archéologique de Brion est un complexe protohistorique et antique situé sur le territoire de la commune de Saint-Germain-d'Esteuil, dans le département français de la Gironde en région Nouvelle-Aquitaine .
Établi sur une plateforme calcaire au milieu d'un marais antique en voie d'assèchement proche de l'estuaire de la Gironde, il correspond vraisemblablement à l'emplacement de la cité ancienne de Noviomagus Medulorum. Après un peuplement préhistorique diffus, Brion est occupé de manière continue à partir du Un théâtre, un , de possibles thermes et plusieurs quartiers d'habitations reliés par une voirie au tracé irrégulier imposé par la topographie constituent ensuite une agglomération secondaire délaissée dès le début du , abandonnée à la fin de l'Antiquité mais ponctuellement réoccupée pendant une très courte période au Moyen Âge.
Localisation Le site se trouve au cœur du Médoc entre Lesparre-Médoc et Pauillac, à 5 km à l'ouest de l'estuaire de la Gironde et à environ à l'ouest du hameau de Brion sur la commune de Saint-Germain-d'Esteuil. Il est implanté sur une plateforme calcaire de l'Éocène supérieur d'une superficie d'environ dans le marais de Reysson, sur un terrain en partie boisé à l'époque contemporaine.
Historique Occupation préhistorique et protohistorique Des outils néolithiques en pierre polie sont retrouvés sur le site mais ils sont mal caractérisés et les collections dispersées. Seules des haches en silex et une pointe de flèche apparentée à la culture de Peu-Richard sont précisément décrites.
L'âge du bronze est documenté à Saint-Germain-d'Esteuil par des divers objets (haches, bracelets, pointes de lance) mais les trouvailles, hors contexte archéologique, sont mal ou pas du tout localisées. Après cette occupation transitoire, ce n'est qu'à l'âge du fer que la fréquentation du site de Brion devient plus continue, notamment au cours du (période laténienne) avec des habitats repérés par des trous de poteaux, des sols de circulation, et de nombreux tessons de céramique tournée sur une grande partie du site ; quelques traces de l'artisanat de l'étain et de l'or sont également relevées.
De l'apogée antique à l'abandon médiéval vignette|Plan du site archéologique. Selon toute vraisemblance et malgré l'absence de preuves formelles, c'est bien cette agglomération que Claude Ptolémée cite dans sa Géographie, vers l'an 130 de notre ère, sous le nom de et qu'il situe dans le Médoc.. Cette cité est alors, avec (Bordeaux), l'une des quelque vingt villes de l'Aquitaine romaine qui s'étend de la Loire aux Pyrénées. Le site se trouve alors au fond d'une vaste baie marécageuse proche de la Gironde qui se transforme progressivement en tourbière à partir du Néolithique. et, en tout état de cause, incapable d'accueillir des bateaux de grand gabarit. C'est certainement dans le seconde moitié du que l'agglomération antique se construit et se développe, adoptant sa parure monumentale (théâtre et temple pour les monuments connus). Cette période dure jusqu'à la fin du ou au début du où la cité décline et finit par ne plus être habitée de manière pérenne. Des traces d'occupation sont encore attestées jusqu'au milieu du , notamment dans le secteur du temple, mais il semble s'agir d'activités liées à la récupération de matériaux dans les ruines.
Vers le milieu du et après une longue période d'abandon où il sert de carrière de pierres, le site est à nouveau occupé : une maison forte est construite sur les ruines du théâtre. Composée d'une tour et d'un logis cloisonné protégés par une enceinte, elle semble habitée très brièvement entre le début des années 1340 et le début des années 1360 si l'on se réfère au mobilier retrouvé (monnaies et céramiques)..
Redécouverte à l'époque contemporaine En 1784 l'abbé Jacques Baurein, dans ses Variétés bordeloises, est le premier à citer les ruines de la ville de Brion dont l'origine romaine lui paraît vraisemblable. Léo Drouyn, après avoir visité les lieux en 1853, donne, dans la La Guienne militaire : histoire et description des villes fortifiées, forteresses et châteaux, construits dans la Gironde pendant la domination anglaise, une description très détaillée du site. Très impressionné par l'importance et la diversité des vestiges romains, il conclut à l'identification à la ville de Noviomagus citée par Ptolémée au second siècle de notre ère. En 1890, l'historien Camille Jullian confirme cette identification dans ses Inscriptions Romaines de Bordeaux, précisant qu'il s'agissait « des ruines les plus importantes du Médoc »..
Recherches récentes En 1966, Charles Galy-Aché et Jean Chevrier font identifier par Jacques Coupry, directeur des Antiquités historiques, les vestiges d'un théâtre gallo-romain du Haut Empire, puis, en 1976, les sondages de M. Cathérineau mettent en évidence les vestiges d'un habitat pré-romain. De 1985 à 1990, une action d'envergure se traduit par la mise en place d'un chantier-école à l'initiative de Pierre Garmy, avec le concours des professeurs Louis Maurin et André Coffyn, des étudiants de l'Université Bordeaux-Montaigne et de l'association archéologique locale présidée par M. Castagné. En 2011, Vivien Mathé utilise la prospection électromagnétique pour localiser d'autres vestiges enfouis. Bien que les résultats soient probants, les fouilles sont stoppées en attente de mesures de protection ou de restauration qui permettront d'éviter la dégradation des structures dégagées.
Protection et avenir du site Le site de Brion est un biotope caractérisé par des pelouses calcaires. Cet ensemble, entouré de prairies humides avec des bosquets de chênes, de frênes et d'aulnes, constitue une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique.
À l'écart des sentiers touristiques et sans budget suffisant, de nombreux vestiges restent sous terre et le site est menacé par la végétation.. Pour Philippe Buggin, maire de Saint-Germain-d'Esteuil, la commune n'a que les moyens de pourvoir « au minimum vital », c'est-à-dire l'entretien courant du site et la mise en place d'une signalétique. « Nous aimerions le mettre mieux en valeur, mais c'est compliqué »..
Description Les vestiges du site archéologique de Brion sont principalement ceux de l'agglomération gallo-romaine construite vers le milieu du premier siècle de notre ère (théâtre antique, temple de type , segment de voie, habitats et bâtiment public à l'affectation non déterminée). S'y ajoutent les ruines de la maison forte édifiée vers 1340 dans l'emprise de l'ancien théâtre et abandonnée quelques décennies plus tard.
Théâtre antique et maison forte
vignette|Vestiges du théâtre.
Le théâtre de Brion, inscrit au titre des monuments historiques depuis 1984, date de la deuxième moitié du . C'est actuellement le seul théâtre gallo-romain connu dans le bassin aquitain au sud de la Garonne. Il est construit au sud-ouest du site, sur les marges de l'agglomération antique. Son plan, qui a pu être reconstitué à partir des maçonneries apparentes, fait ressortir ses principales caractéristiques : la (hémicycle) formée de quatre anneaux concentriques sur lesquels étaient posés les gradins, l'orchestra de de diamètre au centre de la , la scène de taille réduite et le mur de scène dont la longueur est égale au diamètre de la (). Sa capacité est d'environ . vignette|gauche|Tour de la maison forte. Dans l'emprise du théâtre se trouvent les vestiges d'une maison forte correspondant à une réoccupation médiévale de faible durée. L'ensemble comprend une tour, un corps de logis, une basse-cour et une enceinte. À l'emplacement de la scène de l'ancien théâtre, la tour est un bâtiment carré de dix mètres de côté. Conservée sur une hauteur de ; elle est dans un premier temps assimilée à une motte féodale de forme presque circulaire car ses vestiges sont alors noyés sous ses propres décombres. De forme rectangulaire, le corps de logis totalement indépendant de la tour se compose de quatre pièces qui prennent appui sur la partie basse de la du théâtre. L'extrémité nord du promontoire semble avoir constitué la basse-cour.. Une enceinte associe des structures antiques et un système de talus et fossés créé au Moyen Âge.
Cette maison forte est le témoignage architectural le plus tardif de tout le site archéologique, définitivement abandonné par la suite.
Temple vignette|Temple de tradition celtique.
Le temple de tradition celtique sur plan carré, ou , est probablement construit entre 69 et 80 de notre ère sous la dynastie flavienne à un emplacement semblant alors vierge de toute occupation humaine. Ses maçonneries font appel, comme l'ensemble des monuments du site, à l'. Les seuls vestiges préservés sont la base des murs et le revêtement de sol sur lequel les fouilles ont révélé des tuiles, des enduits peints, des débris de marbre, de chapiteaux et de frises du quatrième style pompéien, ce qui permet de dater la construction du monument.
Au cœur du temple se trouve la sur plan carré de de côté ; une structure maçonnée, en son centre, est interprétée comme le socle d'une statue cultuelle. Ses murs reposent sur des fondations de de profondeur prenant appui sur le substrat calcaire. Dans les décombres du temple sont retrouvés des vestiges de statues (Vénus ou déesse mère en terre, tête de bélier et coq en métal, animaux souvent liés à Mercure). La est entourée d'une galerie certainement couverte large de , ouverte à l'est par un podium, ornée d'une colonnade et où se déroulent les processions. Le temple proprement dit pend place au centre du péribole, enceinte sacrée délimitée par un mur dans l'angle sud-ouest duquel un petit édicule à la fonction indéterminée est construit. Ce bâtiment annexe est réutilisé et agrandi au début du pour la construction d'un habitat précaire. Le temple est en outre en communication directe avec un bâtiment voisin, au sud-est, dont le rôle n'est pas défini, et dont l'orientation différente de celle du temple suggère qu'il peut avoir été édifié dans un second temps.
Voirie et habitats vignette|gauche|Tronçon de voie antique. Le carrefour de deux voies est formellement attesté sur quelques mètres de longueur à l'ouest du temple ; la couche de roulement est grossièrement empierrée. Le parallélisme de murs appartenant à des bâtiments différents prouve l'existence d'un véritable plan d'urbanisme bien que ce dernier doive se plier aux contraintes de la topographie locale et s'écarte parfois du schéma orthogonal courant, bien que celui-ci soit respecté par exemple aux abords du temple. En outre, la présence à très faible profondeur du socle rocheux a pour conséquence d'effacer rapidement les éventuels vestiges de voies, ce qui rend plus difficile la vision globale d'un schéma de voirie. vignette|Vestiges d'habitation. Plusieurs secteurs d'habitat respectent un plan bien organisé dans la moitié nord-est du site, la schéma urbain apparaissant régulier au cœur de la zone, plus dépendant de la topographie aux marges. La partie sud-ouest, jusqu'au théâtre, semble pour sa part vierge de tout bâti. Certaines maisons, aux marges de la zone urbanisée, comprennent un alignement de pièces précédées d'une galerie et pourvues de bâtiments annexes, le tout étant inscrit dans des enclos qui semblent attester une activité agricole. D'autres bâtiments, non fouillés, sont signalés à l'extrémité nord-est du site et autour du temple. Les observations du font état de murs en petit appareil, de briques, de et de tessons de poterie.
Aménagements à localiser ou à identifier Outre les monuments et aménagements déjà connus et dont la fonction est bien attestée, les études archéologiques révèlent l'existence de bâtiments dont la fonction n'est pas connue (édifice public), laissent entrevoir la présence possible de certains autres (thermes), alors que la toponymie, la topographie du site et sa localisation dans son territoire posent la question de l'existence d'un dernier type de constructions (port ou embarcadère). vignette|gauche|Vestiges d'un bâtiment public.