L'abbaye Notre-Dame de Beaumont-lès-Tours, usuellement dénommée abbaye de Beaumont, est un ancien établissement de religieuses bénédictines, situé à Tours (département d'Indre-et-Loire), au sud de la rue du Plat-d'Étain, sur l'ancienne commune de Beaumont-lès-Tours.
L'abbaye est fondée en l'an 1002 par Hervé de Buzançais, trésorier de la basilique Saint-Martin de Tours, sur un site déjà occupé depuis le par une communauté religieuse ou laïque qui y a construit une chapelle. Elle constitue la plus grande et la plus durable communauté de moniales de la Touraine.
Aux , en pleine Contre-Réforme, après que les religieuses ont adopté la règle bénédictine de Chezal-Benoît plus conforme à l'esprit bénédictin d'origine, l'abbaye fait l'objet d'agrandissements et d'embellissements. À la Révolution française, alors que les bâtiments ont été dévastés cinq ans plus tôt par un incendie et partiellement reconstruits, les sont expulsées. L'abbaye est désaffectée et vendue par lots, ses bâtiments sont presque totalement détruits, revendus pierre par pierre. Le site accueille des jardins potagers de l'hospice de Tours à partir de 1866 puis des casernes occupées par différentes unités de 1913 à 2012. La réhabilitation du site en écoquartier, en cours en 2022, est accompagnée de diagnostic (2017) et de fouilles archéologiques préventives (2019-2020 puis 2022-2023) permettant de mieux connaître son histoire et de compléter son plan ; plusieurs bâtiments jusque-là non localisés, voire inconnus pour certains, sont en effet mis au jour.
Le logis abbatial ou « pavillon Condé », construit quatre ans seulement avant la Révolution et l'un des seuls vestiges préservés, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis 1946. La grille en fer forgé qui séparait la nef du chœur de l'abbatiale et qui ferme depuis le début du la cour de la préfecture d'Indre-et-Loire est classée comme monument historique. Localisation vignette|gauche|alt=Plan d'une ville au sur lequel une zone est matérialisée en couleurs.|Localisation de l'abbaye de Beaumont sur la carte de Siette (1619). L'abbaye est située dans la , plaine alluviale entre la Loire au nord et le Cher au sud et dans une zone qui n'est densément urbanisée qu'à partir du , à une quinzaine de kilomètres en amont du confluent de ces deux cours d'eau. Elle est construite sur une montille, butte naturelle sédimentaire insubmersible. ( ou « Beau Mont » dès 845) la mettant à l'abri des inondations.
Au Moyen Âge, le ruisseau de l'Archevêque coule d'est en ouest au nord du site (le long de la rue François-Richer) et le ruau saint-Anne, à l'ouest (le jardin botanique de Tours occupe son emplacement.) relie la Loire au Cher..
Sur le plan administratif, l'abbaye se situe sur le territoire de la paroisse Saint-Jean de Beaumont, puis de la paroisse et ensuite de la commune de Beaumont-lès-Tours. Cette dernière est rattachée en 1823 à Saint-Étienne-Extra., elle-même « absorbée » par Tours en 1845..
Dans la voirie moderne, le site de Beaumont se trouve au sud de la rue du Plat-d'Étain, dans le quartier Giraudeau ; il est circonscrit par cette rue au nord, les rues Walwein et Hélène-Boucher à l'ouest, du capitaine-Pougnon au sud et s'avance peut-être vers l'est jusqu'à la rue Giraudeau.
Historique du site Fondation Les premières religieuses à Tours vignette|alt=Photographie en couleurs de la façade d'un bâtiment montrant des vestiges de baies en plein cintre.|Dépendance de Notre-Dame de l'Écrignole. À Tours, l'église Notre-Dame de l'Écrignole est, au et selon une tradition non vérifiable mais plausible, une petite chapelle bâtie à l'initiative d'Ingeltrude, petite-fille de Clovis, avec quelques bâtiments autour. Cet ensemble est destiné à recevoir, au nord-est de la basilique construite sur le tombeau de saint Martin, une petite communauté de femmes observant la règle bénédictine et qui prend rapidement de l'importance.
En 994 ou 997, un immense incendie ravage la collégiale Saint-Martin et ses alentours, dont l'église Notre-Dame de l'Écrignole et sans doute ses dépendances.. Grâce à de nombreux dons d'origines diverses, la reconstruction ou la restauration des édifices détruits ou endommagés est engagée par Hervé de Buzançais, trésorier de Saint-Martin, qui se rend alors compte que les bâtiments de Notre-Dame de l'Écrignole sont trop exigus pour abriter la communauté des moniales et qu'aucune extension n'est possible : il faut trouver un nouvel emplacement qui permettra en outre d'assurer l'autorité du chapitre de Saint-Martin sur de nouveaux territoires.
Le site de Beaumont avant l'abbaye L'historique de l'occupation du site où s'installera l'abbaye au est mal connu. Des indices mobiliers suggèrent une présence humaine à une époque comprise entre le Mésolithique et la Protohistoire, sans plus de précisions possibles au regard des données disponibles. Quelques fragments de terres cuites architecturales antiques sont retrouvés au nord de la rue du Plat-d'Étain dans un contexte stratigraphique différent puisqu'il n'y a aucun indice d'une occupation antérieure.
Le terrain est mis en valeur avant la fondation de l'abbaye ; des vestiges d'un parcellaire en témoignent. Une chapelle Notre-Dame-des-Miracles est mentionnée dans les sources aux . C'est peut-être le lieu de culte d'un groupe d'habitants (paroisse ou communauté religieuse) installés avant la fondation de l'abbaye au sein du village de ; le cimetière de plusieurs milliers de sépultures est localisé mais l'emplacement précis des habitations ne peut être déterminé au regard des données disponibles.
Entre 2022 et 2023, une campagne de fouilles menée par Philippe Blanchard de l'INRAP révèle, entre autres, les restes d’un village vieux de près de ans sous l’abbaye. La nouvelle abbaye d'Hervé de Buzançais vignette|redresse=0.7|gauche|Armes de l'abbaye. Hervé de Buzançais, en raison du manque de place autour de la basilique Saint-Martin, décide en 1002 de transférer la communauté de moniales de Notre-Dame de l'Écrignole sur un nouveau site. Il finance cette opération sur ses fonds propres (financement direct et donation de possessions et rentes), à condition que les religieuses payent un cens annuel de au chapitre de Saint-Martin.. Ayant obtenu l'accord du roi Robert II le Pieux, il choisit pour cela un terrain acquis au terme d'un échange avec un de ses vassaux et qui se situe à au sud-ouest de l'ancienne implantation ; les religieuses ne s'installent pas avant 1007. Cette abbaye de bénédictines relève directement de la collégiale Saint-Martin jusqu'en 1238, puis à partir de cette date la collégiale et l'archevêque de Tours en exercent la tutelle conjointe. Le roi Robert II le Pieux confirme les donations par diplôme en 1007 et met l'abbaye sous protection royaleDom Martin Bouquet (1685-1754), t.X (1760) première édition, Contenant tout ce qui s'est passé depuis le commencement du règne de Hugues Capet jusqu'à celui du roi Henri fils de Robert le Pieux, dans : Rerum gallicarum francicarum scriptores, édition en 1874 ; un second diplôme confirme le précédent à la faveur de nouvelles donations. Ce dernier document indique que les religieuses dépendent du chapitre de Saint-Martin et qu'elles doivent entretenir gracieusement les chapes et les ornements de l'église Saint-Martin..
Aucune source écrite ne permet de déterminer l'ordonnancement et la nature des constructions de cette époque au sein d'un site dont la superficie totale, au plus fort de son extension, avoisine sans doute les ..
Du au vignette|redresse|alt=Dessin au crayon d'un visage féminin coiffé d'une guimpe.|Marie de Beauvilliers. Une chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste est mentionnée sur le site dès le , élevée au titre d'église paroissiale sous le nom d'église Saint-Jean de Beaumont un siècle plus tard. Quatre autres chapelles sont citées, soit dans l'abbatiale elle-même, soit dans l'enclos monastique.
Dès sa fondation, l'abbaye prend rapidement de l'ampleur, s'inscrivant comme la plus importante communauté de moniales de toute la Touraine, statut qu'elle conserve jusqu'à la Révolution. Très vite, grâce aux revenus issus de ses domaines, elle peut devenir financièrement autonome ; elle possède en effet de nombreux prieurés, en Touraine principalement, mais aussi dans d'autres provinces françaises (Anjou, Normandie, Orléanais, Poitou). Les relations entre le chapitre de Saint-Martin et l'archevêché de Tours, toujours difficiles, notamment à partir du , se traduisent par des luttes d'influence au cours desquelles chacune des deux parties tente d'élargir son influence spirituelle, mais surtout temporelle, aux dépens de l'autre. C'est ainsi qu'au début du , l'archevêque de Tours tente de contrebalancer la puissance de l'abbaye de Saint-Martin (dont relève l'abbaye de Beaumont) en prenant le contrôle de la paroisse de Beaumont-lès-Tours. Ce conflit est également marqué par l'excommunication temporaire de deux abbesses, Haremburge de Marnes en 1208 par l'archevêque de Tours Jean de Faye et Anne Babou de La Bourdaisière à la fin du par les chanoines de Saint-Martin.
Pourtant, au , dans un contexte général peu favorable au monachisme, Beaumont décline, la paroisse se réduisant à l'abbaye elle-même. À cette époque, l'abbaye est entourée de très hauts murs localement pourvus de contreforts. Contre la clôture, des fouilles de 2019 mettent en évidence des fosses dépotoirs ; creusées pour en extraire le sable jaune vraisemblablement destiné à la construction, elles sont remblayées avec les déchets des activités de l'abbaye.
Au , la communauté de Beaumont compte peut-être ; le compte-rendu d'une réunion tenue dans la salle capitulaire de l'abbaye en 1587 indique qu'elles sont vingt-cinq, neuf d'entre elles assumant également la charge de prieure dans d'autres établissements religieux.. Parmi elles, Marie de Beauvilliers (1574-1657) prend l'habit monastique sous l'abbatiat d'une de ses tantes avant de devenir en 1598 abbesse de Montmartre ; en 1614, elle cumule même, pendant quelques mois, cette charge avec celle d'abbesse de Beaumont. De septembre à , en raison de l'insécurité liée à la nomination d'Henri de Navarre comme héritier du trône de France, de nombreuses religieuses quittent l'abbaye pour se réfugier à Tours, bientôt rejointes par l'abbesse Anne Babou de La Bourdaisière.
vignette|gauche|alt=Dessin figuratif en couleurs d'un paysage et d'une abbaye.|Abbaye de Beaumont-lès-Tours (collection Gaignières).
En 1584, sous l'abbatiat d'Anne Babou de La Bourdaisière et au terme d'un processus engagé dès le début du , les moniales de Beaumont adoptent la règle des bénédictins réformés de Chezal-Benoît. Ce renouveau spirituel s'accompagne probablement d'un renouveau temporel, avec notamment une profonde réfection ou même reconstruction des bâtiments de l'abbaye dès le début du . C'est ainsi que l'église abbatiale semble faire l'objet de travaux d'embellissement et d'agrandissement à sept reprises entre 1587 et 1636 sans pour autant être reconstruite. Le style architectural, tel qu'il est représenté sur la vue de la collection Gaignières, est compatible avec des édifices bâtis ou remaniés au . vignette|redresse|alt=Peinture en couleurs d'une religieuse en prière.|Marie de l'Incarnation.