Le sac de Dinant d' recouvre le siège, le bombardement, le pillage, l'incendie et le démantèlement de la ville de Dinant par les troupes bourguignonnes conduites par le comte de Charolais, futur Charles le Téméraire, et son père, Philippe le Bon, en représailles à la fronde organisée par les Dinantais à l'encontre de la maison de Bourgogne. À l'exception des édifices religieux, il faudra attendre onze années et la mort de Charles le Téméraire pour que Dinant commence à se relever de ses ruines, en 1477.

Dinant au Moyen Âge Le voit le plein essor de Dinant qui développera son commerce autour des batteur de cuivre, battra monnaie et rayonnera dans toute l'Europe du Nord. Sans devenir à proprement parler une ville hanséatique, Dinant peut bénéficier de l'appui de la Hanse pour promouvoir son essor. Les Dinantais disposent ainsi dès le d'une halle à Londres et crée au une compagnie d'Angleterre. Dinant est alors à son apogée commercial.

Prémices du conflit

Les appétits territoriaux de la maison de Bourgogne gauche|250px|vignette|Philippe le Bon La seconde Maison de Bourgogne naît en 1363 lorsque Philippe le Hardi, reçoit de son père, le roi de France Jean II le Bon, le Duché de Bourgogne. En , le duc Philippe II de Bourgogne, dit le Hardi, quatrième fils du roi de France Jean le Bon et de Bonne de Luxembourg épouse Marguerite de Male, 19 ans, fille du comte de Flandre, de Nevers et de Rethel. À la mort de Louis de Male, en , Marguerite et son époux Philippe le Hardi héritent des comtés de Bourgogne (Franche-Comté), d'Artois, de Flandre, de Rethel et de Nevers. L'État bourguignon est en train de naître. Jean sans Peur succède à son père en 1404 et en 1419, son fils Philippe le Bon devient duc de Bourgogne, souverain des Pays-Bas bourguignons, prince de la Maison capétienne de Valois.

En 1421, Jean III de Namur qui doit faire face à d'importantes difficultés financières, hérite du marquisat de Namur au décès de son frère. Il le cède en viager au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, dont l'appétit territorial sert à accroître l'État bourguignon. Il entre en pleine possession du territoire au décès de son usufruitier qui survient en 1429. De 1425 à 1443, Philippe le Bon, par héritage, par mariage, par traité, par conflit ou par confiscation, incorpore de nombreux territoires à l'État bourguignon comme le Hainaut, la Hollande, la Zélande, la Frise, le Limbourg, le Brabant, le Boulonnais, la Somme et le Luxembourg.

Depuis le , les ducs de Bourgogne ne se considéraient pas comme étant une branche de la noblesse. Ils étaient de sang royal, se comportaient comme tels, et refusaient d'accorder à quiconque la moindre parcelle de pouvoir qui viendrait en déduction du leur. Le fils de Philippe le Bon, Charles le Téméraire poursuit le rêve bourguignon de reconstituer la Lotharingie. Au point de se quereller avec son père, querelle qui durera de 1457 à 1464.

À l'aube de la déferlante qui allait rayer de la carte la ville de Dinant, l'État bourguignon constitue un important territoire cependant disparate et fractionné en deux enclaves que constituaient les Pays-Bas au Nord et la Bourgogne au sud. La variété de langues, d'us et coutumes contrarie la volonté bourguignonne d'unifier leurs territoires sur un plan institutionnel. L'autonomie des grandes villes comme Dinant qui battaient monnaie, prélevaient des taxes, contrecarrait ces velléités. Ceci conduira à la guerre de Liège de 1465 et à la bataille de Montenaken qui fera perdre à Liège quasiment tous ses droits et libertés.

Rivalités territoriales entre Namur et Liège Dès le , de grandes rivalités territoriales voient le jour. À la fin du , Dinant (rive droite) dépend désormais du Prince évêque de Liège et par voie de conséquence du Saint-Empire germanique tandis que la rive gauche dépend directement du Comte de Namur et donc de la couronne de France. Au des territoires enclavés de part et d'autre de la Meuse sont disputés, comme Leffe qui passe de la sphère d'influence du comté de Namur à celle de Dinant. Au-delà, Devant-Bouvignes pourtant située rive droite reste du ressort du comté tandis que les Dinantais prennent position de l'autre côté du pont, dans le quartier Saint-Médard qu'ils fortifient. Le Comte de Namur se retranche à son tour à Bouvignes et dote la bourgade d'enceintes fortifiées et fait édifier la tour donjon du Château de Crèvecœur en 1321. Le château est assiégé, en vain, par les liégeois pendant . À la suite de ce siège infructueux, les Dinantais érigent sur la rive d'en face la tour de Montorgueil.

Jules Michelet dans son Histoire de France décrit cette rivalité ancestrale:

Dès le également, à la suite de la Querelle des Investitures, le Prince-évêque de Liège perd l'appui du Saint-Empire germanique et doit désormais composer avec les différentes villes de son territoire qui n'auront de cesse d'agrandir leur autonomie politique, ce qui conduira, en 1316, à la signature de la Paix de Fexhe accordée par le Prince-évêque, Adolphe de La Marck entérinant l'absolue nécessité de consulter les représentants des différentes villes avant toute décision.

La bataille d'Othée et ses conséquences

vignette|gauche|Conférences d'Arras (1435). Enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de la mort de , BnF, département des manuscrits, Ms. Français , , vers 1484. Au début du , Jean III de Bavière, le Prince-évêque de Liège veut asseoir son pouvoir de manière forte. Les Liégeois se révoltent en 1406 et le destituent, le forçant à s'exiler à Maastricht et une partie de ses troupes, à Bouillon. Les Liégeois font le siège de Maastricht et les Dinantais, celui de Bouillon qui durera plusieurs mois de fin 1406 à début 1407. L'évêque évincé demande l'appui de son beau-frère, le Duc de Bourgogne Jean sans Peur, de son frère, Guillaume IV de Hainaut et de son cousin Guillaume II de Namur. En , les Liégeois sont défaits par les troupes des puissant princes lors de la bataille d'Othée. Les Liégeois sont sévèrement châtiésLa répression fera et vaudra à Jean III de Bavière le sobriquet de « Jean sans Pitié ». et la « sentence de Lille » est édictée la même annéeLe : les fortifications de Dinant doivent être détruites et la tour de Montorgueil ruinée. Les Dinantais s'exécutent, en partie, un an plus tard et détruisent la tour de Montorgueil sous les railleries des Bouvignois. Les Dinantais vont plaider leur cause auprès de l'empereur du Saint-Empire romain Germanique, Sigismond, dont ils obtiennent le soutien. La « sentence de Lille » est déclarée illégale en 1417 parce qu'elle entend s'exercer sur un territoire de l'Empire. Dinant sauve la mise. Les Bourguignons quant à eux en feront leur Delenda Carthago tant ils n'oublieront jamais cette fronde. En 1418, Jean de Bavière renonce à son épiscopat, épouse Élisabeth de Goerlitz et, la couronne comtale du Hainaut ayant été laissée en déshérence au décès de son frère Guillaume IV, se fait reconnaître par Sigismond comte de Hainaut. Jean de Heinsberg est nommé Prince-évêque de Liège en 1419.

La nomination du nouveau prince-évêque ravive les tensions entre Dinant et Bouvignes. Le comte Jean III de Namur souhaitant éviter une guerre s'en remet au jugement du Prince-évêque qui condamne le comté de Namur à verser . C'est à cette époque, en 1421, que Jean III de Namur, sans héritier, vend son territoire en viager à Philippe le Bon.

En 1429, le comté de Namur étant désormais sous domination bourguignonne, les Dinantais reconstruisent la tour de Montorgueil partiellement détruite en 1409 et dote leur cité d'imposant remparts pour se prémunir d'une attaque.

Philippe le Bon est désormais comte de NamurIl le devient à la mort de Jean III de Namur, le ., seigneur de Bouvignes. Il envoie aussitôt une expédition pour détruire Dinant et la tour de Montorgueil. La ville résiste et repousse les Bourguignons. Les Dinantais accrochent les échelles d'assaut sous les voûtes de la Collégiale en guise de trophées. Les villes liégeoises poussent l'évêque, Jean de Heinsberg, à déclarer la guerre aux Bourguignons. Les troupes liégeoises détruisent 300 villages et 33 châteaux dans le Namurois. Les Dinantais font le siège de Bouvignes. Les Bourguignons résistent et finissent par défaire les Liégeois contraint de signer la Paix de Malines qui leur impose de verser de lourds tributs et bien sûr impose aux Dinantais de détruire Montorgueil, ce qu'ils ne feront pas.

En 1433, Philippe le Bon et Isabelle du Portugal donnent naissance à un fils qui sera tout d'abord comte de Charolais avant de devenir Charles le Téméraire. En 1435, Philippe le bon signe avec le roi de France, Charles VII empêtré dans l'interminable guerre de Cent Ans, le très favorable Traité d'Arras. L'État bourguignon est à son apogée.

Un prince-évêque bourguignon droite|200px|vignette|Louis de Bourbon (1438-1482), Prince-évêque de Liège. En 1456, Philippe le Bon pousse vers la sortie Jean de Heinsberg pour imposer son neveu, Louis de Bourbon, en qualité de Prince-évêque de Liège. Les deux rives de la Meuse sont désormais sous la coupe d'un même pouvoir, celui de la maison de Bourgogne qui fera bientôt payer très cher aux Dinantais ce qu'elle percevra comme d'outrecuidantes velléïtés d'autonomie politique contestant sa suzeraineté. La rivalité historique, ancestrale, entre Bouvignes et Dinant allait en être le détonateur. Louis XI accède au trône de France en .

De la bataille de Montlhéry à celle de Montenaken

En 1465, Philippe le Bon est âgé et souffrant. Le , son fils Charles, alors comte de Charolais, connu de manière posthume sous le nom de Charles le Téméraire, est nommé lieutenant général de son père, officieusement régent de l'État bourguignon. En France, Louis XI est remis en question par la Ligue du Bien public dont Charles le Téméraire, pourtant cousin du roi, prend la tête. Les deux camps s'affrontent le lors de la Bataille de Montlhéry sans qu'on puisse vraiment déterminer de vainqueur. Louis XI envoie des messagers en pays liégeois pour y trouver alliance. Les messagers du roi attisent le feu de la haine ancestrale des cités liégeoise envers les Bourguignons. Raes de Heers, qui est à la tête de la fronde liégeoise qui s'oppose au Prince-évêque, Louis de Bourbon, obtient le soutien du roi de France. Louis de Bourbon est démis de ses fonctions en 1465 et remplacé par Marc de Bade. gauche|200px|vignette|Louis XI. Pour les Dinantais, il ne fait pas de doute que les Bourguignons ont été défaits à Montlhéry. Ils font des ravages, rive gauche, dans la région de Bouvignes. Vers le , les Dinantais, menés par un certain Conart le clerc ou le chanteur, exhibent en cortège, depuis la rive droite, face à Bouvignes, un mannequin à l'effigie de Charles le Téméraire portant au cou une cloche de vache. Ils le pendent et le ciblent de leurs flèches et invectivent la rive opposée traitant le dignitaire bourguignon de bâtard né de la relation coupable entre Jean de Heinsberg, l'évêque de Liège et l'épouse de Philippe le Bon, Isabelle de Portugal:

Le , Charles le Téméraire signe un intéressant accord de paix avec Louis XI, il s'agit du Traité de Conflans mais le pays de Liège s'en voit exclu. Peu de temps après, il reprend la route pour mater la révolte liégeoise. Les Liégeois, au nombre de trois à quatre mille, sous le commandement de Raes de Heers sont battus lors de la Bataille de Montenaken, le Jules Michelet mentionne la date du pour la bataille.:

Les Bourguignons sont sollicités par les Liégeois pour signer également une paix. ils ratifient la Paix de Saint-Trond que les chroniqueurs de l'époque qualifient de , le . Louis de Bourbon récupère ses fonctions de Prince-évêque. Cette fois, c'est Dinant qui est expressément exclue du traité. La colère bourguignonne va pouvoir s'exprimer. Les Dinantais le savent, mais un chaos politique règne alors dans la ville si bien qu'ils ne sont pas en mesure de conclure une paix avec les Bourguignons.

Le sac de Dinant