Georges-Émile Lapalme, né le à Montréal et mort dans la même ville le , est un avocat et homme politique québécois.
Il est député de Joliette—L'Assomption—Montcalm à la Chambre des communes du Canada de 1945 à 1950, chef du Parti libéral du Québec de 1950 à 1958, député de Montréal-Outremont à l'Assemblée législative du Québec de 1953 à 1966 et ministre dans le gouvernement Lesage de 1960 à 1964, notamment ministre fondateur du ministère des Affaires culturelles. Il est aussi le tout premier vice-premier ministre du Québec de 1960 à 1964.
Biographie Les années de formation Georges-Émile Lapalme naît le à Montréal. Fils d'Euclide Lapalme, manufacturier, et de Valéda Bazinet, Lapalme passe la première partie de son enfance à Saint-Esprit de Montcalm, où son père a construit en 1909 une manufacture de tabac à pipe. En , la famille s'installe à Joliette. Lapalme y complète ses études primaires et poursuit, à compter de 1918, le cours classique au séminaire de Joliette chez les Clercs de Saint-Viateur« Monument de Georges-Émile Lapalme - Répertoire du patrimoine culturel du Québec [archive] », sur www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca (consulté le 26 novembre 2024). Il commence à lire quotidiennement le journal Le Devoir auquel son père est abonnéGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 31.. Il lit avidement tout ce qui concerne la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, son père lui achète un premier livre, Le Pauvre Blaise de la comtesse de Ségur, qui est pour lui « le premier maillon d'une longue chaine qui ne s'est jamais briséeGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 51. ».
Grâce à un ami de son père vivant à Paris qui lui expédie des publications françaises, Lapalme s’y plonge, notamment dans L'Action françaiseGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 64.. Pendant son cours classique, il s'adonne aussi à des activités littéraires et prononce des conférences. Bachelier ès-arts en , il commence la même année ses études de droit à l'Université de Montréal. Il s’implique dans le journal étudiant Le Quartier latinGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 218-219.Jean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme. Précurseur de la Révolution tranquille, VLB Éditeur, 2000, p. 22.. Il lit beaucoup de littérature française contemporaine, dont des morceaux choisis de Marcel ProustGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 214.. En 1928, il découvre l’essai L'Avenir du peuple canadien-français d'Edmond de Nevers, originellement publié en 1900. Cet essai, qui insiste sur l'importance de la culture canadienne-française et la langue française, le marquera durablementGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 220..
Pratique du droit gauche|vignette|Georges-Émile Lapalme en 1929. Admis au Barreau du Québec le , Lapalme commence la pratique à Joliette la même année, d’abord seul, puis à compter de 1939 en association avec Charles-Édouard FerlandJean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme. Précurseur de la Révolution tranquille, VLB Éditeur, 2000, p. 23.. Il agit pour la défense dans plusieurs procès criminels. Pendant plusieurs années, sa pratique professionnelle est peu rémunératrice vu la concurrence de nombreux avocats à Joliette et les dures conditions économiques de la Grande Dépression. Un voyage en Ontario en 1930 donne à Lapalme une vue de « l’énorme avance que cette province avait prise sur la nôtreGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 245. ».
Sa situation professionnelle le permettant, il épouse Maria Langlois le à Montréal« Biographie de Georges-Émile Lapalme », Assemblée nationale du Québec, juin 2011. Consulté le 30 novembre 2024.. Il l'avait rencontrée en 1927. Le couple, qui vit à Joliette, puis à Montréal, aura sept enfants, André, Mireille, Michel, Odette, Guy, Pierre et Roger.
Premiers engagements politiques L'engagement politique de Lapalme débute tôt, même s'il fluctue en intensité selon l'évolution de la conjoncture politique fédérale et provinciale. Pendant les vacances d'été de 1926, il suit très attentivement la campagne en vue des élections fédérales du et il confesse que « cet été-là, je fus ardemment libéralGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 206. ». À l'occasion des élections québécoises de 1927, il appuie le candidat libéral Lucien Dugas, un ancien professeur, qu'il accompagne aussi dans certaines de ses sorties électorales. Cependant, Lapalme écrit de cette époque : « je constate que je ne suis pas un homme politiséGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 213. ». Il participe aux élections québécoises du comme simple militant libéralGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 244-245.. En 1934, il résiste aux invitations à se joindre à l'Action libérale nationale, nouveau parti politique formé par des libéraux dissidents avec à leur tête Paul GouinGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 246-248..
Lapalme assiste son associé Ferland pendant la campagne des élections fédérales du et participe aussi aux élections québécoises du de la même année. Cependant, le temps consacré aux deux campagnes électorales le laisse en posture professionnelle difficile, encore que la notoriété résultant de ses activités politiques lui amène des clients.
En 1936, Lapalme refuse de s'impliquer dans la campagne en vue des élections du . Il invoque « une incapacité totale de défendre le gouvernement [libéral] et ses actes », sans militer pour l'opposition, l'Union nationale dirigée par Maurice DuplessisGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 252.. Les années qui suivent sont consacrées à la pratique du droit et Lapalme vit « totalement en marge de la politique », tout en la suivant de loinGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 255.. C’est une période durant laquelle il « commence à mépriser Maurice DuplessisGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 256. ».
En vue des élections déclenchées par Duplessis pour le , Lapalme est pressenti pour appuyer le candidat libéral dans Joliette. Il se limite à quelques discours dans le comité voisin de Montcalm. Toutefois, il participe plus activement à la campagne de son associé Ferland en vue des élections fédérales du Georges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 261..
Par-delà la politique au Québec et au Canada, Lapalme, témoin consterné de la chute de la France en , prend rapidement parti : « [...] je ne me tais pas au sujet de l'option que je pris : je suis un gaulliste de la première heureGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 271. ».
Pendant les années de la Seconde Guerre mondiale, Lapalme s'engage dans des activités qui concourent à la formation de sa pensée politique. Ainsi, en 1943, nommé par le conseil municipal à titre de représentant patronal à un comité d'arbitrage dans la grève des employés de Joliette, Lapalme favorise les employés, comme les deux autres arbitres. Cette expérience, de même que la participation à des réunions organisées par les syndicats catholiques, élargit sa vision de la société : « Ce conflit me fit voir les choses de près et je dois avouer qu'à compter de ce moment, je fis table rase de mes vieilles croyances en la matièreGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 275. ». Les invitations à prononcer des conférences émanant de différents groupes l'aident à articuler sa pensée politique.
En 1944, Lapalme, dans le comté de Montcalm, appuie le candidat libéral aux élections québécoises du . Il reconnait au gouvernement libéral d'Adélard Godbout deux réalisations porteuses d'avenir : la création d'Hydro-Québec et l'instruction obligatoire jusqu'à 14 ans. L'Union nationale remporte les élections, et Duplessis entame son règne de 15 ans comme premier ministre du QuébecGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 277..
Carrière politique Les incursions intermittentes de Lapalme en politique depuis la fin des années 1920 le conduisent finalement à la carrière politique à plein temps à compter de 1945.
Député au Parlement du Canada En 1944, Lapalme est approché par des militants libéraux comme candidat possible aux prochaines élections fédérales. Il décline, mais finit par se raviser. En raison de l'ambition d'un autre candidat possible, il devra mener une forte bataille pour conquérir l’investiture libérale lorsque le député Ferland est nommé au Sénat en 1945.
Le , Lapalme est élu député fédéral avec une majorité de plus de , dans le comté de Joliette—L'Assomption—Montcalm, en triomphant de Paul Brien, un candidat appuyé par l'Union nationale et son député provincial de Joliette, le ministre du Travail Antonio Barrette. Cette victoire marque le début d'une vive opposition entre Lapalme et BarretteGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 285.Jean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme. Précurseur de la Révolution tranquille, VLB Éditeur, 2000, p. 26..
Une expérience difficile Lapalme, député d'arrière-banc, vit difficilement l'expérience du Parlement fédéral. Comme il l'écrit dans ses mémoires : « Dans cette cathédrale anglicane qui nous sert de parlement fédéral, j'éprouvais physiquement et intellectuellement la difficulté d'être Canadien-françaisGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 297. ». Il se trouve désagréablement confronté à un fonctionnarisme « recruté dans le monde des amitiés et des relations anglo-saxonnes » et en plus « nos vies se déroulaient en anglaisGeorges-Émile Lapalme, Mémoires, tome 1 : Le bruit des choses réveillées, Montréal, Leméac, 1969, p. 299-300. » Jean-Charles Panneton, Georges-Émile Lapalme. Précurseur de la Révolution tranquille, VLB Éditeur, 2000, p. 27-28.. Lors de sa première intervention à la Chambre des communes, le , Lapalme plaide en faveur non seulement de l'industrie du tabac, très importante dans la région qu'il représente, mais aussi pour la classe ouvrière car, dit-il, « au moment où le pays vient d'affirmer, d'une façon éclatante, sa foi en la paix dans la même mesure qu'il l'a fait à l'égard de la guerre, j'estime que les questions sociales passent au premier plan de l'actualitéDébats de la Chambre des communes, 27 novembre 1945, p. 2635s. ».
Un député différent et de plus en plus visible et réputé vignette|Georges-Émile Lapalme, alors qu'il était député fédéral, en 1945. Sans jamais devenir ministre du gouvernement fédéral, le simple député Georges-Émile Lapalme fait néanmoins sa marque, différemment de ses homologues, par plusieurs actions à l’extérieur de la Chambre. De telles actions développent non seulement sa visibilité politique, mais aussi sa réputation d'homme politique réfléchi et novateur.