vignette|234x234px|Le drapeau de la République du Rif flottant lors d'une manifestation en faveur de la Palestine, qui se déroule à Rotterdam, aux Pays-Bas. Le républicanisme au Maroc désigne l'ensemble des courants politiques, idéologiques, initiatives militantes, et des mouvements sociaux qui défendent l'instauration d'un régime républicain au Maroc, en opposition à la monarchie institutionnelle.

Historiquement marginal dans le paysage politique marocain, le républicanisme s'est exprimé à différentes périodes à travers des organisations, des intellectuels, des militants de gauche, ainsi que certains opposants en exil. Les conceptions du républicanisme marocain varient selon les acteurs concernés, allant de la revendication d'une république démocratique et parlementaire à des projets inspirés par le socialisme, le nationalisme ou d'autres traditions politiques.

Républicanisme dans l'histoire du Maroc

La République du Bouregreg (République de Salé, 1627–1668) La République du Bouregreg, également appelée République de Salé, constitue la principale expérience républicaine attestée dans l'histoire du Maroc précolonial. Elle se développe entre 1627 et 1668 sur les rives de l'estuaire du Bouregreg, englobant les villes de Salé-le-Vieux, de la Kasbah des Oudayas et de Rabat. Son émergence s'inscrit dans un contexte de fragmentation du pouvoir central à la fin de la dynastie saadienne, marqué par l'affaiblissement de l'autorité sultanienne et l'essor de pouvoirs locaux autonomes. vignette|197x197px|Le drapeau de la République du Bouregreg (1627-1668). L'économie de la République repose essentiellement sur le commerce maritime et la course. Les corsaires du Bouregreg attaquent les navires marchands européens, capturent des prisonniers destinés à la rançon et redistribuent une partie des profits au financement de la cité et de sa défense. Cette activité fait de Salé l'un des principaux centres corsaires de l'Atlantique au XVIIᵉ siècle, entretenant des relations diplomatiques et commerciales avec plusieurs puissances européennes, notamment l'Angleterre, les Provinces-Unies et la France. Des traités sont ponctuellement conclus afin d'encadrer les échanges, les rançons ou les opérations navales.

Malgré son autonomie, la République du Bouregreg ne constitue pas un État indépendant au sens moderne. Son autorité demeure circonscrite à l'estuaire du Bouregreg et elle reconnaît, de manière fluctuante selon les périodes, la souveraineté nominale du sultan marocain, principalement lorsque les rapports de force lui sont défavorables. Son autonomie repose davantage sur la faiblesse du pouvoir central que sur une volonté explicite de rupture avec la monarchie.

L'historiographie contemporaine considère généralement la République du Bouregreg comme une république oligarchique urbaine, fondée sur un gouvernement collégial exercé par une élite marchande et militaire. Si son fonctionnement diffère sensiblement des conceptions modernes de la démocratie représentative, elle constitue néanmoins l'un des rares exemples de gouvernement républicain durable dans l'histoire du Maghreb et représente la principale expérience républicaine connue sur le territoire de l'actuel Maroc.

La République du Rif (1921–1926) La République du Rif est une entité politique proclamée en 1923 dans le nord du Maroc par le chef rifain Mohammed ben Abdelkrim al-Khattabi (généralement connu sous le nom d'Abdelkrim), à la suite de la victoire des tribus rifaines contre l'armée espagnole lors de la bataille d'Anoual en juillet 1921. Son existence s'inscrit dans le contexte du protectorat espagnol au Maroc, instauré en 1912, et de la résistance armée menée contre la domination coloniale espagnole puis franco-espagnole.

L'effondrement des forces espagnoles à Anoual permet à Abdelkrim de fédérer une grande partie des tribus du Rif autour d'un projet de gouvernement centralisé. Soucieux de dépasser les structures tribales traditionnelles, il entreprend la mise en place d'institutions administratives inspirées à la fois du droit islamique, des pratiques coutumières rifaines et de certains modèles étatiques contemporains. En 1923, il proclame officiellement la Confédération des Tribus du Rif (al-Jumhūriyya al-Ittiḥādiyya li-Qabāʾil al-Rīf), souvent désignée dans les sources européennes sous le nom de « République du Rif ». vignette|197x197px|Le drapeau de la République du Rif au Maroc (1921-1926). Le nouvel État est organisé autour d'un gouvernement central dirigé par Abdelkrim, qui exerce les fonctions de chef de l'exécutif et de commandant militaire. Une administration civile est progressivement mise en place, comprenant des départements chargés des finances, de la justice, des affaires étrangères et de la défense. L'autorité centrale s'appuie sur une assemblée consultative représentant les principales tribus, tandis qu'un système judiciaire est instauré afin de limiter les rivalités intertribales et d'assurer une application plus uniforme du droit.

La République cherche également à obtenir une reconnaissance diplomatique internationale. Des représentants sont envoyés auprès de plusieurs gouvernements européens et de la Société des Nations afin de faire reconnaître le droit du peuple rifain à l'autodétermination. Toutefois, aucune puissance ne reconnaît officiellement la République, les États européens privilégiant le maintien des accords établissant les protectorats français et espagnol sur le Maroc.

Mouvements politiques et idéologiques du XXᵉ siècle

Ila al-Amam (En Avant) Fondée en décembre 1970 par des figures intellectuelles et militantes telles qu'Abraham Serfaty et Abdellatif Laâbi, Ila al-Amam (إلى الأمام, « En avant ») est l'organisation la plus emblématique du mouvement marxiste-léniniste marocain (MMLM). Opposée à la monarchie constitutionnelle, elle prône l'instauration d'une république démocratique populaire fondée sur les principes du socialisme révolutionnaire.

Considérant la monarchie alaouite comme un régime « féodal-compradore » au service des classes dirigeantes, de l'impérialisme et des élites économiques, le mouvement estime qu'elle agit au détriment des classes populaires. Il préconise son renversement par une révolution populaire conduite par les ouvriers, les paysans et les étudiants.

Le mouvement développe son influence principalement dans les milieux universitaires, notamment au sein de l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), ainsi que dans certains secteurs ouvriers et syndicaux. Son activité clandestine, fondée sur la diffusion de publications politiques et l'organisation de cellules militantes, en fait rapidement l'une des principales cibles de la répression durant les années de plomb. À la suite des vagues d'arrestations de 1972 et 1973, plusieurs de ses dirigeants et militants sont jugés lors des procès de Casablanca de 1973 et de 1977, puis condamnés à de lourdes peines de prison. Plusieurs militants meurent en détention ou à la suite de grèves de la faim, parmi lesquels Saïda Menebhi, décédée en 1977.

À partir de la fin des années 1980, puis surtout durant les années 1990, dans le contexte de la libération progressive des prisonniers politiques et de l'ouverture politique, les anciens militants d'Ila al-Amam abandonnent progressivement la lutte clandestine. Une partie d'entre eux participe, en 1995, à la fondation d'Annahj Addimocrati (« La Voie démocratique »), formation politique légale qui conserve une référence au socialisme et à la démocratie populaire tout en privilégiant désormais l'action politique légale plutôt que la stratégie insurrectionnelle.

Les tentatives de renversement Au début des années 1970, le Maroc connaît deux tentatives de coup d'État militaire dirigées contre le règne du roi Hassan II. Ces événements, survenus dans un contexte des années de plombs, constituent les principales tentatives de renversement du régime monarchique depuis l'indépendance. Bien que les objectifs des conjurés aient varié et demeurent parfois débattus par les historiens, ces épisodes ont alimenté les discussions sur l'éventualité d'une alternative républicaine au Maroc.

Coup d'État de Skhirat (10 juillet 1971) Le 10 juillet 1971, lors des réceptions du 42ᵉ anniversaire du roi Hassan II au palais d'été de Skhirat, plus de 1 400 cadets de l'école militaire d'Ahermoumou, menés par le colonel M'hamed Ababou et soutenus par le général Mohamed Medbouh, prennent d'assaut la résidence royale. La fusillade fait près d'une centaine de morts et plus de deux cents blessés parmi les invités et les dignitaires du régime.

Pendant que le palais est investi, un groupe d'insurgés s'empare des locaux de la Radio Télévision Marocaine (RTM) à Rabat. À l'antenne, les putschistes diffusent un communiqué officiel annonçant la mort du roi, la chute de la monarchie et l'avènement d'une république. Une marche militaire est jouée en boucle, interrompue par des slogans dénonçant la corruption de l'élite dirigeante.

L'opération échoue toutefois en raison de failles de coordination, du décès du général Medbouh au cours de l'assaut et de la survie du souverain, qui parvient à reprendre le contrôle de la situation avec l'aide du général Mohamed Oufkir. La reprise en main des médias et de la capitale dans les heures qui suivent met un terme à la brève proclamation républicaine.

Coup d'État des aviateurs (16 août 1972) Un an plus tard, le 16 août 1972, une seconde tentative d'élimination du souverain survient lors de l'opération codée « Opération Buraq ». Trois chasseurs Northrop F-5 de Forces Royales Air (FRA), partis de la base aérienne de Kénitra sous le commandement du lieutenant-colonel Mohamed Amekrane et du capitaine Mohamed Kouera, interceptent le Boeing 727 transportant le roi Hassan II lors de son retour de France. Les avions de chasse mitraillent l'appareil royal en vol, mais le pilote parvient à poser l'avion endommagé sur le tarmac de l'aéroport de Rabat-Salé. L'attaque se poursuit par le mitraillage des installations de l'aéroport.

L'enquête et les témoignages ultérieurs établissent la responsabilité du général Mohamed Oufkir, Le complot est généralement associé au Mohamed Oufkir, alors ministre de la Défense et figure centrale de l'appareil sécuritaire marocain, ainsi qu'à plusieurs officiers de l'aviation militaire. Après l'échec de l'opération, Oufkir est retrouvé mort dans des circonstances officiellement présentées comme un suicide, bien que les conditions de son décès aient fait l'objet de controverses persistantes.

Contrairement à la tentative de 1971 où l'option républicaine fut explicitement proclamée à la radio, Plusieurs historiens et observateurs de la politique marocaine avancent que le général Oufkir ne cherchait pas à détruire l'institution monarchique en elle-même. Son projet aurait plutôt consisté à éliminer le roi Hassan II pour instaurer un conseil de régence gouvernant au nom du prince héritier Mohammed VI. Ce scénario aurait permis de préserver la continuité symbolique et la légitimité de la dynastie alaouite, tout en plaçant le pouvoir exécutif réel entre les mains d'un haut commandement militaire dirigé par Oufkir lui-même.

Au cours des manifestations marocaines de 2011-2012, quelques manifestants ont scandé des slogans républicains. Ils étaient principalement issus du mouvement islamiste Al Adl Wa Al Ihssane et du parti communiste La Voie Démocratique. Ces slogans n'ont pas été répétés par la grande majorité des manifestants.

Républicanisme actuel au Maroc Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Maroc, de nombreux militants antimonarchiques critiquent ouvertement la monarchie ou plaident pour la création d'une république au Maroc et pour la suppression ou le renversement de la monarchie marocaine.