Dracula prisonnier de Frankenstein (Drácula contra Frankenstein) est un film fantastique franco-hispano-liechtensteino-portugais écrit et réalisé par Jess Franco, tourné vers la fin de l'année 1971 en extérieur, en Espagne (au château de Santa Barbara à AlicanteStephen Thrower, 2015, p. 286) et au Portugal (dans la ville de Sintra. et au Palácio dos Condes de Castro Guimarães à Cascais), et sorti en 1972.

Il s'agit du troisième film de vampire du réalisateur, après Les Nuits de Dracula et Vampyros Lesbos, et du premier d'une série de films « gothiques »Stephen Thrower, 2015, p. 297 réalisés entre fin 1971 et , comprenant également La Fille de Dracula et Les Expériences érotiques de Frankenstein - série que certains commentateurs considèrent comme une trilogie.

Synopsis Dans une petite ville, la fille d'un aubergiste est mordue par le comte Dracula. Pour qu'elle ne devienne pas une vampire, le docteur Seward lui enfonce une aiguille dans l’œil. Puis il se rend en plein jour dans le château du comte et profite du sommeil du vampire pour lui enfoncer un pieu dans le cœur. Plus tard, le docteur Frankenstein, accompagné de son serviteur, s'installe au château. Le docteur souhaite dominer les non-morts pour conquérir « le monde mystérieux de l'infini » et asservir les humains à l'aide d'« une armée des ombres ». Il commence par réanimer sa Créature. Une fois sortie du laboratoire, la Créature enlève une chanteuse de cabaret que le docteur saigne à mort en procédant à une sorte d'exsanguino-transfusion. Grâce au sang de la chanteuse, Frankenstein ressuscite Dracula. Au même moment, dans les souterrains du château et à l'insu de tous, une femme vampire sort de son cercueil. Elle agresse une devineresse gitane. De son côté, Dracula est sous la domination de Frankenstein : à sa demande, il mord une patiente de Seward, elle devient une vampire et, ensemble, ils agressent un couple. Ayant compris que le comte est de retour, Seward retourne au château, mais en chemin, il est attaqué par la Créature de Frankenstein. Blessé, il est recueilli par des gitans et soigné par la devineresse. Elle lui dit que Dracula a repris « forme et puissance », que désormais « son esprit est prisonnier de Frankenstein », qu'une nuit, quand la lune sera pleine, lui, Seward, vaincra avec l'aide du loup-garou et libérera les gitans de l'emprise exercée sur eux par le vampire. La nuit annoncée survient. La devineresse meurt en rappelant à Seward sa prophétie. La femme vampire tue le serviteur de Frankenstein. Le loup-garou surgit et affronte la Créature. Sous la forme d'une chauve-souris, la femme vampire poursuit le docteur Frankenstein jusque dans son laboratoire. Il parvient à se débarrasser d'elle en l'emprisonnant dans un arc électrique. Puis il détruit les autres vampires, ainsi que sa propre Créature. Lorsque Seward et les gitans arrivent au château, ils constatent que les vampires ne sont plus que des squelettes gisant dans leurs cercueils. Frankenstein, lui, a disparu... vignette|290x290px|L'enseigne de la poste de Sintra (photographie prise en mai 2013 par marek7400). Dans Dracula prisonnier de Frankenstein, Franco l'utilise comme enseigne d'auberge.

Fiche technique Titre original : Drácula contra Frankenstein Titre français : Dracula prisonnier de Frankenstein Réalisation et scénario : Jesús Franco Montage : María Luisa Soriano Musique : Bruno Nicolai et Daniel White Photographie : José Climent Production : Robert de Nesle et Luis Lasala Sociétés de production et distribution : Fenix Film (Espagne), CFFP (France), Interfilme (Portugal) et Prodif Ets (Liechtenstein) Pays de production : , , , Langue originale : espagnol Format : couleur Genre : fantastique Durée : 85 minutes Dates de sortie : Espagne : France : Portugal :

Distribution Howard Vernon : Dracula Dennis Price : le docteur Rainer von Frankenstein Alberto Dalbes : le docteur Jonathan Seward Geneviève Robert (créditée sous le nom de Geneviève Deloir) : la devineresse Carmen Yazalde (créditée sous le nom de Britt Nichols) : la femme vampire Paca Gabaldón (créditée sous le nom de Mary Francis) : la patiente du docteur Seward Luis Barboo (crédité sous le nom de Luis Bar Boo) : le serviteur de Frankenstein Fernando Bilbao : la Créature de Frankenstein Josyane Gibert (créditée sous le nom de Josiane Gibert) : la chanteuse de cabaret Anne Libert : la première victime de Dracula Brandy : le loup-garou Eduarda Pimenta : la femme du couple agressé par les vampires Antonio de Cabo (non crédité) : l'homme du couple agressé par les vampires Daniel White (non crédité) : Danny, l'aubergiste vignette|490x490px|Le château des Maures à Sintra (photographie prise en novembre 2012 par Alvesgaspar). Quarante-et-un ans avant que cette photo ne soit prise, Franco a filmé l'édifice dans la brume et en contre-plongée pour en faire l'une des façades du chateau de Dracula.

Genèse et développement Franco conçoit Dracula prisonnier de Frankenstein en réaction contre Les Nuits de Dracula qu'il avait tourné deux ans plus tôt.

Alors qu'il s'était efforcé d'être fidèle au roman de Bram Stoker dans le film de 1969Stephen Thrower, 2015, p. 218, Franco prend ici beaucoup de libertés à l'égard de ses sources littéraires : Frankenstein se prénomme Rainer et non plus Victor, il s'intéresse au monde surnaturel au lieu de vouloir percer les secrets de la nature ; Dracula ressemble par moments à un « pantin de ventriloque » ; le docteur Seward se prénomme Jonathan et non plus John, il est à la fois directeur de clinique psychiatrique (comme le personnage de Bram Stoker) et chasseur de vampires (comme l'était Van Helsing dans le roman) ; Renfield devient un personnage féminin jamais nommé pendant le film (la patiente de la clinique que les commentateurs appellent MariaStéphane du Mesnildot, 2004, p. 101). Et le cinéaste fait délibérément en sorte qu'on ne comprenne pas très bien dans quel lieu ni à quelle époque se déroule l'action : par exemple, le docteur Seward se déplace en calèche, mais le chauffeur de Frankenstein conduit un corbillard moderne et une Mercedes.

Franco retient néanmoins du roman de Bram Stoker un élément qu'il avait été contraint de réduire lors du montage du film précédent : les gitans qui vivent sous l'emprise de Dracula. « Il y a, déclare-t-il dans un entretien donné peu de temps avant la réalisation de Dracula prisonnier de Frankenstein, tout un monde que j'avais filmé et qui apparaît à peine dans Les Nuits de Dracula : les rapports - que je trouve passionnants dans le roman - entre Dracula et les gitans. J'avais tourné tout ce qu'il y a dans le roman, cette présence constante des gitans autour du château. [...] [Mais], comme le film avait une durée d'à peu près deux heures, les [producteurs] américains ont voulu le raccourcir [...]. Et ce sont les gitans qui ont sauté. » vignette|Photographie prise en 1944 pendant le tournage de La Maison de Frankenstein : à gauche, Paul Malvern, le producteur ; à droite, Glenn Strange, l'acteur qui interprète la Créature de Frankenstein. Avec Dracula prisonnier de Frankenstein, Franco a voulu faire un film « dans l'esprit d'une bande dessinée » pour rendre hommage aux productions Universal qui réunissaient les monstres emblématiques du studio. Il choisit également d'adopter un ton opposé : Les Nuits de Dracula est, pour reprendre les mots du cinéaste, un film délibérément « en demi-teinte, comme le roman », pas du tout « un film délirant ». « Je me suis tellement donné de mal pendant le tournage des Nuits de Dracula que je m'étais promis de me défouler une fois ce film terminé. Avec Dracula prisonnier de Frankenstein j'ai voulu rompre totalement avec le film précédent. J'ai donc écrit un scénario absolument différent, tout à fait dans l'esprit d'une bande dessinée. On peut raisonnablement dire que c'est une BD ! »Alain Petit, 2015, p. 204 C'est un film délibérément « délirant », réalisé en « hommage direct » aux deux films d'Erle C. KentonAlain Petit, 2015, p. 209 qui réunissent Dracula, la Créature de Frankenstein et le loup-garou (trois monstres emblématiques du studio Universal) : La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula.

Mais, comme le remarque Stephen Thrower, Franco revient « à une tradition encore plus ancienne que celle du film d'épouvante tel qu'on le concevait dans les studios de la Universal, puisque Dracula prisonnier de Frankenstein est quasiment un film muet. Dans la version originale espagnole, il faut attendre vingt minutes avant d'entendre le premier dialogue, et les dialogues suivants sont rares et brefs [...]. Franco s'appuie presque uniquement sur les images et conduit son récit sans bavardage intrusif. » Réaliser un film quasiment muet est encore une manière de prendre le contre-pied des Nuits de Dracula, film dans lequel dialogues et monologues étaient très importants (et parfois filmés dans des séquences très soignées, comme le monologue au cours duquel Dracula « raconte le passé guerrier de ses ancêtres »Alain Petit, 2015, p. 203 - une séquence dont Franco était satisfait).

Dracula prisonnier de Frankenstein n'est pas seulement un film fait en réaction contre un autre. C'est aussi un film représentatif de ce que tente le cinéaste dans la plupart de ses réalisations du début des années 1970 : « J'essaie de faire un cinéma anarchiste et inventif, déclarait Franco en 1974, en demandant au spectateur de collaborer un peu et en racontant les histoires d'une manière plus elliptique, d'une manière qui correspond mieux à la littérature et au théâtre actuels. »

Production Dracula prisonnier de Frankenstein est le cinquième et avant-dernier film produit par la société Prodif. Cette maison de production avait déclaré son siège à Vaduz, la capitale du Liechtenstein, vraisemblablement pour des raisons fiscalesStephen Thrower, 2015, p. 205 et 277. D'où le fait que le Liechtenstein fasse partie des pays d'origine du film. Selon Alain Petit, « il est aujourd'hui quasiment certain »Alain Petit, 2015, p. 49 que cette société a été créée par Jess Franco lui-même en association avec Karl Heinz Mannchen et Guy Gibert, le mari de Josyane GibertAlain Petit, 2015, p. 328 (qui joue le rôle de la chanteuse de cabaret dans Dracula prisonnier de Frankenstein). Entre 1969 et 1972, Prodif a permis à Franco de produire, souvent avec de très petits budgetsAlain Petit, 2015, p. 513 et 519, certains de ses films les plus personnels d'alorsAlain Petit, 2015, p. 520 et 536Stephen Thrower, 2015, p. 212, 226 et 277 : Les cauchemars naissent la nuit, Eugénie de Sade et Une vierge chez les morts-vivants.

Pour Dracula prisonnier de Frankenstein, le cinéaste a disposé d'un budget, modeste sans doute, mais plus important que pour les trois précédentes productions Prodif. Il a en effet bénéficié de l'apport de trois autres maisons de production : une portugaise (Interfilme), une espagnole (Fenix Film) et une française (CFFP, la société de Robert de Nesle).

Musique vignette|490x490px|Le Palácio dos Condes de Castro Guimarães (photographie prise en avril 2010 par MartinPutz). Le palais sert de décor pour la clinique du docteur Seward dans Dracula prisonnier de Frankenstein. La musique de Bruno Nicolai utilisée dans Dracula prisonnier de Frankenstein n'a pas été composée pour le film. Il s'agit d'extraits des bandes originales de deux réalisations antérieures de Franco : Justine ou les infortunes de la vertu et Les Nuits de Dracula.

Également crédité à la musique, Daniel White aurait composé, sur des paroles en français, la chanson chantée dans la séquence du cabaret.

Versions Il existerait plusieurs versions du film, dans lesquelles les actrices seraient plus ou moins dénudées. Celle qui a été exploitée en salles en France (comme celles qui ont été par la suite éditées en VHS, en DVD ou en Blu-ray, en Espagne ou aux États-Unis) est la version sans nudité.