est le septième album studio des Beatles, paru le au Royaume-Uni et trois jours plus tard aux États-Unis, avec une liste de chansons légèrement différente. Enregistré sur une période de trois mois, il est souvent considéré comme un album majeur de leur carrière et l'un des plus influents de tous les temps par les critiques, figurant entre autres à la onzième place dans la liste de 2020. des 500 plus grands albums de tous les temps du magazine Rolling Stone et à la troisième place, dans la liste de 2003..

Revolver confirme le tournant du style musical des Beatles amorcé avec Rubber Soul. Délaissant leur image de « bons garçons », les Beatles marquent avec cet album le début de l'ère psychédélique. Leur créativité artistique se débride et continuera avec l'album suivant, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, en 1967. Les Beatles sont dans une période où les tournées incessantes font place à un travail continu en studio. Historique Contexte Avec Revolver, enregistré aux studios EMI entre le et le , les Beatles deviennent un véritable groupe de studio et s'écartent de plus en plus de la scène. Deux exemples sont frappants à ce titre : d'une part, aucune des quatorze chansons présentes sur l'album n'est pratiquement conçue, pensée ou seulement apte à être jouée en concert (dans la configuration deux guitares, une basse et une batterie) et aucune ne l'a d'ailleurs été par le groupe durant ses derniers concerts en Allemagne, au Japon, aux Philippines et aux États-Unis, cet été-là . D'autre part, lorsqu'ils entrent en studio pour la première session d'enregistrement de Revolver, le titre auquel ils s'attaquent est Tomorrow Never Knows, où tout ce qu'il est possible de faire avec la technologie de l'époque et même beaucoup plus, va être mis en œuvre .

Dans la foulée de Rubber Soul (1965), les Beatles peuvent aller de plus en plus loin dans l'innovation technique et créatrice et s'affranchir de toutes les règles.

Une lettre manuscrite de George Harrison, datée du , au disc jockey américain Paul Drew affirme que le groupe a planifié enregistrer cet album au studio Stax de Memphis (Tennessee), avec le producteur Jim Stewart, mais des soucis de sécurité ont fait avorter le projet..

Enregistrement

Innovations techniques

Aux côtés de George Martin et des Beatles, un tout jeune ingénieur du son fait donc ses débuts : Geoff Emerick, à peine âgé de 20 ans. Il va d'entrée de jeu changer la façon d'enregistrer la batterie en positionnant les micros plus près des fûts, en « assourdissant » la grosse-caisse à l'aide de vêtements placés à l'intérieur et la basse, en se servant d'un haut-parleur comme micro placé en face de l'ampliGeoff Emerick, Here There and Everywhere, My Life Recording the Music of The Beatles, Gotham Books, 2006, , . Emerick ignore délibérément les règles strictes édictées dans les studios EMI et se met totalement au service des Beatles avides d'expérimentations. Pour eux, un autre membre du personnel technique d'EMI, Ken Townsend, invente le moyen de ne plus avoir à doubler sa propre voix, l'automatic double tracking et à partir de celui-ci invente le flanger.

Enfin, le groupe et l'équipe technique vont utiliser davantage de bandes sonores qu'à leur habitude, du fait des nombreuses expérimentations qu'ils vont mettre en place pour chaque chanson. A cette époque, ils utilisent des machines à 4 bandes, ce qui contraint l'enregistrement des instruments et des voix ; la solution consiste alors à fusionner plusieurs pistes en une seule pour gagner de la place et permettre un mixage plus clair. Par exemple, le quartet figurant sur Eleanor Rigby est enregistré sur quatre bandes distinctes ; celles-ci sont ensuite mixées sur une seule, libérant ainsi trois bandes qui sont alors réemployées pour la voix et les chœurs. À titre de comparaison, sur les deux précédents albums, seules 2 chansons avaient nécessité plus de 4 pistes tandis que sur Revolver, le total s'élève à 11 chansons.

Au total, l'album nécessite plus de d'enregistrements et de mixage.

Premier son inversé de l'histoire du rock I'm Only Sleeping est réputée pour contenir le premier solo de guitare inversé (joué par George Harrison) — ou tout simplement, en compagnie de Rain enregistrée quelques jours plus tôt, la première bande musicale jouée à l'envers — de l'histoire du rock.

Quant à savoir comment cet effet fut découvert, selon Paul McCartney, le groupe était en train d'enregistrer le solo de guitare de George Harrison lorsque le technicien chargé du magnétophone mit la bande à l'envers :

La version que donnent John Lennon et George Harrison est différente. C'est en fait John qui aurait accidentellement enclenché à l'envers, chez lui, la bande de travail de la chanson Rain enregistrée quelques jours avant I'm Only Sleeping et serait revenu aux studios tout heureux de sa trouvailleComme le raconte George Harrison dans le DVD Anthology, disque bonus. On l'entend ainsi chanter à l'envers à la fin de Rain, George Harrison se chargeant de transformer l'essai à la guitare sur I'm Only Sleeping.

Expérimentation et psychédélisme Un autre exemple de nouveauté est Tomorrow Never Knows (« Demain ne sait jamais », encore un accident de langage signé Ringo Starr). Premier morceau enregistré mais dernier titre de Revolver, c'est un cas particulier : joué sur un seul accord (le do), incluant des boucles sonores préparées par Paul, des bandes mises à l'envers, accélérées, mixées en direct avec plusieurs magnétophones en série actionnés par autant d'ingénieurs du son — une dizaine — envoyant les boucles à la demande vers la table de mixage, il ouvre l'ère du rock psychédélique et peut aussi être considéré comme le titre précurseur de la techno. Les prouesses de George Martin et des ingénieurs du son des studios EMI — à commencer par Geoff Emerick — vont jusqu'à répondre aux demandes de John Lennon, désirant que sa voix évoque celle du dalaï-lama chantant du haut d'une montagne. Ils élaborent cet effet en faisant passer la voix de John dans une cabine Leslie conçue à l'origine pour les orgues Hammond. L'effet produit par les haut-parleurs rotatifs de la cabine Leslie, appliqué à la voix de Lennon, donne l'impression qu'elle surgit de l'au-delà.

Parution et réception Revolver sort le , soit huit mois après la parution de Rubber Soul, ce qui est à l'époque le plus grand écart de publications entre deux albums du groupe. Il paraît également trois mois après Pet Sounds des Beach Boys et, comme ce disque venu des États-Unis était une forme de réponse à Rubber Soul, Revolver est comme la réponse des Beatles.

L'album est un gros succès commercial des deux côtés de l'Atlantique. Les Beatles égalent le record d'Elvis Presley de 7 LP à la première place des hit-parades. Au Royaume-Uni, l'album prend immédiatement la tête des charts le , y culmine consécutives et y reste en tout. Il s'agit de la seconde meilleure vente d'albums de l'année 1966, derrière The Sound of Music, bande-son du film La Mélodie du bonheur. À noter que le podium est complété par Rubber Soul, album immédiatement précédent des Beatles.. Le succès est similaire aux États-Unis où l'album reste à la tête des chartsNumber One Albums of 1966 (USA) et y reste pas moins de . Il est maintenant certifié 5 fois platine par la RIAA..

En , Ray Davies, leader des Kinks, commente chacune des chansons de l'album dans le magazine Disc and Music Echo. Le résultat est selon lui mitigé : qualifiant d'une part Yellow Submarine de sottises et Taxman de chanson un peu limitée, il apprécie tout de même Here, There and Everywhere, I'm Only Sleeping et Good Day Sunshine, cette dernière étant pour lui un vrai retour aux sources pour les Beatles. En fin de compte, Davies déclare préfèrer l'album précédent, Rubber Soul, à Revolver..

Toutefois, l'album est considéré comme étant l'un des plus importants de l'histoire du rock et il est mis à l'honneur dans les différents classements de magazines tels Rolling Stone . ou Time Magazine.. Il occupe par ailleurs la première place chez Q Magazine. et VH1.. PopMatters décrit l'album comme « l'œuvre des membres du plus grand groupe de musique pop, au sommet de leur art et conscients de l'être ».. Le AllMusic le considère comme « l'ultime album de pop moderne, même après Sgt Pepper ».. En 2014, L’Osservatore Romano, l'organe officiel du Vatican, a même placé le disque en première place des 10 meilleurs albums pop de l'histoire.. Il est également cité dans l'ouvrage de référence de Robert Dimery Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie et dans un considérable nombre d'autres listes..

Ce succès à la fois critique et commercial a incité d'autres artistes à reprendre l'album dans son intégralité : Revolver Jazz de Don Randi Trio (Reprise, 1966) ; The Revolver Suite par Bozo Allegro (Marx Music, 1998) ; Revolver Reloaded par différents artistes (Mojo Records, 2006).

Caractéristiques artistiques Évolution créative

En 1966, les Beatles ont grandi. Ils fréquentent les clubs et les boîtes de nuit à la mode, où ils passent du temps avec les artistes en vue du moment, dont les Stones et les Animals. Ils chargent Barry Miles, personnage important de la scène underground de Londres, de leur envoyer les dernières publications avant-gardistes. Paul McCartney en particulier s'intéresse à la vie culturelle londonienne, maintenant qu'il y habite et ouvre la galerie d'art Indica avec et Peter Asher ; il écoute des gens comme Karlheinz Stockhausen et va voir des pièces de théâtre. George Harrison, qui a récemment assisté à un concert de Ravi Shankar, se passionne pour la musique indienne — qu'il qualifie en 1966 de « seule grande musique actuelle » — et entraîne les autres Beatles avec lui. Le psychédélisme, mouvement de contre-culture lié à la consommation de drogues hallucinogènes, est propagé par des personnalités comme Timothy Leary et Owsley Stanley. Ainsi, tout le contexte de l'époque va largement influencer les compositions des Fab Four, les inspirer et les ouvrir à d'autres horizons.

Pendant longtemps, le répertoire des Beatles se constituait exclusivement de chansons conventionnelles à propos de filles et d'amour. Leur première chanson à déroger à cette règle est Nowhere Man, parue sur l'album Rubber Soul fin 1965. Avec Revolver, cette tendance se confirme et la galerie de thèmes et de personnages s'élargit encore. Sont abordés : un percepteur, une bigote solitaire, le sommeil et la paresse, le capitaine d'un sous-marin jaune, un docteur douteux et même le Livre des morts tibétain. À quelques exceptions près, les textes de Revolver sont directement inspirés des expériences personnelles des BeatlesSeules 4 des 14 chansons sont purement imaginaires : Eleanor Rigby, Yellow Submarine, Good Day Sunshine et And Your Bird Can Sing., contrairement à leurs débuts où ils avaient généralement tendance à imaginer les situations de leurs chansons. Une page de l'histoire du groupe est donc tournée, ses membres étant au sommet de leur collaboration et de leur cohésion.

Au sein du tandem Lennon/McCartney, toutes les chansons sont encore écrites en collaboration, mais la patte de leur auteur principal transparait nettement. À ce stade de leur parcours commun d'auteurs-compositeurs, l'un arrive avec une chanson pratiquement finie et l'autre apporte sa touche, pour un pont, pour une idée musicale ou des paroles supplémentaires. Cela pourra se poursuivre en studio, où par exemple, toutes les étonnantes boucles sonores (dont certaines sonnent comme des cris de mouette) audibles dans Tomorrow Never Knows sont l'œuvre de Paul.