Les élections municipales françaises de 2020 visent à procéder au renouvellement des conseils municipaux des communes françaises et des conseils communautaires des intercommunalités.

Le premier tour se tient de façon controversée le , en pleine pandémie de maladie à coronavirus (Covid-19). En raison de celle-ci, le second tour, initialement prévu le , est d'abord reporté sine die, puis au suivant. De même, les élections des maires et adjoints des dont le conseil municipal a été élu au complet dès le premier tour sont reportées au mois de mai : le mandat des conseillers municipaux et communautaires de la mandature 2014-2020 est ainsi prorogé jusqu'à l'entrée en fonction des nouveaux élus.

Dans ce contexte de crise sanitaire, mais aussi en raison d'un désintérêt croissant pour la politique selon les analystes, ces élections sont marquées par un taux d'abstention record : 55 % au premier tour et 58 % au second, soit plus de 20 points de plus qu'au second tour des élections municipales de 2014.

Ces élections, notamment le second tour, voient la victoire d'Europe Écologie Les Verts (EELV) dans plusieurs grandes villes de France, tandis que le Parti socialiste (PS) obtient des scores honorables. Les Républicains (LR) sont en recul dans les plus grandes communes mais parviennent à se renforcer dans celles de taille moyenne. Le parti centriste du président Emmanuel Macron, La République en marche (LREM), obtient des résultats jugés très décevants au vu de ses espérances initiales. De son côté, malgré des résultats mitigés, le Rassemblement national (RN) remporte une ville de plus de , Perpignan, pour la première fois depuis 1995.

Contexte

Politique

vignette|redresse|Logo des élections.

Lors des élections municipales de 2014, la droite parlementaire l'avait emporté dans la plupart des communes au détriment de la gauche, tandis que l'extrême droite remportait 14 municipalités, dont Hénin-Beaumont dès le premier tour de scrutin, une première. Le Parti communiste français (PCF) résistait dans quelques-uns de ses bastions, notamment en Seine-Saint-Denis, tandis que les écologistes remportaient pour la seconde fois après Montreuil une ville de plus de , à Grenoble.

Depuis l'élection présidentielle de 2017, l'échiquier politique français est fortement modifié par l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron.... Son parti, La République en marche (LREM), a fortement fragilisé les partis de gouvernements au pouvoir depuis 1958, notamment le Parti socialiste (PS) et Les Républicains (LR)..

Pour la première fois depuis 1995, un nombre important de maires renoncent à se représenter... Parmi les nombreux maires sortants qui ne se représentent pas figure Jean-Claude Gaudin, qui a été élu pour la première fois maire de Marseille en 1995..

Ces élections interviennent dans un contexte social tendu issu du mouvement des Gilets jaunes, qui se poursuit depuis le , et du mouvement social contre la réforme des retraites, qui débute le . Des grèves et des manifestations perturbent la vie économique du pays pendant l'hiver 2019-2020. Les entreprises de la région parisienne sont les premières touchées par la grève qui dure depuis le . Les secteurs les plus affectés sont le tourisme et l'hôtellerie-restauration..

Les rassemblements de plus de sont interdits depuis le en raison de la pandémie de Covid-19. Les rassemblements de plus de sont interdits. « On devait venir et marquer le coup », a dit un manifestant., ce qui conduit à l'annulation de certaines manifestations. D'autres actions écologistes prévues ce vendredi ou dans le week-end n'auront pas lieu non plus., mais l'appel national des Gilets Jaunes pour l' est maintenu pour le samedi , donnant lieu à des violences dans Paris la veille du premier tour du scrutin. Deux figures des Gilets jaunes, Jérôme Rodrigues et Maxime Nicolle, avaient appelé sur Facebook à « la responsabilité » en déclarant pour le premier que « Il ne faut pas venir sur Paris » mais qu'il faut « rester un maximum chez soi » ; l'acte 70 a néanmoins été maintenu..

Pandémie de Covid-19 et maintien du premier tour

thumb|thumbtime=0:10|Vidéo montrant les mesures mises en place dans des bureaux de vote en Corse (France 3 Corse).

Les élections se tiennent dans un contexte de crise sanitaire liée à la propagation de la Covid-19, notamment dans l'Oise, le Haut-Rhin et en Corse.. La question du report des élections est régulièrement posée. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, confirme le que : « Compte tenu des données qui sont portées à notre connaissance, nous n'envisageons pas d'empêcher les élections municipales ». Bruno Daugeron, professeur de droit public à l'université Paris-Descartes, explique que : « Le scrutin des municipales est un dispositif très lourd et très cher à organiser, et le repousser aurait de multiples conséquences, par exemple sur l'équilibre des comptes de campagne. Le gouvernement fera donc tout pour le maintenir »., mais rencontre un écho contrasté dans la classe politique française : dès le , l'Association des maires de France (AMF) fait savoir par sa porte-parole Agnès Le Brun, maire de Morlaix, qu'elle souhaite le maintien du scrutin au . L'épidémie annoncée du coronavirus laisse planer une incertitude sur la tenue des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Pour l'Association des maires de France, cependant, pas question de déroger à un scrutin qui « fonde le socle démocratique ». « Il faut raison garder » souligne sa porte-parole, la maire de Morlaix, Agnès Le Brun. Selon les juristes, toutefois, un tel report serait juridiquement possible., tandis que le sénateur LR de l’Oise Jérôme Bascher réclame un report des élections, accusant le gouvernement en matière de protection de ; le secrétaire d’État Laurent Nuñez parle alors d’accusations indignes, rappelle la nécessité d'une loi pour modifier la date des élections et déclare qu'il n’y a ..

Outre des questions pratiques telles que la réouverture ou non des inscriptions sur les listes électorales ou le devenir des dépenses engagées sur les comptes de campagne. Selon un poids lourd de la majorité cité par France Info, il y avait « deux gros problèmes juridiques », à savoir : « Est-ce que l'on rouvrait les inscriptions pour les élections ? Et quid des comptes de campagnes, des dépenses ? »., organiser le report de ces élections à une date aussi rapprochée de l'échéance soulève des questions d'ordre juridique et constitutionnel compliquées.. L'article L. 227 du code électoral empêche, en théorie, que les dates des élections municipales soient modifiées moins de trois mois avant leur tenue, qui doit obligatoirement avoir lieu « en mars », de sorte qu'un report à une semaine du scrutin au-delà de ouvrirait la voie à des contestations ; l'article 16 de la Constitution permettrait de s'affranchir du problème, mais n'a été utilisé qu'une seule fois sous la , lors du putsch des généraux en 1961, ce qui exposerait le président français à des critiques pour dérive autoritaire.. La solution pourrait alors être la loi de 1955 sur l'état d'urgence. Bruno Daugeron, professeur de droit public à l'université Paris-Descartes, estime que la loi de 1955 sur l'état d'urgence, « mobilisable à partir du moment où un événement, par sa nature ou sa gravité, présente le caractère d'une calamité publique », serait la solution la mieux adaptée..

Le , une circulaire signée par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner est adressée aux préfets pour évoquer le recueil des procurations des . Invoquant des ambiguïtés, l'Association de défense des libertés constitutionnelles, un groupe de juristes, forme un recours, qui aboutit à des réserves d'interprétation du Conseil d'État le ..

Le , le report des élections semble être sérieusement envisagé par l'exécutif français. « En milieu de journée, ce jeudi, l'exécutif, qui a écouté les scientifiques, change de doctrine. La France n'a pas dix jours de retard sur l'Italie ; elle n'en a que quatre ou cinq. Il faut donc frapper fort pour "protéger les personnes vulnérables et l'hôpital" et suivre l'Italie sur des mesures de confinement ». Emmanuel Macron « décide de reporter le scrutin pour circonstances exceptionnelles, avertit ses ministres, commence à consulter experts juridiques et politiques, et annonce sa décision aux scientifiques ». Cité dans l'article, Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, a démenti avoir été impliqué dans ces discussions., sur la base de « nouvelles données scientifiques » qui auraient fait évoluer la position d'Emmanuel Macron. ; l'état d'urgence et l'article 16 seraient également « sur la table ». Plusieurs personnalités de l'opposition font alors savoir qu'elles s'opposent fermement à toute idée de report des élections municipales du : la candidate LFI à la mairie de Paris, Danielle Simonnet, déclare sur Twitter « Il serait inacceptable, incohérent que #Macron reporte les municipales là où les écoles, les commerces, le métro sont toujours ouverts ! Pas de coup de force anticonstitutionnel ! » ; le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, déclare sur Twitter « Trois heures passées avec le Premier ministre et le gouvernement aujourd’hui pour nous dire que tout est sous contrôle […] Pourquoi donc nous réunir ce matin ? À moins que le Président Macron n’invente un 49-3 spécial » ; la sénatrice Éliane Assassi, du groupe CRCE à majorité communiste, déclare de son côté : « Protéger notre pays et sa population, OK mais attention au recours excessif à la constitution… ».. Éric Woerth, président LR de la commission des Finances, avait déclaré sur BFM TV à propos d'un éventuel report des élections : « Cela me semblerait absolument stupéfiant ».. Éliane Assassi, présidente du groupe CRCE (Communiste Républicain Citoyen et Écologiste) du Sénat, avait déclaré qu'un report du scrutin ne serait « démocratiquement pas acceptable », que « les maires ont pris les dispositions nécessaires. Un report ne sert à rien car le coronavirus ne va pas disparaître avec le printemps ». ; le président des Républicains, Christian Jacob, déclare notamment que « si c'était le cas, c'est un coup d'État, c'est un coup de force institutionnel, c'est l'utilisation de la crise sanitaire pour éviter une débâcle électorale ».

L'option est officiellement écartée en fin de journée. Pour Emmanuel Macron, qui s’exprime à . Emmanuel Macron déclare : « Il est important en ce moment, en suivant l'avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d'assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions »., les scientifiques indiquent que . Il annonce également la fermeture des écoles pour le lundi suivant.. Selon Olivier Faure, Agnès Firmin-Le Bodo, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, il n'avait jamais été question de report lors de la réunion qui s'était tenue le matin même à l'hôtel Matignon avec les chefs des partis, les présidents des Assemblées et des groupes parlementaires ainsi que les présidents des associations d'élus réunis par le Premier ministre, Édouard Philippe. Selon Agnès Firmin-Le Bodo, députée Agir de Seine-Maritime, « Il n'a jamais été question de reporter les municipales. La question n'a même pas été posée ». Selon Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, « Le Premier ministre ne nous a jamais parlé de reporter les municipales. C'est tout l'inverse. Il a parlé de la circulaire de Castaner sur les procurations. Et Olivier Véran a expliqué que, sur le plan sanitaire, tout était sous contrôle (masques, tests, lits, soignants) ».. Selon un responsable de la majorité, « les députés LREM, dans leur écrasante majorité, étaient favorables au maintien des municipales. Ils l'ont fait savoir ». Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, aurait été favorable à un report mais indique à ce sujet : « Personne ne nous a parlé de ça ». Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, n'aurait pas non plus été contacté.