Takamaka est une vallée située à l'est de l'île de La Réunion, sur le territoire communal de Saint-Benoît.
Géographie Topographie gauche|vignette|Vallée de Takamaka. La vallée de Takamaka est entièrement située dans la partie centrale du territoire communal de Saint-Benoit. Elle marque la limite naturelle de la forêt de Bébour à l'ouest en créant une fracture dans la continuité du plateau de cet ancien cirque. Elle est délimitée au sud par le coteau sec et le rempart de l'îlet Patience et au sud-est et à l'est par la crête du Grand Étang et les remparts du massif du Cratère. Sa limite nord-est-nord est un peu plus floue mais peut être définie en partant de la confluence de la ravine Mouche, en remontant jusqu'à la chaîne du piton Papangue et en suivant la ligne de crête jusqu'aux Deux Mamelles, le Camp de Marseille et l'arête entre le Bras Mazerin et la rivière des Roches. La limite nord-ouest passe d'abord par la lit du Bras Patience avant de rejoindre la plateforme des Hirondelles. Le découpage nord prend en compte les sous-bassins versants et la ligne de partage des eaux des affluents de la rivière des Marsouins et la disposition du relief en privilégiant le suivi des crêtes.
La vallée est surtout marquée au centre par le piton Dorseuil qui culmine à 729 mètres d'altitude et sa longue crête rejoignant le plateau de Bébour et les Deux Mamelles au nord à une altitude de 1332 mètres. Elle est traversée par la rivière des Marsouins, c'est elle qui a creusé ses flancs pour produire l'encaissement actuel, la vallée englobe la totalité du cours moyen de cette rivière. On distingue deux affluents principaux : le Bras Patience sur lequel est implanté un captage et qui prend sa source à proximité du rempart du Mazerin, son point de confluence avec la rivière des Marsouins est localisé en face du barrage Gingembre. Et le Bras Cabot dont le cours, séparé par la crête du piton Dorseuil, est presque parallèle à celui de la rivière des Marsouins. Il a creusé toute la partie sud de la vallée et prend sa source à proximité des remparts du Coteau Sec. La vallée de Takamaka marque le début de la partie pérenne de la rivière des Marsouins, en effet le cours supérieur de la rivière traverse le plateau de Bébour où pratiquement aucune résurgence pérenne n'est imaginable, il est donc à sec sur cette partie. Peu après le premier cassé on voit apparaître les premières émergences, le débit est par la suite multiplié grâce aux nombreuses sources laissant échapper l'eau des aquifères du plateau de Bébour. En sortant de la vallée de Takamaka, la rivière des Marsouins à pratiquement atteint son débit maximal.
Côté rivière des Marsouins, en amont du point de confluence avec le Bras Cabot, la rivière est plus encaissée, on observe la succession de plusieurs cascades parfois hautes de 50 mètres dont les plus importantes sont les cascades Arc-en-Ciel et du Mini Trou de Fer.
Géologie La vallée de Takamaka s'est creusée dans les anciennes laves du piton des Neiges. Elle est issue d'une érosion régressive dans d'anciennes coulées de phases , et . Elle représentait autrefois l’exutoire du paléocirque de Bébour creusée dans les anciennes coulées de basalte à olivine de phase et principalement dans les laves différenciées de type hawaïte et mugéarites de phase . Après la mise en place de la caldeira (à l'origine des remparts du Mazerin), le cirque de Bébour va se creuser et s'affirmer. Ce cirque est comblé à la suite du remplissage de la Caldeira II, correspondant à la deuxième série des laves différenciées. Les volumes de laves émis sont alors assez faible mais suffisant pour combler les dépressions du plateau de Bélouve et de la plaine des Marsouins jusqu'à l'actuelle confluence du Bras Cabot avec la rivière des Marsouins (remplissage lavique et pyroclastique). Le creusement de la vallée actuelle s'est fait entre et aujourd'hui.
Pluviométrie thumb|Vallée de Takamaka après le cyclone Gamède.
L'île de la Réunion se caractérise par un climat à dominante tropicale. Elle se trouve sur la trajectoire des alizés humides de l'océan Indien soufflant d'est en ouest. La présence de reliefs montagneux favorise la condensation de l'air et provoque de fortes différences de pluviométrie entre la région Ouest dite « sous le vent » et la région Est dite « au vent ». La situation géographique de la vallée de Takamaka (entre de hauts remparts : le plateau de l'îlet Patience et le massif de la rivière des Roches et du Mazerin, au pied d'un plateau d'altitude (Bébour) qui culmine en son point le plus haut à 3070 mètres) en fait un des endroits les plus arrosés au monde. En moyenne, il y tombe environ 6 à 7 mètres d'eau par an. Cette pluviométrie exceptionnelle favorise grandement l'érosion et le creusement de la vallée et explique la présence de barrages hydroélectriques : le barrage hydroélectrique de Takamaka I et le barrage hydroélectrique de Takamaka II.
Aménagements hydroélectriques gauche|vignette|Captage du Bras Cabot. La vallée abrite deux barrages hydroélectriques : le barrage de Takamaka appelé aussi Barrage Gingembre et le barrage de Takamaka appelé aussi barrage des Hirondelles. On trouve aussi plusieurs petits captages destinés à un apport complémentaire, les principaux sont le captage du Bras Cabot et du Bras Patience. L'usine est située à 316 mètres de profondeur au milieu d'un petit massif basaltique au pied de la plate-forme naturelle du PK 16 (796 m) et du col des Songes (783 m).
Histoire Le projet d'utiliser l'eau de la rivière des Marsouins pour produire de l'énergie remonte aux années 1920, la vallée était alors un des endroits les plus préservés de la Réunion, connu de quelques forestiers et habitants de la plaine des Palmistes, aucune route n'y menait et il fallait emprunter les difficiles et longs sentiers traversant la forêt de Bébour ou celui du Bras Cabot arpentant le plateau de l'Îlet Patience jusqu'aux sources thermales du même nom.
La Société hydroélectrique réunionnaise lança les études et les travaux débutèrent en 1928. Les difficultés rencontrées étaient alors énormes dans une zone aussi abrupte et sauvage. Le sentier utilisé pour les travaux partait de la plaine des Palmistes, atteignait le col de Bébour et rejoignait l'actuelle plate-forme des Hirondelles en traversant la forêt de Bébour. Il plongeait ensuite vers l'îlet à Bananes en empruntant un rein. La difficile et vertigineuse descente était alors équipé de modestes échelles en bois (48 en tout) et tout le matériel était descendu à dos d'homme. À partir de l'îlet à Bananes un sentier fut tracé vers l'actuel PK16. Parallèlement on construisit la route de Grand Fond qui permet de rejoindre l'actuel Pk 16, on peut désormais rejoindre l'îlet à Bananes depuis Saint-Benoît. Toutefois, la société dut se dissoudre en raison d'un krach financier. Le projet resta alors dans l'oubli jusqu'en 1954, date où on lance une nouvelle étude en parallèle avec le projet de centrale hydroélectrique à Langevin, mais il faut attendre encore dix ans pour voir le début des travaux. Un sentier est d'abord créé pour accéder au petit massif situé en contrebas de la plateforme de Pk16 (terminus de la route actuelle). Après l'aménagement provisoire du site, un téléphérique est construit afin de faire descendre les matériaux de construction sur le chantier. Une tranchée est creusée à même la pente pour permettre l'implantation d'un plan incliné de 347 mètres de longueur. Les conditions de travail étaient extrêmement difficiles à l'époque et plusieurs ouvriers y laissèrent la vie. Ils étaient logés dans des baraquements en tôle, qui formaient de petits camps, à flanc de falaise lors de la construction du plan incliné ou sur un petit plateau situé non loin de la chute des Gaulettes pour la construction du tunnel de restitution par exemple. En même temps la construction de la prise d'eau principale est en cours. Un barrage voûte à seuil déversant de 44 mètres de longueur pour 15 mètres de haut est édifié à 505 mètres d'altitude dans le lit de la rivière des Marsouins. Les matériaux sont acheminés sur place via un téléphérique. Un tunnel de 1190 mètres de longueur pour 2 mètres de diamètre est percé à l'explosif et permet d'acheminer l'eau jusqu'à la centrale. Une tour est édifiée au-dessus du trou de 316 mètres de profondeur et abrite un monte-charge et un ascenseur. L'eau venant du tunnel arrive jusqu'à la chambre d'équilibre avant d'entamer son ultime descente dans un puits de chute vertical de 300 mètres de long et d'une largeur de . L'eau est mise sous pression grâce au rétrécissement progressif de ce puits (qui atteint alors 80 cm de diamètre). Le conduit se divise plus bas en 2 branches permettant d'alimenter les deux turbines de l'époque. L'eau est ensuite restituée à la rivière au bout d'une galerie de 400 mètres de longueur débouchant une centaine de mètres après la confluence du Petit Bras Magasin avec la rivière des Marsouins.
En 1984, à la suite de l'augmentation de la demande électrique de l'île, est lancée la construction d'un nouveau barrage hydroélectrique. Un barrage voûte à seuil déversant de 26 mètres de haut est édifié à 852 mètres d'altitude entre deux parois végétales de de hauteur. Le lac de retenue est capable de contenir d'eau et devient le plus grand barrage hydroélectrique de l'île de la Réunion. Les matériaux sont acheminés sur site par hélicoptère et par un téléphérique construit sur la plate-forme des Hirondelles à Bébour, une piste permet d'y accéder et rejoint la route forestière de Bébour/Bélouve. Une galerie d’amenée entièrement blindée de de long est creusée à l'aide d'un tunnelier à travers le massif. Elle achemine l'eau du barrage vers l'usine de Takamaka nouvellement creusée dans le mamelon à proximité de la centrale de Takamaka . L'eau est ensuite rendue à la rivière par le même tunnel de restitution. La création de ce nouveau barrage causa une baisse de débit au niveau du barrage Gingembre, il fut alors nécessaire de trouver une solution. Un tunnel de 865 mètres de long fut creusé dans le massif du piton Dorseuil pour dériver une partie du débit du Bras Cabot vers la rivière des Marsouins, sa construction a nécessité la mise en place d'un téléphérique reliant Pk 16 à la plateforme artificielle créée pour l'occasion à l'entrée du tunnel. Plusieurs autres petits tunnels sont aussi percés pour acheminer l'eau d'un site à l'autre où rejoindre les usines, un petit barrage sur le Bras Patience est construit. La centrale fut mise en service en 1989.
Impacts
Impacts sur la faune aquatique vignette|Débit minimal du barrage de Takamaka II.